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Après deux siècles de pratique ininterrompue 
du R\E\A\A\
Le Suprême Conseil engagé dans le débat d’idées
 
Un entretien avec Alain de KEGHEL, 33° Souverain Grand Commandeur .
 
 Quelle est  l’importance du REAA dans la franc-maçonnerie, tant en France qu’à l’échelle planétaire ?
 
Lorsqu’on s’interroge sur la  place actuelle du R\E\A\A\ dans le panorama maçonnique, on ne peut le faire sans considérer la question, comme vous le suggérez,  en dépassant notre cadre national français. L’interrogation nous renvoie nécessairement aussi à l’histoire du Rite et à l’espace qui est le sien de par le monde depuis deux cents ans. Car il existe bien une spécificité de ce rite des hauts grades décliné sous toutes latitudes. Mais ce caractère nomade qui lui est propre en fait aussi un rite qui connaît des variantes obligeant à sortir des schémas de réflexion classiques et catégoriels. Ces variantes recouvrent aussi un certain nombre d’invariables dans lesquelles tout Suprême Conseil se reconnaît et qui font partie de la tradition dite « écossaise ». Il en résulte un maillage exceptionnel qui va bien plus loin que ce que certains ont pu qualifier d’ « espéranto maçonnique ». Mais si je vous comprends bien, vous souhaitez en savoir un peu plus sur ce que notre rite représente aujourd’hui dans le cadre du GODF et donc en France d’abord. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une quasi constante de quelque 7 000 Frères répartis en structures du 4° au 33° degré et travaillant dans un peu plus de 300 Ateliers. Fait notable, la diversification de l’offre des rites après la Maîtrise, progressivement apparue depuis la fin des années 90, n’a pratiquement rien modifié à ce paysage écossais français.
 
 Je soulignerais aussi une autre constante fondamentale, car elle est  consubstantielle à la fois au REAA des hauts grades, mais tout autant au G\O\D\F\ : depuis 200 ans le bassin de recrutement de nos Ateliers de hauts grades est celui diversifié des Loges symboliques de tous rites, mais plus particulièrement du Rite français Groussier, les plus nombreuses.
 
La Souveraineté du Suprême Conseil, que peut-on en dire dans un tel contexte ? Le Suprême Conseil  du GODF a-t-il une souveraineté limitée ?
 
C’est sur le fond structurel et historique du rite à travers le temps et l’espace,   qu’il convient d’aborder la question que vous soulevez : la souveraineté du Suprême Conseil. Si on la considère sous l’angle de l’histoire un constat s’impose. En France, tous les Suprêmes Conseils se sont, de tous temps, trouvés confrontés au débat de la Souveraineté et de leur positionnement par rapport à l’Obédience de référence. Ce fut dès l’origine un sujet  de débat auquel le fondateur, Alexandre Auguste de Grasse Tilly  fut lui-même confronté. Ce regard sur l’histoire nul ne peut donc en faire l’économie lorsqu’on aspire à comprendre les rapports entre Juridiction et Obédience. C’est vrai au G\O\D\F\, mais ce n’est pas moins vrai pour les autres Obédiences et Juridictions. Au fil du temps, en fonction aussi du « rapport de force », en fonction bien sûr des hommes acteurs dans un panorama maçonnique donné, de leur tempérament, de leur culture maçonnique plus ou moins affirmée et fondée, de leur appétence à ce qu’ils interprètent, à mon sens à tort, comme un  «  pouvoir », nous savons que les choses ont fluctué. Et c’est bien humain, trop humain diront certains. Nous aurons l’occasion d’y revenir en évoquant les heurs et malheurs de notre longue histoire mouvementée. Il s’agit là d’un simple constat. Et puis, il y a bien entendu la lettre. Si nous nous en tenons au protocole de 1998, notre autonomie est assurée par un texte signé dans les conditions que vous connaissez. Ce fut l’aboutissement d’une crise profonde de l’Obédience, comme de la Juridiction. C’est donc un compromis comme il faut savoir en faire avec une bonne dose de pragmatisme et de sagesse en de telles phases de l’histoire. C’est vrai en maçonnerie, comme ailleurs et l’essentiel est de ne pas y perdre son âme, c'est-à-dire nos repères.
 
