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La Franc Maçonnerie
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    1.Définition_de_la_modernité
    2.Les_évolutions_de_la_modernité_actuelle
            Le_triomphe_de_la_modernité
           
    La_crise_de_la_modernité
    3.Les_propositions_de_la_franc-maçonnerie

    PROPOSITIONS_DOBJECTIFS
    PROPOSITIONS_DES_MOYENS

    *            *

    *

    La modernité, n'est-ce qu'un mot fréquemment utilisé à notre époque et dont le contenu reste imprécis, ou plutôt un ensemble de phénomènes de société propre à notre temps ?
     
    D'emblée, il peut être répondu qu'une nouvelle modernité a déjà commencé à éclore et à imprégner notre histoire contemporaine. Pourquoi une modernité et non: la modernité ? Parce que la protohistoire, la préhistoire et l'histoire sont jalonnées de modernités successives. Depuis la première modernité inaugurée par ceux qui ont pérennisé la station debout et fabriqué les premiers outils jusqu'à celle de la raison et de la science triomphante, en passant par le miracle grec, toutes ces modernités successives expriment une incomplétude comme une aspiration vers la liberté, pour proposer une nouvelle voie de réflexion.

    1.Définition de la modernité

    D'abord ce qu'elle n'est pas. Pour éviter toute confusion de termes, Georges Balandier différencie la modernité du modernisme qui, lui, se
    modèle seulement sur les mouvements de surface et qui se façonne selon leurs successions. Le modernisme peut donc être apparenté aux simples phénomènes des modes, alors que la modernité, par ses contenus multiples, a suscité plusieurs définitions.
     
    Pour Jean-Marie Domenach (1) : La modernité peut être considérée comme une morale canonique du changement... qui se veut toujours contemporaine et donc en rupture, sans cesse, renouvelé avec l'Ancien.
     
    Pour Alain Badiou (2) : La modernité dont nous sommes contemporains s'est étalée de la Renaissance jusqu'à aujourd'hui et nous assistons à son achèvement. Cette deuxième définition appelle deux commentaires:
     
    - Historiquement, la modernité a été inventée par les philosophes grecs avec leur recours à la sagesse. Quant à son achèvement, il est contesté par d'autres philosophes tels Domenach et Touraine (3). Pour compléter cette perspective historique, il peut être ajouté que la modernité doit être découpée en périodes:
     
    - celle des philosophes grecs, à laquelle on peut associer
    le mouvement gnostique jusqu'au lie siècle après notre ère;
     
    - de la fin du XVIIIe siècle jusqu'à la Révolution française;
     
    - de la fin du XIXe siècle jusqu'aux années soixante, à par- tir desquelles explosent toutes les remises en questions constituant les amorces d'un nouveau modernisme en gestation. Ce découpage correspond en fait, à autant de crises décrites par Domenach. Les définitions sont nombreuses car elles appréhendent dans leur pluralité les contenus successifs de cette modernité évolutive, mais aussi parce qu'elles dépendent des perspectives propres à chacun des auteurs qui en ont analysé le contenu. - La plus générale: la modernité, c'est le passage du sacré au profane, de la religion à la science. (4)
     
    - Plus précise : la modernité ce fut d'abord la séparation du monde objectif créé par la raison, ou en accord avec les lois de la nature, et le monde de la subjectivité qui est celui de l'individualisme et de la liberté personnelle.
     
    - Plus actuelle et plus pragmatique : l'homme est ce qu'il est, ce qu'il fait. Il doit donc exister une correspondance de plus en plus étroite entre la production et l'organisation de la société. La production étant rendue plus efficace par la science, la technologie et l'administration. .
    .
    - Prospective enfin, par une proposition point d'arrivée: la double nature de la modernité sera faite à la fois de rationalisation et de subjectivation. Si l'on veut déboucher sur une conclusion globale susceptible de transcender ces propositions successives, il semble que la modernité puisse être découverte dans tout ce qui conditionne et contribue à former l'époque dans laquelle nous vivons et qui aurait été créée à partir du mouvement d'émancipation de la raison et de la laïcisation du pouvoir. (5)
     
