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Nangis J. "Mouvance du rite Ecossais Ancien et Accepté dans notre région au XVIII° siècle"                                                        
 
BICENTENAIRE DU REAA 
à
FORT DE FRANCE
20 novembre 2004

 

Très Puissant Souverain Grand Commandeur,
Très I11.:. FF .•..
Mes SS.., Mes FF....
Dans son lexique notre F... A. DORE donne du rite la définition suivante : « Système codifiant la Symbolique Maçonnique et sa révélation par l'initiation, en différentes cérémonies successives hiérarchisées ». Il existe à l'heure actuelle, en France, dans l'ordre chronologique de leur apparition et de leur codification : le Rite Ecossais Rectifié, le Rite Français dit Moderne, le Rite Ecossais Ancien Accepté issu d'un Rite de Perfection, le Rite Ancien et Primitif de Memphis Misraïm, le Rite dit « Emulation » émanant du Rite d'York et venu d'Angleterre, enfin le Rite Français Traditionnel Rétabli.
Ce qui importe le plus, c'est l'esprit qui anime la pratique rituelle. Quel que soit le rite mis en oeuvre, le rituel est et demeure pour chaque maçon un moyen d'initiation. Le rite est alors la voie de l'initiation, avec le rituel pour véhicule.
Avant de développer notre réflexion sur la présence du Rite Ecossais Ancien Accepté dans les Hauts Grades au sein du patrimoine multiple du G. O. D. F., je citerai, en préambule, nos FF:. Pierre PIOVESAN et Jean-Pierre DONZAC, respectivement G... Or... et G... Or... Adj. de notre S.. C .... Ils disent : « que sa place [...] est devenue tellement naturelle que statutairement des FF.'. issus des Ateliers de Rite Français poursuivent leur perfectionnement dans les Ateliers de REAA, sans éprouver la moindre gêne, la moindre schizophrénie. Et nous précisons que la légitimité du REAA au GODF repose d'abord sur le constat qu' [en France hexagonale et dans les territoires hors métropole en y excluant, pour le moment, les pays étrangers], les FF... de l'obédience se sont lentement, mais sûrement approprié le Rite dans le temps et dans l'espace au point qu'aujourd'hui plus de 320 ateliers le pratiquent alors même que la plupart de leurs membres travaillent dans des LL .: [symboliques] au Rite Français. Cette dualité est heureusement vécue par près de 7000 FF:. », fin de citation. C'est déjà là une préfiguration de l'importance de sa présence sur toute la planète.
- Y A-T-ILUNE UNIVERSALITE DU REAA ?
 
