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Colloques du Bicentenaire

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Colloque 

bi-centenaire

à

Metz

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 Transtemporalité de la Tradition maçonnique,

                                                            Pérennité et adaptation. 

 Très Puissant Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil, Grand Collège du R..E..A..A.. du G..O..D..F.., Alain de KEGHEL.

T..C..F.. Yves JACOB, Représentant de l’Ordre de G..O.D..F.. et vous tous, mes SS.. Et mes FF.. en vos grades et qualités. 

Qu’il me soit d’abord permis de vous exprimer ma gratitude pour la chaleur de votre accueil, pour l’insigne honneur que vous faites à vos frères belges en les associant à cette importante commémoration et en m’accordant si généreusement votre confiance pour prendre la parole, ici, à Metz, dans d’aussi heureuses circonstances. Je tiens encore à adresser spécialement mes remerciements aux VV.. FF.. R.M. et P.N. avec lesquels nous avons établi des contacts et dont nous saluons le dévouement à la franc-maçonnerie.

           2004 restera pour nos deux Obédiences une année privilégiée pour une double raison :

d’abord la fête des 200 ans d’existence du Suprême Conseil de France, ensuite la signature au Zénith de Paris, le 13 mai dernier du Traité d’Amitié et de Coopération entre le « Suprême Conseil, Grand Collège du R..E..A..A.. » d’une part et de l’autre le Souverain Collège du Rite Ecossais pour la Belgique » qui est en même temps le « Soeverein College van de Schotse Ritus voor België » car en Maçonnerie, il n’y a et ne peut y avoir de frontière linguistique. D’ailleurs en 1804, la Belgique était française. Elle était alors constituée de 9 départements et, pour immortaliser la victoire du général Dumouriez remportée en 1792, un 6 novembre comme aujourd’hui, ce qui correspond de nos jours à la province du Hainaut fut dénommé Jemmapes (à présent Jemappes). La fondation du Suprême Conseil de France concerne donc aussi directement les Belges. 

Par leur initiative, Alexandre de Grasse-Tilly et Germain Hacquet ont rendu à la Maçonnerie européenne un inappréciable service, d’autant plus qu’il existe à présent un espace maçonnique européen qui doit beaucoup à la France et particulièrement à notre T..C..F.. Alain Bauer. 

          1804-2004 déjà 2 siècles ! Que de bouleversements en ces 200 années pour la France, pour l’Europe et pour le monde.

Comment au milieu d’un tel tourbillon d’événements et de mutations profondes dans tous les domaines de l’activité humaine, la Tradition maçonnique a-t-elle pu donner au moins l’impression de les traverser indemne sans subir le sort de tant de courants de pensée et de tant d’organisations profanes ? Que contient-elle donc de si particulier et de si fort qui ait pu convaincre toutes ces générations successives ?

 Mon intention n’est pas d’orienter mon exposé vers des problèmes relevant de l’histoire et de l’évolution du R..E..A..A... On consultera à ce propos, avec le plus grand profit, les remarquables travaux de l’Aréopage « Sources ».

Mais mon objectif est ici plus modeste : proposer à vos réflexions quelques considérations ayant trait à la transtemporalité de la Tradition maçonnique, aux conditions de sa pérennité, aux nécessités de son adaptation tout en tenant compte de la spécificité des trois lieux où peuvent s’exercer la maçonalité, à savoir : le Temple, les séminaires ou groupes de travail et la société profane.

Ces trois niveaux sont pour les Maçons indéfectiblement unis par une notion qui a souvent battu de l’aile au cours de ces dernières décennies dans le monde : le Devoir.

Et ce Devoir, souvent assimilé chez nous à la recherche mythique de la Parole Perdue, n’est pas marqué du sceau de la temporalité.

Le rite de passage au 4ième degré apporte, dans les quatre sentences qui dans la Tradition accompagnent les quatre voyages, un aperçu panoramique de tous les devoirs que le Maçon Ecossais aura réellement à mettre en pratique au fur et à mesure de sa progression, d’un degré à l’autre.

Ces devoirs n’ont rien de coercitif pour le Maçon qui, selon l’expression consacrée, connaît bien l’Art. Ils sont de toutes les époques ; Ils ont, dés le départ, un caractère qui situe la dualité complémentaire du singulier et de l’universel dans une perspective transtemporelle. 

La transtemporalité de la Tradition maçonnique s’explique d’abord par sa sortie du temps classique. C’en est une propriété remarquable.

Par temps classique j’entends celui qui a cours dans le monde profane, encore que dans ce milieu qui est le nôtre en dehors du Temple, on soit bien loin de l’unanimité en ce qui le Concerne.  

On peut, bien entendu, en retenir son acception ordinaire pour laquelle le temps chiffré encadre la vie familiale, le travail, les loisirs, les vacances, les programmes de télévision, les anniversaires, les calendriers des fêtes, les transports en commun, toute activité conditionnée par la vie sociale et liée à la lecture des heures, des minutes et des secondes, des jours, des semaines, des mois, des trimestres et des années, sans que l’on se pose beaucoup de questions sur les fondements. 

De ce temps-là, la Tradition maçonnique s’est effectivement retirée.

Elle est, dans le Temple, sortie du temps qui fait date à l’extérieur, du temps qui calcule, qui mesure, qui compare, valorise ou dévalorise, additionne, soustrait, établit des barèmes et divise les hommes ; du temps qui millésime les siècles, soumet l’homme à la Loi par son acte de naissance, confère sa souveraineté au chronomètre et à l’horloge.

           Les choses se compliquent dés que, dans le profane, on dépasse la limite de la normalisation irréfléchie. Sommes-nous alors encore en droit de tenir le temps en dehors du Temple ? 

Pour les philosophes le temps est depuis toujours une énigme.

Bernard Piettre n’écrit-il pas : « La question du temps est sans doute l’une des questions les plus difficiles de la philosophie. » ?

Le fond du débat millénaire tourne autour de la réalité ou de la non-réalité substantielle du temps. A-t-il une existence objective, indépendante de nous ou n’est-il une entité que d’une manière subjective dans la conscience des représentants de notre espèce ?

