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Colloques du Bicentenaire

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Colloque 

bi-centenaire

à

Bordeaux

*Invitation au colloque de Bordeaux

*Présentation du Colloque

 

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Le Colloque de Bordeaux a été centré sur l’histoire de la ville ; en effet, trois évènements essentiels pour la vie de l’Écossisme et celle du Rite Écossais Ancien Accepté se sont déroulés dans la capitale aquitaine.
 
1745 : création d’une Loge écossaise, certainement l’un des premiers Ateliers travaillant au-delà du grade de Maître ayant fonctionné en France.
Ses Règlements et rituels sont connus, grâce à la correspondance entretenue avec les « loges-filles » de Saint-Domingue, de la Martinique et de la Nouvelle Orléans.
Cette Loge, dont la vie est retracée dans L’Écossais n° 4, fut fondée par Étienne Morin, maçon actif dans les loges de Bordeaux.
 
1762 : Morin s’embarque à Bordeaux pour Saint-Domingue le 27 mars.
Il est porteur de la fameuse Patente signée l’année précédente par la Première Grande Loge de France en son Grand Conseil des Grands Inspecteurs Grands Élus Chevaliers Kadosh. Il emporte avec lui un système de vingt-deux grades écossais, ou Ordre du Royal Secret, lentement élaboré à partir des multiples degrés de l’Écossisme. Cette série, enrichie de suite par un grade terminal, le Prince du Royal Secret, création personnelle de Morin, sera reprise par Francken sous le nom de Rite de Perfection. Elle servira de base pour l’élaboration du Rite Écossais Ancien Accepté, par adjonction de huit grades, afin d’arriver aux trente-trois. Ce fut l’œuvre du Suprême Conseil de Charleston, en 1801. 
1804 : le 4 juillet, Alexandre François Auguste, Comte de Grasse, Marquis de Tilly, débarque dans le Port de la Lune. Il est porteur du titre de Grand Inspecteur Général, ce qui lui permet d’installer le R\E\A\A\ en France. Ce qui fut fait immédiatement.
 
Telle est la trame du Colloque, présenté par Jean Delfaud, Président du 15e Secteur. Jean-Marie Matisson, Conseiller de l’Ordre, parlant au nom du Grand Orient de France, précisa l’apport du R\E\A\A\ pour notre Obédience.
 
Ce programme fut particulièrement enrichi par une évocation du Bordeaux de cette époque, ville opulente, cosmopolite, merveilleux exemple de l’architecture du XVIIIe  Siècle. Le Professeur Michel Figeac fit un très bel exposé sur ce sujet dont il est un spécialiste reconnu.
 
Yves Hivert-Messeca s’attacha à démontrer la modernité du REAA, insistant sur sa complexité, son nomadisme et son universalité. La conclusion revint au T\P\S\G\C\ Alain de Keghel, dont l’allocution est reproduite. 
Les actes complets du Colloque seront mis à disposition en septembre
Suprême Conseil Grand Collège du Rite Ecossais Ancien Accepté- G\O\D\F\
  
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 Bicentenaire de l’arrivée en France du Rite Ecossais Ancien Accepté
 
1804 –2004
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 Actes du Colloque du 15ème Secteur 
 
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* Allocution_du_Délégué_Régional_du_Conseil_de_l’Ordre_du_G\O\D\F\
 
* Bordeaux_porte_de_l’Atlantique_au_XVIIIe, par le professeur Figeac université de Bordeaux III 
 
* La_modernité_du_Rite_Écossais_Ancien_et_Accepté, par Yves Hivert-Messeca
 
* Allocution_de_clôture_du TPSG, Alain de Keghel
 
 
Présentation du thème : «  BORDEAUX PORTE DU R\ E\ A\ A\ »
 
Président du 15ème Secteur
 
          Très Puissant Souverain Grand Commandeur, Alain,
          Très ill\ Commandeur Robert, Très ill\ Frères sur l’estrade ou dans la salle,
          Mes SS\, Mes FF\, Mesdames, Messieurs
 
         Le thème que nous avons retenu est « BORDEAUX PORTE DU R\ E\ A\ A\ ».
        
Comme tous les titres, celui-ci mérite quelques commentaires :
Le véritable sujet est l'Écossisme actuel, vivant, tel qu'il est vécu dans toutes les parties du Monde. Un rite hérité de 200 ans de pratique continue et d'évolution, donc d'histoire.
Le sujet comporte ainsi un volet historique, mais nous ne voulons pas réaliser un colloque de spécialistes réservé aux seuls historiens. Cette rencontre s'adresse à tous les Maçons adogmatiques, quel que soit le rite qu'ils pratiquent.
Le sujet est aussi la ville de Bordeaux, non comme modèle dominateur, mais comme espace concret d'émergence d'un système, dans un milieu social donné, qui l'a façonné.
         Ajoutons que cette ville n'était pas fermée sur elle-même. C'était un port, ouvert sur le monde mythique des Isles.
         Ainsi cerné, le but de ce colloque est de comprendre l'Écossisme d'aujourd'hui, à l'aube du XXIe siècle, tout en analysant sa genèse dans le temps, au siècle de Lumière, le XVIIIe, et dans l'espace, sur les deux rives de l'Atlantique.
         Il n'y a pas de construction sans les hommes. Nous parlerons donc des chefs de chantier, en particulier de Morin, grand rassembleur, un peu aventurier, un peu colporteur, et aussi de la société qui l'entourait, fournissant les FF\ qui ont vécu cette aventure sans en mesurer la portée, ce qui est toujours le cas des acteurs d'un temps fort de l'histoire.
         Encore une courte réflexion sur le mot-clé de ce titre, sur le concept de Porte.
         Bien sûr, une porte est un des éléments essentiels de toute construction. Suivant le projet architectural, elle peut être monumentale ou fortifiée ou étroite, voir dérobée. Dans tous les cas, son fonctionnement est double :
une porte peut être largement ouverte et laisser pénétrer les hommes, les idées, les valeurs, spirituelles ou matérielles,
une porte peut être fermée ou refermée, dans une attitude prudente, voire peureuse.
         En fait, une ville portuaire montre les deux fonctionnements : ouverte sur un estuaire, elle exporte marchandises, idées, hommes, mais elle reçoit en retour marchandises, hommes, idées venant de pays lointains, neufs, ou riches de traditions différentes des siennes.
         Ces apports, la ville doit les enfermer dans des entrepôts, des caves, des palais où mythes et idées vont fermenter, puis se structurer, avant de constituer un système solide qui se propagera, dans la région, dans la Nation (ou le royaume), dans le monde enfin.
         Ouverture et fermeture, tel fut le rôle de Bordeaux, nous allons l'expliciter.
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         J'ai dit que l'évolution de l'Écossisme, ancré dans le concret, s'articulait selon une histoire et une géographie.
         (1) La dimension historique correspond à cette partie du XVIIIe siècle durant laquelle des systèmes variés sont apparus dans de nombreux centres, Paris n'étant que l'un de ceux-ci. Pour être plus précis, il s'agit de la période que Cl. Guerrillot a qualifiée de décennies prodigieuses, proposant les dates de 1743 à 1773.
         Dans le très bel ouvrage édité pour le Bicentenaire, cette histoire est revisitée et analysée. Je ne la commenterai pas. Et nous aurons, durant le colloque, des éclairages précis sur les systèmes bordelais de cette époque.
         Une remarque s'impose toutefois. Dans un tel contexte éclaté de naissances parallèles (le paléontologue que je suis parlerait de polygénèse), on ne perçoit qu'un tissu écossais très bariolé, si je peux me permettre cette image textile, un véritable patchwork, pour rester anglo-saxon. Le drap, bien ordonné (en apparence du moins), avec des bandes régulières qui se combinent, ne viendra que plus tard. Ce sera le Rite Ecossais, un vêtement ample qui recouvre encore des personnes variées et qui permet de nombreux usages, de l'exploration aventureuse des espaces nouveaux à des rassemblements plus conformistes, dans des soirées feutrées et sécurisantes.
         (2) Après, le temps, abordons l'espace, pour ce qui nous concerne, Bordeaux, son port, sa région, ses relations commerciales. Le Professeur Figeac va nous décrire la structure de cette société bordelaise qui a abattu les remparts de la ville médiévale, qui commence à vivre avec de longs quais, mais qui garde une structuration interne complexe dans la discrétion des belles maisons taillées dans la noble pierre lumineuse extraite des noires carrières de St-Émilion ou du Blayais.
         De nos jours, cette ville, débarrassée de sa crasse qui se voulait distinguée, est présente à nos yeux. Un des plus beaux ensembles urbains d'Europe disait déjà Stendal. Une ville qui associe structure classique et décors baroques, témoignant des hésitations de l'époque, entre pensée rationnelle et rêveries, une contradiction qui est bien celle du système écossais, à moins que ce ne soit sa richesse et sa grandeur.
         Bien sûr, ce port échange avec l'arc atlantique européen, espace redevenu à la mode depuis que les Charentais ont découvert que La Rochelle se situait à mi-chemin entre les deux caps Finistère, celui de la Galice et celui de la Cornouailles. Bien sûr, ce port communique avec les Tropiques, même si cet échange reste entaché d'un commerce esclavagiste, tache noire dans un système lumineux.
         Je voudrais également insister sur les rapports de Bordeaux avec son arrière-pays, avec l'Aquitaine. Un mot de géographie : cette vaste région, qui s'étend des contreforts du Massif Central aux reliefs pyrénéens, est, en gros, drainée par la Garonne, devenue fleuve sous le nom de Gironde. L'espace landais, hostile, fut longtemps un obstacle aux échanges, sans compter que deux fleuves, la Charente et l'Adour, qui jusqu'au Miocène convergeaient vers Bordeaux-Arcachon, se sont détournés vers le nord et vers le sud. Mais il reste les échanges commerciaux, les pastoralismes, les routes. Dès le XVIIIe siècle, divers foyers écossais se sont allumés à partir de l'étincelle venue de Bordeaux. Citons : La Rochelle, Saintes, Périgueux, Bergerac, Bayonne, Pau. Cet arrière-pays, un peu frondeur, un peu provincial, a participé au bouillonnement créateur. Et il continue...
         Le décor ainsi planté, il sera possible de passer aux acteurs, à savoir un homme, Morin, et un milieu social complexe : les colonies sous les tropiques, associant des îles et les territoires du Sud-Est des Amériques.
         (3) La personnalité de Morin va être étudiée par le T\ ill\ F\ J.P. Donzac. Il est né dans l'arrière-pays, en Quercy. Il a vécu à Bordeaux, puis a beaucoup voyagé, tout en revenant périodiquement dans le Port de la Lune. L'homme était sûrement complexe, avec des zones d'ombre que l'on excuse ou que l'on blâme, suivant le regard porté.
         Il est sûr qu'à Bordeaux, comme ailleurs, les aventuriers font peur, et que les grands voyageurs véhiculant des idées originales, en associant diverses communautés, ne sont pas toujours appréciés par les soi-disant autochtones. Le scandale Papon est là pour nous le rappeler...
         Retenons cependant que Morin fut un de ces accoucheurs de l'histoire, une de ces personnalités qui, à un moment donné, dans un cadre donné, sert de catalyseur. Bien sûr l'infrastructure économique, sociale, administrative, constitue le milieu nourricier de toute création. Mais l'aventure individuelle d'un homme est toujours nécessaire pour faire l'Histoire. D'où le thème : Morin et sa ville, Morin et Bordeaux.
 
         (4) L'aventure ne serait pas complète si on n'évoquait pas l'autre rive de l'océan, les Amériques. Nous nous félicitons de la prochaine venue, pour le colloque final de Paris, des historiens Maç\ américains. Ils nous apprendront beaucoup des choses précises.
         Dès maintenant, on peut évoquer ce monde fabuleux des tropiques, un peu mystérieux, mais surtout chaud, lumineux, fascinant en somme. Ce Nouveau Monde n'était pas encore figé dans des certitudes dominatrices. Il était divers, varié, complexe. Tout s'y mélangeait : les marchandises, les communautés, les religions, les langues enfin, car on parlait français, anglais, espagnol.
         Ce creuset, ce melting-pot ou cette mescla, ce n'était sûrement pas un paradis !!! La vie et la compétition y étaient rudes pour les noirs bien sûr, mais aussi pour tous les commerçants-aventuriers qui voulaient rapidement parvenir. Cependant le système n'était pas bloqué, toutes les créations pouvaient être expérimentées, en associant divers apports, qu'il s'agisse de pensées, de traditions, de religions, de mythes. Une partie de la richesse et de la diversité de l'Écossisme en porte la trace. Il est bien connu que les espaces nouveaux, les marges, loin des centres et des structures figées, ont une forte créativité. Ainsi s'explique que ce milieu ait permis la structuration de deux chefs d'œuvres : l'Écossisme et... le Jazz.
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         Après ces exposés, il sera alors possible de revenir au R\ E\ A\ A\ actuel et d'en cerner les grands traits, ce qui sera la tâche du F\ Yves Hivert Messeca.
         Première caractéristique qui s'impose à tous. C'est un système compliqué, sans cohérence apparente, une sorte de montage qui juxtapose, selon une arithmologie aléatoire, diverses traditions. Depuis Edgar Morin, l’actuel, celui de Mai 68, il est de bon ton de faire l'apologie de la complexité, ce qui n'implique pas l'exacerbation des différences. Retenons ici que cette complexité est le reflet de la période de genèse, le XVIIIe siècle, beaucoup moins linéaire et rationnelle que voulaient nous le faire croire les grands anciens préoccupés par le combat pour la Liberté et la République, mais cette complexité correspond aussi aux contradictions des villes et sociétés, en pleine mutation, qui ont vu émerger, puis se codifier, l'Écossisme. Le R\ E\ A\ A\ reste structurellement marqué par la diversité de ses sources, de ses lieux d'émergence, car il fut fondamentalement pluripolaire, puis pluricontinental si je peux me permettre ce néologisme.
          Une seconde caractéristique, essentielle, en découle : ce montage, ce patchwork, propose de nombreux parcours. Aucun trajet n'est imposé, chacun va à sa vitesse, là où il veut aller, c'est-à-dire de lui aux autres et vice versa. Rite adogmatique, le R\ E\ A\ A\ est profondément libre, libérateur, humaniste en somme. J'oserais, sans complexe, le qualificatif redevenu à la mode : c'est un rite laïque, qui juxtapose divers courants, sans les renier, mais sans définir un parcours unique. Pluripolaire par essence, l'Écossisme se méfie des processus centralisateurs. Il n'imposera jamais une quelconque régularité, il sera toujours plus près des Girondins que des Montagnards, même si certains se gaussent d'une prétendue passivité tolérante de petits bourgeois frileux.
          De son histoire, l'Ecossisme gardera toujours un message essentiel : pour bâtir, pour réunir ce qui est épars, en associant des matériaux disparates, il convient d'avoir un but, un plan, une vision d'ensemble. Depuis 200 ans, il reste le même : la promotion de l'Homme concret, ici, sur terre, par la construction d'une humanité plus libre, plus éclairée, plus fraternelle.
                                                           J’ai dit.
 