 En F:. M.•., le Rite quel qu'il soit, est et doit être un lieu d'accueil, c'est par cela et en cela qu'il s'ouvre sur l'universel. L'élaboration du REAA s'est effectuée dans des espaces et dans une succession continue de durées, donc de temps, ce qui a contribué au renforcement de son caractère universel. Alors, justement de l'universalisme et de l'universalité, parlons en.
Parmi toutes les définitions de l'universalisme, retenons celle proposée par notre F.. Joannis. CORNELOUP, je le cite : «L'universalisme est un élan volontaire, un état d'esprit ouvert sur l'humanité toute entière. En termes maçonniques, c'est notre idéal de Fraternité Universelle. C'est aussi [ajoute—t-il], l'élan des hommes qui ne négligent aucun moyen de perfectionnement matériel, moral, social, intellectuel, artistique et spirituel de l'individu et de la collectivité », fin de citation.
Cette façon de définir l'universalisme nous touche au plus profond de notre sensibilité maçonnique. C'est la définition d'un Maç... à l'usage des Maç... et également de tous les hommes libres de la Terre. L'universalisme du REAA se fonde, d'une part, sur le nomadisme qui a régi son élaboration et, d'autre part, sur son adaptabilité tant durant tout le temps de sa gestation que de sa mise en exercice jusqu'à nos jours.
L'universalisme est une opinion qui fonde une philosophie, il est le principe qui, dans la pratique, aboutit à un caractère, voire à un état. Il s'agit de l'état de ce qui est partagé par les hommes de tous les temps et en tout lieu. Parmi la multitude d'éminents FF.% de différentes nationalités, de diverses origines sociales et philosophiques qui ont très largement contribué à l'édification du REAA, il faut retenir, trois noms, clés pour ouvrir et les mêmes trois noms, charnières pour orienter et transformer. Il s'agit de Etienne MORIN, Henry Andrew FRANKEN et Alexandre de GRASSE-TILLY. Le Français Etienne MORIN, catholique né à Cahors dans le
Quercy en 1717, négociant voyageant fréquemment entre la métropole et les Iles d'Amérique, effectua un travail d'organisation et de propagande dans les Antilles, notamment à Kingston à la Jamaïque. Il conféra au Juif Néerlandais Henry Andrew FRANKEN, naturalisé citoyen britannique, le titre de Député Inspecteur Général. Celui-ci commença en 1767 un séjour de deux ans sur le continent Nord Américain, durant lequel la chaîne initiée par Morin se développera avec l'aide d'une douzaine de citoyens américains, à qui il conféra le titre de Député Inspecteur Général. Ceux-ci à leur tour cooptèrent le comte Alexandre de GRASSE-TILLY, aristocrate et officier français, naturalisé américain, par nécessité, à un moment de sa vie. Parmi tous ces dignitaires, trois sont nés en Angleterre, deux en Irlande, deux en Nouvelle-Angleterre, deux aux Antilles danoises, un à Prague. Du point de vue de la répartition de leur fondement philosophique et métaphysique, nous retenons trois catholiques romains, quatre protestants, cinq juifs. Ceux-ci introduisirent et développèrent l'Ordre du Royal Secret dans les 13 colonies britanniques qui devinrent après leur indépendance les U.S.A.. Ils furent les premiers fondateurs du premier S.C. de Caroline du Sud. Ils ont beaucoup voyagé. L'histoire de l'élaboration et de la structuration du Rite Ecossais Ancien Accepté recouvre celle de leurs voyages.
Le symbolisme du voyage est particulièrement riche pour nous maçons. Il se fonde, se justifie et se développe dès l'énoncé de l'art lei de la Constitution de GODF, qui se résume dans la quête de la vérité, dans l'étude de la morale pour établir la paix entre les hommes, dans la recherche et la découverte d'un centre spirituel en vue de pratiquer la solidarité Il n'y a aucune cérémonie maçonnique sans mise en application de rituels comportant des voyages. « Voyages symboliques évoquant le cheminement dans le désert, celui du pèlerin comme celui du sage à la recherche de la vérité sacrée. » En 1744, Etienne MORIN. est reçu au grade Ecossais à Antigua aux Antilles anglaises, de 1745 à 1749 il fréquente deux loges à Bordeaux, (La Parfaite d'Ecosse et L'Anglaise, qui s'appelle aujourd'hui L'Anglaise 204 de la G.LF.). Il aurait assisté au début de 1750 à une initiation à Bristol. Dans le courant de la même année 1750, il fonde à Saint Domingue le Conseil de Chevalier du Soleil, grade qui de 1751 à 1762, a vraisemblablement constitué le grade terminal de l'Ordre, pour de nombreuses loges. Il a en outre fondé La Parfaite Union à l'Or:. d'Abbeville, animé avec zèle, à Paris, la 1"e Grande Loge de France. Le 27 Août 1761 à Paris, le Grand Conseil des Ch.'. Kadosch lui délivre une patente qui lui donne « pouvoirs de propager la Maçonnerie de Perfection en Europe et même au-delà des mers ». Il est investi alors d'un pouvoir sur la totalité des grades maçonniques, notamment sur tous les Hauts Grades. En même temps était établi à Bordeaux le Conseil des Princes du Royal Secret. Au début de 1762, il est fait prisonnier avec le bateau qui le conduisait de Bordeaux aux Antilles. Il demeure alors, 14 mois en terre britannique dont 3 mois en Ecosse et 2 mois à Londres. De retour aux Antilles, il rencontre Franken et c'est la naissance d'une profonde et fidèle amitié entre les deux hommes. De 1767 à 1771 date de sa mort à Kingston à la Jamaïque, « Morin s'est attaché à une épuration et à une sélection des rituels puis à une organisation de ceux-ci en un Rite cohérent qu'il a appelé le Rite des Hauts Secrets et que Franken, [...] nommera plus tard le Rite de Perfection » en 25 grades. La Voie Initiatique n'étant rien d'autre que l'expérience totale de la vie, le REAA s'est constitué au cours des voyages expérimentaux et initiatiques de E. MORIN et de toute cette cohorte de FF .•. qui ont rassemblé leurs efforts pour édifier un Rite. « Ils semblent avoir réalisé la tâche de Maîtres Maçons qui voyagent du Nord au Sud, de l'Orient à l'Occident et du Zénith au Nadir pour rassembler ce qui est épars ». C'est une citation.
Chassés de Saint Domingue par la 1 ère Révolution noire, la plupart des colons français, après un détour par la Jamaïque, ou la Pennsylvanie ou la Caroline du Sud, notamment à Charleston, rentrent en France entre les années 1803 et 1804. Le 4 juillet 1804, de Grasse-Tilly débarque à Bordeaux venant de Charleston. Il se rend aussitôt à Paris avec un projet clair. De quoi s'agit-il ? Implanter un nouveau Rite dont il deviendrait le chef incontesté et supplanter tout ce qui existe. Pour cela il faut établir un organisme de tête pour le REAA, réveiller les quelques loges écossaises qui subsistent, en créer d'autres et les rassembler. Enfin constituer une Grande Loge Générale Ecossaise et coiffer le tout par un Suprême Conseil dont il sera le Grand Commandeur ad vitam.
Il existe une certaine analogie entre l'élaboration du REAA et le déroulement d'une tenue maçonnique. La remise de la patente à Morin serait comme l'ouverture des travaux, le long et parfois tumultueux cheminement des protagonistes s'apparenterait aux voyages symboliques de nos tenues d'initiation, la remise à Paris en 1804, du REAA en 33 grades, par de Grasse-Tilly en représenterait la clôture. Voilà pour le nomadisme.
Nous avons également dit adaptabilité.
L'adaptabilité est le résultat de l'action de l'intelligence due à la présence de l'esprit. Quand ici nous parlons de l'esprit, il ne s'agit pas d'une entité d'origine surnaturelle, mais bien de l'activité de pensée, c. à d. le traitement des idées par le cerveau des femmes et des hommes. L'adaptabilité du REAA, malgré les tumultes et querelles internes et externes (guerres d'indépendance, luttes anti-coloniales, guerre de 7 ans et autres crises, passons !), est manifestée par la cohérence de son élaboration, par la continuité et la logique de sa progression. Malgré de nombreuses imperfections découlant de la nature même de l'homme et en dépit de sa psychologie qui cause entraves et embarras dans les sociétés, sont apparues des diversités qui en définitive se sont associées pour devenir facteur d'enrichissement. Pendant sa gestation, ce Rite a puisé sa substance dans le substrat social et culturel des civilisations européenne, antillaise et américaine. De toute cette variété et de cette hétérogénéité naquit de proche en proche, par adaptation, une fusion, produisant comme par synthèse un système riche et cohérent devenu le Rite le plus fréquenté de la planète. L'universalité étant le caractère de ce qui est universel, c. à d. qui existe partout, l'universalisme qui est sa philosophie débouche ainsi sur du concret et devient un état, l'état du REAA. Un état qui exprime à la fois une pédagogie et une thérapeutique. Ce Rite alors a joué et joue encore le rôle éminent d'un catalyseur du dialogue international, un accélérateur de la Fraternité universelle. Faut-il voir là, à l'instar de la créolité, le fruit d'un métissage de cultures qui s'est épanoui en rayonnant à partir de la Caraïbe ? Dans nos ateliers de perfectionnement qui, tout compte fait, constituent des foyers d'où sont émis les enseignements d'une propédeutique des Hauts Grades, il ressort que « le premier grade du REAA est le symbole d'une ascèse intérieure qui vise à provoquer une évolution spirituelle menant à la compréhension élargie de la notion de devoir », je viens là de citer un rituel. Il s'agit bien d'une gymnastique intérieure spirituelle, dont la finalité est de transformer, dans nos comportements, les actes volontaires en actes réflexes, c'est le but de tout entraînement, de tout apprentissage.
Alors que nombre d'écoles initiatiques visent l'ascèse corporelle, dite voie courte de l'initiation, le REAA fait le choix d'une ascèse spirituelle ou voie longue par un travail toujours renouvelé sur le rituel et sur soi-même, par l'introspection.
Cette ascèse intérieure, discipline de vie, permet au maçon de s'ouvrir à la vérité. L'une des raisons d'être de la F..-M.•. du GODF, n'est-elle pas, entre autres, la recherche de la Vérité ? Nous le répétons à chacune de nos tenues en loge symbolique
La voie initiatique du REAA, nous conduit à écouter notre conscience lavée, nettoyée des préjugés et de l'affectivité qui l'encombrent, afin d'atténuer nos certitudes pour apaiser la passion de nos vérités personnelles. C'est ce chemin qui débouche sur la Tolérance. Là, l'oeuvre s'accomplit sur le Fort, le Beau et le Sage, afin de bien se construire et pour également discerner en définitive le vrai du faux et aller à l'essentiel. Ce travail s'effectue sur soi-même, dans la profondeur et la solitude de son être. C'est le « Connais toi toi-même... » pour vivre en toute fraternité avec les autres humains.
Il s'agit d'une réflexion de l'Homme sur sa propre condition, d'une remise en cause permanente dont la finalité est, inévitablement le changement, la transformation de l'individu. «Le chemin qui mène à la transformation de la société passe d'abord par nous-mêmes » par notre propre transformation. Le REAA nous enseigne et nous fait apprendre que c'est en nous changeant tout d'abord que nous parviendrons à changer la société
Seule la pensée permet d'accéder à de nouvelles hauteurs, à la reformulation des mots, à la reconstruction des mots trop souvent dogmatiques et péremptoires. Elle permet l'accès à la parole, qui elle doit être traduite par des actes. Ces actes découlent de la notion de DEVOIR au sens du Devoir-être et du Devoir-faire.
Dans le monde profane, le Devoir revêt des formes multiples et touche à de nombreux domaines. Il constitue, à diverses étapes de la vie, une obligation morale et sociale pour la responsabilisation et la dignité de l'Etre humain, pour la cohésion de la société. Le REAA nous enseigne que contrairement au Droit qui est reçu, conquis, saisi, intégré, le Devoir lui, est un don, il est le sacrifice de soi, pour soi et pour les autres. La compréhension élargie du devoir est le résultat, le fruit de l'ascèse dont nous venons de parler. Ce devoir ne touche pas seulement, ne relie pas seulement notre propre personne à une autre, mais à toutes les autres, il concerne l'Humanité tout entière, c'est à dire l'Universel. Voilà résumé le fondement ainsi que la finalité de l'universalité de l'enseignement du REAA. Aujourd'hui, partout où existe la Maçonnerie il y a un Ecossais, et toutes obédiences confondues, le Rite Ecossais Ancien Accepté est majoritaire dans les Loges bleues. Je ne parle pas ici du seul GODF, je dis bien, toutes les obédiences réparties sur toute la surface de la Planète, (1 500 000 maçons du REAA répartis dans plus de quarante pays ayant au moins un Suprême Conseil)..
- QU'EN EST-IL DE LA MODERNITE DU REAA ? 
La tradition de la Maç... Libérale est basée sur la grande et longue mémoire que l'humanité a développée au cours des âges. Cependant, nous maçons devons résolument nous projeter en avant, vers l'avenir, avec les savants et les philosophes, avec tous les hommes de bonne volonté. Aussi, nous Maçons, devons-nous aller au-delà de l'au-delà sans pour autant oublier de puiser dans la formidable épaisseur des strates millénaires de l'expérience humaine qui constituent la Tradition. Alors faut-il avec des mots dire que ce qui est ancien est moderne ? Ce n'est pas cela la modernité
Le REAA, du 4ème au 33éme grade forme une unité, un tout ; chaque étape procède de la précédente et prépare la suivante. Il recouvre dans ses différents grades, l'essence des autres rites. Le contenu du REAA, en raison de son adaptabilité, à toutes les époques, crée sa modernité au même titre que son universalité Le REAA manifeste la constante volonté d'équilibrer l'évolution progressive des sciences par une nécessaire évolution des consciences, c. à dire de la raison et de la morale
Aujourd'hui de nombreux Ateliers des Hauts Grades qui pratiquent le REAA construisent les hommes qui disent vouloir éclairer le Monde.
Nous parlons souvent d'éclairer le monde. De quoi s'agit-il ? On ne peut éclairer que si l'on est soi-même source de lumière ou tout au moins porteur de luminaire. 
Et de quelle lumière s'agit-il ?
Lors d'une étape sur la voie initiatique, nous avons rencontré un cartouche portant l'inscription, LA SCIENCE, ce voyage annonce et fait ressortir le caractère de modernité de la Franc-Maçonnerie et par suite du REAA, puisqu'il a été fait dans l'exercice même de la F..-M.
En raison du peu de temps qui nous est imparti, résumons et posons un postulat, un principe, en disant «Au commencement était 1'Energie. » C'est cette Energie qui a nourri le cheminement et l'évolution de l'univers de « l'hypothétique Big-Bang » jusqu'à l'esprit, esprit toujours au sens du «mind» des Anglo-Saxons, pas de « Spirit » avec un S. L'énergie en passant par les luminaires, c'est à dire, par les étoiles au double sens cosmologique et symbolique que nous leur attribuons, en passant entre les mains industrieuses des hommes, est devenue le flambeau, la lampe à huile ou à pétrole, ou électrique, et quoi qu'il en soit, il s'agit toujours de transformer des formes d'énergies chimique ou mécanique ou électrique ou de quelque autre nature que ce soit en énergie lumineuse visible ou invisible. Dans l'être humain existent les énergies mécaniques, chimiques, électriques et toutes formes d'énergies existant dans la nature. L'ascèse intérieure préconisée par le REAA, a pour fondement ce que nous pourrions appeler une Energétique Maçonnique. Il s'agit de transformer toute notre énergie humaine, en énergie maçonnique, c. à d. en énergie de l'esprit que symbolise la lumière qu'émettent nos étoiles dans le Temple. C'est à cette transformation que vise l'ascèse intérieure du REAA, faisant du maçon une structure de rayonnement, de diffusion et de propagation. 
Le but à atteindre par la voie du REAA., comme le dit notre F .• CORNELOUP est la construction d'un homme et, pour y parvenir l'initiant construit deux Temples :
1°) lui-même, c'est à dire son Temple intérieur et,
2°) celui de l'Humanité dont il fait partie.
Ce devoir de construction ne se limite pas uniquement à une obligation entre Hommes, entre Hommes et Sociétés, il s'étend aussi à une obligation entre Hommes et Nature. Le REAA a, par exemple, créé un mode original de sociabilité dans une société esclavagiste. Les Loges, petit à petit, ont constitué l'aile marchante de cette société colonialiste. Peu à peu les réticences à l'égard des gens de couleur ont faibli, et ceux-ci ont commencé à être admis dans les ateliers à partir de 1835, soit 13 ans avant le décret d'abolition de l'esclavage. Je rappelle que Victor Schoelcher était un F .'.. Sur notre sol natal, de très nombreux FF ont animé, participé à la lutte pour la libération des esclaves. A cette époque c'était là, l'expression de sa modernité.
On ne devient pas maçon simplement par adhésion, ainsi que cela se passe dans presque toutes les associations ou organisations humaines. On le devient parce que l'on est choisi, accepté et parce que, en pleine conscience, on accepte d'entrer dans l'Ordre afin d'apporter sa contribution à l'oeuvre maçonnique. 
 