    On peut ajouter une volonté de changer radicalement les conditions matérielles de l'homme, mais aussi son comportement, par un refus de dogmatisme religieux, dont la nouvelle théologie qui se veut rationnelle, scientifique et pacifique constitue l'une des expressions, et par un refus de l'ignorance comme de l'arbitraire politique, même lorsque celui-ci s'auto-justifie par une situation dite d'urgence.
    2.Les évolutions de la modernité actuelle

    L'énoncé
    de ces différentes définitions sous-entend une évolution pouvant
    être classée en
    deux phases:
    -
    le triomphe;
    - la
    crise.,

    * - Le triomphe de la modernité
    Il
    s'est exprimé surtout dans l'idéologie occidentale, c'est-à-dire dans cette diffusion des produits de l'activité rationnelle qui sont les sciences, les technologies et les orientations d'une nouvelle administration qui se prétend capable d'organiser la société. Par exemple, les formes de production ont été rendues plus efficaces sur le plan économique, mais c'est ainsi également que Dieu a été remplacé par la science. Les croyances religieuses restant cantonnées à l'intérieur de la vie privée, on assiste à une libération face aux pensées dualistes, telles l'âme et le corps ou dieu et l'homme.
     
    Dans le même temps, par voie de conséquence, cette libération débouche sur une soumission à l'ordre naturel qui doit procurer un bonheur à l'homme et correspondre aux nouvelles règles du goût en matière d'esthétique.
     
    Au niveau social, la société devient source de valeur: le bien étant désormais ce qui est utile à la société. Ces idées, communes à Hobbes et Rousseau, font dépendre le social d'une libre décision humaine, et, sur le social se fonderont désor- mais les principes du bien et du mal. Tout orè:Jre du monde qui aurait été établi par Dieu est donc rejeté, et l'universalisme sera le fruit de la raison, avec ses trois impératifs d'égalité, de liberté et de fraternité.
     
    Anthony Giddens a détaillé cette idéologie occidentale en la fondant sur:
    - le capitalisme;
    .
    - l'industrialisme, en particulier celui de la guerre;
    - l'individualisme et la volonté de réglementation de tous les aspects de la vie sociale.
     
    Toutes ces expressions ont atteint leur acmé6 , d'après Domenach, à la fin du XIXe siècle, donnant ses plus beaux fruits à Vienne, au sein de l'élite juive germano- tchèque.
     
    Cependant, cette modernité n'a pas été que triomphe. La confiance exclusive placée dans la raison instrumentale et dans l'intégration sociale, était chargée de dangers. La volonté de destruction du sacré, de ses interdits et de ses rites, a créé un vide. De même, ce modernisme a pu être considéré comme un anti-humanisme car l'idée d'homme est liée à celle d'âme qui impose celle de Dieu7..
    Mais l'âme n'est-elle pas ce qui anime? Sans plus.
     
    Certes, cette analyse critique de l'idéologie moderniste ne doit pas conduire
    au retour de ce qu'elle a détruit, pour s'égarer du côté de l'irrationalisme et d'un tradi- tionalisme exclusif, comme le propose, sans esprit d'ouverture, René Guénon, pour ne citer que lui.
    Après un triomphe qui a buté sur des limites, la modernité est passée par une crise dont nous allons évoquer les étapes, les signes et les caractéristiques.  
                                - Les étapes:
     
    - la modernité en crise fut en premier, l'épuisement de certaines formes libératrices au fur et à mesure de leurs applications. C'est ainsi que la rationalisation, pierre angulaire de bien des modernités, reste incontestée lorsqu'elle introduit l'esprit scientifique. Elle devient en revanche, un impératif redoutable lors- qu'elle propose le taylorisme indifférent aux réalités psychologiques, physiologiques et sociales de l'homme au travail.
     
    - la modernité en crise fut ensuite la dégradation de la rai- son objective en raison subjective, c'est-à-dire que la vision rationaliste du monde s'est traduite par des actions purement techniques par lesquelles la rationalité a été mise au seNice des besoins.