C’est ce que mes pairs , alors en charge des difficiles négociations, ont su faire en ayant bien conscience du poids immense qui pesait sur leurs épaules, tant à l’égard des anciens, que des générations présentes et futures, mais aussi pour préserver, j’y reviens, ce qui fait le cœur du rite. Il en allait donc la crédibilité de notre Suprême Conseil étroitement lié au G\O\D\F\depuis 1804. Il faut aussi bien avoir conscience, comme je l’indiquais il y a un instant, que tout cela doit être considéré  dans un panorama écossais international qui garde des repères ignorant bien évidemment les péripéties des crises obédientielles et juridictionnelles nationales. Et qui se reconnaît dans des normes universelles qui ne se recouvrent pas toujours avec les options particulières d’un moment. Y déroger, c’est sortir de l’épure écossaise et donc faire le choix périlleux de l’isolationnisme. Pour le Suprême Conseil comme pour l’Obédience.
 
Ce contexte français particulier, nous en sommes partie. Cette exception française nous en sommes. Les turbulences, nous les assumons collectivement avec tout ce qu’elles ont généré. Et il serait bien réducteur de n’en voir que les effets négatifs. Toute crise, toute épreuve, toute confrontation portent en elles des défis qu’il faut savoir transformer en énergie renouvelée, comme le savent si bien les orientaux. C’est tout l’art du « judoka ». Sans doute est-ce cette lecture dynamique qu’il nous faut faire aujourd’hui de l’expérience assez particulière du R\E\A\A\ au G\O\D\F\depuis ses origines. Les FF\ du G\O\D\F\ ont eu ce génie assez particulier de s’être approprié ce que  le REAA leur apporte en  gérant avec intelligence, mais sans renoncement, l’héritage d’un rite avec lequel l’Obédience a très tôt  pactisé. Car il ne faut pas oublier que dès le 5 décembre 1804, le rite revenu de Charleston avec 33 grades a été intégré au G\O\D\F\ par le concordat signé avec la Grande Loge Écossaise. Ce lien est fort et profondément ancré dans les consciences. Ce souffle a toujours été plus fort que tout ce qui, en plusieurs moments de notre histoire a posé problème. Au point que, depuis deux cents ans et sans interruption, le R\E\A\A\ a toujours eu toute sa place au G\O\D\F\. L’équilibre qui en est résulté est plus  durable qu’il n’y paraît.
 
Le Conseil de l’Ordre, le Grand Maître, Président du Conseil de l’Ordre, mais le Suprême Conseil pas moins, ont conscience de cela et savent aujourd’hui qu’il importe de préserver ce précieux acquis. Ensemble nous  choyons ce patrimoine, telle une plante fragile dont ni l’un ni l’autre n’ignore l’importance. Car la reconnaissance, non pas celle formelle, mais celle  fondée par les valeurs qui sont à la source de notre démarche philosophique, spirituelle et philanthropique, le Conseil de l’Ordre et le Suprême Conseil les partagent à travers le temps et au de là des enjeux conjoncturels  ou des affrontements ponctuels voire d’individualités, qu’il serait tout à fait irréaliste de taire. Ce serait pratiquer la langue de bois. Ce n’est pas mon style.
 
Ces valeurs communes c’est la liberté absolue de conscience conjuguée avec l’exigence éthique et déontologique. Mais les valeurs républicaines de Liberté, d’Égalité, de Fraternité constituent les constantes dans lesquelles nous nous reconnaissons et qui fondent une cohésion et une cohérence qui ont toujours résisté aux épreuves auxquelles n’échappe aucun couple.
 
Le Suprême Conseil a aussi une activité d’animation et de représentation qui le conduit à côtoyer    d’autres juridictions et d’autres rites. Qu’en diriez-vous ?
 
