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L'excellence comme but  

            
ALAIN DE KEGHEL
 
A titre exceptionnel, dans le cadre du deux centième anniversaire de ce système des Hauts Grades, le Grand Commandeur du Suprême Conseil, Grand Collège  du Rite Ecossais Ancien  Accepté du G\O\D\F\, Alain de Keghel, a accepté de nous présenter le fonctionnement de cette puissance maçonnique. Un entretien qui rompt avec les légendes et les mythes.
 
Humanisme : L’origine des Hauts Grades et en particulier du Rite Ecossais Ancien  Accepté baigne souvent dans un halo de mystère. Pouvez-vous, Alain de Keghel, nous expliquer comment sont apparus ateliers dits de perfectionnement ?
 
Alain de Keghel : Traditionnellement, on parle des « hauts grades » pour ceux qui succèdent à celui de maître et pour notre part nous ne nous sommes jamais reconnus dans un néologisme tout à fait nouveau qui les qualifie d’ « ateliers de perfectionnement ». Ce n’est pas notre terminologie, ni celle d’aucun Suprême Conseil au monde, d’ailleurs. Je la laisserai donc à ceux qui l’ont forgée. En revanche, ceux qui connaissent l’histoire savent qu’il a bien existé un rite de perfection dans la lignée duquel nous nous inscrivons. Le Rite Ecossais Ancien Accepté des hauts grades va du quatrième au trente troisième degré. Mais, en fait, il faudrait peut-être faire débuter cette progression dès le grade de maître qui, à l’origine, constituait le point de départ de l’approfondissement maçonnique. En fait, les Hauts Grades continuent la légende d’Hiram telle qu’elle apparaît à la maîtrise. A partir de ce mythe, des maçons français du XVIII è siècle ont souhaité pousser plus loin leurs réflexions philosophiques et symboliques.  Ils ont donc créé des étapes supplémentaires pour jalonner et approfondir un lent et long cheminement initiatique. Pour reprendre une formule déjà utilisée, il ne s’agit pas d’une simple « numérologie ». Il faudrait d’ailleurs  souligner que le rite écossais, contrairement à ce que son appellation pourrait laisser croire, ne trouve pas ses origines en Ecosse, mais qu’il est d’essence bien française. D’ailleurs dans les premiers temps, au siècle des Lumières, les systèmes des hauts grades se confondaient au point que certains n’hésitaient pas à se réclamer de la qualité de Maçons « Français-Ecossais ». Ne serions-nous pas bien inspirés de nous en souvenir ? Puis Etienne Morin, parti de Bordeaux vers les Indes Occidentales fut à l’origine d’un détour du rite par la toute jeune Amérique avant sa réimportation en France en 1804 par le Comte de Grasse-Tilly. Un système qui comportait d’abord vingt cinq degrés revenait ainsi avec trente trois grades. C’est essentiellement à ces migrations précoces, mais aussi, bien entendu à son contenu et à son message que le Rite Ecossais Ancien Accepté doit son audience universelle. Alors, l’anniversaire que nous fêtons cette année, c’est à la fois celui de  la création en France du premier Suprême Conseil européen, du Concordat du 5 décembre 1804 avec le GODF et donc l’année du Rite Ecossais Ancien Accepté du GODF.  Le rite introduit en Italie en 1805, puis en Espagne en 1806 connut dès l’origine  un écho important qui ne devait plus fléchir depuis lors. En effet, ce rite n’a  jamais cessé d’être exercé et de se propager dans le monde.
 
Humanisme : Cette généalogie des Hauts Grades semble donc plus complexe qu’on ne la présente d’ordinaire, en particulier quand certains auteurs, tel Albert Lantoine, cherchent à l’instrumentaliser pour y déceler une légitimité.
 