 
Mesdames, Messieurs, mes Sœurs, mes Frères
 Je vous apporte le salut fraternel du Conseil de l’Ordre du G\O\D\F\ que je représente aujourd’hui. Le Grand Orient de France se devait d’être présent lors de colloque, organisé par le R\E\A\A\ à l’occasion de la série de manifestations que son Suprême Conseil organise à travers toute la France.
 
Je voudrais, ici et maintenant, saluer un F\, artisan discret, de cette manifestation, et il en faut beaucoup, qui éclaira mes pas de jeune maître dans l’écossisme et dusse-je froisser sa modestie, qui c’est bien connu est presque aussi légendaire que l’est l’histoire du G\O\D\F\, je veux citer Jean-Pierre Donzac.
 
Bordeaux, et je pense que cela va être abordé est une région historique importante au sein de la Franc-Maçonnerie et pas seulement pour le R\E\A\A\ ou pour le G\O\D\F\.
 
Il y a un peu plus de deux siècles, des hommes, francs-maçons bordelais, se levaient sur le chemin de la Liberté et partaient explorer le nouveau monde et les Isles sous le vent… L’écossisme est né au cœur du siècle des Lumières, et nul doute, qu’il exporta avec lui, vers les Amériques, les idées de son temps, et en particulier, celle de la liberté de pensée et de conscience, base incontestable des projets maçonniques obédientiels de l’époque.
 
De ces hommes et grâce à leurs contributions, est né le rite maçonnique le plus pratiqué sur le globe terrestre, le R\E\A\A\. Au sein du G\O\D\F\, dans ce qu’il est convenu d’appeler les grades de perfectionnement, ce rite est et demeure le rite principal et le plus important en nombre de FF\. Mais surtout, pour ceux qui comme moi le pratiquent, ce rite est un formidable outil de liberté, c’est le rite de libération de l’homme par excellence… Un rite qui permet à l’homme de se construire, de se libérer pour participer à la construction de la Cité.
C’est un rite qui par excellence donne un accès au franc-maçon vers l’Universel… Oui, il ne faut pas avoir honte de le dire, au même titre qu’il faut affirmer sa fierté d’être franc-maçon, il ne faut pas hésiter à le dire, être franc-maçon du G\O\D\F\ au R\E\A\A\, c’est être contre toutes les formes d’oppression ; c’est être contre toutes les formes de pouvoir. C’est clairement continuer à se battre pour la Liberté, la sienne comme celle du monde qui l’entoure.
 
On dit qu’en Franc-maçonnerie tout est question de temps et d’espace…
Alors si, il y a deux cents ans, des hommes se levaient sur le chemin de la liberté à la conquête d’un nouveau Monde, à défaut de conquérir un monde meilleur, grâce à eux hier, et grâce à vous, aujourd’hui, Messieurs du Suprême Conseil qui perpétuez leurs actions, des hommes continuent à se lever sur le chemin de la modernité à la conquête du monde-de-Demain. Car telle est la vocation du franc-maçon du G\O\D\F\ : construire la Cité et en son sein ériger des ponts entre les hommes plutôt que des remparts ou des murailles.
 
Au nom du G\O\D\F\, je souhaite un plein succès à ce colloque, je vous remercie,
 
Jean-Marie Matisson
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Par le Professeur Michel FIGEAC 
 
Le port de Bordeaux vue prise du Château Trompette
Claude-Joseph VERNET - 1759
 
Le tableau de Pierre Lacour représentant le Quai des Chartrons en 1804, ( voir ci-dessous) aussi connu que l’œuvre de Vernet réalisée un demi-siècle plus tôt, (ci-dessus) résume parfaitement la prospérité qui fit de Bordeaux la troisième ville de France et le premier port français au siècle des Lumières. On retrouve en effet les trois axes qui guidaient déjà Vernet : l’activité du port, la présence des scènes de genre sur la berge où les élites sociales viennent contempler l’activité des travailleurs de la rive, la mise en valeur du décor urbain au travers de la superbe façade des Chartrons qui débute avec la maison du consul américain Fenwick. En d’autres termes, l’économie atlantique porta une croissance qui se matérialisa dans la pierre par l’érection d’une blanche façade d’immeubles chics et les élites reconnaissantes venaient contempler les leçons de choses de la mer, cédant à ce « désir de rivage » bien décrit par Alain Corbin[1]. C’est à la compréhension de cette alchimie socio-économique qui va provoquer une formidable croissance démographique, la ville passant de 45 000 à 120 000 habitants, que nous allons nous lancer à la suite des voyageurs émerveillés, à l’image de Faget de Baure, avocat général au Parlement de Navarre qui rapprochait Bordeaux et Palmyre.
« Bordeaux est comme Palmyre situé à l’extrémité d’un désert. Elle est comme Palmyre le principal entrepôt du commerce de l’une des autres parties du monde, elle a comme Palmyre de ces édifices qui sont consacrés à l’immortalité, mais elle a plus que Palmyre un port superbe. »[2]
Les représentations de Bordeaux dans les récits de voyage au XVIIIe siècle
 
Le fleuve âme de la ville
Chez le voyageur pressé qui ne retient que les grandes lignes comme chez celui qui va au fond des choses, le fleuve apparaît bien toujours comme le marqueur identitaire, l’âme de la cité, comme le ressent François Marlin quand il écrit que « ce qui fixe la vue, c’est l’aspect de cette grande ville sur le fleuve qui la baigne et l’enrichit »[3]. Ne permet-il pas de drainer à la fois les richesses de l’arrière-pays minotier et viticole et de maîtriser le trafic antillais symbolisé par les lourds vaisseaux dans le port sur les toiles de Vernet ou Lacour. Comme dans tous les autres ports, la métaphore de la forêt de mâts vient toujours spontanément à l’esprit du témoin oculaire, ainsi que l’exprime le futur maréchal Brune :
« J’aperçois dans le lointain comme une forêt d’arbres fort élevés, dépouillés de leur verdure. Ce sont les mâts des vaisseaux des différentes nations qui commercent avec la capitale de la Guyenne. La variété des formes des bâtiments, les pavillons divers, l’activité des matelots, sont, après la mer, ce qui m’a le plus étonné de ma vie. Hollandais, Anglais, Portugais, Gênois, Français occupent tour à tour mes regards. Mille petits canots fendent les eaux à force de rames […] Tout est bariolé de diverses couleurs, tout annonce le luxe et l’opulence. »[4]
Les grandes cités portuaires comme Nantes ou Bordeaux ne disposent plus au XVIIIe siècle, de ces typiques quartiers de pêcheurs que l’on voit encore sur la toile peinte par Vernet dans le port de Dieppe. Désormais, leur identité maritime se lit uniquement sur les façades de pierre de taille, lieu didactique de la grandeur du négoce local. La place Louis XV conçue par Jacques Gabriel comme une moitié de place Vendôme qui est « entièrement ouverte du côté de la rivière » est bien le cœur du système à partir duquel, selon l’Allemand Lorenz Meyer, « une rangée de maisons splendides se dresse le long des quais du Chapeau-Rouge jusqu’aux Chartrons ». A ce sujet, Arthur Young s’était exclamé, dans un passage célèbre, que « nous ne devons pas nommer Liverpool pour le comparer à Bordeaux »[5], mais sous d’autres plumes, Marseille, Gênes et Naples ou les grandes villes du Nord sont présentées comme incapables de rivaliser avec la cité girondine. Au bout du compte, seul l’Anglais Wraxall estime qu’il n’y a guère que Lisbonne pour soutenir avec succès la confrontation : « Je n’ai rencontré nulle part en Europe un coup d’œil plus superbe, excepté en vue de Lisbonne de la tour de Belem, sur le Tage, qui, quoique irrégulière par la nature de sa situation est plutôt supérieure en magnificence »[6]. La vitrine océanique ne doit pas occulter néanmoins le lacis de ruelles médiévales étroites et sales que l’on découvre dès que l’on s’enfonce dans le Bordeaux du Moyen-Âge : « l’intérieur de la ville n’est pas beau, les rues en sont ridiculement étroites et point alignées », notait Madame Gautier[7] ; La plupart des étrangers semblaient effectivement oublier ce centre urbain du quartier de La Rousselle qui symbolisait une identité portuaire désormais révolue. Pour les navires comme pour les visiteurs, c’était bel et bien le port, la porte de l’océan que l’on découvrait depuis le fleuve. L’union de la pierre blonde et de la vague limoneuse.
 
Le port source de richesse
Selon tous les observateurs, les deux grandes sources de profit sont le commerce en droiture avec les Antilles et le négoce du vin, comme le résume François de La Rochefoucauld :
« Le commerce de Bordeaux est fort considérable ; le principal se fait dans les îles : Bordeaux y porte des vins et du blé, de la quincaillerie, des verroteries, des draps etc. etc. Elle achète en France ce qu’elle porte en Amérique, ainsi ce commerce est fort avantageux pour le royaume. Le vin est la branche la plus avantageuse à Bordeaux même, puisque c’est une richesse qui se renouvelle tous les ans, sans avances »[8].
Bordeaux avait effectivement connu un essor fulgurant de son commerce antillais dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, multipliant par trois la valeur de ses échanges coloniaux. Dans ce contexte, il est assez surprenant de constater que la quasi-totalité des témoins oublie de mentionner la traite négrière, à l’exception d’Aubin-Louis Millin dans son Voyage dans les départements du midi de la France :
« La vente de ses vins qu’elle échangeait contre les produits des colonies françaises, qu’elle répandait ensuite dans l’Europe ; la traite des nègres, la pêche à la morue et celle de la baleine, avaient porté au dernier degré la splendeur de cette ville et la richesse de ses négociants »[9].
En définitive, c’est bien sur cette berge sale et boueuse tellement stigmatisée par Arthur Young que le visiteur prend le mieux le pouls de l’activité. Le quai est le lieu des entrepôts, des magasins, des chais qui permettent d’apprécier la nature des cargaisons autour desquelles s’affaire une fourmilière de portefaix et autres porteurs en tout genre. Ici, le témoignage de Sophie de La Roche est irremplaçable, depuis son poste d’observation privilégié qu’est la fenêtre de la maison Bethman qu’elle ne peut quitter, comme subjuguée par le spectacle du chargement du vin que décrit aussi Pierre Lacour :
«Des tonneaux de vin ayant été amenés sur un traîneau étroit et très long, tiré par deux bœufs énormes, un léger mouvement fut imprimé au  véhicule et les fûts roulèrent doucement à terre. Trois hommes suffirent alors à les charger dans un bateau que des poutres reliaient au rivage »[10].
Johanna Schopenhauer, escortée de son fils, parcourt pour sa part la berge où elle nous fait aussi revivre le transbordement des marchandises, mais elle montre surtout qu’un port, ce sont des bruits et des odeurs. Les deux Allemands sont particulièrement impressionnés par les imprécations « des terribles poissardes, ces femmes qui ne le cèdent en rien quant à la brutalité et la grossièreté à leurs fameuses sœurs de Paris, les dames de la Halle »[11]. Plus loin, c’est l’odeur du goudron et de la poix qui provoque l’odorat et annonce les chantiers navals. Seuls des voyageurs ayant séjourné assez longtemps peuvent ainsi dépasser les clichés et montrer qu’un port se définit avant tout par ses formes de sociabilité, par ses dialectes, par les activités des acteurs de la rade.
 
Une mentalité bordelaise ?
Le géographe La Vallée fut effectivement l’un de ceux qui l’affirma avec le plus de clarté et il brossa un portrait très précis des autochtones :
« A la légèreté des Français, le Bordelais joint l’esprit et la pétulance du Gascon. Magnifique dans ses habitudes, peu scrupuleux sur ses mœurs, brusque dans ses saillies, mais non pas dans ses manières, le goût du plaisir, l’amour des richesses, la soif de les acquérir et le penchant à les répandre, sont des nuances saillantes de son caractère que l’on aperçoit dès le premier moment. Il aime les arts et la gloire :il est propre aux uns et sait soutenir l’autre. 
Une forte propension à la dépense, le luxe, les maîtresses et les spéculations gigantesques, voilà les causes les plus ordinaires des banqueroutes à Bordeaux.
Le même caractère se retrouve dans le peuple, il est laborieux et dépensier : comme les riches, il a son luxe, ses maîtresses et ses jeux plus que ses cabarets. »[12]
Les voyageurs établissent en effet très souvent un rapport entre la richesse et la vie facile, les profits coloniaux et le luxe, voire le vice. Arthur Young se fait ainsi très précis en rapportant la « chronique scandaleuse qui parle de marchands entretenant des danseuses et chanteuses du théâtre à des prix qui ne devaient pas être très bons pour un crédit »[13]. Si l’on en croit plusieurs témoins, de Buffon à Marmontel, la ville semble véritablement plongée dans un tourbillon de plaisirs et de jeux et la visite des tripots effectuée par Schopenhauer se déroule comme une véritable descente aux enfers[14]. L’étude des correspondances privées confirme en effet que le besoin de jouissance, né de l’argent du grand port, était peut-être plus fort qu’ailleurs, mais il convient aussi de faire la part du cliché.
S’il est un point où celui-ci rejoignait la réalité, c’est bien celui du cosmopolitisme, car le port entraînait forcément le cosmopolitisme, les nations se côtoyaient, les langues se heurtaient, les races se mêlaient. « Les Bordelais, dit Noah, sont hospitaliers, vifs, prévenants. La société du fait de ses rapports avec l’étranger et de ses importantes relations commerciales, a acquis un caractère très ouvert et agréable »[15]. Arthur Schopenhauer confirme, pour sa part, ce sens de l’hospitalité en déclarant qu’il est « célèbre » et il précise :  « Nous avons beaucoup été à des réunions mondaines dans les maisons de Messieurs Wustenberg, Pohls, Bethman, Cramer, Meyer, Schyler, Cruse et nous avons trouvé partout l’accueil le plus distingué »[16]. Bordeaux était bien ce creuset rendu nécessaire par sa croissance économique.
 