Le nomadisme qui est l’une des importantes dimensions du rite parti avec Etienne Morin de Bordeaux avec 25 degrés en 1746 pour revenir en France en 1804 après s’être enrichi de 8 grades nouveaux, lui confère un caractère unique, universel dans lequel, par de-là les singularités, tous les Suprêmes Conseils du R\E\A\A\ se reconnaissent. Cette dimension n’est pas nécessairement à prendre au premier degré. La reconnaissance formelle n’est pas, en matière d’écossisme, cette invariable qui pour les Obédiences conditionne tout. Ici, tout est question de nuances. Point n’est  besoin de contrat ni de convention autres que la conscience d’être de même essence, dès lors que chacun sait à quoi s’en tenir et qu’aucun n’aspire à être ce qu’il   ne sera jamais. Chaque branche de l’arbre écossais international est distincte au point qu’il serait bien vain de vouloir partager avec certains Suprêmes Conseils plus que les références premières des Constitutions de Frédéric II. Elles sont supposées avoir été rédigées en 1786 mais sont aujourd’hui jugées apocryphes par les historiens. Pourtant ce lien essentiellement symbolique, historique est plus structurant qu’il n’y paraît, comme l’est aussi la déclaration de Lausanne de 1875 que notre Suprême Conseil n’a jamais signée et que le Suprême Conseil de Charleston ne reconnaît plus, tout en la considérant comme un écrit  référentiel.
 
 Il est des liens et des actes que transcendent les différences et qui sont plus forts que ce qui divise. C’est sans doute l’un des messages les plus forts du courant écossais et il est plus subtil que d’aucuns pourraient le croire à première vue. Ainsi, nous rencontrons-nous tous les deux ans entre  Suprêmes Conseils européens, africains, latino-américains et nord-américains du courant dit « libéral », qui entretient des relations formelles dans le cadre des « Rencontres Ecossaises Internationales ». Mais il existe d’autres réseaux de relations moins formelles qui constituent l’autre  réalité d’un dialogue faisant l’économie des débats dogmatiques ou doctrinaux. Pourquoi  toujours poser les questions en termes de fracture maçonnique, alors qu’il est possible et si simple de dialoguer sereinement dans le respect des identités et des choix correspondant à des bassins culturels et maçonniques riches de leur diversité ? C’est là une particularité bien écossaise qui a fait ses preuves.
 
En France, cette méthode s’applique à l’identique. Elle à des vertus attestées à l’épreuve des faits. Nos rapports aux juridictions écossaises mixtes ou féminines sont aussi respectueux et fraternels que ceux avec des rites autres, tels que le R\E\R\, le Rite Français, ou ceux de York et Memphis-Misraïm. A cet égard,  il serait peu conforme à la réalité de taire certaines difficultés réelles qui, tant à la base qu’au niveau des instances administratives, ont compliqué un peu les choses dans les rapports entre le R\E\A\A\ et le R\F\ depuis sa réactivation en 1996, ne l’oublions pas, par des FF\ écossais du  G\C\D\R\ animés du désir de rendre vie à ce qui constitue un pan historiquement essentiel du patrimoine du G\O\D\F\. Aussi avons-nous toujours considéré qu’il n’y avait rien d’inéluctable aux bouderies et encore moins aux affrontements. La véritable fraternité retrouvée, le temps et la bonne volonté partagée aidant, notre pari a toujours été que l’incompréhension et le mur de la méfiance seraient un jour surmontés par des FF\ plaçant la noblesse des rites au-dessus de considérations immédiates et, si vous me permettez ce néologisme, « rito-centreés ». C’est ce que j’ai appelé le syndrome d’Helsinki, par référence au processus diplomatique du même nom.
 