Pour Aristote le temps était « le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur » mais il n’existait pas en dehors de l’âme.

 La notion de temps a donné lieu à pas mal de controverses raffinées comme celle qui opposa la version du temps-durée, chère à Bergson, aux tenants du temps-instant parmi lesquels figurèrent Roupnel et Bachelard.

 Faut-il soutenir la thèse de la flèche du temps (les professeurs d’histoire disent avec plus d’humilité la ligne du temps) ou préférer le temps cyclique qui nous est dicté depuis des millénaires par l’observation du mouvement apparent des astres que l’on a longtemps cru immuable, éternel, jusqu’à ce que l’astrophysique du 20ième siècle le projette aussi dans la mortalité.

 On peut accorder le primat au temps-rythme, présent partout autour de nous et jusque dans notre corps. 

La science physique, après avoir longtemps boudé le temps comme secondaire et l’avoir plutôt laissé à la spéculation philosophique, en a retrouvé l’intérêt à partir des théories de la relativité, de la physique quantique, du chaos et des débats sur la réversibilité ou la non réversibilité du temps ou de la causalité à l’échelle atomique.

 Le développement extraordinaire de la génétique jongle à sa manière avec le temps.

 En tant que franc-maçon on est également en droit de se poser la question : en quoi toute cette agitation intellectuelle concerne-t-elle l’initiatisme ? En reste-il des traces dans la Tradition maçonnique ?

De toute façon le Maçon ne peut pas faire fi d’une problématique qui englobe toute l’humanité, l’obsède depuis les origines.

 Le temps n’est pas neutre pour l’homme qui le charge de ses souffrances, de ses regrets, de ses angoisses, de l’usure de son corps et de la perspective de la mort. N’est-il pas vrai que ces aspects dramatiques se retrouvent transposés dans nos rites ? Les philosophes ne sont pas nécessairement plus sereins que le commun des hommes. Wittgenstein écrit ; « Où va le présent lorsqu’il devient passé et où est le passé ? ». Et Unamuno se torturait devant la fuite du temps…

           On entend souvent dire que la Maçonnerie est en dehors ou au dessus du temps. Mais ne sommes-nous pas là en présence d’un malentendu ou d’une faiblesse d’expression ?

 La Tradition maçonnique, celle qui s’exerce dans le Temple n’aurait-elle pas simplement affaire à une autre sorte de temps que nous allons tenter d’approcher et qui fera de toute manière l’objet de la discussion ?

 Une objection majeure pourrait être : mais, enfin, la franc-maçonnerie s’affirme être une société progressive prônant le passage par la connaissance pour atteindre la sagesse.

C’est vrai. Mais c’est peut-être ici que se justifie pleinement le partage entre deux lieux maçonniques : le Temple et le séminaire, car leurs raisons d’être sont différentes et complémentaires. La vitalité de la Tradition maçonnique dépend de ces deux localisations spécifiques.

 La Maçonnerie décape la surface des pensées de ses prétextes, conscients et inconscients. C’est pour une bonne part ce qu’elle appelle les purifications. Les prétextes s’accrochent aux préjugés que le temps entretient quand on cherche à le matérialiser, à le colorer aux préceptes d’une époque, quand on s’imagine le concrétiser.

La mission principale de la Tradition maçonnique, et particulièrement celle du R.E..A..A.., se situe sur le terrain de l’éthique et de l’humanisme.

Le travail dans le Temple n’est pas quantitatif mais qualitatif. Il ne vise qu’à améliorer notre condition d’homme tant sur le plan de la sensibilité que de la rationalité et il poursuit inlassablement le rêve de construire une humanité plus heureuse parce que plus juste et plus paisible, ouverte à la convivialité.

 Oui, le temps propre à la Tradition maçonnique existe sinon il ne pourrait pas y avoir de transtemporalité mais ce temps-là, indéfinissable, c’est un temps de vie dans l’immédiat.

 Cependant les discussions profanes sur les théories du temps ne sont pas à exclure. Elles prennent seulement place dans le deuxième milieu maçonnique : les séminaires ou les groupes de réflexion puisque c’est là que les messages initiatiques des rituels rencontrent les réactions et les points de vue et que c’est là que les connaissances diverses produites par l’expérience de chacun autorisent des confrontations déférentes et la prise en considération des acquis et des vécus ainsi démultipliés.

C’est là que le Maçon à l’intérieur de sa loge peut exercer son sens critique et quelquefois découvrir des progrès et des reculs de l’humanité. C’est là que le temps profane se mesure en temps initiatique. C’est là que la réalité fréquente l’idéal.

 Les séminaires sont donc d’une importance capitale parce qu’ils donnent d’abord l’occasion de comprendre et d’approfondir les rituels et qu’ensuite ils assument le rôle indispensable et préparatoire d’interface à doubles reflets entre le Temple et le monde profane où les initiés vont retourner et agir.

           La sortie du temps profane s’opère une première fois dans le Cabinet de Réflexion. Toute la puissance du symbole y concourt par l’exiguïté du lieu, la feuille sur la table dont la blancheur contraste avec l’obscurité ambiante et l’inscription latine VITRIOLUM sur l’un des murs.

 Le Testament philosophique est incontournable pour la préparation initiatique. On aurait tort de n’y voir qu’une simple formalité ni même un banal témoignage de bonne volonté.

 Pour assumer son véritable rôle, il ne peut être que l’aboutissement d’une plongée ineffable par la mémoire et de manière fulgurante dans l’ensemble de la vie antérieure accomplie sous le règne de la quantité avant d’en réémerger dans le présent sous la lumière intérieure encore faible de la conscience.