Alain de Keghel : Aucun des systèmes des hauts grades ne peut se prévaloir d’un monopole historique. Il y a longtemps eu, et il y a encore ici ou là, débat sur la détention des patentes de tel ou tel rite ainsi que sur la légitimité que les puissances maçonniques sont supposées en tirer. En fait, nous sommes en présence de plusieurs bourgeons issus du même arbre. Et tant mieux, car cette situation correspond à la vocation universelle de la franc-maçonnerie, sans que personne ne puisse proclamer une quelconque position dominante, ni exclure qui que ce soit. Ce raisonnement englobant vaut aussi pour les raisonnements par trop simplificateurs ou réducteurs voulant opposer ici, des courants spiritualistes et là, ceux rationalistes. Depuis 1877, le Grand Orient a supprimé l’obligation de faire référence au Grand Architecte de l’Univers, mais ce n’est pas pour autant qu’il aurait banni toute préoccupation spirituelle. Ce qui a été proclamé en 1877, c’est la liberté absolue de conscience qui permet à chacun de trouver sa place dans le respect des sensibilités individuelles et donc aussi dans le libre choix entre les des rites fédérés au Grand Orient de France. Ceci n’est pas pure formule rhétorique puisqu’une centaine de Loges symboliques du GODF travaillent tout à fiait librement «  à la gloire du GADLU ».
 
Humanisme : Les Hauts Grades, en particulier le Rite Ecossais apparaissent souvent comme une forêt touffue, encombrée de titre pompeux et de « Grands Mamamouchis ».
 
Alain de Keghel : Nous ne pouvons bien entendu saisir aujourd’hui la signification de ces appellations pompeuses en dehors de leur contexte culturel et cultuel du XVIII è siècle. Certes, il y a la part de vanité humaine, la volonté de se distinguer qui a pu motiver certains dans leur démarche. Mais ne tirons pas de conclusions hâtives et superficielles. Il y avait chez les rédacteurs de ces rituels d’abord une grande culture et une grande rigueur. Certainement aussi un souci de recherche éthique et de sens. Il convient donc avant tout de voir la création des ateliers du rite de perfection dans cette perspective. N’oublions pas que cette période préromantique est aussi celle de la redécouverte de la mythologie et des légendes chevaleresques. Puis en 1804, avec l’épopée napoléonienne, l’égyptomanie vient se superposer à ces influences premières. Les hauts grades en subiront aussi l’influence.
 
Humanisme : D’aucuns ont aussi évoqué des influences templières.
 
Alain de Keghel : C’est une belle légende qu’il convient de prendre pour telle. Elle connut effectivement ses heures de gloire et ressortit à la mythologie maçonnique qui se l’est appropriée, au même titre que le Pasteur Anderson nous a légué la mythologie d’Hiram. Mais elle prit aussi d’autres formes ailleurs. Ce fut essentiellement l’œuvre de Jean-Baptiste Willermoz  qui trouva un terrain fertile chez certains maçons qui aujourd’hui encore ne renient pas ce choix. Ce n’est pas celui du Rite Ecossais Ancien Accepté, mais nous le respectons pleinement.
 
Humanisme : Pourtant, dans la même veine, et dans le sillage des écrits de Barruel, les auteurs antimaçonniques ont attribué au Rite Ecossais Ancien et Accepté un rôle de direction occulte de la maçonnerie, voire du monde.
 