    - la modernité en crise
    fut enfin l'idée de société, à la fois impératif et référence pour une nouvelle morale, qui s'est découverte sans aucun pou- voir devant une vie sociale de plus en plus ouverte, changeante et plurielle.
     
                                 - Les signes peuvent être détectés:
     
    - dans l'oeuvre de Sigmund Freud considérée comme l'attaque la plus 'systématique menée contre l'idéologie de la modernité, par la recherche de la liberté de l'individu, contre l'image rationaliste de l'homme. Ce jugement, porté par Touraine sur l'apport de la psychanalyse, doit être corrigé car elle fut constamment une démarche rationnelle dans ses analyses du rôle de l'affectivité à travers ses désirs de vie et de mort.

    - dans  l'oeuvre de Marx à travers laquelle le progrès n'est plus pensé comme le triomphe de la raison ou réalisation de l'esprit absolu, mais comme la libération d'une énergie 'et de besoins naturels (A chacun selon ses besoins) auxquels s'opposent les constructions institutionnelles et idéologiques. Pour Touraine, le marxisme est un anti-hurnanisrne, puisque pour cette philosophie, le progrès ne doit . pas aboutir à la réalisation d'une conception de l'homme mais à la libération de la nature.

    On peut ajouter que le marxisme avait également prôné son propre humanisme en soulignant que l'homme ne se réalise qu'en se mettant au service d'une cause qui le dépasse.

    -
    dans le mouvement, de plus en plus massif, de défense des identités collectives qui accompagne la montée du nationalisme pour aboutir à la clarté aveuglante du nazisme, lequel définit la femme pour la soumettre à l'homme, le Juif pour l'exterminer, la nation pour proclamer la supériorité de la race et de la nation allemandes. (8)

                                - Les caractéristiques les plus révélatrices de cette crise
     
    - En tout premier lieu, un nouveau conflit, qui a remplacé celui opposant raison et croyances, régulièrement réactualisé entre sujet personnel et les appa- reils de production, de gestion et de communication. (9)
     
    - Corollairement, le capitalisme, né avec le modernisme, recherche de plus en plus exclusivement le profit sans se soucier du développement humain des forces productives.
     
    -En outre, la consommation sous toutes ses formes, révèle des désirs qui échappent au contrôle social puisqu'ils ne sont plus associés à une promotion sociale: employés, ouvriers et agriculteurs, peuvent acquérir les mêmes moyens de confort ou s'offrir les mêmes loisirs que les cadres supérieurs ou la bourgeoisie.
    Cette généralisation du besoin de consommer, jusqu'à l'irrationnel, est devenue l'une des raisons du rejet par les intellectuels d'une modernité qu'ils considèrent comme désormais soumise aux besoins les plus médiocres.
     
    A ces phénomènes de société doivent être ajoutés:
     
                                - des signes de la disparition des contraintes morales, avec la généralisation des groupes mafieux comme avec l'extension de la corruption dans la vie politique.

                                -
    des signes de dysfonctionnement de la vie sociale:
     
    - avec l'apparition de flux migratoires massifs;
     
    - avec l'émergence des particularisme ethniques ou provinciaux (Algérie, Nigeria, Yougoslavie, Corse ...) à ",origine de guerres civiles prolongées;

    - avec les effets pervers de certaines lois dites sociales;
     
    - avec l'impuissance au dialogue vis-à-vis des populations jeunes.

    .                           
    - des signes de régression vers des passés culturels et religieux:
     
    - avec le refus du mondialisme ou de ,l'esprit occidental (l'intégrisme musulman mais aussi les mouvements néo-fascistes européens). -
     
                                - des signes d'incapacités successives à trouver des solutions aux problèmes des exclus.,,;.
     
    Quelles seront ou quelles doivent être les conséquences de cette crise?
    Doit-on conclure que l'univers d'aujourd'hui est déchiré entre le monde objectif et le monde subjectif, entre le système et les acteurs?
    Doit -on considérer cette décomposition comme irréversible?
    Doit-on pour illustrer ces interrogations par un exemple, condamner définitivement une société devenue sauvage où les laissés
    pour compte ont de moins en moins de chance de rentrer dans la course, où les inégalités sociales augmentent (10), pour refuser défensivement un libéralisme qui est le mode dominant de gestion du modernisme actuel?
     