Et de fait, la tradition originale et exemplaire du G\O\D\F\sera assurément la plus forte à terme. Nous n’en doutons point. Cette tradition c’est celle que nous avons tous découverte dans des Loges  symboliques, libres et fédérées au sein d’une Obédience faisant une part égale à tous les rites situés sur un strict pied d’égalité. Nous sommes d’autant mieux  placés pour l’affirmer que, dans la plupart des cas, initiés et formés au rite français dans les Loges symboliques, nous avons choisi de poursuivre notre cheminement au de-là de la maîtrise dans la voie écossaise. Certains préfèrent un autre cheminement et ils méritent un égal respect et une égale estime. Et ceux, qui ont le goût et le temps pour cumuler plusieurs rites ont, à mon sens, beaucoup de chance car ils innovent  et  expérimentent la diversité.
 
Cette cohabitation douce et apaisée des rites, il ne faut pas l’idéaliser aujourd’hui, les hommes étant ce qu’ils sont. Mais elle doit devenir la règle. Non que cela se décrète, mais tout simplement parce que les FF\ du G\O\D\F\ aspirent profondément à cela et exècrent dans leur immense majorité tout ce qui divise, tout ce qui oppose.
 
Quel bilan tirez-vous de l’action diplomatique récente du Suprême Conseil ? Le bénéfice pour le GODF ? En a-t-on obtenu des documents historiques ? Peut-on parler d’expérience américaine et qu’en dire ?
 
La diplomatie maçonnique du Suprême Conseil doit être essentiellement considérée  sous l’angle de la gestion des relations internationales  avec des Juridictions écossaises d’autres pays et se situer dans le champ des hauts grades. Pour le reste, le G\O\D\F\ est une puissance qui fait internationalement autorité, même là où elle n’est pas nécessairement reconnue. Nous nous concertons avec le Conseil de l’Ordre certes, dans ce domaine comme dans d’autres, mais il n’y a pas à proprement parler d’interaction. Autrement dit, la diplomatie du Suprême Conseil évite de sortir ou de déborder du champ de l’écossisme. Ce ne serait certainement pas son rôle  et il nous importe de ne pas interférer avec les choix obédientiels. D’ailleurs, j’y reviens, le protocole de 1998 stipule bien le champ dans lequel chacun des acteurs se situe et il ne serait de l’intérêt de personne d’en sortir.
 
L’expérience américaine à laquelle vous faites référence est particulière. Chacun sait que les grands enjeux passent, également dans  le panorama maçonnique, par l’Amérique. Que cela plaise ou non, c’est une réalité incontournable. Aussi n’est-il surprenant pour personne que sur ce terrain déterminant, un Grand maître et un Grand Commandeur, tous deux très au fait de ces réalités, aient choisi d’œuvrer de concert. Alain Bauer et moi-même avons ainsi été capables ensemble de faire entendre la voix du G\O\D\F\, là où elle avait cessé depuis bien longtemps d’être écoutée et où  l’Obédience était diabolisée.
 
Ce « duo » ne s’est pas limité à un acte fugitif et éphémère. Il s’inscrit dans la continuité de politiques étrangères du Suprême Conseil et du Conseil de l’Ordre avec des retombées dépassant, on le voit aujourd’hui à l’heure du bicentenaire, le cadre seulement américain. Mais il m’importe aussi de souligner que ni le Conseil de l’Ordre, ni le Suprême Conseil n’ont assorti cette nouvelle démarche de mauvais compromis, ni de concessions qui eussent trahi nos options philosophiques et maçonniques fondamentales. Une voie nouvelle a été tracée et les effets s’en feront durablement sentir.
 
Quelle distinction établissez- vous entre « écossisme » et REAA ?
 
Vous avez tout à fait raison de poser la question en ces termes. L’ « Ecossisme » c’est un néologisme forgé par souci de simplification. Mais lorsque nous voulons être précis, nous parlons bien du R\E\A\A\. Pour notre part, nous ne faisons référence bien sûr qu’aux grades au-delà de la Maîtrise car les grades symboliques  sont administrés par le Conseil de l’Ordre, les Ateliers les pratiquant librement. Cela étant, le nomadisme auquel je faisais référence, il y a un instant, et la palette des variantes qu’il a générées de par le monde depuis l’installation du premier Suprême Conseil en 1801 à Charleston, justifie que nous ayons recours à ce vocable générique qui est donc une formule passe-partout et commode.
 