La réalité : le premier port français
L’attraction urbaine
Le cosmopolitisme bordelais observé par tous les voyageurs avait obligatoirement sa traduction chiffrée : comptant 45 000 habitants à l’aube du XVIIIe siècle, la ville était passée à 60 000 en 1747 pour atteindre 110 000 en 1790, soit une augmentation du tiers pour la première moitié du siècle, de 85% pour la seconde et un accroissement total de 146% pour l’ensemble du siècle. Au huitième rang en 1700, la capitale de la Guyenne, portée par son essor économique, était devenue la troisième ville française. Cette croissance s’expliquait par une natalité plus forte que dans d’autres villes comme Rouen, ainsi que l’a montré la thèse récente de Stéphane Minvielle. Cependant, une croissance aussi spectaculaire n’aurait pas été possible sans une immigration considérable sur laquelle nous n’ignorons rien depuis la thèse de Jean-Pierre Poussou.
L’appel bordelais suivait les vallées : il devait énormément à la rive gauche de la Garonne et il attirait particulièrement les populations de l’Entre-Deux-Mers dans le secteur le plus proche du fleuve. Ce mouvement est ancien puisque, pour le XVe siècle, on avait observé que les deux conjoints non natifs de Bordeaux provenaient surtout de l’Entre-Deux-Mers, région fort peuplée et dépourvue de centres urbains-écrans. On retrouve de forts courants migratoires sur le cours de la Dordogne et de l’Isle inférieur et en Médoc, le long de la rive gauche de la Gironde. Plus au nord, la zone d’influence ne dépasse guère le Blayais-Bourgeais, et, au sud, elle est inévitablement bloquée par les Landes.
L’immigration proche était avant tout une immigration féminine ; Les jeunes filles de l’Entre-Deux-Mers partaient pour Bordeaux, car elles savaient qu’elles trouveraient à s’employer comme domestiques, lingères ou couturières, dans une cité en pleine expansion. Ainsi, elles pourraient amasser le modeste pécule indispensable à la constitution d’une dot, viatique pour envisager le mariage. De même, plus des trois quarts des vignerons qui venaient élire domicile dans les paroisses suburbaines étaient natifs de la Gironde. L’afflux de tonneliers, de matelots ou de charpentiers de navires correspondait tout à la fois aux besoins du marché de l’emploi et à leur grand nombre, en particulier dans les paroisses riveraines des deux grands fleuves. Bordeaux fonctionnait bien comme un centre d’accueil des populations girondines en surnombre, mais aussi comme un creuset où se mélangeaient des migrants venus de beaucoup plus loin. Comme l’attraction avait été de plus en plus forte, cela supposait aussi, pour y répondre, une proportion en forte hausse d’immigrants non girondins. Lorsqu’il s’agissait de métiers largement implantés comme ceux du textile ou de l’habillement, les régions proches l’emportaient encore. En revanche, les choses changeaient si l’on envisageait des métiers à forte spécialisation régionale, comme les travailleurs du bâtiment du Limousin, les chaudronniers auvergnats ou les boulangers commingeois. Enfin, privilège du grand port, on recensait de puissantes colonies étrangères, anglo-irlandaise, germanique et juive d’origine portugaise qui étaient les plus nombreuses et les plus actives.
 
Une économie survoltée
Au-delà des simples impressions de voyage, la vigueur de l’essor est parfaitement quantifiée depuis la thèse de Paul Butel sur La croissance commerciale bordelaise. En effet, le tonnage avait presque doublé entre 1720-1724 et 1782-1787, passant de 140 000 à 255 000 tonnes, tandis que la valeur, qui dépassait péniblement les 13 millions de livres en 1717, atteignait 250 millions en 1789, soit un accroissement annuel de 4,14%, taux plus proche des croissances du XXe siècle que des économies pré-industrielles.
 
Bordeaux était aussi bien la porte des Antilles que son entrepôt, et le sucre, le café et les autres denrées coloniales s’y déversaient. Pour les cargaisons de retour, les Antilles françaises fournissaient déjà 62% des entrées en 1733, on atteignait 75% en 1756, 70% en 1774 et 90% en 1778. Une minorité de ces produits étant consommée dans la région, ils étaient ensuite distribués vers le sud et surtout vers toute l’Europe du nord-ouest. Au trafic en droiture s’ajoutait, bien sûr, la traite négrière que Paul Butel a su situer à sa véritable place. Tout au long du siècle, 150 000 esclaves furent transportés en 461 expéditions contre 1446 par Nantes, 408 par La Rochelle, 345 par Le Havre et 198 par Saint-Malo. Dans le même temps, de 1697 à 1807, Liverpool en acheminait près de 1 365 000 en 5247 expéditions ! Personne n’irait donc contester la triste supériorité nantaise, mais si Bordeaux n’était certes pas un port négrier dans la première partie du siècle, il le devint de plus en plus dans les deux dernières décennies. Au lendemain de la guerre d’Indépendance américaine, la demande en esclaves des colons antillais ne cessa de s’accroître, alternative que saisirent certains négociants qui avaient observé que la rentabilité du commerce en droiture faiblissait.
Il ne faut pas oublier néanmoins que ces échanges coloniaux ne représentaient qu’une partie de l’ensemble des mouvements portuaires qui comprenaient aussi la navigation européenne et le cabotage sur les côtes françaises. Selon les calculs de Paul Butel, en 1789, Bordeaux avait expédié 753 navires vers différents pays européens et la destination la plus fréquente avait été celle des villes hanséatiques (170 navires), suivie par la Hollande (145), l’Angleterre et l’Irlande (123), la Prusse (81), le Danemark (56), la Russie (34), l’Espagne (33), les Pays-Bas autrichiens (16), la Suède (16) et l’Italie (7).
 
Port d’entrepôt, Bordeaux avait développé sa richesse sur la complémentarité entre l’espace antillais et l’espace nord-européen par l’intermédiaire d’Amsterdam et d’Hambourg qui recevaient les denrées coloniales. Plus loin encore, le sucre brut gagnait la Prusse par Stettin et Koenigsberg. Bordeaux occupait une place privilégiée dans l’espace balte : en 1788, sur 112 navires partis de France vers la Prusse, 68 provenaient de Bordeaux et sur les 57 qui avaient atteint les lointains rivages de la Russie, 27 étaient sortis de la Gironde quelques semaines plus tôt. Les produits exotiques n’étaient pas les seuls à garnir les cales, puisque ces régions appréciaient aussi vins et eaux-de-vie de Guyenne. A leur retour, les bâtiments rapportaient des céréales indispensables pour pallier le déficit régional et des Naval stores, goudrons, chanvres, bois du nord, nécessaires à la construction navale autant qu’à la tonnellerie locale. La place prise par l’espace baltique ne doit pas faire omettre, cependant, que l’Angleterre et l’Irlande demeuraient, au XVIIIe siècle, une des destinations majeures. A la veille de la Révolution, la vente des vins girondins et les achats de produits indispensables à l’armement colonial permettaient encore à Bordeaux de couvrir le quart des échanges français avec les îles britanniques. La capitale girondine était bien une plaque tournante du commerce atlantique, ce qui explique l’attraction qu’elle exerçait sur son arrière-pays.
 
Les gagnants de la prospérité
Bordeaux est longtemps apparue comme la ville du négoce, mais en suivant Les destins de la noblesse bordelaise[17], au travers des sources fiscales et des contrats de mariage, nous nous sommes aperçus que la noblesse n’avait rien à lui envier, bien au contraire, car elle se situait au pinacle de la société bordelaise.
Les parlementaires et négociants occupaient logiquement le sommet de la hiérarchie économique. Au moment des confiscations révolutionnaires, nous apprenons, entre autres, que la fortune de Saige était estimée en 1793 à dix millions de livres, alors que celle de Pelet d’Anglade s’élevait à quatre millions et que les présidents Leberthon, Pichard, Lavie et Verthamon étaient tous millionnaires. De nombreux propriétaires coloniaux, dont la fortune réelle est moins facile à préciser, devaient également trouver place parmi les millionnaires, et les possessions des Dillon à La Martinique les situaient dans cette catégorie. La plupart des fortunes parlementaires oscillaient cependant entre 100 000 et 400 000 livres, ce qui leur permettait de dominer incontestablement la noblesse locale en compagnie d’un tout petit nombre de familles d’épée, comme les Fumel, les Donissan de Citran ou les Lur Saluces. Dans l’ensemble, cette noblesse était récente, puisque 90% d’entre elle ne remontait pas au-delà du XVIe siècle et 41% avait été anoblie au XVIIIe siècle. Les grandes dynasties de robins, les Pichon, les Pontac, les Verthamon ou les Baritault provenaient en réalité très souvent de familles marchandes entrées dans le second ordre à l’époque des guerres de religion, voire au XVIIe siècle. Même si, comme l’explique Paul Butel, les fortunes du négoce sont moins aisées à reconstituer, les quelques chiffres en notre possession confirment la proximité économique des deux groupes. Celle de François Bonaffé tournait autour de cinq millions de livres en 1791, tandis qu’Abraham Gradis disposait de quatre millions dans les années 1780, or, avec Nairac et Barton, il s’agissait des « figures de proue » du négoce de l’époque. Entre un et deux millions, les négociants étaient nombreux, à l’image du commissionnaire Jean-Philippe Weltner (1,5 millions) ou de Jean Camescasse qui déclarait 900 000 livres en 1790. Les fortunes de 500 000 livres environ étaient probablement plus nombreuses chez les nobles, en revanche, le grand nombre de petits marchands et de négociants modestes semble prouver que la manne commerciale était loin d’avoir touché uniformément tous ceux qui avaient été attirés par les activités maritimes.
Tout cela confirme la grande fluidité des élites bordelaises au sein desquelles figuraient de nombreux parvenus de la fortune, à l’image du président à la cour des Aides, Guy Ménoire de Beaujau. Son père, nouveau venu à Bordeaux, mais homme plein d’ambition, était un petit boutiquier du quartier de La Rousselle ; enrichi dans le commerce sucrier, il fut élu juge de la Bourse en 1744, puis jurat en 1745. Ses enfants, Pierre et Guy, achetèrent des offices de secrétaires du roi, puis Guy résilia sa fonction un an plus tard, ayant l’opportunité de rentrer à la cour des Aides. Considération suprême, les produits réalisés dans les plantations antillaises lui permirent d’obtenir pour 712 000 livres, la seigneurie de Villemur dans le Tarn, région d’où la famille était originaire. Les Journu, les Pelet d’Anglade, les Navarre ou les Lamolère, parmi bien d’autres, connurent une trajectoire identique qui attestait l’ouverture du second ordre aux roturiers les plus audacieux.
Nobles et négociants les plus fortunés partageaient également un cadre de vie comparable. Portée par la manne antillaise, Bordeaux s’était en effet totalement transformée en un chantier gigantesque qui fit sortir de terre une multitude d’immeubles de pierre blanche. On peut assez nettement distinguer deux périodes qui présentaient des caractéristiques spatiales et stylistiques sensiblement différentes. La première phase correspondait à la construction de la place Royale et le style des immeubles restait dans la lignée du classicisme inspiré par Jacques Gabriel. Datant de cette période l’hôtel de Saint-Savin, rue de Grassi, est la preuve, par la pierre, de la fluidité sociale bordelaise.
 
La période de la guerre de Sept ans fut marquée par un fléchissement sensible de l’activité du bâtiment, avant que celle-ci ne reparte de plus belle dans les années 1770-1780. Durant cette seconde phase, l’habitat aristocratique se diffusa largement dans la ville pour apparaître dans les nouveaux quartiers qu’édifiaient alors Victor Louis, Lhôte, les Laclotte ou Bonfin. Les commanditaires se rencontraient plutôt dans la noblesse installée à Bordeaux récemment (Basquiat de Mugriet, Jaucen de Poissac) ou dans les rangs des anoblis enrichis par le commerce (Saige, Boyer-Fonfrède) 
 
Cette multiplication des constructions privées de prestige était bien le reflet d’une frénésie de consommation qui s’était emparée de la haute société dans un port qui bénéficiait d’un afflux de richesses.
 
Bordeaux, ville ouverte
Une ville qui sort de sa gangue médiévale
Pour qui examine le célèbre plan de Lattré gravé sur cuivre en 1755, la croissance du grand port est directement visible. Il est loin, le plan de 1685 où la ville paraissait tellement à l’étroit derrière sa gangue de pierre et où le faubourg des Chartrons ne présentait qu’une façade de maisons devant laquelle mouillaient les bateaux. Finie la « vaste muraille, flanquée de quelques tours carrées çà et là » que décrit Piganiol de La Force dans son Nouveau voyage en France de 1724, la ville aveugle, qui proposait un mur aux navires entrant dans le port, s’est ouverte sur le fleuve. Un trait noir permet encore de distinguer la ligne de fortifications sur le plan, mais désormais une façade de pierre banche se dresse en avant de la muraille. Le cœur du dispositif est bien la place Royale, figurée dans la marge qui représente les grands monuments de la ville. L’intendant Boucher, nommé en 1720, avait lancé le projet, mais c’est la venue de Jacques Gabriel en 1729 qui lui donna un coup d’accélérateur décisif. D’emblée, il avait été fasciné par le site :
« Je vous avouerai que je n’ai jamais vu un si beau coup d’œil et un  si grand spectacle que ce port ; il mérite bien de faire quelque chose qui soit recommandable à la postérité. »
Pour profiter des potentialités du site, Boucher et Gabriel firent adopter l’arrêt du 7 février 1730 qui rompait définitivement avec le dogme de la ville close.
« Il sera construit, suivant et conformément aux ordres donnés par le sieur Gabriel, d’autres bâtiments le long du port de Bordeaux depuis l’alignement des maisons qui font face sur la rue du Chapeau-Rouge et sur l’esplanade du château-Trompette, jusqu’au palais de la cour des Aides… dans lequel espace sera formée une place de soixante toises d’un sens, entre les pavillons de la tête de la dite place, sur quarante-cinq toises ou environ de l’autre, depuis le parapet de l’avance du mur du quai qui sera fait sur la rivière de Garonne, jusqu’au fossé de l’ouverture, dans le fond de la dite place qui servira de clôture à la ville laquelle ouverture aura dix-huit à dix-neuf toises de largeur sur quinze toises de profondeur ou environ, en sorte que l’alignement de la rue Saint-Rémy tombe obliquement au point de la statue équestre » (cité par Louis Desgraves, Evocation du vieux Bordeaux, Bordeaux et Paris, éditions de Minuit et Mollat, 1981, p. 165-166.)
 