    Heureusement, il n'en est rien et ceux-là mêmes qui sont à l'origine de ces analyses ne limitent leurs propos qu'à la critique puisqu'ils les complètent en affirmant que la modernité doit toujours être défendue, mais ouverte vers d'autres perspectives.

    3.Les propositions de la franc-maçonnerie

    L"ordre maçonnique a-t-il été, dans sa vie intérieure, perméable à la modernité actuelle? A l'inverse, la franc-maçonnerie est-elle en mesure d'infléchir la modernité, dans le sens qui lui paraît correspondre à ses fondements? Telles sont les deux interrogations qui seront formulées. Mais avant de répondre, il faut définir l'ordre maçonnique tout entier qui implique une universalité au- dessus de toutes les obédiences et de tous les rites. Les caractères communs qui permettent à l'ordre maçonnique de transcender les obédiences sont le recours aux traditions datant parfois de temps immémoriaux, et assurément, l'initiation, que l'on peut considérer comme le début d'une métamorphose de la personne.
     
    *- lnfluence de la modernité sur la franc-maçonnerie

    Le mariage de la franc-maçonnerie et de la modernité paraît être, de prime abord, une union impossible si on ne veut retenir que les rites maçonniques, multiples certes, mais paraissant inchangés depuis les origines fondatrices, et qui s'accompagnent de réflexions sur des symboles dont la durée est le caractère distinctif.
     
    Les orientations maçonniques pourraient être assimilées à une pensée fondamentale fermée à toute pénétration conjoncturelle, et pourtant....
     
    A chaque degré de la progression initiatique, un pan du patrimoine culturel de l'humanité est proposé à la réflexion du récipiendaire et se trouve, tour à tour, intégré au contenu de l'éthique maçonnique.
     
    Il n'y a donc pas introversion mais au contraire acceptation sélective de tous les apports successifs pouvant être utilisés pour cette transformation.
     
    Oui sans doute, concéderont les analystes, mais il n'en reste pas moins vrai que subsistent constamment une ambition spirituelle et un engagement social cheminant en parallèle ou s'affrontant dans les discussions en loges.
     
    C'est ainsi, surtout en loges bleues, qu'une certaine contradiction peut être relevée entre la démarche dite associative qui privilégie l'action politique à prédominance profane, et la démarche maçonnique proprement dite.
     
    Cette apparente contradiction relève pour certains, d'une démarche dialectique. Certes, une décantation s'opère dès l'accès aux ateliers du Grand Collège et c'est alors que la démarche philosophique prend le pas.
     
    Cette dialectique ne rend pas compte du terrain, c'est-à-dire qu'elle ne débouche pas sur une information à propos de la vie des loges bleues comme de celle des loges de perfection.
     
    Peut-on nier que les comportements des francs-maçons sont loin d'être toujours inspirés par la règle maçonnique et que les ambitions socio-politiques constituent souvent la raison des demandes d'affiliation? Peut-on penser alors,que la formation maçonnique transformera ces initiés qui se sont trompés dans leur démarche? Oui, mais évidemment pas dans tous les cas.

    Certes, il ne s'agit pas d'un phénomène strictement actuel, mais dans la mesure où le souci socio-politique constitue l'un des caractères de la modernité, il ne peut être oublié dans cet inventaire.
     
    Mais à côté de ceux qui croient discerner dans nos obédiences un tremplin pour leurs propositions profanes, il faut aussi mentionner ceux qui visent les promotions internes.
     
    Les grades et les fonctions assorties d'un pouvoir pourtant illusoire deviennent alors une drogue: la drogue des cordons (11), sans rapport avec leur vocation initiale de signes d'une progression sapientielle (12) .
     