Par quoi sont régies actuellement les relations entre le Suprême Conseil et le Conseil de l’Ordre du Grand Orient ? Quelles sont les grandes lignes du modus vivendi ?Que s’est-il passé depuis 1946 ?
 
Au lendemain de la seconde guerre mondiale les FF\ avaient un grand rêve. Portés par leur idéal, ils aspiraient à un monde maçonnique dégagé de la gangue, libéré des faux enjeux. Deux Maçons d’exception et visionnaires étaient à la tête, l’un du Conseil de l’Ordre, l’autre du Suprême Conseil.  C’est ainsi qu’ils n’ont eu aucun mal à s’accorder sur le contenu du protocole de 1946. Ce texte définissait si bien les rapports entres les deux entités, qu’il a rendu possible une longue période d’existence paisible et fructueuse pour chacun et pour le plus grand bien  de l’aura du G\O\D\F\ comme du Suprême Conseil. Il serait  vain et de peu d’intérêt de  débattre aujourd’hui des circonstances qui ont conduit à l’abrogation unilatérale de cet accord. Les historiens auront l’occasion de le dire avec le recul nécessaire pour faire la part des choses. Mais chacun sait bien que l’Obédience et le Suprême Conseil vivaient depuis le milieu des années 90, une de ces périodes particulièrement difficiles et troubles que j’ai eu l’occasion d’appeler « la décennie perdue », par référence à celle des crises ruineuses en Amérique Latine. Les règles du jeu ont donc été modifiées. Nous ne le souhaitions pas, non par conservatisme, mais parce que nous savions bien le risque que cela faisait encourir au rite. Mais il nous a paru plus important de composer que de sacrifier un rite phare qui en avait vu d’autres et qui allait bientôt célébrer son bicentenaire. Il faut savoir parfois accepter le compromis pour assurer une paix souhaitée par les FF\. Car c’est aussi cela dont il s’agit. Mais pas à n’importe quel prix. A quoi bon livrer des batailles d’Hernani. Finalement à y regarder de près, chacun de nous n’a-t-il pas la tentation de se dire : qu’importe les  institutions pourvu qu’on ait l’ivresse du plaisir le plus simple pour un Maçon ? Celui de « maçonner ».Vous aurez compris que, pour tout un chacun, c’est la vie en Loge qui importe avant tout. Les institutions sont nécessaires à la cohésion du groupe, à la cohérence, à la mémoire du rite par sa conservation et sa transmission. L’administration, nous n’y échappons pas totalement non plus. Mais ce n’est certainement pas ce que j’appelle «  le coeur du rite ».  Alors voilà ! Les hommes passent. Le rite leur survit, mais il est nécessairement façonné par eux et tributaire de leurs caprices, des impulsions qu’ils donnent, comme des tempéraments. Évitons tout de même que la forme ne l’emporte sur le fond.
 
Le Suprême Conseil prétend il être la conscience du G\O\. ?
 
Si nous regardons notre histoire et celle de l’évolution, comme de la cohabitation des instances maçonniques à travers le temps, que constatons-nous ? A chaque fois que l’Obédience ou la Juridiction ont eu la tentation de revendiquer une  influence  dominante l’une sur l’autre – et cela n’est pas le privilège du G\O\D\F\ - il en est résulté des crises. Alors pourquoi et à quel titre, devrait-on mélanger les genres ? Chacun a un rôle et une vocation qui me paraissent, pour ma part, parfaitement clairs. Il ne m’appartient pas de m’exprimer au nom du Conseil de l’Ordre et de définir sa mission.
 