Cette cooptation, je dis bien cette cooptation pour être reçu en maçonnerie suppose la recherche de qualités intellectuelles et morales chez l'homme. Il n'est certes pas question de constituer une élite au sens profane du terme. Le REAA vise la construction de femmes et d'hommes aptes à servir en s'appuyant sur l'imprégnation de rituels. Il s'agit toujours de mettre en marche un chantier. Il faut, pour cela, franchir une succession de degrés qui nous rendent aptes à résister aux évènements.
 
Comment agir ? D'abord par un travail ordonné et méthodique, sans zèle intempestif, puis en instaurant la justice, en faisant régner l'ordre et la paix pour que le travail soit fécond. Le REAA, par son enseignement, nous apprend, chemin faisant, que la justice est difficile à rendre et que la vengeance n'est pas la justice. La justice est ferme, impartiale, sans faiblesse mais ouverte à l'équité et à l'Amour. Sur une trajectoire où s'échelonnent des grades, il est évoqué le périlleux problème du choix des hommes dans la Cité. Il s'agit de mettre le meilleur à la place voulue au bon moment. La Maçonnerie doit choisir des maîtres d'oeuvre pour relancer la construction, mais toute construction exige calme, organisation, vision lucide des difficultés, perception de ce qu'impose la Nature et de ce qui dépend des faiblesses et des folies des hommes. Tout cela est inscrit dans tous nos rituels du REAA. Les travaux indispensables à la réalisation de l'oeuvre sont souvent ingrats et peu spectaculaires. Par définition, dans le monde profane, l'ouvrier maçon est un constructeur (trottoirs, murs, maisons, châteaux, cathédrales etc ..), par extension, selon un rapport de similitude, en Maçonnerie, le Franc-Maçon est également un constructeur. Il construit des Temples. La Tradition de la Maçonnerie c'est de construire. L'un des rôles du Rite Ecossais Ancien Accepté c'est d'aider tout Maçon à élaborer et à proposer une philosophie qui débouche sur la construction, dans la cité, d'une culture laïque et démocratique. Le REAA nous forme pour construire le Temple extérieur sur le modèle de l'architecture du Temple intérieur. La construction du Temple commence à l'intérieur de soi et va vers l'extérieur.
 
Nous avons dit au départ que le GODF délivre les patentes pour six rites. Les Rites ne sont que des modes variables de présentation des vérités maçonniques. La Vérité se trouve être répartie, éparpillée et accessible par tous les rites ; leur diversité ne sépare pas les maçons, elle ne doit pas séparer les maçons. Bien au contraire leur pluralité constitue un facteur d'enrichissement. Alors, retenons que l'édification du REAA organisée analogiquement selon le modèle des voyages initiatiques de la Maçonnerie en fait une méthode active pour comprendre la complexité de la vie. Et je me répète en citant un rituel du REAA, « la voie initiatique n'est rien d'autre que l'expérience totale de la vie ». Dans ces conditions, permettez-moi de dire que dans son ADN coexistent les gènes de son adaptabilité à tous les espaces et à tous les temps. Ainsi, sa contemporanéité devient le fondement, la base même de son universalité et de sa modernité.
De 1804 à nos jours, c'est-à-dire durant 200ans, en dépit de multiples vicissitudes, le REAA a navigué au milieu de fortes turbulences. A partir d'un grade chrétien hérité du siècle des Lumières, il a muté en un Rite laïque qui a fortement contribué à l'affermissement du principe, du concept de la Liberté de Conscience, base de la Tolérance et, témoignant par là de sa vigueur. L'action, le zèle, la foi maçonnique d'éminents maçons restés fidèles à l'Ecossisme, lui ont permis de mettre un peu d'ordre dans le chaos qui nous entoure et peut-être un peu de lumière dans nos esprits.
Pour terminer, en signe d'hommage, rappelons quelques noms proches de nous, quelques noms de contemporains, tout en ayant au fond du coeur et dans l'esprit, ceux de nos illustres frères du 19éme siècle, sans les nommer faute de temps. Quelques noms de contemporains : Armand BEDARRIDE (1864-1935), Francis VIAUD (1899-1976), Joannis CORNELOUP (1888-1978), Jean MOURGUES (1919-1990). Ils ont la densité, la valeur et la puissance maçonnique des MORIN, des FRANKEN, des de GRASSE - TILLY.
Autrement dit, âgé de 200 ans, le REAA, bien que déjà guide de vie universel, demeure encore jeune parce que moderne.
(F\ CARISTAN)
Colloque du Bicentenaire en Guadeloupe
Fort de France
(27 novembre 2004)
 
Lorsque la France, puissance  coloniale prend possession de la Guadeloupe, les populations qui y vivent sont d'origine amérindienne.
 
Mais au fur et à mesure que la colonisation progresse, que les nouveaux arrivants s'installent, que l'exploitation des richesses s'intensifie, avec l'introduction de cultures nouvelles, notamment canne à sucre et café en 1654, on passe de l'économie de subsistance à une économie de plantation conjointe à un début d'industrialisation ;
 
D'où la nécessité d'une main-d'œuvre plus abondante, plus résistante ; Où la trouver, cette main-d'œuvre ? Comment l'introduire dans la colonie ?
 
Les regards se tournent alors vers l'Afrique, et c'est le début d'un affreux commerce, à l'échelle d'un continent.
 