    Quant aux loges bleues, comment passer sous silence une tendance au rejet des rites d'ouverture et de fermeture qui, aux dires de certains, allongent inutilement la durée des tenues et diminuent d'autant le moment réservé aux débats? Il est vrai que certains rituels, d'applications très restreintes, développent jusqu'aux limites de l'ennui et de l'inutile, ces mêmes rites d'ouverture et de fermeture. De cette même tendance relèvent les refus de toute référence au Grand Architecte, c'est-à-dire l'oubli volontaire de,tout absolu que l'on sait ne jamais pouvoir atteindre. Rappelons que le Rite Écossais Ancien Accepté ainsi que le Rite Écossais Rectifié assument cette référence métaphysique. .
     
    Quant au fonctionnement de l'institution des loges bleues, avec quelques tentatives d'irruption au sein des ateliers supérieurs, le démocratisme électif se traduit par une duplication des pratiques syndicales ou politiciennes, traduit encore et toujours par une certaine pénétration de la modernité. Ce type de fonctionnement ne peut pas être maçonniquement accepté, car une société initiatique n'est pas une société démocratique, puisque les avis et les votes ne peuvent être demandés qu'à ceux qui peuvent faire état d'un même degré d'initiation.
     
    Cependant, un tel bilan laisserait échapper 'l'essentiel s'il réduisait la franc-maçonnerie de notre temps à ces quelques contagions. L'essentiel est constitué par les rites, moyens d'intégration, mêmes inconscients, de la communication initiatique qui continuent de charpenter les loges bleues comme les ateliers supérieurs. Ce constat est vérifié par la création des ateliers de Perfection qui ont le double mérite de préparer sans surprise la progression des Frères vers le symbolisme des chapitres et de développer l'étude des traditions complémentaires. Les rites ne sont d'ailleurs pas l'apanage exclusif de la franc-maçonnerie. Confucius enseignait bien avant la naissance historique de l'ordre maçonnique que tout rite impose une discipline élévatrice et fécondante car, par sa répétition, il invite à chaque fois l'homme à se changer par ces relais de réflexion que sont les gestes, les attitudes et les symboles.
     
    Il y a dans la vie maçonnique une harmonieuse répartition entre le respect de traditions originelles légitimantes et l'accueil approprié ou non de certains apports de la modernité. C'est dans cette harmonie régulièrement renouvelée que réside sans doute l'une des raisons de la pérennité de cet ordre qui correspond à l'un des besoins fondamentaux de la pensée humaine, ou de la praxis13 .
     

    *- Les possibles influences de la franc-maçonnerie sur la modernité

    Il ne s'agit que d'une interrogation, car en termes quantitatifs, peut-on rai- sonnablement envisager que l'ordre maçonnique puisse infléchir le cours de la modernité?

    Comment quelques dizaines de milliers d'hommes et de femmes pourraient avoir
    la prétention d'influencer soixante millions de citoyens à l'intérieur de l'hexagone? A moins que la franc-maçonnerie ne limite son influence aux prises de conscience. De même pourra-t-on opposer que les francs-maçons français, malgré leurs effectifs réduits, peuvent devenir des directeurs d'opinion et compenser par leur qualité, la faiblesse de leur nombre. En sont-ils tous capables ou en ont-ils seulement la volonté?
     
    Les francs-maçons ont démontré dans le passé qu'ils avaient su être à l'origine de quelques grands projets nationaux devenus réalités.
    .
    Et puis, la modernité ne constitue pas seulement un phénomène de société cantonné aux limites de la nation française. Il y a l'Europe, il y a la planète.
     
    En admettant la possible réalité de ce pouvoir sur l'opinion, comment l'exercer?

    Par la proposition d'une idéologie?
     
    Certes, l'ordre maçonnique définit sa raison d'être comme une recherche continue de la vérité, d'une ouverture constamment maintenue en direction d'un pluralisme garant d'une liberté de réflexion, à l'inverse de quelque dogmatisme que ce soit. Il n'en reste pas moins vrai que si le terme d'idéologie peut-être considéré comme une conception du monde qui produit du sens pour un groupe qui y adhère(14) , alors la franc-maçonnerie peut-être appréhendée comme une idéologie dans toute l'acception de ce terme.
     