Il s’agissait bien de construire un écrin de pierre pour la statue royale, mais aussi d’un hymne à la prospérité commerciale, ces deux aspects étant intimement mêlés sur les frontons de la Bourse dus à Claude Francin. Sur la place, La grandeur des Princes, une figure féminine drapée montre le profil de Louis XV en médaillon et exalte ainsi la gloire du roi. Dans le fronton, en façade sur le quai, le sculpteur représente Neptune qui ouvre le commerce, couché, couronne sur la tête et trident à la main. Enfin, dernière allégorie très signifiante, face au château-Trompette, il réalisa La jonction de la Garonne et de la Dordogne, les deux cours d’eau étant symbolisés par des naïades embrassées sur les flots. Le temps le plus fort de cette entreprise fut, bien sûr, l’érection de la statue et son inauguration en 1743 .
Surmontant l’hostilité du Parlement et des jurats, l’intendant Tourny, successeur de Boucher, parvint à mener à bien son projet de façade homogène sur le fleuve qu’Emmanuel Leroy-Ladurie commente avec verve :
« Vers 1700, Bordeaux était un amas gothique de venelles. Le XVIIIe siècle métamorphose cette communauté en cité de pierre et d’axes glorieux. Cendrillon magnifiquement parée sort de sa citrouille girondine. L’ex-ville close du Moyen Âge devient l’ouverte agglomération bordelaise ; elle troue son anneau fortifié ; elle le troque pour une demi-ceinture de proto-boulevards ». (E. Leroy-Ladurie, Histoire de la France urbaine, t.3, p.470.)
Bordeaux était bien devenue cette vitrine de l’Atlantique que se plurent à décrire F. de La Rochefoucauld, Arthur Young, Stendhal et tant d’autres écrivains célèbres.
 
Une ville ouverte aux nouvelles consommations
Une frénésie de consommation s’était emparée de la haute société dans un port qui bénéficiait d’un afflux de richesses. Cet attrait pour les modes nouvelles venues de Paris éclate quand on parcourt les petites annonces du Journal de Guyenne. Les articles informaient les Bordelaises sur les dernières parures qu’il était essentiel de porter pour être digne de son rang :
« Il est enjoint à tous les gens de bon ton qui veulent singer parfaitement les petits maîtres et les petites maîtresses de la Capitale, de prendre aujourd’hui (la Toussaint) froid ou non, à peine de paraître ridicules, les habits d’hiver, les manchons, les pelisses, les fourrures, les velours, les satins, les pluches, toute la malheureuse suite qui doit nous défendre des pluies, des vents, des grêles, des neiges, des frimas et des glaces ». (A. D. Gir., Journal de Guyenne, 4 L 1370, le 1er novembre 1786).
Si l’on poursuit la lecture, tout devait être calculé, au détail près : le ruban de telle ou telle couleur selon la couleur de la robe ou des chaussures, tel ou tel bijou selon le chapeau porté… L’accent était volontairement mis par les marchands sur différents mérites, comme la rareté, la beauté, l’exclusivité, la notoriété, la nouveauté, mais aussi le renouvellement et l’avantage d’être au courant des dernières modes parisiennes et de les faire venir à Bordeaux :
« Les sieurs Martin et Pierre David, nouvellement établis rue des Argentiers, près la place du Palais ont un très bel assortiment en étoffes de soie et dorures de toutes qualités, à l’usage des dames ; ils reçoivent dans l’origine ce qui se fait de plus nouveau et du dernier goût, et sont à même de fournir aussitôt qu’à la capitale, par la facilité que leur donne une maison qu’ils y tiennent ; avantage qui a jusqu’à présent manqué aux Provinces, et les a privés d’avoir d’abord les étoffes nouvelles. Ils renouvelleront sans cesse leurs assortiments sans se prévaloir sur les prix, et se flattent par ce moyen de mériter la préférence. » (recueil des Annonces, Affiches et Avis divers pour la ville de Bordeaux, le jeudi 27 janvier 1774).
 
Le secteur du vêtement est certainement le plus parlant, celui où s’exprime au plus haut point la culture des apparences, mais c’est dans tous les domaines que la lecture des annonces permet de mettre à jour un marché du luxe, entre autres, dans celui du mobilier. En 1772, le tapissier Bernard proposait « un très bel ameublement composé de 12 fauteuils, 6 à cabriolet et 6 d’un goût nouveau, à la Reine et ovale, à vendre ; la grande pièce est un confident […] couvert de velours d’Utrecht, supérieur en qualité, et n’a jamais servi ; le bois est riche en sculpture et garni de clous surdorés, dans le denier goût […] ».
De même, la voiture apparaît comme un objet de différenciation sociale, le symbole d’une réussite, d’un rang que l’on affiche aux yeux de tous. En 1767, au lendemain du décès du marquis de Roquefort, la famille décide, par exemple, de vendre une « belle voiture anglaise en forme de carrosse coupé, à quatre roues, montées sur quatre beaux ressorts, avec trois belles glaces, le tout très léger{…] faite par Butler, le plus fameux sellier de Londres et a coûté 120 guinées, elle n’a jamais servi depuis que l’on l’a réparée entièrement et peinte à neuf » (Recueil des Annonces, Affiches et Avis divers pour la ville de Bordeaux, le 10 septembre 1767). N’était-ce pas là un bel aperçu de la vogue de l’anglomanie qui avait gagné des élites toujours à la recherche d’une nouvelle mode pour déclasser l’ancienne ? Pour le parlementaire bordelais, comme pour le grand négociant, être c’était paraître, mécanisme classique des consommations superfétatoires. Il fallait voir et être vu, et c’était donc dans la richesse immobilière et mobilière que ce luxe se manifestait avec ostentation, même si ce n’était pas une très bonne chose pour l’équilibre des fortunes.
 
Une ville ouverte aux nouvelles idées
Comme a pu le noter François Cadilhon, « la métropole atlantique disposait d’une élite brillante, parlementaire, cléricale, négociante, à laquelle s’agrégeaient désormais médecins, avocats, professeurs, tout simplement une bourgeoisie de talents aussi avide de savoir que de pouvoir »[18]. Ces élites animaient la vie intellectuelle locale qui passait en tout premier chef par les sociétés de pensée, parmi lesquelles la plus ancienne et la plus prestigieuse était incontestablement l’Académie fondée en 1712. Elle comptait des académiciens ordinaires, obligatoirement de Bordeaux, ayant seuls le droit d’élire les officiers de l’Académie et versant une cotisation assez lourde de trois cents livres. A côté d’eux, on trouvait des associés, de Bordeaux ou d’ailleurs, puis, à partir de 1744, on établit des membres correspondants. Globalement, les 175 académiciens bordelais entrés à l’Académie de 1713 à 1793 se répartissaient ainsi : 56 nobles (soit 32%) avec une très nette prépondérance de la noblesse d’office, 32 officiers, 32 ecclésiastiques (18%) 68 personnages relevant de la bourgeoisie (39%). On pourrait donc opter, à première vue, pour un équilibre entre les représentants des trois ordres mais, en fait, la catégorie supérieure des académiciens ordinaires était dominée de façon écrasante par la noblesse, et plus précisément par la noblesse parlementaire. Selon une conception philanthropique et utilitaire des Lumières, les académiciens voulaient, par leur action, autant répandre les bienfaits de la science au sein de la société bordelaise, que promouvoir les idées nouvelles. A partir de 1738, c’est le mécénat de Jean-Jacques Bel, ancien condisciple de Montesquieu à Juilly, qui permit enfin à l’Académie de disposer de ses propres locaux. On y installa alors un cabinet de physique, un observatoire et une bibliothèque de plusieurs milliers de volumes. Chaque lundi, elle offrait aux Bordelais des concerts de musique reprenant les buts de l’académie des Lyriques, mais, trop coûteux, ils n’eurent plus lieu que tous les quinze jours après 1735. Si jusqu’en 1750 les travaux ou les concours de l’Académie demeurèrent très théoriques, les questions pratiques qui concernaient le quotidien des propriétaires et des agriculteurs (les maladies des grains, la taille de la vigne ou la mise en valeur des Landes) traduisirent un engouement général pour l’agronomie. On a insisté sur le caractère fermé du milieu académique mais le fait essentiel nous semble être une ouverture progressive qui s’effectua notamment par l’admission de médecins, d’artistes ou de professeurs.
Pour les élites du négoce, pour les anoblis de fraîche date, la nouvelle société du Musée, créée en 1783 et qui portait davantage son attention sur la notabilité acquise par la richesse, offrait une structure d’accueil rêvée. Pour les esprits moins policés par la culture du siècle, le Musée avait une action plus vulgarisatrice que l’Académie et il proposa, à partir de 1787, des cours qui allaient des langues vivantes à la littérature en passant par le grec, l’hébreu et les mathématiques. Pas plus qu’il ne faut penser que l’Académie était le terrain exclusif de la noblesse, il ne faudrait croire que le négoce et les avocats régnaient en maîtres sur le Musée. Il est nécessaire de transcender cette distinction, puisque, comme le déclare sans aucune ombre Saige, le but de ces sociétés à la fin de l’Ancien Régime, était la formation d’une élite de la culture, le rassemblement de tous les talents :
« L’avantage de ces sociétés (les Musées), c’est que l’entrée en est ouverte aux simples amateurs. Par là, les gens du monde acquérront ou cultiveront le goût de la bonne littérature et de la philosophie et se rapprochant plus intimement des gens de lettres, ils apprendront à estimer leurs personnes et leurs travaux et ils seront enfin dégoûtés par les plaisirs nobles de l’esprit du vide, de la frivolité et de la monotonie des amusements ordinaires »[19]
C’est aussi pour répondre à cette exigence que la franc-maçonnerie, solidement structurée en Angleterre au début du XVIIIe siècle, se développa en France à partir de 1726 et, après les premières loges parisiennes, c’est à Bordeaux que l’essor fut le plus spectaculaire. Les échanges portuaires, le cosmopolitisme, le goût d’une nouvelle forme de spiritualité expliquent largement ce succès, mais la culture bordelaise des Lumières se retrouvait aussi dans les principes d’une structure qui avait « pour objet l’exercice de la bienfaisance, l’étude de la morale universelle, des sciences et des arts et la pratique de toutes les vertus », qui était « composée d’hommes libres, soumis aux lois, réunis en société constituée d’après les statuts généraux »[20]. La première loge bordelaise, l’Anglaise, fut créée en 1732 par trois marins britanniques. A partir de 1740, les parlementaires ou ceux qui n’entendaient pas l’anglais, purent se réunir au sein de la Française, ou Loge française élue écossaise, puis au sein de l’Amitié fondée en 1746. La ville regroupait plus de 2000 maçons dans le second XVIIIe siècle selon les travaux de Johel Coutura et il est vrai que les loges semblent être alors le lieu de rencontre privilégié de toute l’élite bordelaise, car elles présentent un recrutement beaucoup plus large que l’Académie, le Musée ou les Salons. Les négociants et courtiers dominent assez nettement (31% des membres), mais il n’y a là rien de très étonnant dans la métropole du commerce. La culture négociante s’impose en effet avec son apprentissage des langues étrangères, de la comptabilité, des jeux financiers, ses stages pratiques dans les grandes maisons qui tiennent les échanges européens de Riga à Bordeaux ; les commissionnaires européens entrent en masse dans les loges du grand négoce international. Sous leur impulsion, ces loges se dotent de réseaux de correspondance toujours plus ramifiés au fur et à mesure que se dilatent les horizons maritimes et commerciaux du grand port. On entre dans ces loges huppées du grand négoce en famille, en associés, souvent en coreligionnaires, tout le grand négoce protestant domine alors les échanges européens, y compris français. Les liens fraternels viennent renforcer et transcender les liens confessionnels, familiaux et professionnels. Au sein de ces loges, on fréquente des nobles, qui occupent la deuxième place (13,17%) devant les militaires roturiers, les officiers de marine (11,28%) les hommes de loi (8,76%) et les membres du clergé (4,30%).
On ne peut, par conséquent, s’empêcher de constater que ce sont à peu près toujours les mêmes milieux, les mêmes hommes qui participaient à ces activités culturelles.
Comme dans l’ensemble du royaume, les dernières années de l’Ancien Régime virent une progression de l’intérêt pour les « basses Lumières », pour l’ésotérisme, l’alchimie ou le magnétisme animal dont la vogue a été soulignée par Robert Darnton ; Entre novembre 1783 et octobre 1784, Joseph Balsamo, logé chez le marquis de Canolle, ancien colonel et accessoirement franc-maçon, tenta ainsi de diffuser sa science para-maçonnique dans la ville. A lire les compte-rendus des chroniques locales, les Bordelais ne se laissèrent pas impressionner par les théories du prétendu comte de Cagliostro. Ils furent en revanche beaucoup plus sensibles aux étranges manifestations du magnétisme animal de l’Autrichien Anton Messmer. Pour prêcher le carême de 1784, les jurats avaient en effet eu l’idée d’inviter le R.P. Hervier bibliothécaire des Grands-Augustins de Paris et fervent mesmériste. Le 6 avril, en plein sermon à la cathédrale, une jeune fille de la noblesse parlementaire, fut prise de convulsions et le prédicateur sut y mettre fin par une série de passes hypnotiques.  Dans un port ouvert sur l’extérieur, toutes les innovations, des plus rationnelles aux plus fantaisistes, suscitaient dans les élites avides de progrès, un véritable engouement qui pouvait parfois manquer de discernement, mais la science n’était pas encore capable de satisfaire ce désir de progrès.
 