Une véritable tragédie, un génocide par substitution de population, que le professeur Jean DEBIEN traduit en ces termes, je cite : « Je ne sais pas si le sucre, le café, le coton sont nécessaires au bonheur des Européens. Ce qui est sûr : on a dépeuplé un continent pour les faire cultiver sur d'autres terres ».
 
Ces expatriés, corvéables à merci, n'avaient pas le choix, attachés à la terre, ou utilisés à d'autres taches... Alors, sur le territoire de la Guadeloupe, comme dans les autres îles de la Caraïbe, trois groupes humains vont devoir coexister suivant des règles strictes, codifiées, préétablies :
·                      Les nouveaux arrivants, Européens ayant tous les droits,
·                      Ce qui reste des Amérindiens (sans titre),
·                      Les Esclaves venus d'Afrique, privés de tous les droits mime plus   naturels. »
 
C'est dans ce contexte de déshumanisation, de délabrement moral, que la Franc-maçonnerie voit le jour dans la Caraïbe et particulièrement à la Guadeloupe, cela peu de temps après l'installation des premières Loges en France Hexagonale.
 
1717, date historique : L'ordre maçonnique voit le jour en Angleterre. Une Constitution est établie, diffusée aux adeptes dans le Royaume.
 
1725 - Les premières Loges d'obédience anglaise s'installent en France.
 
1738 - Une des premières Loges dans les possessions françaises outre-Mer est installée à Saint Pierre en Martinique , la Respectable Loge « la Parfaite Union et tendre Fraternité » , souchée sur une Loge de Bordeaux
 
1745 - La Guadeloupe accueille la Respectable Loge « Sainte-Anne » à l'Orient de Sainte Anne...
 
L'aventure coloniale a rassemblé des hommes et des femmes de toutes natures, de toutes conditions (Aventuriers, flibustiers, fils et filles de famille huppées en rupture de ban avec leur société).
 
Rien d'étonnant qu'il s'est trouvé dans cette bousculade, des hommes appartenant à la Vénérable Institution et qui, vraisemblablement, contribuèrent à la faire connaître.
L'éparpillement de nos archives dû à notre insularité, la perte ou la disparition de documents due à des couses plus profondes (négligence, cyclones ou autres cataclysmes) nous laissent malheureusement une approche approximative et incomplète....
Bien avant la Révolution française, la Franc-maçonnerie était présente, connue dans tout l'Arc Antillais.
Hispaniola, la colonie la plus riche, la plus prospère du Royaume ne comptait pas moins de 19 Loges...
 
La composition sociologique dans les Ateliers était l'archétype colonial, le reflet type de l'exclusif colonial (Fonctionnaires, Propriétaires, négociants, une infime minorité de petits blancs désargentés, quelques artisans).
 
Les Francs-maçons ont-ils été des colonisateurs au sens vulgaire du terme ? Une interrogation qu'il ne nous est pas possible d'affirmer ou d'infirmer.
 
Même si en quelques occasions, plutôt rares, des voix se sont élevées contre les exactions du pouvoir colonial, la préoccupation essentielle était d'abord l'intérêt du planteur...
 
Deux fortes personnalités du monde maçonnique de l'époque, MOREAU de SAINT MERY et BACON de la CHEVALERIE étaient tous les deux membres du Parti Colonial, relais du club MASSIAC à Paris où se retrouvaient propriétaires d'esclaves , écrivains , défenseurs acharnés de ce qu'il est convenu d'appeler l'ordre colonial .
Le préjugé de couleur n'était ni absent, ni exclu des Ateliers.
Un fait significatif montre bien l'état d'esprit qui régnait dans les Loges à cette époque
 
L'Officier désigné pour inspecter un Atelier travaillant au REAA dans cet Orient de Guadeloupe, refusa de se rendre en Guadeloupe pour accomplir cette mission, au prétexte que le Vénérable de cet Atelier avait pour épouse une femme de couleur.
Les quelques rares hommes de couleur ou Affranchis, initiés de l'époque, l'avaient été hors du territoire, hors de la colonie, et ici comme ailleurs, très rares étaient ceux qui atteignaient le grade de Compagnon. Ils demeuraient Frères Servants ad vitam....
Au fil du temps, la colonisation avançait, devenait effective, mais les idées des humanistes du Siècle des Lumières traversaient tout de même l'Océan.
 
1817 - Deux ans après l'Angleterre, La France met fin à la traite négrière ;
 
1831 - La France abolit définitivement la traite négrière, après accord avec l'Angleterre pour traquer les contrevenants.
 
Il faut souligner à cet égard, l'âpre et incessant combat, mené au Parlement anglais tant par ses interventions que par ses écrits, de Lord WILBERFORCE, membre éminent de la Royal Sociéty ,qui mourut très peu de temps après la signature de l'acte d'abolition.
1836 - Le Gouvernement français renouvelle le principe que l'affranchissement ne devient réel qu'au contact du sol de France.
1836 est aussi pour nous Francs-Maçons de Guadeloupe, date historique, date symbolique, car marquant le début d'une ère nouvelle dans le paysage maçonnique de la Colonie.
 
En effet, le 14 Février 1836, c'est l'installation dans une maison de la rue Sainte Lucie, appelée par la suite rue THIERS, aujourd'hui rue SAINT JOHN PERSE, de la première Loge, autorisée à initier, dans la colonie, des hommes de couleur.
Trois Frères de type européen, Cinq Frères hommes de couleur en sont les membres fondateurs.
 
L'évènement ne passe pas inaperçu, d'autant que les antagonismes sont toujours aussi vivaces, aussi âpres, entre les composantes de la société coloniale.
 
C'est cette même année 1836, que l'ouvrier ébéniste LOUISY MATHIEU, est initié par une Loge de la région parisienne « la Clémente Amitié » pour le compte des Disciples d'Hiram ; LOUISY MATHIEU que l'on retrouve comme suppléant de l'abolitionniste et Frère Victor SCHOELCHER, aux élections législatives de 1849, après l'annulation pour fraude massive organisée par le Parti Colonial en 1848 .
Candidat dans les colonies voisines de Martinique et de Guadeloupe, SCHOELCHER remporte haut la main la consultation, mais opte pour la Martinique.
 
Le Frère LOUISY MATHIEU devient le premier parlementaire de couleur élu.
Malheureusement pour les raisons que nous pouvons supposer ou admettre, il n'eut jamais le bonheur de siéger au Parlement et mourut misérablement au Carénage...
L'énumération, le recensement des Ateliers risqueraient d'être fastidieux, rébarbatifs, même si cela représente un intérêt certain.
 
Beaucoup de ces Ateliers eurent une existence éphémère, due en partie à la composition sociologique de leur effectif, un effectif souvent réduit à quelques fonctionnaires, des militaires, des hommes de la milice appelés à se déplacer continuellement, suivant les nécessités du moment.
Quelques artisans, petits propriétaires complétaient l'attelage.
D'où l'appellation par certains chroniqueurs de « Loges mobiles »...
 
Durant cette période notamment, et pendant longtemps, la Franc-Maçonnerie était considérée comme une société de Bienfaisance, et les Loges fonctionnaient comme des sociétés de Secours Mutuel ou apparentées.
 
Il n'était pas donc étonnant, ni rare, cela malgré la bulle papale, de trouver dans les Loges des hommes d'église, certains occupant même des Offices.
Ainsi, l'Orateur de la Respectable Loge « Saint Louis de la Concorde » à l'Orient de Lamentin était le curé de la Paroisse, le Frère Jean CAYRANE ;
Le Frère HILAIRE, Curé de la Paroisse de Saint François était membre de la Respectable Loge «la Parfaite Amitié» à l'Orient de Saint François...
 
L'activité maçonnique était importante aussi bien dans la Colonie que dans tout le bassin Caraïbe, comme le relate le Frère Robert LYNDSAY, haut dignitaire de la Maçonnerie anglaise, et historien de renom dans un ouvrage sur le Rite Écossais Ancien et Accepté . Je cite : « Il est à peu près établi que le Rite de Perfection, préfiguration du REAA, a été pensé, revu et corrigé à Kingston en Jamaïque par le Frère Andrew FRANKEEN, sujet d'origine hollandaise, naturalisé anglais, inspecteur-adjoint du Frère Stephen Alexis MORIN domicilié à JACMEL, Saint Domingue, lequel reçut patente de la Grande Loge avec autorisation de fonder des Loges aux Indes, aux Amériques , et partout dans le monde » ...
Mais si vous le voulez bien, revenons en arrière, pour parcourir, et suivre chronologiquement notre itinéraire.
 