 Vous m’excuserez, je l’espère, de vous le rappeler : l’intérieur de la terre, c’est nous-même ; la rectification, c’est l’abandon des voies impures sur le plan de l’éthique ; la pierre cachée n’est autre que l’idée de perfection, l’idée seulement, la perfection en puissance, car la perfection en acte – soyons lucides – nous ne l’atteindrons jamais. Enfin, la véritable médecine dévoile la perspective infinie du travail maçonnique, la rectification morale constante. La pierre cachée, l’idée de perfection, nous place sur nos Voies Royales, toutes individuelles, celles de nos perfectionnements successifs, les yeux de l’esprit tournés vers l’Etoile, la Lumière, l’Idéal auquel s’est voué la Maçonnerie en vue du plus grand bien de l’humanité.

Il faut devenir meilleur soi-même pour espérer améliorer les autres.

 Pour nous la perfection n’est que visée mais elle est essentielle.

 Le VITRIOLUM nous projette d’un coup dans le domaine d’un autre temps.

Le testament philosophique sous-tend l’idée de la mort initiatique au monde profane, celui qui justement contient la notion de temps classique. Il déblaie la portion du labyrinthe qui conduit à la Porte du Temple, vers la palingénésie, la nouvelle naissance, une re-naissance en vue d’un monde meilleur, toujours initiatique et symbolique certes, mais porteur d’espérance, rassembleur d’énergies, refuge d’humanisme.

 Au règne de la quantité va succéder le règne de la qualité. De cette conversion-là nous sommes tous les gardiens spirituels.

 La Tradition fait sortir le Maçon du temps profane mais c’est par l’intermédiaire de l’Initiation et du travail sur soi.

 Jean Hani écrit « pour sortir du temps, il faut que se produise une rupture brutale, qui arrache l’homme au tourbillon et le fixe dans son état propre. ».

 Ce n’est pas spécifiquement l’initiation maçonnique qui intéresse cet auteur mais ce qu’il en dit est un principe valable pour toute initiation.

C’est le choc initiatique qui introduit le candidat dans le Temple de l’Humanité, modèle de perfection universelle auquel chacun continuera à se référer tout au long de sa progression ultérieure. Le candidat est immergé dans l’immédiat qui efface la temporalité.

 Pouvons-nous suivre Jean Mourgues quand il écri : « le mystère du temps est que seul existe l’instant qui n’est pas saisissable » ?

L’instant présent insaisissable est-il compatible avec la transtemporalité ?

La Tradition maçonnique serait alors un éternel présent qui nous obligerait aussi à sortir de L’historicité. La Tradition implique nécessairement la résistance aux modes, facteurs de datation et de fragilité.

 Sortir du temps classique et de l’historicité, est-ce à dire que la Tradition se soit refermée sur elle-même, sourde et aveugle aux mouvements de la société profane, qu’elle serait inaccessible à tous changements ?

 Certes, elle ne peut pas être passéiste, ce serait réintroduire le temps profane mais on pourrait être tenté de lui reprocher son fixisme, son conservatisme ou son immobilisme.

 Comme ce serait mal la connaître !

 Bien que le procédé ne soit pas des meilleurs pour me faire comprendre, si, ayant recours au langage graphique de la logique formelle des propositions, j’écris la minuscule « p », dans ce cas, je veux dire que je peux remplacer ce signe « p » par n’importe quelle proposition, par exemple: Paris est la capitale de la France.

 Dans ce cas, « p » est la forme et « Paris est la capitale de la France » est la matière. Mon analogie consiste à considérer la Tradition comme la forme et les variations de la réalité sociale et intellectuelle comme la matière, avec néanmoins ce correctif nullement négligeable que la forme logique est rigoureusement fixe et neutre en tant que signe alors que la Tradition maçonnique n’est pas totalement imperméables aux influences de l’extérieur. Ce qui nous évoque une autre analogie de la Tradition : cette constatations aux origines mêmes de la pensée grecque qu’au travers de tous les changements d’apparence de l’être humain à mesure qu’il avance en âge, il y a quelque chose qui demeure identique et qui assure son unité.

           La Tradition est le noyau peu altérable de la franc-maçonnerie. Elle en assume la solidité et la continuité, la pérennité, la transtemporalité. Mais entendons-nous bien : Tradition n’est pas traditionalisme. Ce serait la réduire à une doctrine, ce qui est contraire à sa fonction et à son contenu.

           Tout ce qui dans nos rituels traditionnels couvrant nos 33 degrés du R.E..A..A. ; fait allusion au temps, est de nature purement symbolique et non chronométrique. C’est le cas, entre autres, des heures d’ouverture et de clôture des travaux et des âges correspondant aux divers degrés.

 Si d’aventure - et très rarement - une date est prononcée, comme c’est le cas pour la condamnation des Templiers, elle ne figure qu’en tant que chiffre-symbole derrière lequel on avance une critique transtemporelle à l’endroit de toute forme de pouvoir discrétionnaire, personnel, dictatorial, religieux ou laïque, et la dénonciation de ses méfaits.

 La quête des Chevaliers Rose-Croix est un manifeste transtemporel de refus de toutes les atrocités que les hommes commettent envers d’autres. Ne sommes nous pas là - hélas - en pleine actualité mondiale ?

 

Nos fêtes de la nature, de leur côté, ne fournissent aucune précision de dates. Elles rappellent seulement le rapport de l’homme aux saisons et l’interdépendance du microcosme et du macrocosme encore accrus de nos jours par les effets dévastateurs d’une industrialisation massive, non maîtrisée, au niveau planétaire.

 L’utilisation administrative de l’ère maçonnique (nous sommes en 6004) n’est-elle pas un indice supplémentaire de la sortie du temps profane ?

 Le nombre, dans la tradition, n’y est jamais posé que dans une perspective ésotérique qui se voudrait d’inspiration pythagoricienne. 

               Comme l’écrit Michel Mirabail : « Le nombre est une qualité de l’être : une Essence, un archétype (…) Les nombres sont en effet les caractères du livre du   Monde. Le nombre est à la base de toutes les cosmologies et fonde les systèmes de leurs analogies (…) Si le nombre est la clef de l’univers, c’est parce que tout est    proportion (…) La notion de proportion est une catégorie de l’être avant d’être      un mode de raisonnement mathématique ».