    Quant aux francs-maçons, ils peuvent et ils doivent être à la fois dans le monde et hors du monde(15) ce qui signifie que leur devoir d'assistance envers leurs Frères comme envers le monde profane doit s'exercer à tous les niveaux, celui de la vie sociale comme celui des idées.
     
    Quels pourraient -être les objectifs et les moyens?
     


    En premier lieu, un devoir d'analyse et de réflexion sur la modernité, et pas seu- lement un examen à un moment donné, car il s'agit de suivre pas à pas un phénomène de société en constante évolution avec périodiquement et géographiquement de nouveaux apports et de nouveaux changements de cap. Il s'agit en
    effet d'un phénomène mondial et l'observation ne doit donc en aucune manière être limitée à l'intérieur de tel ou tel pays, voire à l'échelle d'un continent.
     
    En outre, cette même observation doit embrasser les oppositions idéologiques mais aussi les modifications les plus étendues de la vie quotidienne des hommes.
     
    Au centre de ces changements, un bouleversement doit prioritairement être pris en compte: le développement galopant des utilisations de l'informatique et des techniques. Après homo erectus, l'homo sapiens, l'homo faber, l'homo economicus, homme symbiotique vivant en harmonie avec un être plus grand que lui, qu'il a contribué à produi re et qui le produit en retour.
     
    En d'autres termes, la conception, la fabrication, la généralisation d'ordinateurs de plus en plus performants débouchent sur un être particulier, mi-biologique, mi-électronique, beaucoup plus riche de possibilités que les éléments qui le composent. Et cet être, constitué par l'interconnection des cerveaux par des réseaux, doit renforcer, selon J. de Rosnay, l'appartenance à une entité supra-individuelle.
     
    Cette affirmation. relève-t-elle de l'imaginaire ou d'une prospective reposant sur les progrès exponentiels de l'informatique? Il apparaît que les recours systématiques à l'informatique constituent déjà cette entité supra-individuelle incontournable.
     
    Doit-on émettre, à son propos, un jugement de valeur? Il serait inutile puisqu'il s'agit d'un fait. Cependant, d'autres interprétations ont été émises.
     
    Doit -on limiter ces développements ? Aucun homme de pouvoir, aucun philosophe n'accepterait d'assumer cette responsabilité anti-progrès. Doit-on redouter quelques dérapages ? Rappelons que l'homme en a été le créateur et qu'il en conserve la maîtrise technologique, du moins jusqu'à présent. Une éthique peut et doit être préparée, car la prochaine application seront, d'après Rosnay, des prothèses pour notre cerveau qui pourront modifier notre comportement. Il n'est pas nécessaire d'attendre cette nouvelle étape pour commencer l'élaboration d'une éthique en ce domaine. .
     
    Ensuite, et tout au long de ces nécessaires analyses, un devoir de confiance et de fidélité dans l'esprit, comme dans la méthodologie de notre ordre, qui a traversé de nombreuses évolutions, qui les a parfois infléchies, et qui leur a survécu.
     
    Toute initiation maçonnique repose sur un engagement, dans une liberté adogmatique, qui s'exprime par un serment de fidélité à une foi en des idées que l'on doit vouloir garder vivantes, pour soi-même, pour ses Frères et dans la vie profane. Une pensée 1 n'échappe au néant et au bavardage que par l'effort qui la constitue.. de résister à l'oubli,  à l'inconstance des modes ...(16) et des modernités! Mais si la référence à l'homme doit être 1 la seule, comment pourra-t-il lui-même se situer?