« Je me trouve à Bordeaux qu’on appelle le petit Paris. Paris est la capitale de la France et l’endroit où se rendent les étrangers du monde entier, possède des richesses, un luxe, des commodités et des plaisirs de toute sorte ; mais Bordeaux le dépasse en opulence, en dédain de  l’argent, en cherté, en audace et en certaines richesses… Ce luxe a pour cause la richesse, et cette richesse est due à l’admirable fertilité du sol bordelais : les vins et les fruits sont les articles que Bordeaux exporte ». C’est avec ces mots très forts que le pasteur Hallman, correspondant de Linné, évoquait le choc que produisit sur lui le port de la Lune en plein essor. Effectivement, si Bordeaux est une ville riche, active, bigarrée, et si, comme le prétend Stendhal, elle est « la plus belle ville de France », c’est à son port qu’elle le doit. Tous les récits de voyage sont également d’accord pour considérer que la ville tire sa vie, sa spécificité, en un mot son identité, de son fleuve.
 
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Bordeaux, porte du R\E\A\A\.
Par Jean Pierre DONZAC
 
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Sans vouloir reprendre ce que l'on lisait sur les flammes postales de notre enfance "Bordeaux, porte du Maroc", il s'agit de préciser le rôle éminent qu'a eu notre ville dans l'histoire du Rite, dont nous fêtons cette année le Bicentenaire de l'introduction en France, donc en Europe.
Je précise de suite qu'en parlant du Rite Écossais Ancien Accepté, il s'agit aujourd'hui du système de Hauts Grades, allant du 4e  au 33e.
 
Quelques mots du cadre maçonnique du milieu du XVIIIe  Siècle dans lequel nous allons placer le sujet, et que vient de tracer si magistralement le Professeur Figeac.
 
Je vais répéter : la Maçonnerie a été très tôt installée à Bordeaux. Le 17 avril 1732, le capitaine Martin Kelly, Nicolas Staimton, Jonathan Robinson fondèrent l'Anglaise, qui travailla en anglais jusqu'en 1743. La loge eut des débuts difficiles, certainement dus aux déplacements incessants des marins et commerçants anglais. Reprenant force et vigueur en 1740, elle fonda le 29 août de cette même année, la Française, sous la pression de Frères voulant travailler en français ou peut-être sous celle d'un clan franco-catholique.
La Française alluma les feux de la Parfaite Harmonie en 1744. Cette dernière créa l'Amitié ou Amitié Allemande, en 1746. La Française et l'Amitié dominèrent la vie maçonnique locale pendant des décennies, créant des loges dans ce qui allait devenir le département de la Gironde. Je vous renvoie aux travaux du regretté Frère Johel Coutura, notamment aussi sur ce qu’il a écrit au sujet de l'Académie de Bordeaux.
 
Trois événements majeurs liés à l'histoire du R\E\A\A\ se déroulèrent à Bordeaux :
1745 : création d'un Atelier dit de Hauts Grades, c'est-à-dire travaillant au-delà de la Maîtrise. Ce fut peut-être le premier de ce genre en France.
1762 : départ pour les îles d'Amérique, comme on disait, d'Étienne Morin. L'action de ce dernier est fondamentale pour la création du Rite.
1804 : arrivée à Bordeaux, venant d'Amérique, du comte Auguste de Grasse Tilly, importateur en France du Rite Écossais Ancien Accepté.
 
 
C'est en 1745 que Morin créa la loge Écossaise "les Élus Parfaits".
La création n'est certes pas connue dans ses détails, mais l'authenticité est formelle, grâce à une correspondance qu'échangea la loge écossaise de Bordeaux avec ses "filles".
Pour comprendre l'intérêt d'un tel fait, quelques explications sont nécessaires.
Il ne faut pas confondre Écossisme et Rite Écossais Ancien Accepté. Le premier, dont Pierre Mollier dit "les Francs-maçons ont même forgé le néologisme "écossisme" tout aussi insaisissable lorsqu'on essaie de le faire entrer dans une définition précise", ne fut peut-être pas l'inextricable fouillis dont parla Martin, le salmigondis de Lantoine, la forêt tropicale de Chevallier, l'anarchie écossaise de Marcy, mais l'ensemble des grades au-delà de celui de Maître. La légende d'Hiram, officialisée en 1730, généra autant de questions que de prolongements, traduits dans des rituels de nouveaux grades. Cela explosa dans tous les sens, ce qui fait que l'on devrait plutôt parler d'Écossismes.
Quoi qu'il en soit, les Écossais sont attestés en décembre 1743, donc ils étaient déjà organisés à cette date.
En décembre 1743, les statuts de la Grande Loge, ancêtre du Grand Orient de France, textes rédigés lors de l'élection du comte de Clermont à la Grande Maîtrise, stipulent dans leur vingtième et dernier article : « Comme on apprend que depuis peu quelques frères s'annoncent sous le nom de maîtres Écossais et exigent des prérogatives dont on ne trouve aucune trace dans les anciennes archives et coutumes des  Loges répandues sur la surface de la terre ; la Grande-Loge... a déterminé afin de conserver l'union et la bonne harmonie qui doit régner entre les F\M\ qu'à moins que ces maîtres Écossais ne soient officiers de la Grande Loge, ou de quelque autre Loge particulière, ils ne seront considérés par les frères que comme les autres apprentis et compagnons, dont ils doivent porter l'habillement sans aucune marque de distinction quelconque. » (Collection Lerouge, n° 334, Doc. Bibliothèque du Grand Orient de France)
 
Confirmation est donnée par la lecture des Statuts dressés par la R\ L\ Saint Jean de Jérusalem, datant de juin 1745, qui révèle formellement : « Les maîtres ordinaires s'assembleront avec les maîtres parfaits et les irlandais trois mois après la Saint-Jean, les maîtres élus six mois après, les Écossais neuf mois après et ceux pourvus de grades supérieurs quand ils le jugeront à propos. » Dix ans plus tard, si les Statuts de cette Loge ne comptent plus cet article, on retrouve l'article 44 qui a peu de chose près, rappelle que « Les Écossais seront les surintendants des travaux, ils auront la liberté de parole, et seront les premiers à donner leurs suffrages, se placeront où ils voudront, et lorsqu'ils seront en faute ils ne pourront être redressés que par des Écossais » (Réf. BN, FM² 362)
 
Bien sûr, on comprendra que ces grades n'ont rien à voir avec l'Écosse, géographiquement parlant. Leur immense majorité est création française qui se développa dans tous les centres maçonniques du pays : Paris, où le Grand Maître le comte de Clermont, avait sa propre loge Écossaise, Bordeaux, Marseille, Lyon, Toulouse et bien d'autres.
 
Quelles furent les raisons du développement incroyable de l'Écossisme ?
 
Faut-il y voir simplement l'influence de Ramsay et de son discours, ou une réaction contre les Vénérables Maîtres, propriétaires des patentes de la loge, une atmosphère de plus en plus dissipée, un secret de plus en plus dévoyé dans des gazettes et publications, une revanche de frustrés, une réaction contre un parisianisme jugé trop centralisateur, une accusation d'élitisme, ou plus sûrement l'introduction par ces rituels créés sans cesse, de l'ésotérisme, de l'alchimie, de l'hermétisme, de la chevalerie, de la Rose Croix ? Les historiens sont à l’œuvre, mais sachons que la Franc-Maçonnerie a servi de réceptacle à bien des courants de pensée.
Disons simplement que la légende posait bien des questions, et aussi, et surtout, que les Hauts Grades - puisque telle est leur appellation - continuaient, accentuaient l'extraordinaire espoir en la perfectibilité de l'homme, espoir qui était l'enfant du Siècle des Lumières.
L'Écossisme s'est répandu par un système particulier, la Loge-Mère. Il faut dire que le régime obédientiel  en était à ses premiers balbutiements.
 
Une Loge écossaise est caractérisée par :
                       un Président élu chaque année (au solstice d'été)
un recrutement au-delà de la Maîtrise, tenant compte également des offices tenus
                       un système de grades "local"
une patente donnée à des loges créées, les "filles", à qui elle assure protection et aide en échange d'une fidélité et d'une obéissance aux règles absolues.
 
            Forcément chaque système recevait des apports, des nouveaux grades qui résistèrent à la nouveauté parfois éphémère. Se forma ainsi une sédimentation, en même temps qu'un tri, une série émergea peu à peu dans laquelle se placèrent les grades retenus par les Frères. C'est ainsi que Morin partit pour Saint-Domingue avec une "série écossaise" qui servit de base au R\É\A\A\.
 
Quelques mots sur Morin, le "pèlerin passionné" selon Guérillot.
Né à Cahors en Quercy en 1717, il était négociant entre la Métropole et les îles françaises d'Amérique et voyagea souvent entre Paris et Bordeaux. Il se dit initié aux "mystères de la perfection écossaise" en 1744, il fréquente les Ateliers de Bordeaux en 1744 et 1745 (il est à l'Anglaise à cette dernière date), 1749 le situe à Bristol, 1750 à Saint-Domingue.
Après une activité débordante, il meurt à Kingston, capitale de la Jamaïque en 1771 après une collaboration très féconde avec Henry Andrew Franken. Ce dernier mettra en forme tous les rituels assemblés et emportés par Morin.
Étienne Morin fonda la Loge Écossaise de Bordeaux, des "Élus Parfaits" en 1745. Une correspondance nous renseigne. Le Président de l'Atelier Écossais, Dupin  Deslezes répond à un Frère de Louisiane, Roussillon, venant de débarquer dans le Port de la Lune. Ce dernier a émis des doutes sur la légitimité de la Loge et de ses degrés, tout en réclamant le grade terminal d'Élu Parfait, il lui est répondu le 24 mai 1759 :
 
            « A l'égard de la loge d'Écosse ou des  Elus Parfaits nous avons une copie du titre en vertu duquel le F\ Morin l'a fondée. Notre Registre, dans lequel ce titre est transcrit, fait la base de notre établissement et je regarde cette Loge comme bien et légitimement fondée.
            À l'égard de la Loge des Chevaliers d'Orient, nous avons été constitués par le F\ Papillon de Fontpertuis, membre de notre Respectable Loge d'Écosse, qui a cherché à l'illustrer en y établissant cet ordre, en vertu du pouvoir qu'il nous a déclaré lui en avoir été donné par la Loge du même grade établie à Paris. Nous ne pouvons soupçonner un F\ tel que le F\ Papillon. Le Registre doit encore faire foi de l'époque des circonstances de cet établissement.
            (.....) Quant aux autres grades, ils ne nous ont été que communiqués, ainsi n'en avons-nous point fait registre, si ce n'est de celui de Chevalier de l'Aigle ou du Soleil, que le F\ Papillon nous conféra en même temps que celui de Chevalier d'Orient, mais sans cérémonie et comme par confidence ».
            La conclusion est pleine de bon sens, même savoureuse :
            « Or, en supposant des constitutions en forme, non seulement de ces deux grades mais encore des autres, en serions-nous mieux établis ? Le scrupule devrait nous faire remonter à l'origine des Loges qui nous ont constitués et la gradation première irait à l'infini. Tenons-nous comme nous sommes, remplissons les devoirs qui nous sont tracés et nous serons dans la bonne voie »
 
Voyons à présent ce que nous savons de la loge Écossaise de Bordeaux, les Élus Parfaits.
            Si, malheureusement, nous n'avons aucune archive locale, on peut quand même se demander quelle fut sa vie, son système de grades Écossais, l'évolution de ce dernier et ses caractères fort particuliers, son règlement.
L'activité de la loge Écossaise dura de 1745 aux premières années 1760. Tous les renseignements connus le sont par la correspondance de la loge Mère avec ses "filles" :
            Un mot sur elles :
- A la Martinique, la Parfaite Union, Parfaite Loge Écossaise fondée en 1750.
- En Louisiane, à la Nouvelle-Orléans, la Parfaite Loge Écossaise ouverte en 1756.
À Saint-Domingue :     Saint-Jean de Jérusalem Écossaise - Cap Français (1749)
                                               Parfaite Loge Écossaise - Saint-Marc (1750)
- une troisième échoue à Port de la Paix en 1753, la Loge de Cap Français ayant voulu se constituer en Loge-mère, ce qui était contraire aux règles.
- Et même Toulouse, qui demanda les rituels bordelais en 1750, mais qui était déjà créée.
 
Le système des grades comportait 7degrés en plus des trois symboliques :
            Apprenti
            Compagnon
            Maître
 
            Maître Secret
            Maître Parfait
            Secrétaire ou Maître Parfait par Curiosité
            Prévôt et Juge ou Maître Irlandais
            Intendant des Bâtiments ou Maître Anglais
 
            Maître Élu
            Maître Élu Parfait ou Grand Écossais  
 
Ce système n'est pas celui de Paris qui culminait à l'Écossais des Trois JJJ, mais annonce plutôt un Écossais de la Voûte, préfiguration des 13e  et 14e  actuels.
Il semble que seul le grade de Maître Élu Parfait - Grand Écossais faisait l'objet d'une cérémonie complète, les autres étaient communiqués.
La réception était très simple, comme souvent à l'époque. On enseignait les pas, les mots, les signes, les attouchements ; le récipiendaire longeait le Tableau de Loge et venait devant le Grand Maître prêter son Obligation, dans laquelle le nouveau Maître Élu Parfait promettait le secret sur l'Ancienne Maçonnerie (car tel était le titre du système bordelais), de ne pas participer à la réception d'un Maître n'ayant pas au moins sept ans de maîtrise, à moins qu'il n'ait été Vénérable ou Surveillant de sa Loge. En cas de parjure, les "vautours accompliront la prescription connue !".
Suivait un long discours du Grand Maître qui résumait les neuf premiers grades avant de s'attarder sur le dernier, en traitant trois idées-forces :
- les mots de Maître actuellement donnés sont faux. Les véritables sont encore connus de Maçons très sages et ne seront communiqués qu'à des Frères ayant prouvé leur qualité.
- Tout groupe est perverti par le nombre, tout apport massif de nouveaux Frères affaiblit l'ensemble. Il faut le régénérer en choisissant les meilleurs et en les isolant (idée de base du 30e)
            - l'Élu Parfait est digne de recevoir le vrai mot et de le garder en lui.
 