                Ceci nous fait penser à la géométrie universelle de la lettre « G » et à la géométrie proportionnelle et non mathématique des bâtisseurs de cathédrales, le fameux trait.

           Ainsi donc, pour résumer, il nous paraît raisonnable d’admettre que la mort initiatique, la palingénésie, le cabinet de réflexion, le « VITRIOLUM », l’initiation, la Voie Royale et les divers degrés de l’Echelle Ecossaise, toute la Tradition de la franc-maçonnerie aient comme fin première la longue aventure de l’auto-reconstruction de l’homme-maçon qui, resoulignons-le, aurait pu être vécue à n’importe quelle époque.

 La Tradition maçonnique est transtemporelle précisément parce qu’elle est de toutes les époques et de n’importe quelle époque. Elle est permanente, à la fois stable et souple, ni passéiste, ni immobiliste et surtout pas dogmatique ni étroitement prescriptive.

 Le transtemporalisable entre dans la manière d’être par le truchement de la méthode symbolique, des systèmes symboliques parallèles et équivalents, des rituels, du légendaire, de la traduction signifiante du plan de l’élévation du Temple qui réunit tous les aspects de la sensibilité à la raison pour l’édification d’un homme complet.

 La transtemporalité s’entretient par la fréquentation assidue des tenues.

           Cependant l’homme ne peut parvenir à se débarrasser intégralement du temps. Il est un être-au-temps comme il est un être-à-la-mort.

 Si la Tradition prend l’homme dans sa généralité en même temps que dans sa personnalité en dehors du temps profane, cette attitude philosophique n’est pas sans présenter de sérieux risques. Kant, qui devait disparaître en 1804, faisait du temps une forme à priori de la sensibilité humaine.

 En deçà du Parvis, à l’extérieur, les idées et les mentalités évoluent et les Maçons franchissent la Porte dans les deux sens. La création du R..E..A..A.. fut un chef d’œuvre mais les soubresauts du monde profane nous imposent la problématique d’une adaptation, évidemment sous certaines conditions pour éviter que ne se reproduisent les dérives du passé. Nous ne vivons plus au 18ième siècle, ni au 19ième quand la Maçonnerie était le fait de l’aristocratie, de l’armée et de la haute bourgeoisie.

 Pour entreprendre une adaptation valable, il est nécessaire tout d’abord de repérer les périls qui nous menacent.

 La philosophie de ces dernières décennies, à côté de mises à jour judicieuses, a malheureusement trop souvent engagé la pensée contemporaine dans ce qu’elle a nommé une « déconstruction ».

Le terme lui-même doit éveiller la vigilance d’un Ordre qui représente au contraire la construction.

 Ce sont les fondements de notre idéal et de notre éthique qui ont été saccagés.

Une certaine influence nietzschéenne et, parmi d’autres brûlots, les attaques de François Châtelet, en 1968, contre toutes les formes de l’humanisme, ainsi que l’avènement d’un individualisme exacerbé et jouisseur qui trop souvent dépasse l’égocentrisme vers l’irresponsabilité et qui, paradoxalement, est un individualisme de masse et de consommation, l’attraction immodérée du pouvoir par ou pour l’argent propagée par les mass média alors que la paupérisation, le recul de la sécurité sociale, l’écartèlement des familles, les difficultés de l’école, la délinquance juvénile, la violence, la xénophobie, le racisme, l’intégrisme, le fanatisme des uns et des autres, la déconsidération populaire de la démocratie s’étendent ; Tout cela nous présente un triste spectacle à ce point éloigné de notre idéal qu’il arrive à en paraître naïf, anachronique ou angélique.

 Les valeurs auxquelles nous restons attachés, tout en les relativisant : la vérité, le sens, la dialectique historique porteuse d’espérance, le progrès, la liberté de conscience, le sens critique, la raison, la science, le respect d’autrui, la fraternité, toutes sont battues en brèche au nom des convictions hédonistes ou de doctrines psychologiques qui ne mesurent pas toujours la portée de leurs conséquences.

 S’épuisant trop souvent à ses jeux autodestructeurs, la philosophie de la fin du siècle a cru retrouver vigueur par le lancement d’une controverse artificielle entre la modernité et ce que, faute d’un terme plus approprié, on a désigné comme postmodernisme.

 Au nom du relativisme de la contingence universelle, on a flétri et ridiculisé notre universalisme, taxé d’uniformisation, de formalisme, d’utopie et d’occidentalisme, à la suite de quoi, très curieusement, on a cru bon de s’en prendre à la tolérance et aux Droits de l’Homme. Par dégoût de l’autorité, on a prôné une notion de l’Etat centrifuge jusqu’à l’atomisation des pouvoirs.

 Le monde déboussolé a perdu ses repères.

 La mission la plus importante qui nous est dévolue aujourd’hui est de nous atteler résolument, intelligemment et avec réalisme à l’édification des prolégomènes d’une nouvelle éthique qui tout en plongeant ses racines dans notre terreau, tienne compte de la problématique contemporaine.

 En somme, là encore, c’est de l’adaptation qui s’impose.

 Passé l’an 2000, la crise est loin de s’achever. Elle a pris la forme détestable de la résignation et de la normalisation. Gilles Lipovetsky, dont on a pu apprécier « le crépuscule du devoir » termine son livre « Les temps hypermodernes » publié cette année-même, en 2004, par une constatation en teinte grise : « Ces quelques scénarios du devenir philosophique en temps hypermoderne ne sont ni dramatiques ni enthousiasmants ».

 Il est hors de question que les Maçons se croisent les bras en spectateurs.

 Il faut donc s’adapter. Il faut donc adapter pour sauver l’essentiel.

           Adapter, selon l’une des définitions courantes, c’est « arranger une œuvre littéraire pour la rendre conforme au goût du jour ou la transposer dans un autre mode d’expression ». (Petit Larousse 2001)

Tel n’est pas exactement le sens que nous accordons à ce verbe par rapport à la Tradition dont le mode d’expression ne peut être que nos rituels. Nous nous refusons à les soumettre au goût du jour, surtout dans les circonstances actuelles, ce serait inverser le rayonnement de la franc-maçonnerie hors du Temple et en invalider la transtemporalité.