La Respectable Loge « La Paix », fondée en 1784, installée à Pointe à Pitre, d'abord au morne Bouquet, ensuite à la rue Henri IV, connaissait une grande activité.
Sa composition sociologique était conforme à l'époque, ce qui n'empêchait nullement les membres d'aborder non seulement les questions d'ordre philosophique, maçonniques, mais également des questions liées à l'avenir de la Colonie .
C'est ainsi que suite à une instruction reçue du Grand Orient de France, elle organisa une tenue inter-loges rassemblant la plupart des Maçons de la Grande terre, en vue de l'ébauche d'un projet de déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, Tenue au cours de laquelle les interventions des Frères Melville Eloncourt et DAIN furent particulièrement remarquées ...
 
La période qui suivit fut difficile, triste avec la venue du Conventionnel Victor HUGUES.
 
La Franc-Maçonnerie en Guadeloupe connut une période noire, sombre sur tous les plans ; des Frères furent pourchassés, leurs biens saisis , des Loges fermées .
Certains Frères, exilés, trouvèrent refuge dans les îles voisines où ils se rassemblèrent et créèrent des Ateliers tels à NEWIS, St KITTS, ou CUBA
1862 - La respectable Loge « les Élus d'Occident» s'installe à Basse Terre.
Cet Atelier remplace la Respectable Loge « Saint Jean d'Écosse » réveillée après un long sommeil mais qui disparaît rapidement en 1853.
 
Son premier Vénérable est le Frère DESGRANGES. Les tenues se tiendront rue Peynier, avant l'édification de leur temple rue du Chevalier Saint Georges, grâce au concours de Frères qui gracieusement firent don de terrain, avec pour seule condition que si une partie du domaine devait être cédée, celle-ci devait servir obligatoirement à l'implantation d'une école laïque.
 
La parole fut respectée et suivie d'effet, puisque contiguë au temple des Élus d'Occident se trouve édifiée l'école Elie CHAUFFRIN, du nom de l'ancien Maire de Basse Terre , ancien membre actif de la Loge « les Élus d'Occident »...
 
Dernier en date du siècle, la Respectable Loge « les Égalitaires », installée en janvier 1903 au 32 de la rue de Turenne à Pointe à Pitre, avant d'être transférée au morne Ferret sur le territoire de la commune des Abymes.
Une Loge un peu particulière, non dans la forme, mais par sa composition ethnique et son orientation.
 
Et l'on comprend aisément pourquoi une légende en a fait la Loge des Nègres, de la Loge La Paix la Loge des Blancs, et de la Loge les Disciples d'Hiram celle des Mulâtres.
 
La période était peut-être propice à ce clivage. L'existence de cette Loge fut de courte durée...
 
Certains d'entre vous ont vraisemblablement connu Trois Frères ayant appartenu à ce Respectable Atelier.
 
Survivants de cette époque héroïque où l'on passait la fraîcheur, Edward BANGOU père de l'actuel maire de Pointe à Pitre, Émile BESSOUT père de l'ancien maire de Pointe à Pitre et le capitaine CLAVIS qui fut membre de Félix Éboué, si je ne me trompe...
 
Entre 1903, et jusqu'à la deuxième guerre mondiale, les Loges connurent une certaine léthargie, un ralentissement dans le recrutement, lié à des difficultés économiques structurelles certes, mois aussi à la pression du Clergé sur les masses.
Un clergé actif, vigilant, s'immisçant dans tous les rouages de l'activité (sociale, économique, culturelle, humaine) .
 
Ceux qui dans nos rangs avaient la foi, firent résolument front, face à cette pression sur les consciences, en maintenant bien haut la flamme de leur idéal...
En 1940, A la déclaration des hostilités, trois Ateliers tenaient ferme la Route dans la Colonie:
*      A Basse terre les Élus d'Occident
*           A Pointe à Pitre la Paix, moribonde, véritablement sur le déclin,
*           et les Disciples d'Hiram, dernier de la fratrie.
 
Nous savons tous ce qu'ont été les lois de Vichy, leur répercussion sur la vie économique sociale, culturelle, tant en France hexagonale que dans les territoires d'Outre-mer .
 
Dans la Colonie de Guadeloupe et Dépendances, sous la férule du Gouverneur Constant SORIN , ces lois furent appliquées, exécutées à la lettre . Les biens, meubles et immeubles appartenant aux Sociétés dites secrètes furent saisis, confisqués, détruits.
 
A Basse terre le Temple des Élus d'Occident fut confisqué, cédé à l'Évêché pour le franc symbolique, démoli pour qu'il n'y ait plus de trace de pierres ayant abrité des Francs-Maçons .
 
A Pointe à Pitre, le Temple qui porte aujourd'hui le nom de Harry LUCE fut réquisitionné, transformé en hôpital militaire, les archives détruits, les meubles bru7és...
 
A la libération la Franc-maçonnerie retrouvait ses droits et sa place, sur le territoire métropolitain ainsi que dans les territoires d'Outre-mer .
 
Le Temple des Élus d'Occident, après un procès en bonne et due forme était reconstruit suivant un plan fourni par les responsables de la Loge, sous la bienveillante mais ferme autorité du Vénérable Martre MATISSE , figure de proue de la Maçonnerie et du combat laque dons le chef-lieu .
 
Durant cette période triste et douloureuse les défections dans nos rangs furent rares .Certains des nôtres , et je ne crois pas me tromper, s'illustrèrent sur les champs de bataille hors du sol guadeloupéen ; d'autres, ici même, surent maintenir résolument la flamme de la résistance à l'oppression et sauvegarder l'espoir; Le mouvement clandestin Pro Patria était composé presque exclusivement de maçons entourés de quelques profanes aguerris.
 
En 1950, suite à une grève des employés de commerce, c'est au Vénérable Martre MIMI qu'il est fait appel pour rédiger une sentence arbitrale, preuve s'il en était besoin , que les Francs-Maçons quoique considérés par une fraction de la Société comme des êtres malfaisants , amis de Belzébuth bénéficiaient tout de même d'une notoriété certaine dans la Colonie ...
 
L'institution Maçonnique reprenait donc force et vigueur.
 
Ainsi en 1952, la Respectable Loge Félix EBOUE, travaillant au REAA est installée à l'Orient de Pointe à Pitre, Morne la Poterie, utilisant le même Temple que les Disciples d'Hiram.
Son premier Vénérable est le Frère RADFORD.
Cet Atelier va travailler sur ce site jusqu'à la construction de son Temple à Baie Mahault, devenu plus tard le Temple Augustin MATHIEU
Entre les deux Ateliers, l'harmonie est parfaite, avec réciprocité de vote pour toutes les questions se rapportant au recrutement.
Pas de tenue commune, mais des visites suivies d'échanges fructueux entre les Ateliers et les Frères...
 
Le Temple qui porte aujourd'hui le nom de notre Bien-Aimé et regretté Frère Harry LUCE devenait trop petit.
Pas d'espace pas de confort. Il fallut penser à un bâtiment beaucoup plus grand, beaucoup plus fonctionnel.
Les Disciples d'Hiram disposait d'un legs de trois Frères, patrimoine foncier, quoique amputé sous le régime de Vichy d'environ 5000 m'au profit du Centre Hospitalier.
La question de la construction d'un nouveau Temple fut étudiée sous les Vénéralats successifs des Frères ANGELIQUE Alexandre, Marcel SAMYDE ; et l'édification du bâtiment effectuée par le Vénérable ABEL, avec comme concepteur-réalisateur notre regretté Frère VALMORIN .
 
Il est important de signaler qu'avant de réaliser le bâtiment qui abrite nos travaux aujourd'hui, nous réalisâmes une autre construction, d'une autre forme, mais tout aussi remarquable, lien entre Passé et Présent :
La Respectable Loge La Paix n'avait plus d'existence légale , mais disposait d'un patrimoine substantiel ; et pour que celui-ci ne tombât en déshérence , cette Respectable Loge qui était en sommeil depuis 1948 fut réveillée en 1963 avec quelques Frères des Disciples d'Hiram ( le Frère ERIVAN , unique survivant de la Paix , les Frères JOLIVIERE , GARGAR , GRESSE Juste, GRESSE René , PASTEUR etc... , le Frère Ernest NAMORY étant élu Vénérable pour la circonstance...) .
 
Retrouvant pour un temps quelque activité , la Respectable Loge La Paix réalisa une seule initiation , celle du Frère FALAVEL , médecin-Capitaine en poste à la Jaille puis , avec l'autorisation du Grand Orient de France elle fusionna avec les Disciples d'Hiram , sa fille.
 