Comme il est visible, les 7 grades avaient un but : sélectionner des Maîtres de grande qualité, capables de recevoir et de sauver le vrai secret de la maîtrise.
 
            Toutefois, cette trame porte en elle un poison mortel, que l'histoire a révélé. On ne peut éternellement se confiner dans le rôle de gardien d'un secret, serait-ce une parole divine. On meurt de ne pas avancer. Ce rituel n'a pu résister à la poussée des autres grades, portés par les puissants mythes de la Chevalerie, de la Construction et de la Reconstruction, de l'Amour et de la Solidarité, de la défense de l’œuvre, du dépassement de soi. Et ce, avant que d'aborder la vocation initiatique qui va bientôt apparaître quand l'édification du Temple symbolisera la construction d'un homme nouveau.
Ce système a évolué, selon la loi qui a régi tous les grades écossais : celle d'apports successifs afin de relancer la quête initiatique.
Une lettre du 16e  jour du 12e  mois de l'an 5749, soit le 16 mai 1750 (car les Écossais de Bordeaux faisaient partir l'année maçonnique le 1er juin) écrite de Paris par le F\ Boulard annonce la venue de Morin devant ouvrir un Conseil de Chevalier d'Orient, et bien sûr de Prince de Jérusalem.
Une lettre de la Martinique, du 21 décembre 1753, annonce le retour à Bordeaux du F\ Thouron, porteur des droits pour ouvrir un Atelier d'Architecture (certainement le Grand Architecte 12e degré) qui sera effectivement ouvert en 1754.
 
Le règlement de la loge Écossaise "les Élus Parfaits" est bien connu.
Il existe deux copies complètes :
- Celle trouvée par Sitwell dans les archives de la Loge de Recherche Quatuor Coronati. Il comporte 28 articles, signés le 8e  jour du 2e  mois 1746 soit le 8 juillet 1745.
- Celle envoyée à la Loge-fille de la Nouvelle-Orléans en 1757.
Les deux copies, séparées de 12 ans, montrent une remarquable stabilité.
 
Que dit ce règlement ?
- Les Maîtres reçus doivent avoir plus de 25 ans et posséder 7 ans ou plus de Maîtrise.
            - Les élections ont lieu chaque année le 24 juin.
- Plusieurs articles ont trait à la discipline en loge, au montant des amendes, au fonctionnement de la boîte des pauvres.
 
À titre d'exemple, nous lisons : 24 sous d'amende pour avoir rompu le silence, ou pour se présenter en loge pas habillé, 6 sous pour avoir dit du mal d'un Frère,  1 louis d'or (2 en cas de récidive) pour avoir négligé la règle du secret devant des profanes ; 2 louis d'or pour avoir organisé une cabale lors de l'élection du Grand Maître. Le récipiendaire payait 7 louis d'or, mais la Loge lui offrait les bijoux.
Un complément à ce règlement, daté de 1750 et appelé Délibération, augmente le montant des amendes en cas d'absence, fait payer le repas même s'il n'est pas pris. Cela traduit des problèmes d'assiduité et de finances, qui ne seront peut-être pas étrangers à la disparition de la Loge. Par contre, si on y rappelle la règle des 7 ans de maîtrise, il est prévu des arrangements et dispenses pour des Maçons étrangers particulièrement zélés.
Le dernier document connu de la Loge Écossaise est une lettre ou un brouillon de discours du Grand Maître de 1760, y faisant part de son amertume et de sa déception devant l'attitude des Frères dont le seul but était d'accumuler les titres.
 
Étienne Morin partit de Bordeaux le 27 mars 1762.
 
Il avait en main la fameuse Patente signée par la première Grande Loge de France en son Grand Conseil des Grands Inspecteurs Grands Élus Chevaliers Kadosh. Elle lui donnait des droits de création très étendus.
Il n'arriva à Saint-Domingue que le 20 janvier 1763, soit 10 mois plus tard. Capturé par des corsaires anglais, il séjourna 3 mois en Écosse, deux mois à Londres, il y rencontra des Maçons fort éminents, reçut des titres.
Partant de Bordeaux, il emporte dans sa malle un système de 22 grades qu'il appelle Ordre du Royal Secret. A l'arrivée, il y a un grade de plus : le Prince du Royal Secret, le nec plus ultra de son système, création très certainement personnelle.
 
L'Ordre du Royal Secret a désormais trois niveaux :
                       l'Ancienne Maîtrise
                       le Conseil des Chevaliers d'Orient
                       le Conseil des Sublimes Princes du Royal Secret.
Morin meurt en 1771.
Franken fit de lui un système écossais en vingt-cinq grades avec le nom de Rite de Perfection.
En 1801, à Charleston, en Caroline du Sud, une suite en 33 grades est créée par l'adjonction de huit nouveaux grades, dont 7 sont français, c'est-à-dire éléments de systèmes écossais voisins.
Comment cette élaboration s'est-elle passée ? Nous le saurons certainement un jour, grâce aux travaux des historiens et à l'ouverture de certaines archives. 
   Espérons.
Voici, à titre de document, un extrait du registre de bord du bateau ayant conduit Morin en Amérique.
 
Extrait des Archives Départementales de la Gironde. 6 B 52.fol.152
 
Registre des passages commencait le 27e juin 1754 et finy en octobre 1763.
J’atteste que le sieur Estienne Morin agé de 45 ans de taille moyenne cheveux noirs portant perruque, natif de Cahors en Quercy, le sieur Charles Francois Duval, agé de 34 ans de taille haute, natif de Nancy cheveux chatains et le sieur Charles Léon Louis Maille, agé de 33 ans, natif d’Elbeuf en Normandie, de taille moyenne, cheveux chatains, sont anciens catholiques, habitans Saint-Domingue, lesquels désirent s’embarquer sur le navire Le Succès de Bordeaux, Capitaine Joseph Boret, pour aller à St Domingue ou ils vont pour affaires. A Bordeaux le 27 mars 1762.
 
 
           Et enfin, le 4 juillet 1804, débarque à Bordeaux , Alexandre, François, Auguste, Comte de Grasse, marquis de Tilly, fils de l'amiral.
Il a 39 ans, il est ruiné par la révolte des esclaves de Saint-Domingue, il est 33e  depuis 1802, il part immédiatement pour Paris où il compte bien utiliser ses titres.
           
Le Rite Écossais Ancien Accepté est en France ! Certains disent "revenu". 
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***
 
Mesdames, Messieurs, Chers Amis.
 
Le Rite Écossais Ancien et Accepté et la modernité forment un ensemble polysémique dont l'interprétation est pleine de chausse-trappes. En effet, essayer de parler de la modernité du Rite Écossais Ancien et Accepté, est un piège sournois, car le risque est grand de se livrer à une ré interprétation plus ou moins infidèle, en utilisant des mots d'aujourd'hui pour des réalités d'autrefois ou des concepts qui n'existent pas, provoquant ainsi force anachronismes. L'autre écueil serait de croire, et il me semble important d'insister là-dessus, qu'un rite ne devient "utile", pertinent et "moderne" que si ses adeptes se livrent à une course folle et perpétuelle à l'Audimat.
A cela s'ajoute la difficulté de cerner la modernité. Le présent texte n'a pas la prétention d'apporter une solution à ce débat qui agite les milieux intellectuels et universitaires, ou les cafés philosophiques. Disons simplement, pour continuer notre analyse, que la modernité pourrait être définie par quatre points mais on pourrait en trouver d'autres et en contester certains. La modernité peut se définir à la fois comme un processus de sécularisation c'est-à-dire la sortie progressive des diverses activités humaines du référent religieux, un développement autonome de la civilisation et de la culture des sciences et des techniques, une lente construction de l'Etat de droit et une gestion de la vie individuelle structurée autour de l'autonomie et de la sphère privée.
Depuis quelques décennies, se rajoute une nouvelle problématique, à savoir la remise en question du thème de la modernité. Aujourd'hui, on parle volontiers de post-modernité ou de modernité dépassée. C'est pourquoi, pour éviter un débat inaudible, on peut de manière prosaïque et triviale, définir la modernité comme la simple "contemporanéité", l'ici et maintenant. Cette hypothèse acceptée, on pourrait "problématiser" la question de la manière suivante : est-ce que le Rite Ecossais Ancien et Accepté est d'aujourd'hui, sachant qu'historiquement, il ne m'a pas échappé, qu'il a été créé il y a deux siècles. Mais est-il toujours d'aujourd'hui ? Est-il encore toujours pertinent aujourd'hui ? Est-il encore lisible aujourd'hui ? Dit-il encore quelque chose aujourd'hui ? Peut-il encore parler aujourd'hui ?
Pour tenter de répondre à ces questions, nous allons tenter d'ouvrir trois "portes", ce terme s'imposant en ce lieu, et ainsi tenter d'appréhender la modernité du rite Écossais Ancien et Accepté à partir de son noachisme, de son nomadisme et de son adaptabilité.
Avant d'aborder ces trois points, il semble nécessaire de souligner que le Rite Écossais Ancien et Accepté se présente comme un "réseau" et doit être lu comme un "réseau". Il faut donc mettre l'accent sur l'horizontalité des relations entre maçons écossais (colloques, échanges scientifiques, rencontres informelles, Internet) par contraste avec les représentations institutionnelles et hiérarchiques, insister sur le riche imaginaire écossais cosmopolite plutôt que les institutions contingentes toujours en risque de sclérose, privilégier les jeux d'acteurs et d'auteurs écossais plutôt qu'un prétendu statut maçonnique et favoriser, de toutes les manières possibles les flux et les échanges "intra écossais" plutôt que les productions identitaires frileuses. Bref, il faudrait que le Rite Écossais Ancien et Accepté joue véritablement son rôle de pont dont on a parlé tout à l'heure plutôt que de muraille, un rôle de porte plutôt qu'un rôle de frontière.
 
Ceci posé, essayons de voir comment le noachisme et le latitudinarisme du Rite Écossais Ancien et Accepté contribuent à sa modernité. Mais avant d'aller plus loin, une nouvelle remarque s'impose. La pertinence d'une lecture linéaire du Rite Écossais Ancien et Accepté ne semble pas évidente. Le 22ème degré n'éclaire pas le 21ème . Au demeurant, quel grade "illuminerait" le 33ème ? Plus qu'un autre, le Rite Écossais Ancien et Accepté est un "meccano", un "bricolage", au sens où l'utilisent Lévi Strauss ou les sociologues des religions, un assemblage fait de matériaux qui ont été volontairement acquis, dérobé et réapproprié dans une construction dont la cohérence n'apparaît pas au premier abord. Cela ne veut pas dire qu'il n'existe pas une rationalité au sein du rite. Pour être clair, prenons l'exemple du 21ème degré évoqué plus haut. Le Noachite ou Chevalier Prussien procède à la fois de la famille des grades d'élus, notamment du 9ème, de la structure de l'art de l'architecture, notamment du 11ème et des degrés dits d'exil. Globalement, le Rite Écossais Ancien et Accepté est une construction et un assemblage qui relève à la fois du "montage intellectuel", du puzzle, du réseau, du labyrinthe, du patchwork et de la complexité. Mais ce "jeu" de lego symbolique forme, non un dédale où on se perd, mais un labyrinthe où on se (re)trouve. Encore faut-il accepter que pour se trouver, il faille parfois se perdre. C'est le propre de la quête initiatique. Cette construction à l'écossaise est si forte qu'elle a le plus souvent évité l'univocité du Rite Écossais Ancien et Accepté. Cette modernité et cette contemporanéité sont l'héritage direct de sa naissance dans le latitudinarisme anglo-saxon du XVIIIe siècle et dans l'esprit de tolérance français contemporain du précédent. Le Rite Écossais Ancien et Accepté est, si l'on peut dire, consubstantiellement un système ouvert, même s'il se trouve parfois des docteurs de la loi qui veulent le rigidifier. Au-delà du 21ème degré, le Rite Écossais Ancien et Accepté est globalement noachite. Stricto sensu, dans ledit grade, le descendant de Noé, Phaleg est porteur d'une signification eschatologique selon laquelle seul le repentir humain est capable d'amener la construction du royaume. Mais le mot noachite a été utilisé à la même époque, et notamment en franc-maçonnerie, dans les Constitutions d'Anderson (version 1738). Dans cette perspective, le noachisme désigne une certaine "vision" du lien social structurée à partir des fameux sept "commandements" noachites définis dans le paragraphe 56 A & B du Talmud dit de Babylone. Ces sept "mitsvot" donnés aux descendants de Noé comme lois universelles s'appliquent, non seulement aux juifs, mais à toute l'humanité. Ces "mitsvot" introduisent toute une série d'obligations. Cinq sont toujours d'actualité : obligation d'instaurer un système judiciaire "équitable" et interdiction du meurtre, de l'inceste, du vol avec violence, et de la consommation de la chair prise sur un animal encore vivant. Les deux autres sont la condamnation de l'idolâtrie et du blasphème. Il va sans dire que dans une société laïque en général, et dans une institution "libérale" en particulier, chacun, comme citoyen et comme franc-maçon, traduira ces deux interprétations en son âme et conscience. Cependant, on peut proposer à celui qui croit au ciel et à celui qui n'y croit pas, une lecture commune "intra humaine", humaniste. L'idolâtrie et le blasphème d'aujourd'hui ne sont-ils pas la démesure de l'être humain qui se croit Dieu, qui se veut immortel, qui se projette dans un ciel de flammes en oubliant de se réaliser comme homme ou femme . Cet exemple est une bonne illustration de la "modernité" du Rite Écossais Ancien et Accepté, qui est à la fois "in" et "out". Pour revenir au noachisme tel qu'il apparaît dans l'écossisme, on peut dire que le référent religieux de départ explicite qu'il y a une loi spécifique pour le "petit troupeau" et une loi pour les autres, mais en entrant dans le système écossais, ce dernier concept devient une la loi universelle sécularisée laissée à l'interprétation de chacun dans un vouloir vivre ensemble. Il y a la lettre de la loi, mais plus encore il y a l'esprit de la loi. Le noachisme et le latitudinarisme du Rite Écossais Ancien et Accepté se résument parfaitement dans la problématique du 31ème degré qui demande le "passage" de la justice à l'équité. Ce qui est important donc, et c'est là que peut-être qu'il y a modernité, c'est de quérir tout simplement ce qui rapproche plutôt que ce qui sépare. Il est sans intérêt, in vitro, dans le carcan de ses propres certitudes, définir des valeurs "pseudo universelles" à l'aune de sa propre chandelle, prise pour un phare, mais de chercher, pas à pas, avec pertinence et patience, par des voyages buissonniers et des retours souvent difficiles, dans un processus progressif d'universalisation, le plus petit dénominateur commun sur lequel pourront être posées, de manière sûre et constante, les pierres du Temple de l'Humanité. La taille de la pierre est un art modeste. La forme du serviteur, étymologiquement le ministerium, est d'abord l'incognito. Les meilleures idées peuvent virer au cauchemar. Les plus belles utopies engendrent trop souvent des totalitarismes. Les bons sentiments ne font pas "mécaniquement" le bonheur. Les concepts que nous croyons justes ne s'exportent pas avec des bombardiers et des chars.
 