Adapter signifie pour nous « rendre intelligible » en raison de l’évolution du langage et satisfaire à une sorte d’équilibre entre les exigences mouvantes du monde profane et la pérennité sereine de la Tradition.

 Par rapport à nos textes rituels, l’adaptation implique trois types d’opérations différentes: conserver (avec dans certains cas rétablir), changer et supprimer. Il faut donc par un travail de concertation suivi et reposant sur une information sans failles décider quelles sont les choses à conserver, quelles sont celles à changer et celles à supprimer.

           Il paraît logique que celle à conserver ou à rétablir tiennent à l’essence même de la franc-maçonnerie, qu’elles font à ce point corps avec elle que les ignorer serait à coup sûr les dénaturer. On classera donc dans cette catégorie ses caractéristique constitutive, ses méthodes, sa structure initiatique, sa finalité, son état d’esprit ou sa raison d’être. Nous sommes là en présence de constantes relevant de l’aspect strictement intérieur de la Tradition maçonnique et aptes à perpétuer la transtemporalité.

           Celles qu’il faudra changer sont au contraire déjà frappées du sceau transitoire, séquelles des temps limités et des modes qui ont réussi à franchir subrepticement la Porte du Temple. Elles sont le fruit d’une volonté sincère mais maladroite de modernisation que guette l’anachronisme.

Les remplacer par d’autres mises à jour du même type ne ferait que reporter sur les générations futures les mêmes déconvenues. On a ici affaire à des variables relevant de l’aspect extérieur, strictement temporelles et préjudiciables à la transtemporalité.

           Pour tout ce qui concerne les suppressions, il est à souhaiter de commencer par examiner en dehors de toute passion partisane s’il n’est pas préférable de les remplacer par quelque chose ayant le même sens mais plus accessible à la compréhension des FF.. En coupant sans discernement, on peut sectionner une articulation essentielle à l’intelligence du contexte et propager la contagion de la déconstruction.

       => Une règle générale devrait présider à toute modification et à toute suppression : d’abord s’assurer que l’on ait bien saisi le sens de ce que l’on veut changer ou supprimer avant d’y procéder. 

Un rituel est un tout, comme un être vivant, dont les idées et les symboles s’enchaînent les uns aux autres dans une progression interne dont on ne comprend pas toujours immédiatement la logique.

           Ce qui est à conserver, c’est ce qui différencie la franc-maçonnerie de tout autre organisation humaine.

Il appert que la principale caractéristique tient à l’assertion bien connue : « la franc-maçonnerie n’invoque aucun dogme ». En corollaire : la franc-maçonnerie n’est pas dogmatique. Contrairement à ce que l’on entend quelquefois dans l’un ou l’autre morceau d’architecture, la franc-maçonnerie n’est pas une doctrine car une doctrine présuppose une transmission des dogmes. La franc-maçonnerie ne transmet pas de dogmes. Elle transmet des questions et elle laisse à chacun le soin d’apporter ses réponses et son argumentation. Les plus grands philosophes sont ceux qui n’ont cessé de douter d’eux-mêmes et de se renouveler tout au long de leur carrière. La loge est le réceptacle à l’intérieur duquel peuvent mûrir des pensées grâce au ferment irremplaçable de la liberté et des échanges. La liberté et le respect de la différence doivent transparaître dans tous nos rituels mais la franc-maçonnerie n’est pas neutre sous prétexte qu’elle est adogmatique. Elle a le devoir de s’engager dans la lutte chaque fois que l’humanisme, la liberté et le respect de la différence sont en danger, ce qui est clairement le cas aujourd’hui. Ceux qui n’ont pas cette tournure d’esprit se sont fourvoyés dans notre Ordre.

           Je tiens aussi à attirer l’attention sur la nécessité de conserver aux rituels leur beauté et leur poésie. L’atmosphère des rites participe pour beaucoup à l’émotion qui doit précéder la réflexion. 

          Le vêtement d’origine de nos rituels est d’une importance secondaire. C’est là, évidemment de ma part, un point de vue personnel.

 Je pense que l’on pourrait sans encombre puiser, avec évidemment les précautions d’usage, dans d’autres cultures, comme nous l’avons fait dans notre Obédience avec le bouddhisme et le mithraïsme. Cela favorise la méditation sur la différence et la transtemporalité et peut être du meilleur effet sur les relations humaines extérieures. Ceci ne met absolument pas en cause la qualité de nos rites actuels. Mais si dans les siècles à venir, la franc-maçonnerie en arrivait à s’implanter en profondeur sous d’autres latitudes, je crois qu’elle ne pourrait éviter une adaptation qui tienne compte des coutumes locales inscrites dans un autre contexte culturel. Les modèles judéo-chrétiens étaient simplement plus commodes pour des Occidentaux du 18ième et du 19ième siècles. L’essentiel n’est pas là. Nos propres rituels ne sont plus semblables à ceux de ces époques.

Mais il faudra veiller, pour ne pas être complètement sorti de la Tradition maçonnique, à ce que ces transpositions alloculturelles s’attachent à chaque degré aux mêmes questionnements que les nôtres.

 Si la présentation diffère en surface, les soubassements sont identiques, communs à tout le genre humain. Ce sont des universaux. C’est grâce à notre méthode symbolique que de tels arrangements sont possibles, aussi bien avec le charme de passages archaïques dans les rituels existants que dans l’éventualité de futurs rituels adaptés à d’autres cultures.

 Jean Chevalier a bien noté ce trait particulier de la logique interne propre au symbole: la constance dans la relativité.

A propos de l’archaïsme il convient de distinguer entre un archaïsme volontaire soulignant la transtemporalité et un archaïsme accidentel comme celui provoqué par une modernisation intempestive rapidement dépassée.