En revanche, j’ai parfaitement conscience de celle qui revient au Suprême Conseil. Parfaitement définie par le Protocole signé en 1998 qui trace les frontières. Dès lors comment pourrions-nous avoir la prétention de nous poser en conscience du G\O\D\F\ ? Cette question est d’autant moins d’actualité, que nous vivons dans un univers maçonnique multipolaire et que ce serait faire injure aux autres rites, tous autant respectables, que de raisonner en ces termes. Mais je saisis bien le sens de votre question qui renvoie à d’autres temps, où le Suprême Conseil du R\E\A\A\ se confondait avec le G\C\D\R\ ou encore à l’époque où un Grand Directoire des Rites,  régentait tout. Ces temps sont définitivement révolus, au moins espérons-le,  et chacun ne peut que s’en féliciter.
 
Malgré la façade biblique de certains degrés, chaque Frère peut-il trouver sa place au sein du    REAA ?
 
Si je n’étais pas S\G\C\ mais journaliste, je vous répondrais que c’est un peu la bouteille à l’encre. Mais je préside le Suprême Conseil  et crois indispensable que les Francs-maçons qui n’ont pas la connaissance du R\E\A\A\ des hauts grades sachent quelle est la réalité de ce rite par delà les fantasmes qu’il nourrit ici ou là. Nul ne peut ignorer que toute la mythologie maçonnique repose sur des légendes d’origine biblique. Quiconque a lu les Constitutions d’ Anderson,  quiconque a été initié dans quelque rite maçonnique que ce soit, au G\O\D\F\ ou ailleurs, ne peut ignorer les références judéo-chrétiennes de la Maçonnerie, même si elles se conjuguent et s’entre mêlent avec celles philosophiques grecques, pythagoriciennes ou platoniciennes notamment. Mais elles sont là, même dans les rites où on les attendrait le moins. C’est le cas au Rite Français, comme au R\E\A\A\ et plus encore au R\E\R\ dans les hauts grades.
 
N’apprenons-nous pas que ce qui importe en Maçonnerie, c’est que « tout est symbole » ? N’est-ce pas ce que nous découvrons dans le cabinet de réflexion en lisant l’anagramme « V.I.T.R.I.O.L. » ? Comment, dès lors se livrer à une lecture au premier degré ? La progression initiatique c’est aussi ce travail sur soi et sur le sens profond des symboles qui permet de transcender les apparences pour cheminer vers un état de conscience nouveau. Cette ascèse intellectuelle, philosophique et spirituelle  fait partie du parcours exigeant, lent mais combien gratifiant pour ceux qui osent le choisir. Dès lors,  peu importe la signification originelle biblique de tel symbole et de tel rituel, même pour nous qui, j’y insiste, la  plupart  du temps avons été initiés au rite français Groussier qui est le rite administratif du G\O\D\F\ et donc notre rite à nous tous. Je saisis cette occasion aussi pour rappeler, comme ont pu le faire encore très récemment deux Grand Maîtres, qu’il n’y a pas de « rite officiel » au G\O\D\F\ fédération de Loges libres pratiquant donc un large éventail de rites. Et si 1877 a introduit la liberté absolue de conscience, évitons les raccourcis et les contresens. C’est si vrai qu’une centaine de Loges symboliques du G\O\D\F\ travaillent à la gloire du G\A\D\L\U\. Je constate, par comparaison,  que c’est rarissime dans les Ateliers du Grand Collège du R\E\A\A \. Mais de grâce, évitons le piège du manichéisme réducteur. Il ne grandit personne.
 
Quel est le vécu spécifique du symbolisme au REAA et de la démarche initiatique ?
 