    Pour certains, l'homme ne peut pas et ne doit pas être le seul critère. On peut lui rappeler les valeurs qui le dépassent et qui doivent le guider. Et en voulant tout ramener à
    la mesure de l'homme pris pour une fin en lui-même, on a fini par descendre, d'étape en étape, au niveau de ce qu'il y a en celui-ci de plus inférieur, et à ne plus guère chercher que la satisfaction des besoins inhérents au côté matériel de sa nature, recherche bien illusoire, du reste, car elle crée toujours plus de besoins artificiels qu'elle ne peut en satisfaire. (17)
     
    Cependant il faut aussi rappeler que l'homme peut produire de nouvelles formes de spiritualités. Le "refus-constat" de Guénon n'éclaire que l'un des aspects de cet humanisme de la modernité, car loin de répondre aux stricts besoins matériels de la modernité, il s'ex- prime par une recherche parfois éperdue et vaine de satisfactions purement spirituelles.
     
    La prolifération des sectes en est-elle le signe? Pas exclusivement, car l'échec actuel des Églises en est aussi la cause. Dans le droit fil de la recherche d'un humanisme, la franc-maçonnerie peut-elle apporter l'une de ses réponses? Oui dans la mesure où l'une des crises permanentes de la modernité se traduit par des conflits entre les hommes et que l'un des fondements de la vie maçonnique est la fraternité, même si parfois, la vie institutionnelle de telle ou telle obédience enregistre quelques errements qui n'altèrent pas en définitive la valeur de ce message.
     
    De quelle fraternité peut-il donc s'agir? De l'universalité du devoir d'amour. Mais peut-on se forcer à aimer, peut-on forcer quelqu'un à vous aimer? Assurément non, si l'on ne donne à ce terme d'amour que le contenu d'un sentiment, car. l'amour ne se commande pas et ne saurait, en conséquence, être un devoir. En fait 1'amour-fraternité visé par la morale maçonnique est d'abord une volonté de connaître et de comprendre l'autre comme l'on doit se connaître soi-même. Il s'agit donc d'une intelligence de l'autre, plus que d'un sentiment qui ne peut être éprouvé sur ordre. On peut ajouter que l'exclusion a toujours été et reste ol3e habitude, pour ne pas dire un réflexe, et que le volontarisme sera toujours nécessaire pour tenter de l'abolir, sans jamais pouvoir espérer une réussite généralisée autant que définitive. Pour être plus précis, Comte-Sponville a différencié trois degrés dans l'amour:

    - l'amour-désir, l'amour concupiscence;
    - l'amour-philia , l'amour spirituel: j'aime et je suis joyeux à l'idée que tu
    existes. (18),
    - l'amour-agapé ou amour universel, désintéressé et sans volonté de puissance. Pour Simone Weil, cet amour est contraire à la violence, autrement dit de la force, qui s'exerce comme de la puissance qui gouverne. Cet amour-philia comme cet amour-agapé doivent être l'essence de la fraternité maçonnique. Fraternité, valeur constituant une réponse à toutes les oppositions, à toutes les guerres intérieures accompagnant une modernité placée souvent sous le signe d'un refus de sagesse. Il faut cependant ajouter, pour l'efficacité du message maçonnique, que pour maintenir son identité, il faut être assez puissant et assez volontariste pour irradier ses propres valeurs.
     


    A ce propos, il parait primordial de rappeler l'esprit qui doit animer cette démarche lequel doit être assuré par:
     
    - une connaissance préalable des besoins des individus et des groupes en sachant bien que celle-ci ne doit pas être une simple acquaintance19 avec un objet connu, mais qu'elle doit être complétée par le savoir, c'est-à-dire par des jugements pouvant déboucher in fine sur une science spécialisée ou globale. Connaissance et savoir qui sont susceptibles de poser une interrogation sur l'indication d'éthique régulièrement souhaitée à propos de telle ou telle application des acquis de la science.
     
    - une critique démocratique, celle à laquelle Socrate se livra2O . Seuls les totalitaires estiment que toute critique est agressive en ne sachant pas distinguer le juge- ment hostile du jugement inamical.
     
    Cette nécessité de la critique démocratique, chère aux francs-maçons, doit leur faire refuser la pensée unique. Qu'est-ce que la pensée unique aujourd'hui? C'est un empirisme subjectif, une chape de conformisme, une abstention de toute originalité inconvenante. Si la pensée est unique, c'est qu'une autre ne lui est pas substituable.