 
La deuxième "porte" écossaise est le nomadisme. Ce concept s'imposait à Bordeaux, ville carrefour. Ce nomadisme des biens, des humains, des valeurs de notre temps n'est pas sans rappeler l'imaginaire des diverses Républiques universelles telles que les ont révélés les gens du XVIIIème siècle même s'ils n'ont jamais réussi à les construire. Mais ce processus n'entraîne-t-il pas une unification du monde tant au point de vue économique, culturel ou politique et donc par là même la dissolution des diverses identités. D'aucuns pensent, pour le regretter, que cette universalisation, au XVIIIème siècle on disait ce cosmopolitisme, participe fondamentalement à une occidentalisation des valeurs et on ne peut évacuer le fait que la maçonnerie, et ipso facto le Rite Écossais Ancien et Accepté, est majoritairement occidentale, "blanche", masculine et "middle class". Ceci admis, pourquoi ne pas inverser le questionnement et voir dans ce nomadisme, la prise de conscience de la diversité des cultures respectives qui en se frottant les unes aux autres, engendrent les carrefours culturels, le métissage, l'hybridation, la créolisation, comme dit le poète antillais Édouard Grissan. C'est un processus identique que l'on a vu dans le deuxième quart du XVIIIème siècle, lorsque la maçonnerie passe la Manche puis fait de la mer du Nord, de la Baltique, des côtes de l'Atlantique et de la Méditerranée, des mares maçonniques. Puis dès le milieu du siècle, l'Atlantique devient le "centre" du monde maçonnique. C'est dans cette perspective qu'il faut lire le rôle maçonnique de Bordeaux. Comme le montrent les travaux du professeur Pierre-Yves Beaurepaire, l'expansion maçonnique du XVIIIème siècle, "se fait au rythme de l'ouverture des horizons océaniques, de la dilatation de l'aire d'influence des grands ports européens, de l'accélération des échanges maritimes". Les réseaux maçonniques se superposent aux réseaux commerciaux et consulaires. L'hégémonie maçonnique britannique profite de la suprématie maritime et commerciale du Royaume-Uni. L'Atlantique devient un carrefour d'échanges, une frontière, mais au sens pionnier où s'élaborent toute une série de systèmes maçonniques dont le principal est l'Ordre du Royal Secret dit couramment Rite de Perfection. Ce processus transatlantique a été, au demeurant, réalisé par des "nomades" dont on retiendra trois noms :
§         Étienne Morin : Cahors, Bordeaux, Saint-Domingue, Bordeaux, Paris, les îles Britanniques, Saint-Domingue encore, la Jamaïque ;
§         Henry Franken : Provinces-Unies, Jamaïque, Saint-Domingue, New York, Philadelphie, Jamaïque ;
§         Grasse Tilly : Paris, Saint-Domingue, Charleston, Antilles, Bordeaux, Paris, Milan, Naples, Madrid, Paris, Gand, Paris.
Beaucoup de maçons ont été des nomades, qui ont changé de résidence, de profession, de nationalité et de perspective des deux côtés de l'Atlantique. Ce dernier est en effet un "centre" et un carrefour. Le nord-est américain est l'équivalent du côté européen. Les treize colonies qui deviendront les États-Unis, et les Antilles notamment Saint-Domingue qui doit être au XVIIIème siècle un des pays où la densité maçonnique est la plus forte du monde, ne sont pas des marges. Ces terroirs sont des hauts lieux de sociabilité, notamment maçonnique. Charleston en est un bon exemple. La ville compte 12.000 habitants. Bordeaux a 110.000 habitants à la même époque. Pourtant les deux cités ont une vie associative assez comparable. Dans les décennies 1780 et 1790; Charleston possède douze sociétés caritatives communautaires, cinq clubs, trois associations d'éducations, une imposante société littéraire, une bibliothèque, deux académies, l'ordre des "Ubiquarians" et 10 loges, 5 relevant de la Grande Loge des Modernes, 5 de la Grande Loge des Anciens. En effet, le nomadisme exporte, non seulement les idées, mais également les querelles. Ainsi dans le territoire qui va devenir les Etats-Unis, on va retrouver, exacerbé, le conflit qui depuis le milieu du XVIIIème siècle, en Angleterre et ses dépendances, oppose ce que l'on appelle la Grande Loge des Modernes et la Grande Loge des Anciens.
On retrouve cette qualité nomade dans l'itinéraire "intra maçonnique" de Grasse-Tilly. En 1793, le fils de l'amiral de Grasse arrive, avec son beau-père et d'autres français, à Charleston, où ils trouvent trois colonies françaises plus ou moins anciennes. Il y a d'abord les huguenots protestants français chassés du royaume par la révocation de l'édit de Nantes, il y a ensuite des Acadiens catholiques, expulsés du Canada lors de la prise du pays par les Britanniques et enfin il y a des Français contre-révolutionnaires ou "ennuyés" par la Révolution, qui ont préféré passer de l'autre côté de l'Atlantique pour éviter le rasoir républicain. Grasse Tilly fonde la loge n° 12 la Candeur sous les auspices de la Grande Loge des Modernes, sise en Caroline du Sud, puis pour des motifs toujours obscurs, il fonde la loge nº 47 dite La Réunion Française, en 1799, sous les auspices de la Grande Loge des Anciens, obédience dans laquelle les futurs fondateurs du Rite Écossais Ancien et Accepté l'avaient précédé. Nomadisme toujours dans l'itinéraire individuel des douze apôtres qui créeront le premier Suprême Conseil du monde, sis à Charleston : trois sont nés en Angleterre, deux en Irlande, deux en Nouvelle-Angleterre, deux aux Antilles danoises, un à Saint-Domingue, un en France, et un à Prague. Sur le plan religieux, on trouve trois catholiques romains, quatre protestants (un épiscopalien, deux presbytériens, un congrégationaliste) et 5 juifs.
Nomadisme enfin, puisque le Rite Écossais n'est pas devenu, en quelques années, le rite le plus répandu dans les deux hémisphères. Il est demeuré un système marginal pendant trois bonnes décennies. Durant ces années, les rivalités entre les divers Suprêmes Conseils américains freinent son essor. Dans le même temps, en France, il ne représentera jamais 10 % de la maçonnerie hexagonale. Ses premiers succès datent des années 1820. Le Rite Ecossais ancien et Accepté va se répandre doucement mais fermement, dans la première moitié du XIXème siècle, en Amérique latine et dans les îles Britanniques, puis dans la deuxième moitié du XIXème siècle, en Europe centrale et autour de la Méditerranée, puis dans la première moitié du XXème siècle dans l'Europe du Nord, le Moyen-Orient et le Commonwealth, enfin dans la deuxième moitié du XXème siècle, en Asie, dans le Pacifique, en Afrique noire et dans les ex-pays communistes. Présentement, il est devenu le système de hauts grades le plus pratiqué comme nous le préciserons plus loin. Depuis deux décennies environ, il est majoritaire chez les maçons français, toutes obédiences confondues.
Ce nomadisme à travers le temps et l'espace, les hommes et les réseaux, le maintient en permanence dans le nomadisme. Encore s'agit-il de mettre en évidence la parole et le message liées à la tradition écossaise, âgées de deux siècles et plus, et de la réinvestir, hic et nunc, comme herméneutique du présent. La difficulté est de dégager les formes contingentes de l'écossisme et ce qui s'y trouve comme nomadisme irréductible et donc porteur de fécondité créatrice perpétuelle. C'est à ce prix qu'une tradition demeure vivante.
 
Du nomadisme à l'adaptabilité, il reste une dernière "porte" à ouvrir. L'adaptabilité est peut-être la principale "vertu", la qualité cardinale du Rite Écossais Ancien et Accepté. Le fait qu'il ne soit pas né quelque part, comme les "imbéciles heureux" de Georges Brassens, a contribué à faire de lui l'avatar le plus tardif et mais le plus prolixe de l'utopie de la République Universelle des Maçons des Lumières. Dans ce champ transatlantique propice aux développements d’initiatives individuelles, le Rite Écossais Ancien et Accepté apporte sa contribution à ce que l'on appelle aujourd'hui le principe de circulation notamment en essayant de résoudre le problème de l'universalisme et de l'affirmation identitaire. Quoi de plus moderne que la question du "être à la fois d'ici et de partout". Le Rite Écossais Ancien et Accepté n'est-il pas à la fois le système maçonnique le plus répandu dans le monde tout en s'étant adapté aux climats maçonniques dans lesquels il travaille. Cette situation présente est le résultat de deux siècles d'adaptabilité. Aujourd'hui, le Rite Écossais Ancien et Accepté est l'un des trois grands régimes utilisés dans la maçonnerie bleue, mais assez loin derrière ce que l'on appelle le Rite Anglais de style Émulation et le Rite Américain de style d'York. Dans les systèmes des Hauts Grades ou des "Side degrees" comme disent les anglo-saxons, ce qui n'est pas tout à fait la même chose, il est sans contexte le rite le plus pratiqué. Ainsi très approximativement, il est utilisé, en maçonnerie bleue, par moins d'un million de maçons, mais sans doute par plus de deux millions dans plusieurs centaines de suprêmes conseils. Cette situation que l'on peut juger paradoxale est le résultat de son adaptabilité aux contraintes de l'histoire maçonnique. Aux Etats-Unis, il n'est, si l'on peut schématiser, qu'un système en trente degrés au-delà de la maîtrise. Le futur récipiendaire de ces grades peut pratiquer le rite de son choix en loge bleue pourvu qu'elle soit in good standing. Aujourd'hui encore, on rencontre très peu de loges bleues écossaises aux Etats-Unis alors qu'on y compte les deux Suprêmes Conseils les plus importants au plan numérique, les deux Suprêmes Conseils de Prince Hall, plus une douzaine de Suprêmes Conseils un peu marginaux. Quand le Rite Écossais Ancien et Accepté arrive en France, la formation de la Grande Loge Générale Ecossaise entraîne l'élaboration de rituels écossais pour les grades bleus alors que le Suprême Conseil créé par Grasse Tilly n'est qu'un Atelier "blanc". Progressivement les anciennes loges écossaises qui pratiquaient des rites écossais de la tradition des Modernes adopteront le Rite Écossais Ancien et Accepté. Certains maçons écossais, le plus souvent hors du GODF, vont alors prôner une continuité du 1er au 33ème avec primauté de l'institution sommitale sur tous les ateliers de tous les degrés. Plus sagement, le GODF confiera la gestion du Rite Écossais Ancien et Accepté à un Grand Collège des Rites, chaque maçon de l'obédience, quel que soit le rite de sa loge bleue, pouvant conformément à la tradition écossaise continuer son "chemin" au sein des hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté. Majoritairement, les latino-américains ont plutôt adopté un des systèmes à la française du Rite Écossais Ancien et Accepté, alors que les européens du Nord et les britanniques travaillent presque exclusivement selon le "modèle" américain.
Une autre preuve de l'adaptabilité du Rite Écossais Ancien et Accepté se trouve dans les diverses lectures que les maçons écossais font de leur rite. Globalement, la lecture "latitudinariste" domine toujours notamment dans la maçonnerie anglo-saxonne. Parfois, le débonnaire laisse la place à une certaine rigidité dogmatique comme lors de la Conférence internationale des Suprêmes Conseils dits réguliers tenus à  Baranquilla (Colombie) en 1970. Inversement, depuis une décennie, le Suprême Conseil dit de Charleston (en fait, il siège à Washington) fait preuve d'une certaine ouverture. A côté de cette lecture latitudinariste dominante, diverses juridictions nord européennes ont adopté le "modèle" américain au XIXème siècle, en y introduisant un marqueur chrétien fort que les fondateurs de 1801 n'avaient pas retenu. Dans le dernier tiers du XIXème siècle, apparaissent  deux nouvelles "lectures" qui vont confirmer de manière encore plus ample l'adaptabilité du Rite Ecossais Ancien et Accepté. La troisième "lecture" pourrait être qualifiée de "symbolomania". Dans l'espace maçonnique latino-francophone, face à la "positivisation" des rituels, un certain nombre de Frères, en toute bonne foi maçonnique, ont cru, à tort, que le Rite Écossais était plus symbolique que les autres. Ses principaux représentants sont le belge Eugène Goblet d'Alviela, Grand commandeur en 1900 du Suprême Conseil pour la Belgique, et le français Oswald Wirth et sa revue Le Symbolisme. Enfin, à peu près en même temps, naît et se développe une lecture libérale dans laquelle se situe l'actuel Suprême Conseil, Grand Collège du R\E\A\A\-G\O\D\F\. Ces quatre lectures sont des idéaux-types, à la manière de Max Weber. Individuellement, chaque maçon aura quelques difficultés à s'y reconnaître. Notons cependant que ces quatre "familles" ne recoupent qu'imparfaitement les diverses juridictions écossaises. Ainsi dans les Conférences organisées sous l'égide de Charleston, on trouve des Suprêmes Conseils qui se définissent comme chrétiens, d'autres qui se veulent "symbolico-libéraux", d'autres encore qui demeurent latitudinaristes. De même, les Rencontres Ecossaises, lancées à Bruxelles en 1976, regroupent des juridictions qui ont des lectures un tantinet différentes de leur libéralisme. Peut-on en déduire que les positions des uns et des autres ne sont pas aussi éloignées que les pseudo clivages qui sont dans nos têtes ?
Quoi qu'il en soit, aujourd'hui, partout où existe la Maçonnerie, on trouve des maçons écossais, de manière massive comme aux États-Unis, ultra majoritaire comme en Italie, dominante comme en France, ou à dose homéopathique comme en Norvège.
 