Alain de Keghel : Bien entendu, on ne peut empêcher les fantasmes. En vérité, ces affabulations relèvent d’une spéculation intimement liée la présence géographique du REAA sur quasiment toute la surface du globe. Le Rite Ecossais Ancien Accepté se trouve être celui le plus largement  présent partout sur les cinq continents. On le trouve  aussi bien en Asie, en Océanie, en Afrique qu’en Amérique ou en Europe. Quant à franchir allègrement le pas, pour y voir une quelconque prétention à se poser en « autorité mondiale » régissant le destin des puissances maçonniques, c’est si peu conforme aux réalités d’un monde maçonnique multipolaire, que l’on ne peut qu’en rire. Sur l’échiquier maçonnique international, le REAA est composé de puissances appelées « juridictions écossaises » n’ayant bien entendu aucun rapport hiérarchique entre elles. Il leur arrive même de diverger sur certaines options. En revanche, leur spécificité se trouve dans les rencontres qui ont lieu tous les deux ans entre Grands Commandeurs et dignitaires des juridictions différents pays qui maintiennent de la sorte une relation confiante et confèrent sur un thème de réflexion. Attacher une prééminence quelconque à l’une des juridictions et, par surcroît, lui prêter une ambition «  politique », serait bien méconnaître la réalité maçonnique dans ce qu’elle a de fondamental. S’il n’est pas faux de dire que le REAA a pu parfois servir d’outil diplomatique au Grand Orient de France, il faut aussi savoir que chacun occupe sa place et rien que sa place. Le Suprême Conseil  n’a pas vocation à descendre dans l’arène et il s’en porte très bien. Nous sommes les gardiens d’une tradition maçonnique  que nous concilions sans complexe, ni frustration avec une ouverture aux problématiques sociétales. Mais à la différence des obédiences, où l’on pratique les trois premiers grades, nous ne prenons jamais position publiquement sur rien. Nos juridictions sont des laboratoires de réflexion en amont de l’actualité. J’en veux pour preuve, qu’à la différence du Grand Maître du Grand Orient, un Grand Commandeur ne s’exprime jamais dans de la presse.
 
Humanisme : Pourtant, Alain de Keghel, à travers les colloques, les livres publiés sous votre égide et quelques interviews, vous semblez déroger à cette règle.
 
Alain de Keghel : Nous sacrifions ainsi au rite profane des anniversaires et si nous dérogeons aujourd’hui en communiquant, ce n’est que sur une thématique purement maçonnique. Cette politique de communication ne correspond donc nullement à un revirement de notre attitude constante en la matière. Mais ces commémorations ont un sens profond, celui du « mouvement de la force tranquille » plutôt que de la glorification du passé, de  la volonté de mettre en exergue, le temps d’un anniversaire, le travail d’un laboratoire philosophique, c'est-à-dire celui qui, toujours en amont, doit fonder l’action à venir dans la cité en ne perdant jamais de vue que nous vivons dans un « village planétaire ». Nos frères américains eux-mêmes, ne s’y sont pas trompés, si bien que la juridiction de Charleston célébrant son bicentenaire en 2001 nous a invités en observateurs et ce pour la première fois depuis 1879. A notre tour, nous les accueillerons pour nos célébrations avec bien d’autres encore. Cette démarche s’opère d’ailleurs dans le respect mutuel, en tenant compte des spécificités de chacun et sans mauvais compromis. Notre souci n’est ni la « reconnaissance », ni le  prosélytisme. Le nombre n’a jamais été un critère.
 
Humanisme : Vous ne cherchez donc pas à augmenter vos effectifs ?
 
Alain de Keghel : Non. Résolument non. Notre démarche est par essence exigeante. Notre source de recrutement se trouve uniquement parmi les maîtres de tous rites du Grand Orient de France et ne peut se trouver que chez ceux, comme je le soulignais tout à l’heure, qui ont  la forte motivation d’approfondir leur recherche maçonnique sur le long terme. Nous sommes aujourd’hui – et c’est une constante - quelque 7.000 maçons à avoir fait le choix du REAA des hauts grades. Pour le reste, il tombe sous le sens que chacun n’a pas le temps,  ou n’a pas le goût de s’investir dans une démarche qui exige une grande disponibilité. Cette démarche n’est pas une fin en soi et il serait bien infantile de viser à simplement vouloir se parer, comme vous le disiez vous-même il y a un instant, de titres pompeux,  si la démarche ne correspondait pas à une adhésion profonde et authentique à notre attitude philosophique. Ceux qui viennent nous rejoindre sont les plus rares, car ce sont ceux qui – je le souligne au passage venant dans la plupart des cas des Ateliers symboliques  travaillant au rite français Groussier- le désirent et que ne rebute pas l’effort soutenu. Seule compte la notion de hiérarchie initiatique qui ne se décrète pas.
 
Humanisme : Au sein du monde maçonnique, vous semblez être l’une des organisations qui dispose du plus vaste réseau de relations internationales.
 