Le nouvel Atelier prit le nom de Disciples d'Hiram et la Paix Réunis ,installé le 21 Juillet 1965 (21 Juillet, en mémoire de la naissance du Frère Victor SCHOELCHER) .
Les biens meubles et immeubles de La Paix rentrèrent dans le
patrimoine commun du nouvel Atelier, ainsi qu'un apport financier conséquent.
Dans le Catafalque qui jouxte le nouveau Temple, appelé André MIMI
en mémoire du Vénérable MIMI, reposent les ossements des Frères passés
à l'Orient éternel et dont les sépultures étaient au pied du Morne La Poterie
 
Certains d'entre nous ont connu ce bout de cimetière à flanc de coteaux jouxtant le boulevard. C'est le Vénérable ANGELIQUE qui eut le privilège, sous un déluge de pluie, de récupérer les restes de ces Frères pour les déposer dans une sépulture digne...
 
A Saint Martin, la Franc-Maçonnerie, petit à petit retrouvait de nouvelles forces.
Sous l'impulsion de quelques Frères courageux, et le concours du Frère CHOISY Félix, la Loge Concorde Perrinon vit le jour à l'Orient de Marigot Saint Martin.
 
La composition de cet Atelier est hétéroclite.
Des Frères des trois DFA en sont membres.  Ils se retrouvent le 11 Novembre de chaque année pour une tenue interobédientielle où est exposée la synthèse de deux ou trois questions traitées par des commissions.
Ce n'est pas encore le pont avec les autres Maçonneries de la Caraïbe, mais un espace de liberté où se retrouvent mêlés dans un élan de Fraternité, de Solidarité et d'Humanisme, des Frères de la partie hollandaise de Saint Martin , des Frères de Prince-Hall de Newis , de Curacao , de Porto Rico ( Nous avons encore en mémoire les brillantes interventions de SOLTERO PERALTA,de PACHECO sur l'avenir institutionnel de Porto Rico et des isles de la Carabe).
 
Malheureusement, Concorde Perrinon connaîtra une période de déclin due à une situation économique difficile, un recrutement faible et hasardeux.
La Venue du vénérable DE POLO, neveu de feu le Vénérable CHOISY semble redonner un regain de vie à la Loge
 
Le colloque du 11 Novembre revient d'actualité mais l'engouement reste faible en comparaison de ses débuts.
C'est à Saint Martin que fut prise la décision de créer un organe d'information, avec une commission régionale d'animation, organe aujourd'hui en sommeil, sinon disparu.
Cette initiative fit suite à une série de réunions tenues dans l'un des Orients des Loges du Grand Orient de France des trois DFA .
 
Depuis, nous sommes érigés en Région Maçonnique après le Congrès de facto tenu à Basse Terre en 1968.
Quelques années après, notre exemple sera suivi par la Grande Loge de France, et un peu plus tard le Droit Humain.
 
Il est à noter que les Vénérables
·                 MONROSE Georges, premier Conseiller élu de la Région, puis Grand  Maître Adjoint du Grand Orient de France
·                SAMUEL Maurice, Conseiller de l'Ordre, Vénérable de la Guyane Républicaine de Cayenne.
·                 Robert ROSETTE pour la Martinique aidé des Frères RENAISON Clovis , SAMYDE Marcel , DICALE José , ABEL Jacques , SAVON Jérôme, ANGELIQUE Alexandre , PIERRE- CHARLES Louis , ont été les artisans de l'organisation de la structure , cela tant du point de vue relationnel que pratique ...
 
Dans les années 1970 - 1980, la Maçonnerie sembla susciter un regain d'intérêt tant dans l'hexagone que dans les territoires d'Outre-Mer .
 
Dans notre Orient les Loges augmentèrent, des obédiences nouvelles s'installèrent, d'autres rites apparaissent, évolution grandissante due certainement à une ouverture d'esprit plus importante , au besoin d'intégrer un groupe , est-ce aussi à l'extériorisation pratiquée par certains Ateliers, ou à la démarche individuelle même quelquefois maladroite ou inopportune de certains Francs-Maçons ...
 
On dénombre aujourd'hui, toutes obédiences confondues, environ 28 Loges, non compris la Grande Loge de la Caraïbe, n'ayant aucun lien, ni relation officielle avec les Obédiences existantes.
 
Il y a un véritable développement exponentiel de la Maçonnerie, plus diffusé, plus à la portée des masses et du monde profane.
Les Ateliers capitulaires dits hauts Grades avaient pour leur part disparu depuis fort longtemps.
Pour mémoire, à l'origine, trois Chapitres du Rite Français étaient installés dans la Colonie (Pointe à Pitre, Moule, et Marie-Galante). Leur existence fut de courte durée.
Entre 1930 et 1939, un Chapitre travaillant au REAA était installé à Pointe à Pitre ; il disparut corps et biens, du fait des hostilités, et par manque d'effectifs.
Il fut réveillé dans les années 1970, suivi un peu plus tard par le Chapitre des Elus d'Occident à Basse Terre.
Le nombre de Chevaliers Rose-Croix augmentant dans ces deux Ateliers nécessita alors la création d'un Conseil philosophique ou Aéropage (Disciples d'Hiram)
1984 les Orients de La Martinique - Guadeloupe- Guyane furent érigés en secteur, le 21e, avec un Président de Secteur.
 
Le Très Illustre Frère GERMANY Octave en fut le premier Président, suivi du Très Illustre Frère BILLARD remplacé aujourd'hui par le Très Illustre Frère Jacques ABEL.
La même année donna lieu à la création du Consistoire Antilles Guyane avec alternance de Présidence.
le Très illustre Frère ANGELIQUE fut le premier illustre Commandeur de ce Consistoire, suivi du Frère Marcel SAMYDE, remplacé à ce jour par l'Illustre Commandeur Marcel NOGAR (Martinique)
 
Un Chapitre général est en cours d'installation.
 
1985 , c'est la création de Lux Karukéra , Loge de Perfection du Grand Orient de France travaillant au REAA , à l'Orient de Pointe à Pitre, suivie de la création quelque temps après , à Basse Terre, d'une deuxième Loge de Perfection, la Clef d'Emeraude .
 
Ajoutons qu'hormis quelques échanges non officiels avec le DH, aucune information ne nous est formellement parvenue des Obédiences amies, à propos d'ateliers des grades capitulaires.
 
A cette date en Guadeloupe et Dépendances, la plupart des obédiences sont représentées, des Rites divers sont pratiqués.
 
Cet essor prodigieux de la Maçonnerie, cet afflux d'Ateliers toutes obédiences confondues donnent-ils une meilleure image de l'institution dans notre Orient ?
Sommes-nous mieux perçus dans le monde profane qui nous environne qu'au siècle précédent, et surtout, sommes-nous mieux considérés dans l'opinion ?
 
Telle est la question que je laisse à votre méditation l
 
par le B\A\F\Bérard DONZENAC

                                                       

MOUVANCE DU RITE ECOSSAIS ANCIEN ACCEPTE

DANS NOTRE REGION

AU XVIII°  SIECLE

 

Le Rite Ecossais Ancien Accepté est le Rite maçonnique le plus usité dans le monde. La Franc-Maçonnerie est une institution philosophique; de ce fait elle est d’abord l’école du doute. La logique  de la structure même du Rite Ecossais Ancien Accepté est d’inciter tous ses pratiquants à cette réflexion dynamique qui amène à faire comprendre qu’il y a toujours un après et que la progression rapproche de l’identité sans créer d’imaginaires hiérarchies.

En Europe, on constate dès les années 1730, une véritable anarchie de grades maçonniques.  En 1737 le fameux Discours de Ramsay rattache les « Hauts Grades » à l’Ordre du Temple et à une Loge Mère de Kilwinning en Ecosse. Un système de Hauts Grades est déjà en usage en 1745.

Dans les colonies, la multiplication rapide des loges est un phénomène révélateur d’une réalité économique, démographique et sociale du XVIII ° siècle français. Grâce à l’esclavage, l’expansion  économique génère, dans les colonies, un afflux de populations et des types caractérisés, les uns installés définitivement et les autres de passage. Les Antilles sont les principales bénéficiaires sur le plan démographique. Avec leurs riches productions tropicales, les îles constituent la colonie type dont le développement doit être encouragé par la métropole : elles fournissent à la métropole ce qui lui manque, sans la concurrencer. Aussi, la population européenne, dans laquelle puise exclusivement la Franc-Maçonnerie coloniale, est en constante progression pour atteindre plus de 50.000  habitants, dont plus de 32.000 à Saint- Domingue. Ces chiffres permettent de comprendre l’essor général de la Franc-Maçonnerie dans les îles et plus particulièrement à St-Domingue.