 Un objet dans les rites peut paraître archaïque parce qu’il se présente sous une forme simple, transtemporelle, développant mieux la vitalité symbolique. Par exemple, pour la symbolique des outils du Compagnons et de ceux du 22ième degré, on ne fait pas appel aux machines et à la technologie de pointe qui appartiennent au monde de la quantité, de la productivité et de la performance, soumis aux lois du marché.

Les vieux outils traditionnels, par contre, relèvent du monde de la qualité humaine car ils mettent en jeu pour l’expression du talent la relation personnelle, immédiate et créative, entre le cerveau, la main, outil naturel prolongé par l’artificiel, et le matériau brut.

La machine n’est que médiate: elle interpose entre l’artisan et son œuvre la somme anonyme des recherches et des découvertes techniques qui lui sont étrangères.

 Je me souviens, il y a longtemps, d’un texte datant de la première partie du 20ième siècle, dû, si je ne me trompe, à la plume de Guy d’Avenel, qui pourrait servir ici d’illustration.

Il écrivait: « si l’hôtesse te confie une bougie pour dans la pénombre rejoindre ta chambre, tu la remercies mais il ne te viendrait pas à l’esprit de remercier la compagnie d’électricité ».

 Notre défense du progrès se situe sur un autre plan.

           La transtemporalité de notre Tradition est aussi assurée par sa structure. Bertrand Russel dans « Human Knowledges » affirmait: « exposer la structure d’un objet, c’est mentionner ses parties et les façons dont elles sont en relation les unes avec les autres.

L’analyse de structure procède usuellement par étapes successives  « Ce que nous considérons comme unités non analysées à une étape, à l’étape suivante se présente sous forme de structures complexes ».

Ceci ne s’applique-il pas tel quel à notre structure en 33 degré ?

Là encore se télescopent des problèmes de conservation et d’adaptation.

Nous en ressentons quelques fois les effets autour de nous.

 Le R..E..A..A.. s’offre à l’observateur livresque comme un ensemble harmonieux. Chaque degré apporte son message. Mis bout à bout ils devraient composer une progression cohérente de thèmes moraux soumis à la conscience des Maçons Ecossais.

 Malheureusement, il n’est plus possible à notre époque pour diverses raisons tenant à la complexité des exigences et des rythmes de la vie quotidienne de procéder à chacune des cérémonies. Il faut sélectionner. La conséquence de ces ruptures pour les Maçons que la curiosité ou des obligations diverses n’ont pas poussé à l’étude est une certaine perplexité. C’est pourquoi la relation structurelle des messages est brouillée. Là encore le transtemporel risque d’être confondu avec l’anachronisme. L’adaptation devrait donc se charger de rendre plus claire les liaisons entre les degrés d’abord dans les rituels pour ce qui regarde ceux qui sont donnés par communication, ensuite dans les réunions de séminaires ou de groupes de travail. Une fois de plus la rencontre et les échanges entre FF.. de formations différentes pourraient avantageusement pallier cette carence.

           L’adaptation - cela coule de source ! - ne pourra jamais trahir la double finalité de la tradition humaniste, individuelle et collective.

Toute notre symbolique vise à l’Union des Contraires qui n’est pas fusion des contraires.

Notre horizon idéal est le bien-être de l’humanité toute entière dans le respect des différences conçues comme une richesse et non pas comme une menace. Cet état d’esprit, cette manière d’être, cette auto-discipline intérieure, cette prédominance de l’amour et de la fraternité sur la compétition doivent imprégner de façon sensible tous nos textes rituels et tous nos travaux.

Des discours figés, par trop conventionnels et moralisateurs manquent leurs cibles.

 En résumé, les efforts réfléchis de l’adaptation doivent agir sur trois niveaux qui sont pour les Maçons des terrains d’action de la Tradition appliquée :

               Les rituels pour le travail initiatique dans le Temple,

               Les séminaires ou groupes de travail pour l’approfondissement,

               Le monde profane pour y faire rayonner notre idéal.

Ainsi la tradition pourra exercer sa véritable fonction et traverser encore bien d’autres siècles.

 Elle ne peut se contenter d’instaurer le bonheur entre ses murs. Des épreuves pénibles l’attendront toujours à l’écart de l’Orient pour que le bonheur de vivre ensemble dans la paix puisse aussi s’instaurer en deçà du Parvis, parmi les hommes qui n’ont pas reçu la Lumière.

 Entre ces trois lieux de l’activité maçonnique, il me paraît utile de remarquer l’existence d’une certaine porosité.

Ainsi les morceaux d’architecture n’appartiennent pas vraiment à la tradition bien qu’ils soient exposés dans le Temple mais ils auraient tout aussi bien pu l’être ailleurs et n’ont pas toujours existé. Ils sont, en toute logique, une extension du travail des séminaires.

Il est par ailleurs remarquable que certains morceaux d’architecture n’ont avec la Tradition maçonnique qu’un rapport assez lointain.

De même les us et coutumes et tout le contenu administratif et réglementaire changeant d’application temporaire dans les loges sont à distinguer de la Tradition, même s’ils en garantissent le bon fonctionnement. La transtemporalité n’y a rien à faire directement.

 Quant aux rituels de table lorsqu’ils se déroulent dans la salle des banquets, ils ont été transportés, sous l’influence anciennement militaire, hors de leur lieu normal. Ils relèvent eux aussi de la Tradition.

           Il nous reste à répondre à la question fondamentale de la maçonalité.

Comment reconnaître dans le tourbillon des idées contemporaines ce qui est maçonnique et ce qui ne l’est pas ?

 Je vous propose, pour terminer, un petit moyen mnémotechnique sous la forme d’un mot dont chaque lettre représente une tendance. Je dis bien une tendance ou une attitude philosophique qui malgré la désinence en « isme » se refuse à toute doctrine, à toute dogmatique. Tout Maçon consciencieux reste et restera toujours entièrement libre de ses interprétations.

 Ce mot est « CURARE ». Il est bien connu que le curare est une substance utilisée en chirurgie. Les curarisants sont appréciés pour leur utilité en anesthésie. De plus, prononcé en latin, le mot curare (couraré) signifie soigner. Il rejoint donc la « véritable médecine » du VITRIOLUM.