Alain de Keghel : Vous aurez en effet compris par mes explications précédentes que le Rite Ecossais Ancien Accepté des hauts grades a une longue tradition de pratique des relations maçonniques internationales. Il est un trait d’union. C’est indéniable. Le Congrès de Lausanne de 1875 avait posé les bases de ce dialogue. Mais cet élan s’est  essoufflé, car le monde a connu des crises qui n’ont pas épargné la Franc-maçonnerie et le REAA. .En ce qui concerne notre Suprême Conseil, nos prédécesseurs se sont attachés dès le lendemain de la deuxième guerre mondiale à développer de nombreux contacts au niveau des juridictions des pays alliés. Puis en 1976 nous nous sommes employés à créer, d’abord en Europe, un noyau écossais qui a prospéré et pérennisé une relation d’exceptionnelle qualité. Nous avons instauré des rencontres internationales écossaises tous les deux ans. A chaque fois, elles se tiennent dans un pays différent, autour d’un thème de réflexion. Ce genre d’initiative entretient les flux d’échanges entre membres des différentes juridictions. Des échanges dont bénéficie le corps maçonnique dans son ensemble. Dans le contexte de mondialisation que chacun connaît, notre effort doit porter sur tout ce qui peut donner un  souffle durable et véritablement universel à ce courant écossais. Car c’est un élément de dialogue inestimable qui mérite toutes nos attentions. Et de fait, ce dialogue international est plus fécond qu’il ne l’a jamais été. Notre bicentenaire en atteste par ses publications, ses colloques et rencontres internationales.
 
Humanisme : Dans combien de pays le REAA est-il présent ?
 
Alain de Keghel : C’est difficile à dire précisément. Mieux vaut parler de zones géographiques de forte présence. Il y a bien sûr l’Amérique du Nord, mais aussi l’Amérique latine, l’Afrique francophone, plus que l’Afrique anglophone, le Proche Orient, l’Europe bien entendu et, en Orient, le Japon et la Corée. Le réseau est véritablement très étendu et actif.
 
Humanisme : Comment se déroulent aujourd’hui les relations entre les différents rites des Hauts Grades ?
 
Alain de Keghel : Nous avons hérité d’une anomalie institutionnelle de l’histoire. Les  circonstances et la volonté des Maçons de l’époque ont voulu que le Rite Ecossais Ancien  Accepté, héritier du Rite de Perfection, ait survécu à toutes les péripéties de l’histoire maçonnique sur laquelle il serait vain d’épiloguer ici. Il a n’a donc jamais cessé d’être exercé alors que le Rite Français des hauts grades, son « cousin », ne devait pas avoir ce bonheur . La renaissance du Rite Français, en 1996, après une très longue période de sommeil, était souhaitable, car ce rite est une partie intégrante et importante du patrimoine maçonnique. Sa renaissance ne fut d’ailleurs possible que par la volonté de Frères du Suprême Conseil du REAA qui souscrivaient à cette analyse et y prirent une part active déterminante. Le Rite Français a donc naturellement pris son essor et doit occuper sa place. C’est ce que nous souhaitons, même s’il est indéniable qu’après avoir initié cette réactivation, nous soyons parfois confronté à des réalités bien humaines. Il convient de n’y attacher que l’importance toute relative du moment et de ne pas perdre de vue que la diversité n’a jamais nui. Au contraire, elle doit être source d’émulation pour peu que l’on sache raison fraternelle garder et ne pas se méprendre sur les véritables enjeux. Le temps et la sagesse maçonnique aidant, soyons confiants que l’Ordre retrouvera bientôt une sérénité quelque peu malmenée. Notre vœu est d’aboutir dans ce domaine le plus vite possible. Le Rite Ecossais Ancien et Accepté n’est pas un système d’exclusion. Au contraire, sa vocation consiste dans la conjugaison de différentes sensibilités. C’est bien celle du GODF par définition. 
PROPOS RECUEILLIS PAR MARC V/ELIARD.  
dans "Humanisme"- n°  268 été 2004