 Les débuts de la Franc-Maçonnerie coloniale

Les loges constituées à l’Orient de navires, de la marine royale ou de la marine marchande, ne surprennent pas quand on sait le nombre d’officiers de la marine, de chirurgiens de vaisseaux, d’officiers de la Compagnie des Indes et de fonctionnaires de l’administration coloniale, de nobles de France propriétaires dans les îles de l’Atlantique, qui se déplacent. Ces « loges embarquées » apparaissent comme un trait d’union entre les loges de la Métropole et celles des colonies.

La Franc-Maçonnerie est précoce aux Antilles si l’on tient compte de l’apparition des premières loges en France même. La première loge coloniale est installée, dès 1738, à la Martinique alors que les français ne sont arrivés qu’ en 1635dans l’île.        2

La Franc-Maçonnerie coloniale prend donc son essor au XVIII ° siècle. Son installation est sous-tendue par deux phénomènes contemporains : Le « premier empire colonial » français connaît son apogée et la franc-Maçonnerie est naissante en France. 

A Saint-Domingue, les Noirs et les Métis initiés dans les loges de la Métropole se voyaient refuser l’entrée de celles des Antilles. Elles initiaient certes quelques hommes de couleur libres, mais uniquement aux grades d’apprenti et de compagnon afin de remplir les offices de « Frère Servant » chargé de l’entretien et l’aménagement des Temples.                                                                         

La Franc-Maçonnerie issue du métier était basée sur les trois grades traditionnels d’apprenti, de compagnon et de maître. La Franc-Maçonnerie française apporta à cette structure une innovation considérable, celle des hauts grades. C’est le fait de l’écossisme.    

En Angleterre comme sur le Continent, entre 1730 et 1740, se forme une Maçonnerie Symbolique en 3 degrés. Un aspect important et nouveau étant la nécessité de disposer d’une Patente délivrée par une Grande Loge. Cette Patente n’était pas donnée à une loge mais à un Frère Maître, inamovible, propriétaire en sorte, de la loge elle-même. Il y admettait qui il voulait, fixait les lieu et heure des Tenues et pouvait même, s’il décidait de changer de résidence, emmener avec lui sa loge.

On conçoit que la personnalité du  Vénérable Maître ait été essentielle quant à l’orientation d’une loge qui était en dernière analyse, sa chose.

 Le REAA est, comme la plupart des autres Rites, respectueux des anciennes traditions de pensée et d’action de l’Ordre, mais il présente la caractéristique essentielle d’être structuré en 33 grades ou degrés.

C’est en Amérique du Nord que l’Ecossisme venu de France et la Tradition anglaise des Anciens se rencontreront définitivement et se féconderont mutuellement pour donner naissance au  REAA.

L’histoire du Rite de Perfection dans l’Hémisphère Occidentale est, pour le Rite Ecossais Ancien Accepté, plus importante encore que son histoire en France, car c’est dans cette Hémisphère que le Rite de Perfection servit de base à l’invention du REAA.

 

Evolution des Hauts Grades

L’évolution de la Franc-Maçonnerie des hauts grades en Amérique du Nord et dans la Caraïbe a permis d’aboutir au REAA dans sa forme actuelle des 33 degrés. Tout commence par la fameuse Patente Morin qui lui a été délivrée pour transmettre les hauts grades et est à la source du Rite Ecossai Ancien Accepté dont elle assure la légitimité.

En ce qui concerne Morin, il y a désaccord entre les historiens. Jusqu’à ces dernières années Morin était entouré d’un halo de mystère voire d’irréalité et on se perdait dans les méandres des différentes versions concernant ses origines. En effet, on en a fait successivement un juif, un protestant né à New York et un sang-mêlé de Saint-Domingue. On sait aujourd’hui, par un passeport délivré par l’amirauté de Bordeaux le 24 mars 1762, qu’il est né vers  1717 à Cahors en Quercy et déclarait son appartenance à la religion catholique.

Quoi qu’il en soit, d’après les nouvelles recherches, Etienne  Morin a bien existé et a bien reçu une Patente.

Morin se livrait au commerce étranger. Jusqu’en 1750, il semble s’être partagé, tant dans sa vie profane que dans sa vie maçonnique, entre Saint-Domingue et Bordeaux. Il revient en France, courant 1760 semble-t-il et pense repartir pour rétablir sa position maçonnique à Saint-Domingue et, il sollicite une Patente des Puissances Maçonniques auxquelles il appartient, Saint –Jean de Jérusalem pour les loges symboliques et le  Grand Conseil pour les Degrés Eminents ( Hauts Grades ). En 1761, à Paris à la Grande Loge et au Souverain Conseil, il reçoit de ces deux corps, une patente commune l’autorisant à fonder aux Indes Occidentales françaises, au lieu qu’il choisirait, une loge sous le titre distinctif de son ancienne Loge de Bordeaux «  La Parfaite Harmonie », pour la pratique des grades du Rite

(1à 14 inclusivement) relevant des Loges, et la section « Souverain Conseil » le nommait Grand Inspecteur à vie de tous les grades du Rite au-dessus du 14° dans l’Hémisphère

Occidental, avec pouvoir de prendre toutes mesures nécessaires à la diffusion de ces grades supérieurs. Il était donc investi, grâce à cette Patente, d’un pouvoir sur la totalité des grades maçonniques et notamment sur tous les  Hauts Grades.

Il quitte Bordeaux pour les Indes Occidentales au début de 1762. Il fait un passage obligé en terre britannique, car il est fait prisonnier avec le bateau sur  lequel il avait embarqué. Quelques mois plus tard, libéré, le voilà en route pour Saint-Domingue. Morin passe par la  Jamaïque où il fait la connaissance de Henry Andrew FRANCKEN, avant de débarquer à Saint-Marc (Saint-Domingue) le 20 janvier 1763. C’est le début d’une profonde amitié entre les deux hommes. Morin nomma Francken, ce fonctionnaire des Douanes, son premier Inspecteur adjoint à Kingston ( Jamaïque ).

De retour chez lui, Morin fonda, en 1764, à St Domingue la « Loge de perfection de la parfaite harmonie ». Fin 1765, début 1766 au plus tard, Morin quitte définitivement Saint Domingue pour la Jamaïque. Son rêve d’une Franc-maçonnerie Ecossaise indépendante s’éteint car il meurt en novembre 1771 à Kingston. Cependant, certaines archives permettent de mesurer l’ampleur du travail accompli par Morin et atteste de l’existence, avant 1770, de Princes du Royal Secret à Saint-Domingue. Ce que Morin appelait le Rite des Hauts Secrets sera baptisé Rite de Perfection par Franken.

Quoi que l’on  puisse penser de l’action de Morin, il ne demeure pas moins qu’il est considéré par les Francs-maçons des Etats-Unis comme « The Patriarch of the Scotish Rite »

  Francken qu’on croit d’origine hollandaise, est né vers 1720, et est arrivé en février 1757 à la Jamaïque où il est naturalisé citoyen Anglais le 2 mars 1758. Il effectue un séjour de deux ans en Amérique du Nord. Pendant son séjour, il fonde une loge de Perfection dénommée L’Ineffable, ouverte le 11 janvier 1768 à Albany ( état de New.York ). Le texte de la patente que Franken remet aux fondateurs indique que Franken agit en  vertu d’un pouvoir que lui a conféré Etienne Morin, Grand Inspecteur de toutes les loges relatives aux grades supérieurs de la maçonnerie, et confirmé par le Grand Conseil des Princes Maçons en l’île de la Jamaïque. Par patente délivrée le 6 décembre 1768, Franken nomme Moses Michel Hays Député Inspecteur et Kadosh avec pouvoir de constituer des Grands Chapitres de Chevalier du Soleil et de Kadosh aux Indes occidentales et en Amérique du Nord. Francken remet le même jour une autre patente à Samuel Stringer, alors Premier Grand Surveillant de la loge L’Ineffable  d’Albany. Hays jouera un rôle de première importance dans l’histoire maçonnique américaine. Vénérable de la loge King’s David à New York en 1769, Grand Maître de la Grande Loge du Massachussetts en 1788, il créera plusieurs inspecteurs à Philadelphie en 1781, dont l’un, Barend Moses Spitzer, nommera en 1795 Député Inspecteur John Mitchell, le futur Grand Commandeur du Suprême Conseil ouvert à Charleston le 31 mai 1801.