Ainsi, avec le même canevas, on peut obtenir une manière de travailler et un climat pour le moins différents. On voit qu'à travers deux siècles, noachisme, nomadisme et adaptabilité ont toujours caractérisé le R\E\A\A\; Ces trois traits expliquent largement pourquoi derrière son charme vieillot, il demeure très contemporain. Pourtant l'essentiel ne me paraît pas là. Quelle que soit sa valeur intrinsèque ou ajoutée, le Rite Écossais Ancien et Accepté n'aura véritablement d'intérêt que s'il suscite, ici et maintenant, chez chacun, en conscience, dans son for intérieur, le désir de se l'approprier et de l'utiliser comme il croit devoir le faire. Nous avons simplement tenté de comprendre sa genèse d'hier pour saisir ses potentialités d'aujourd'hui. Les interfaces du passé et du présent peuvent produire du sens, dans la double acception du terme, signification et direction, à condition de les mettre à jour et en cause : si tu ne sais pas où tu vas, retournes-toi et regarde d'où tu viens. Alors apparaît le Rite Écossais Ancien et Accepté dans sa fécondante complexité. La différence est à la fois un défi et une chance. Connaître, sentir et agir, restent toujours inscrits dans la fragilité. Il s'agit donc de faire, en présence de l'écossisme, le même parcours méthodologique que pour n'importe quel fait culturel, de manière à ce qu'il devienne pour ceux qui veulent et comme ils le veulent, un outil pour une progression collective et individuelle.
Comprenne qui pourra!
Sur le fronton de la loge "Howard" nº 101 de la Grande Loge du Maryland, on peut lire :
"Il n'y a pas d'étranger en ce lieu, vous êtes seulement parmi des amis que vous n'avez pas encore rencontrés".
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Au Colloque du Bicentenaire à Bordeaux 17 avril 2004
 
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C’est un précepte chinois qui recommande : « Quand deux chemins s’offrent à toi, choisis toujours le plus difficile ».
 
A Bordeaux où nous commémorons aujourd’hui le bicentenaire du Suprême Conseil du REAA et de la pratique des hauts grades écossais en France, nous pouvons affirmer que c’est le chemin de l’exigence et de la rigueur qui a été retenu par le Suprême Conseil et par les organisateurs du présent colloque pour aborder et approfondir un vieux débat autour de la Patente Morin. Les conférenciers que nous avons entendus tout au long de l’après-midi nous ont apportés de nouvelles lumières sur la Patente et le Rite de Perfection. Chacune des contributions atteste du caractère scientifique exigeant  des travaux conduits par des FF\ qui n’ont fait aucune concession, ni cédé à la facilité qui eut pu consister, comme ce fut trop longtemps le cas diront certains, à reprendre à son compte des affirmations pas toujours nécessairement établies, mais ayant fini par être tenues pour telles à force d’être reproduites et répétées. Les copies de la Patente disponibles aujourd’hui étaient devenues mythiques et donc sujet à controverses. Nous pouvons affirmer au sortir de ce colloque que beaucoup de lumière a été apportée à ce sujet.
 
En confiant la préparation et la rédaction de textes de recherche et d’étude à notre aréopage de recherche SOURCES ainsi qu’à des auteurs faisant incontestablement autorité, le Suprême Conseil a choisi de s’inscrire dans une démarche qui caractérise bien le degré élevé d’exigence auquel nous entendons nous astreindre en tous domaines. Il nous importe plus que jamais de nous en tenir à cette ligne de conduite. La reconnaissance ne se décrète pas, elle ne peut être que le résultat d’une autorité morale incontestable, elle-même fruit d’une conduite constante qui ne laisse point de place au doute quant à la discipline intellectuelle, quant à la droiture, sans concession d’aucune sorte. Le temps long cher à Fernand Braudel est un autre repère essentiel qui nous permet d’échapper à la temporalité et à ses effets de mode source de distorsions. C’est bien sur la durée que se juge et s’apprécie l’authenticité. N’est-ce pas là précisément que nous renouons de la façon la plus tangible avec les traditions chevaleresques et avec les valeurs, comme avec le sens, qu’elles portent en elles ? La tradition, c’est notamment cela.
 
S’il est vrai que notre espace culturel et le terreau spirituel, philosophique et culturel sur lequel s’est bâtie la Franc-maçonnerie au XVIIIème siècle est par essence judéo-chrétien, Etienne Morin nous a en quelque sorte ouvert la voie du futur qui est de tendre à l’universel déjà énoncé par James Anderson dans une autre acception. Mais c’est bien Morin, en embrassant de nouveaux espaces cosmo-maçonniques avec la patente dont il était porteur qui, sans en avoir encore conscience, a posé les fondements d’un rite qui traversant les mers a le plus contribué à ce que ce rite devienne par étapes le cœur d’un système écossais universel. Devant les frontières de l’altérité on mesure aujourd’hui, ici ou là, des réticences, sinon même certaines tentations à revenir en arrière, à s’opposer et à renoncer  par là même à l’universalisme pour mieux affirmer ses singularités. Cette observation vaut dans la vie profane et elle s’explique par une attitude sans doute instinctive de préservation. Et elle trouve paradoxalement aussi son expression dans notre univers maçonnique. Mais il ne peut y avoir de place à cela dans notre espace, car nous Francs-maçons avons fondamentalement vocation, par notre démarche, notre philosophie, à l’universel. Nous devons tous autant que nous sommes, et tous rites confondus, résister à la tentation d’une résignation à l’insignifiance. C’est l’insignifiance confortable d’être installé dans un rite qui doit inquiéter le Maçon. Une résignation qui trouverait ses racines dans une Maçonnerie trop confortablement installée dans ses certitudes pour connaître la quête et les délices d’une émulation fécondante passant par la connaissance. Ce risque ne nous guette guère aujourd’hui, en ce qui concerne le REAA, qui n’est plus ce mythe insaisissable, ni non plus d’ailleurs, ce système « sur et dominateur » qu’ont pu décrier certains en d’autres temps. Le rebond actuel du Rite auquel nous participons n’est pas un phénomène conjoncturel lié à l’évènementiel. Certes le bicentenaire nous offre-t-il une tribune exceptionnelle à l’occasion des colloques, tel celui sur «  Bordeaux : porte de l’écossisme ». Mais nous organisons des Tenues exceptionnelles et publions des travaux scientifiques de recherche sur notre histoire. Nous préparons aussi des expositions qui sont des opportunités de collaborations avec les archives et les Musées, comme avec les autorités culturelles. Ce retour aux sources nous permet de mieux nous situer par rapport à notre univers maçonnique tant hexagonal, qu’international. Mais aussi face à un environnement profane auquel nous ne sommes jamais confrontés sur la place publique car notre Suprême Conseil, à la différence du Conseil de l’Ordre du  Grand Orient de France, n’a pas de mission publique, ni vocation à en avoir. Nous sommes conservatoire et  centre de réflexion prospective en amont. Nous pourrions résumer notre mission à une formule simple qui exprime mal la réalité, mais s’en approche : la recherche, c'est-à-dire la connaissance, la réflexion, c'est-à-dire la pensée, mais aussi l’action nourrie par les deux premières pour féconder ce qui ensuite se conceptualise et doit trouver sa place dans une société en mouvement perpétuel, car tendant au progrès ou à la progression de l’homme et de la société. C’est ici qu’il est nécessaire de se retrouver avec des compagnons de route, c'est-à-dire de regarder dans les yeux ceux qui nous aident à comprendre qui nous sommes, serait-ce par leur regard critique, et vers quoi nous allons. Pour le formuler autrement, il nous faut accepter la confrontation avec les autres sur les grands horizons de nos frontières philosophiques, spirituelles et de nos cheminements. Nous n’oublions pas les origines communes des rites et l’époque ou cela était si évident que l’on parlait des Français-Ecossais. Loin de négliger ces facteurs, nous les retrouvons par l’étude et la recherche en caressant l’espoir qu’il puisse s’y trouver le ferment fécondant qui éloigne le risque d’une rhétorique de l’affrontement que rien ne peut justifier. Surtout entre Maçons. Qui plus est entre Maçons du Grand Orient de France qui ont choisi de poursuivre un cheminement initiatique au-delà de la maîtrise. Tout est fait pour unir et réunir pour qui sait trier le grain de l’ivraie.
 
C’est Confucius qui, dans ses entretiens, nous a légué ce précepte de sagesse orientale que nous faisons notre : «  Je transmets l’enseignement des Anciens, sans rien créer de nouveau, car il me semble digne de foi et d’adhésion » ( VII,1). Eh bien, mes FF\, c’est cette révolte de l’Esprit qu’il nous faut assumer ensemble en recherchant ce qui unit, plutôt que ce qui pourrait diviser. Nous ne devons pas attendre l’avènement de la sagesse et de la concorde, nous devons tous les jours la provoquer. Car les identités de rites ne peuvent et ne doivent devenir des prisons qui enferment les esprits et les hommes, les FF\ et  les SS\. Il convient de s’insurger contre les murs invisibles de l’incompréhension, du rejet, de la peur et de l’exclusion. Bref contre la médiocrité et la faiblesse humaine. Mais  il convient aussi de s’élever contre les murs plus visibles qui divisent et n’ont aucune justification dès lors que l’ont fait sien un autre précepte de Confucius : «  Vaincre son ego pour se placer dans le sens du rite ». Du rite, c'est-à-dire pour nous, de tous les rites maçonniques. Car nous avons du respect pour chacun d’entre eux et pour les FF et les SS qui les pratiquent sincèrement sans les dévoyer. Donc de la démarche maçonnique dans ce qu’elle a  de plus pur, de plus noble, de plus exigeant et donc de plus élevé. Nous préférons les ponts et les passerelles : ils ne cachent pas l’horizon, ils invitent à la rencontre.
 
Nous sommes aujourd’hui invités à offrir notre lumière intérieure au monde : « Vous répandrez les vérités acquises », nous enseigne le rituel. Cette force qui nous habite, il nous faut la faire sortir de nos cœurs et de nos esprits pour découvrir avec générosité et lucidité que l’autre est une lumière infinie. Cette lumière est la référence continuelle et universelle à notre humanité.
 
Les TBF, les colloques et les publications attestent que nous sommes aussi d’une certaine manière un lieu de savoir, un lieu de mémoire et de tradition, mais aussi un lieu de vécu et point de convergence des différences, comme des disciplines. Le dialogue noué avec le monde des philosophes, des chercheurs, des scientifiques et des forces vives qui préparent le monde de demain est au cœur de notre démarche.  Nous sommes en amont disions-nous. Nous cultivons infatigablement l’espoir par l’ambition du progrès de l’homme et de la société. Une démarche qui doit nourrir plus loin, plus tard, au plus profond et dans la meilleure acception, l’action dans la cité. Nul Maçon ne saurait en faire l’économie. Car pour toujours citer Confucius et rester dans la Sagesse, manière de faire un clin d’œil complice à ceux qui voudront bien l’entendre : «  C’est l’homme qui élargit la voie et non la voie qui élargit l’homme » (XV, 28).
 
J’ai dit.
 

 

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[1] . A. Corbin, Le territoire du vide, l’occident et le désir du rivage, 1750-1840, Paris, 1988.
[2] . Cité par Ch. Desplats, « D’Agen à Bordeaux : impressions de voyage d’un avocat général au Parlement de Navarre à la fin du XVIIIe  siècle », Bordeaux et l’Aquitaine, Bordeaux, Fédération Historique du Sud-Ouest, 1998, p. 293.
[3] . F. Marlin, Voyages en France et pays circonvoisins depuis 1775 jusqu’en 1807, Paris, 1817.
[4] . Brune, Voyage pittoresque et sentimental dans plusieurs provinces occidentales de la France, Londres, 1788.
[5] . A. Young, Voyages en France, 1787, 1788, 1789 , Paris, 1976, p.154.
[6] . N. Wraxall, Tournée dans les provinces occidentales, méridionales et intérieures de la France, Rotterdam, 1777, p.86.
[7] . Nouveaux voyages en plusieurs provinces de France ou correspondances de Madame de G., 1787.
[8] . F. de La Rochefoucauld, Voyages en France, Paris, 1938, p.118.
[9] . Aubin-Louis Millin, Voyage dans les départements du midi de la France, Paris, 1808, p.629.
[10] . Maurice Méaudre de Lapouyade, « Impressions d’une Allemande à Bordeaux en 1785 »,  dans Revue Historique de Bordeaux, 1911, p. 168-190, p. 253-270.
[11] . A. Ruiz, J. et A. Schopenhauer, Souvenirs d’un voyage à Bordeaux en 1804, Lormont, 1992, p. 172-173.
[12] . J. La Vallée, Voyage dans les départements de France, Paris, 1797.
[13] . A. Young, op. cit., p.155-156.
[14] ; J. Schopenhauer, op. cit.,p. 75-77.
[15] . N.M. Noah, Travels in England, France, Spain and the Barbary States in the years 1813-1814 and 1815,  New York, 1819, p. 408.
[16] . A. Schopenhauer, op. cit., p.137.
[17] . M. Figeac, Destins de la noblesse bordelaise (1770-1830), Bordeaux, Fédération Historique du Sud-Ouest, 1996.
[18] . M. Figeac (sous la dir. de), Histoire des Bordelais, La modernité triomphante(1715-1815), Bordeaux, Mollat et Fédération Historique du Sud-Ouest, 2002, p.221.
[19] . B.M. Bordeaux, Ms 829, X, Discours de Saige sur le Musée, 1787.
[20] .Règlements généraux de la Loge française d’Aquitaine du 6 avril 1828.
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