           Dans CURARE, le « C » introduit le complémentarisme qui résume la définition, la finalité et le processus de la franc-maçonnerie.

Le complémentarisme, c’est le respect de la différence et la volonté affirmée de régler tous les conflits entre FF.. par l’écoute de l’autre; c’est réussir à vivre ensemble en admettant le droit d’autrui de ne pas épouser nos opinions, nos convictions et nos approches personnelles de la réalité.

 Un F.. philosophe de profession, me dit un jour, après l’un de mes morceaux d’architecture à Bruxelles, qu’il n’était pas d’accord avec le complémentarisme. Tout progrès selon lui, est le résultats des éléments d’un affrontement.

Cela peut être vrai, trop souvent, dans le monde profane mais en loge, toute divergence peut se faire entendre librement. La résultante égrégore des colonnes ou des régions n’a pas à passer  par la guerre.

Cela s’appelle « fraternité active ».

 Sans complémentarisme, il n’y aurait que sectarisme et politisation. La franc-maçonnerie n’invoque aucun dogme.

Le complémentarisme, ce n’est donc ni l’éclectisme à la Victor Cousin ni un quelconque syncrétisme artificiellement constitué et imposé.

Le complémentarisme est le salut de l’Ecossisme pris au milieu des remous de la pensée contemporaine.

           L’« » représente l’universalisme qui consiste non pas à vouloir que tous les hommes nous ressemblent mais à travailler pour le bien de tous les hommes dans leur généralité quelles que soient leurs cultures.

            Le « R », c’est le relativisme. La franc-maçonnerie se méfie des vérités présentées comme absolue qui divisent au lieu d’unir et elle est animée du respect des particularités.

 Remarquons - et c’est très original – que en maçonnerie, contrairement à ce qui se passe dans le monde profane, l’universalisme et le relativisme ne sont pas contradictoires. Ils sont aussi complémentaires.

           Le « » marque la prédominance de l’actif sur le passif comme le montre la place du compas sur l’équerre et toute la progression des degrés du R..E..A..A..

           Le « R » et le « » se combinent eux aussi dans une perspective complémentaire.

C’est le ratio-existentialisme unissant, comme les colonnes de Force et de Beauté, la raison et toutes les variantes de l’existentiel pour construire un homme complet.

           Construire un homme complet avec une ouverture complète sur le monde pour tenter de le rendre meilleur, n’est-ce pas là au travers de tous les degrés l’objectif majeur et l’idéal du R..E..A..A.. ?

                                                           Exposé de notre T.C.F. Freddy de Greef 

                        Présenté à Montigny-les-Metz le 6 novembre 2004-12-26

          A l’occasion du « colloque commémorant le Bicentenaire du R.E.A.A. » dans la Région Lorraine

 

 

BICENTENAIRE :CONCLUSIONS DU COLLOQUE DE METZ

                                               PAR LE  T\P\S\G\C\ Alain de KEGHEL 33°

(6 novembre 2004)

 Le moment est donc venu de tirer les conclusion de ce riche colloque du bicentenaire du R\E\A\A\ à Metz et il fut si riche de contenu que ce n’est pas une mince affaire. Je me livrerai donc à un exercice qui ne saurait être de synthèse mais plutôt de révérence à  l’histoire de notre rite et à ses premières manifestations dans le « creuset messin ». Vous le connaissez beaucoup mieux que moi bien sur, mais vous savez l’intérêt que j’y porte.

Nous en avons entendu aujourd’hui des travaux et communication d’une hauteur de vue exceptionnelle sur la Transtemporalité comme sur l’histoire et la philosophie de notre rite.  Certaines évocations nous ont remémoré la place particulière, le rôle charnière, qu’ont occupé, dès le XVIIIè siècle,  les francs-maçons œuvrant dans un espace maçonnique continental européen s'étendant de la ligne bleue des Vosges à St Petersbourg en passant bien sûr et inévitablement par l’Allemagne et les pays voisins dont les Frères sont venus partager notre colloque . Nous avons tous encore, j’en suis convaincu, la tête pleine de ce magistral travail présenté par notre si brillant Frère Freddy De Greef, si heureusement complété par les interventions riches et vivantes de René Hailly sur les origines du Kadosh ainsi que sur la vision moderne du grade par Georges Lerbet. Le débat et l’échange ont ajouté à la richesse de la réflexion.

 Les courants philosophiques successifs qui ont marqué l’évolution et la genèse du R\E\A\A\ sont tous passés par ce carrefour messin : l’Hermétisme, l’Alchimie, la Cabale, les rosicruciens, l’ésotérisme chrétien qui ont constitué les divers archétypiques ordonnés par les fondateurs dans une progression dévoilant une évolution lente et progressive, selon une méthode qui nous est propre ; car nous pratiquons un rite capitulaire dont une des caractéristiques et particularités est bien celle-là. Il faut savoir patienter pour progresser car l’élévation dans l’échelle des grades du Rite écossais est fondamentalement initiatique. Ce qui a pour corollaire une exigence forte dans laquelle certains ont cru pouvoir déceler un élitisme discriminant et qu’ils ont cru pouvoir décrier car ce rite ne serait plus dans l’air d’un temps ou tout s’accélère. Si, comme dans toute institution, fut-elle d’essence philosophique, des dérives individuelles peuvent exister par moments, nous croyons pouvoir affirmer qu’il n’en est point ainsi aujourd’hui et que le Suprême Conseil y veille même avec une attention sourcilleuse.

La valeur du temps nécessaire à la lente maturation demeure ce qu’elle a toujours été d’autant que la course aux effectifs n’a jamais fait bon ménage avec la qualité.