En fait, nous venons précisément d’aborder cette question essentielle du symbolisme et si j’y reviens volontiers  c’est pour insister sur l’importance du vécu du symbolisme que vous soulevez. Un vécu qui n’est possible qu’à condition, là aussi, de faire l’effort de connaître le rite et son histoire. Une histoire qui éclaire le sens des symboles qui, en presque trois siècles de temps, et donc bien avant le REAA, n’ont rien perdu de leur pertinence. Mais ils nécessitent un travail d’appropriation et de compréhension. C’est aussi une part essentielle de la démarche initiatique maçonnique. En dépouillant notre démarche maçonnique de celle de l’initiation ne serions- nous pas conduits à nous interroger sur la signification résiduelle du rite ? Ne serions-nous pas ramenés à un autre niveau de conscience qui serait de tout autre nature ? Pour celles et pour ceux qui préfèrent une autre option, moins philosophique, il existe des clubs service, des partis politiques, des associations caritatives et que sais-je encore. Mais quiconque se réclame de la qualité de Maçon ne peut faire l’économie de la démarche initiatique. C’est, dans notre cas, un cheminement long qui exige patience et persévérance dans l’effort sur soi. Alors c’est peut-être cela la conception de la Sagesse que véhicule le R\E\A\A\. Nous ne sommes pas des FF\pressés par le temps, ni mus par ce que d’aucuns appellent l’ambition d’un «  pouvoir » au demeurant aussi virtuel qu’illusoire. La Sagesse c’est aussi savoir « donner du temps au temps », sacrifier tout le temps nécessaire à la Connaissance, comme à un approfondissement de l’initiation dont nous savons bien qu’elle ne connaît pas de limite et ne se détermine  pas par la magie d’une simple numérologie. La sagesse c’est aussi la prise de conscience du caractère tout relatif de toute chose, à commencer par celles liées à l’exercice d’une fonction ou d’une charge au sein de notre Juridiction, comme de toute institution maçonnique d’ailleurs. Tout ce cheminement est peut-être jugé trop long par certains. Pourtant c’est bien sur la durée de l’effort que se fait la différence. C’est au fond aussi le critère sur lequel se fonde notre recrutement, comme d’ailleurs le parcours des FF qui franchissent les étapes longues de la progression initiatique écossaise.
Le bicentenaire de la création du premier Suprême Conseil en Europe a été célébré non sans faste. Hormis la joie….. quel sens a été donné à ces festivités et comment le REAA se projette-t-il sur la société d’aujourd’hui ? Et y a-t-il une politique d’extériorisation du REAA ?
 
Nous venons de consacrer beaucoup de temps à parler de notre héritage spirituel et de notre rite. Tout cela n’a de sens qu’à la condition  de ne jamais perdre de  vue, ni d’où nous venons, ni où nous sommes aujourd’hui dans une société en rapide évolution et confrontée à des défis sans précédent. J’allais vous dire : nous sommes contraints de nous inscrire non seulement dans cet environnement, mais nous devons nous projeter vers l’avenir et faire un effort d’anticipation. C’est dire que dans notre Rite nous ne vivons donc pas en état de lévitation philosophique et spirituelle. Nous ne  sommes pas  dans l’abstraction, mais nous nous appliquons, du mieux que nous le pouvons, à nous inspirer des meilleurs modèles qui ont existé en Maçonnerie. Nous savons que le chemin vers l’excellence est ardu et périlleux. Nul ne peut prétendre atteindre à la perfection à laquelle nous aspirons pourtant. Mais nous savons aussi que certains de nos anciens s’en étaient approchés en conduisant des travaux anticipant sur l’avenir dans la célèbre « Loge des Neuf Sœurs ». Le contexte du XXIème siècle n’est pas celui dans lequel  Benjamin Franklin, Montesquieu ou Voltaire évoluaient. Mais notre ambition, c’est ce repère là, c’est ce rêve élevé, de concourir au débat d’idées. Ce débat il comporte bien sûr le travail culturel et spirituel propre au rite en amont. Notre aréopage Sources en est un élément phare que nous vivifions. C’est un vivier effectivement. Mais  nous travaillons actuellement à un projet de « Société Écossaise de Recherche » qui transcende les écoles doctrinales et les rites pour permettre une véritable conjugaison des sensibilités et des talents. Un projet dont nous espérons aussi que d’autres juridictions souhaiteront se l’approprier pour le partager avec nous. C’est ce que nous leur proposons. Et nous entendons bien ne pas en rester là. Nous sommes une force de proposition, nous aspirons au mouvement réfléchi et ambitieux pour l’homme et la société de notre « village planétaire » pour reprendre la formule forgée par Gorbatchev.
 