Notre objectif est, ainsi que j’ai pu le déclarer récemment dans un entretien accordé à « Humanisme », de tendre vers l’excellence ou la Perfection toujours hors d’atteinte, comme but ultime, en sachant que cet effort sur soi-même, quelle qu’en soient l’intensité et la sincérité, ne sera jamais couronné du résultat ambitionné. Si nous avons, les uns et les autres, choisi cette voie au-delà de la Maîtrise, c’est que nous avions conscience des insuffisances d’une démarche inachevée et par de –là une exigence plus forte d’aller plus loin et plus à fond dans la recherche. La nature de cette recherche, nécessairement intime, est aussi variée qu’il y a de FF\ et donc d’individualités. Et lorsque nous abordons le thème de la spiritualité, comme nous venons de le faire en suscitant des contributions de tous les FF\ des Ateliers du Grand Collège à ce sujet, nous constatons combien la lecture de ce concept est l’affaire d’individualités héritières d’un environnement, d’une éducation, d’une culture dont l’un se sera émancipé, tandis que l’autre les revendiquera avec force. L’appropriation individuelle de la démarche initiatique est sans doute le meilleur garant de la liberté de pensée et de conscience, de la libre pensée et en dernière analyse, de la laïcité moderne et contemporaine. C’est, j’y reviens avec plaisir, avec une rare subtilité raffinée que notre Frère Freddy de Greef nous a invités ce matin à une "revisitation" philosophique du rite, sans en exclure l’évocation de la modernité et des adaptations non dénaturantes qu’il nous faut envisager. Car notre univers est en mouvement et il nous invite à aller à la rencontre d’autres espaces que celui judéo-chrétien dans lequel nous sommes restés confinés.

Ici à Metz, nous ne pouvons oublier – et encore une fois, ce colloque nous l’a remémoré – que nous sommes en un point de convergence, à la croisée de ces peuples d’Europe fait d’hommes et de femmes marqués par une longue histoire de voisinage, de destins partagés, de guerres et de paix, de sang et de larmes. Mais aussi au carrefour d’une Fraternité qui ne connaît point de frontières et qui, très précocement, a même eu la singularité de porter un dialogue philosophique et ésotérique transcendant les langues.

Ce « creuset messin » porte donc, plus que tout autre, la marque de la rencontre des peuples et de l’espace dans lequel elle se situe. Ceux que nous appelons les aventuriers ne sont-ils pas fondamentalement des personnes qui, sorties de la normalité – nous avons entendu citer la référence à Emmanuel Kant :« être au temps » -, ont dérangé et nous dérangent toujours ? Voila une interrogation !

Que ce soit Willermoz, les Frères Casanova ou Cagliostro, les mélanges, les alternances de genres, les exubérances et extravagances, donc les excès, ne sont guère nos références, nous qui aspirons à la Sagesse qui consiste à faire descendre la raison dans la réalité. Et cependant, chacun d’entre eux, à sa manière, avec son génie propre, c’est-à-dire parfois avec son grain de folie, a marqué son temps à son rythme et à sa façon. Au besoin en additionnant d’ailleurs des successions de rites qui perdurent car ils correspondent à des sensibilités que nous aurions tort de méconnaître ou de négliger même si, à titre individuel ou collectif, nous ne nous y reconnaissons pas.

Ce colloque a aussi eu quelques autres mérites et notamment celui de porter notre attention sur le grade de Chevalier Kadosh, sur sa place dans l’éveil de l’homme et dans les combats que nous conduisons. Des combats se situant là où le domaine de l’esprit anticipe sur celui des attitudes dans la cité. Nous sommes  gardiens de valeurs, détenteurs de repères, nous Kadosh et nous nous réfèrons donc à cet esprit fondamentalement chevaleresque et noble qui refuse obstinément d’abdiquer devant tous les « ismes » : absolutisme, intégrisme, racisme notamment. Ce combat fondé par un discours rationnel est humanisé par la place faite au récit imaginaire qui puise aux sources d’une méthode maçonnique familière. Il importe, alors même que nous venons d’évoquer longuement ces références au passé et à la tradition née ici, de nous situer dans le temps et l’espace présents pour envisager l’avenir à construire. En 2005, nous célèbrerons le centenaire des lois républicaines sur la laïcité et nous nous poserons, nous Kaddosh, en défenseurs ardents et vigoureux de ces valeurs qui font la cohésion, le ciment d’une société pluriethnique, multiculturelle et fraternelle car capable de ce dialogue respectueux et aimant des différences, capable donc d’aller plus loin que la simple tolérance. Tolérer, c’est bien, mais apprendre à aimer celui qui pense, respire, aime autrement, c’est encore mieux. C’est à ce dépassement spirituel que nous sommes tous invités pour construire une société humaine pour l’homme dans un monde, où nous devons prendre conscience aussi du caractère unique au monde de chaque individu.

C’est lui qui est au centre du projet maçonnique et non les enjeux  ou stratégies d’autres natures et bien secondaires, sinon subalternes, qui bourgeonnent ici ou là et agitent certains esprits en mal de véritable, généreuse et authentiquement ambitieuse démarche maçonnique. C’est par le dépassement spirituel que nous nous inscrivons dans la voie du progrès fondé sur la raison et l’amour.

Il nous a paru essentiel aujourd’hui de mettre l’accent sur ces repères et ces valeurs qui doivent nous distinguer et nous guider. S’il en était autrement, nous ne serions que de pales figurants d’une divine comédie et nous aurions donc failli à nos engagements.

En cette année du bicentenaire au contraire nous renouvelons solennellement notre engagement qui est  fait à la fois  d’exigence, de rigueur et d’amour. Les contributions entendues, les débats dont elles ont été assorties, votre présence nombreuse ici à Metz, celle de Juridictions amies et de FF et de SS de tous horizons qui êtes venus partager ce moment de fraternité, tout cela atteste de  réalités écossaises fortes, pérennes et tolérantes. Gardons forte cette conscience des hautes valeurs que nous défendons et que nous prônons, car c’est elle qui guide notre réflexion et notre action.

C’est sur ce souhait qui est avant tout une affirmation du rite, que je déclare la clôture solennelle du colloque du Bicentenaire du REAA à Metz..

 J’ai dit.

Catalogue de l'exposition