Quel sens donnez-vous aux  publicités qui ont entouré le Bicentenaire ?
Souffler deux cents bougies ce n’est déjà pas si mal pour un rite maçonnique. C’est même exceptionnel. Et à ma connaissance, je le rappelle car ce n’est pas un détail, aucun autre rite n’a été pratiqué sans interruption depuis aussi longtemps et de surcroît sur toute la surface du globe. Mais à quoi bon vouloir en tirer gloire. Ce serait faire fausse route. Non, le bicentenaire c’est dans notre esprit l’occasion  de dresser un bilan d’étape, mais c’est surtout se positionner pour poursuivre ce cheminement.  Cela suppose, j’y reviens,  de se  présenter en force de proposition dans un univers où chacun est de plus en plus sollicité et ou le temps est devenu une valeur rare.
 
Le choix que feront nos fils demain, ne nous leurrons pas, ce ne sera pas plus qu’hier celui du « fast food » maçonnique avec des parcours marathoniens et des cordons colifichets. Certes il y aura toujours un public friand de tels artifices. Mais par bonheur il y aura aussi toujours des hommes et des femmes qui aspireront à l’élévation et à l’approfondissement par l’effort. Nous pouvons l’observer dans l’univers anglo-saxon par exemple où le déclin annoncé est déjà démenti par le sursaut des vrais et authentiques Maçons épris des valeurs qui ont toujours fait la richesse de la Franc-maçonnerie et qui retrouvent la voie de l’effort. Au travers de l’itinéraire exigeant de notre rite, les hommes et les femmes  ont tout ce qu’il faut. Alors, les festivités,  elles sont tout sauf frivoles et que ce soient les expositions, les colloques ou les publications, tout notre effort vise à mieux nous préparer à aborder l’avenir. C’est aussi comme cela que l’on se construit.
 
Quelles retombées attendez-vous des colloques ?
Lorsque le moment sera venu de dresser le bilan du bicentenaire, j’ai pour ma part le sentiment que ce sont les colloques et les publications qui laisseront la marque  la plus durable. Au mois de décembre nous en totaliserons onze. Tous, à l’exception  notable du colloque international du Bicentenaire, le 31 août au Temple Groussier, rue Cadet à Paris, tous se seront tenus dans des villes de province ou d’outre-mer : Lyon, Toulouse, Bordeaux, Marseille, Metz, Rouen, Nice, Arras, Clermont-Ferrand, Fort de France, Pointe à Pitre, Cayenne. Chacun aura traité d’une thématique différente et nous en publierons les actes dans un recueil afin de   conférer à cette somme de connaissances la publicité  que leur qualité justifie.
 
Cet ouvrage viendra compléter celui sur « Deux siècles de REAA en France » qui a connu un tel succès de souscription et de librairie, que l’éditeur a du procéder à un second tirage. C’est tout à fait exceptionnel pour ce type de publication. C’est aussi un témoignage du retentissement extraordinaire de ces célébrations de notre bicentenaire, y compris par delà nos frontières et jusqu’outre Atlantique. Plutôt que d’en tirer fierté, ayons  plutôt  la modestie d’interpréter cela comme un  engagement à poursuivre sur la voie qui est la notre. Celle d’un « Ecossisme »  serein, soucieux de concorde fraternelle et respectueux des différences enrichissantes.
 
 
Alain de KEGHEL 33°
 
(Propos recueillis par Jean-Pierre DONZAC, René LE MOAL et Pierrick L’HYVER)
 
N.B. : Cet entretien avait fait l’objet d’une longue préparation à laquelle avait activement concourru
Pierrick L’Hyver, décédé depuis. C’est pourquoi son nom est mentionné ici, et par là-même son souvenir fraternel évoqué.
Chaîne d’Union spécial bicentenaire