Le 30 avril 1770, lorsque Morin établit à Kingston un Grand Chapitre de Princes du Royal Secret, Franken est l’un des deux Députés Inspecteurs nommément désignés qui en sont membres fondateurs. Aussitôt après Franken adresse à Stringer les statuts et règlements des loges de perfection.      

 Le 30 août 1771, moins de deux mois avant la mort d’Etienne Morin qui réside à la Jamaïque, Franken termine le volume contenant les rituels du 15° au 25° de l’Ordre du Royal Secret, et le signe comme Prince du Royal Secret, Député Inspecteur.

Franken recopiera ultérieurement les rituels du 4° au 25° dans au moins deux manuscrits. L’un, terminé le 30 octobre 1783 pour le député Grand Inspecteur général David Small, est redécouvert dans les archives de la Grande Loge du Massachusetts et remis en 1935 au Suprême Conseil des Etats-Unis, Juridiction Nord. L’autre, qui ne contient aucune indication

Permettant de préciser la date de sa rédaction, est retrouvé dans les archives de la Grande Loge Provinciale Lancashire vers1970 et remis à la bibliothèque de la Grand Loge Unie d’Angleterre. Franken consacrera la fin de sa vie à propager dans les Antilles et l’Amérique du Nord, le système maçonnique ramené de Paris par Morin.

Il s’agit d’une structure en vingt-cinq grades et sept classes, « établie » par Morin lui-même, superposant aux trois degrés symboliques, vingt-deux hauts grades quasiment tous déjà pratiqués en France. 

Situation politique, économique et culturelle

Les trois grandes guerres du XVIII° siècle : guerre de la Succession d’Espagne (1700 -1713), guerre de la Succession d’Autriche (1740-1748) et guerre de Sept Ans (1756-1763), se terminent par la confirmation de la maîtrise anglaise. Au terme de la dernière, la France a perdu toutes ses possessions continentales en Amérique du Nord, au Canada et en Louisiane. Elle ne conserve plus que la Guyane et les îles des Antilles. Ces dernières, à vrai dire, plus riche alors que les immenses territoires perdus dans les vallées du Saint-Laurent et du Mississipi. L’Angleterre qui a acquis en 1713 Gibraltar, l’Acadie et Terre-Neuve, tient les positions stratégiques essentielles, les « clés »de l’Atlantique.

Mais, au XVIII° siècle, la majorité des habitants de l’Amérique est tournée vers l’Europe. C’est d’Europe qu’on attend l’instruction, les techniques et les idées nouvelles. Celles-ci franchissent l’Atlantique, plus rapidement qu’elles ne passeraient un continent, car, étant donné les moyens de transport de l’époque, on continue à circuler plus facilement et plus vite sur mer que sur terre.

Il existe certainement quatre Amériques différentes : l’anglo-saxonne, la française, la portugaise et l’hispano-indienne, mais toutes ont lu, au XVIII° siècle, les œuvres des philosophes européens, dans la mesure où ces ouvrages ont pu leur parvenir, c'est-à-dire très largement dans les Amériques anglo-saxonne et française, plus difficilement dans les régions portugaise et hispano-indienne en raison des obstacles dressés par la censure et par l’inquisition. Ainsi s’est-il formé, de part et d’autre de l’Atlantique, une civilisation tendant à promouvoir les idées de liberté individuelle, d’égalité, d’indépendance nationale. Jugée à la lueur des théories de Jean-Jacques Rousseau ou de l’abbé de Raynal, l’Amérique apparaît même la terre d’élection pour le développement de ces idées nouvelles : l’Américain est présenté par les philosophes comme l’homme à l’état de nature, par excellence, ne se soucie pas de politique, du fléau de la guerre, des ordres sociaux, du poids de la richesse et du fardeau de la pauvreté, des privilèges qui caractérisaient l’Europe et dont les philosophes souhaitaient la disparition. Faisant contraste avec une Amérique idéalisée, les Européens découvrirent à leurs institutions devenues archaïques un caractère injuste, irrationnel. Quant aux Américains, ils voulurent ressembler au portrait flatteur qu’on traçait d’eux. Par ailleurs, les mouvements profonds de la conjoncture tendaient à devenir les mêmes de part et d’autre de l’Atlantique. La période de longue prospérité, qui va de 1730 à 1770 environ, a été vécue en Amérique aussi bien qu’en Europe, et la stagnation des années 1770  à 1800 est également notée dans les deux continents.      

Indépendance des colonies anglaises d’Amérique

Mais voici que s’amorce le mouvement révolutionnaire. Il commence vers 1770 avec la révolte des colonies anglaises d’Amérique (massacre de Boston, 1770 ; combats de Concord et de Lexington, 1775 ; avec la guerre d’indépendance qui aboutit à la déclaration d’indépendance des Etats –Unis le 4 juillet 1776).

Que les treize colonies anglaises de l’Amérique du Nord aient pu se rendre indépendantes est la preuve manifeste du déclin de l’hégémonie britannique sur l’océan Atlantique. L’Angleterre, en effet, fut incapable de rétablir son autorité dans ses colonies (1770-1778).

A cette date ,les Etats-Unis, constitués depuis deux ans, sont déjà assez puissants pour s’assurer l’alliance de trois des cinq puissances maritimes de l’Atlantique : la France, l’Espagne, la Hollande. Pour la première fois depuis 1688, leurs flottes coalisées sont maîtresses de la mer et empêchent l’Angleterre de transférer des renforts dans le nouveau monde. Sans doute, à la fin de la guerre, l’escadre de l’amiral de Grasse fut-elle battue aux Saintes près de la Guadeloupe, le 8 mai 1782, mais la partie était déjà jouée. Par les préliminaires de la paix de Paris, du 30 novembre 1782, l’Angleterre reconnaissait l’indépendance des Etats-Unis. Le traité de Versailles (3 septembre 1783) consacrait la victoire des Etats-Unis, de la France et de leurs alliés. Le traité d’alliance de 1778 entre la France et les Etats-Unis avait été accompagné d’un traité de commerce : alors que les treize colonies n’avaient de relations économiques qu’avec l’Angleterre, les nouveaux Etats-Unis décidaient d’établir d’importants rapports avec la France.

Mais l’Atlantique n’est pas seulement cette étendue d’eau immense où transitent des marchandises. C’est aussi un monde où s’échangent des idées et des institutions, plus rapidement et plus facilement que sur terre : ainsi s’est développée une « civilisation Atlantique ».

 

Saint-Domingue et la Révolte des Noirs.

Malgré la répression féroce qui ne les épargnait pas ( Makandal supplicié au cap en 1758), ce sont ces bandes de Nègres marrons qui utilisant leurs connaissances africaines (vaudou), vont être les premières à s’orienter vers un processus de destruction du système esclavagiste, qui implique une phase d’indépendance et de réappropriation de leur identité physique et nationale.

Le 8 mars 1790, l’Assemblée constituante vote une résolution qui reconnaît aux affranchis le droit d’être nommés à n’importe quelle fonction dans l’administration de Saint-Domingue pourvu qu’ils aient les capacités requises. Deux jeunes mulâtres passionnés, mouraient avec le plus grand courage, rompus vifs par les autorités coloniales pour avoir appliquer la résolution de la constituante.

En 1791, Ce sont les nègres marrons qui allument, après la cérémonie du Bois-Caïman, la grande insurrection des nègres esclaves, près de Morne Rouge. Les Nègres révoltés ont pour chef un prête vaudou, nègre marron, le fameux Boukman.

La lutte des colons pour obtenir la révocation du système de l’Exclusif et l’établissement de la liberté commerciale, pour en finir avec la domination des négociants et s’administrer eux-mêmes, n’avait fait que s’amplifier depuis les troubles de 1768-1769. Mais cette volonté d’autonomie se heurtait aux intérêts de la bourgeoisie française (négociants, armateurs des ports) accrochés à l’Exclusif, aux « gens de couleur » - qui cherchaient à rompre l’étau de la discrimination raciale- et aux Nègres esclaves. Les colons obtiennent de la Constituante la possibilité de constituer une assemblée coloniale, qui est dissoute peu après son élection. Les gens de couleur libres revendiquent leurs droits civiques malgré la résistance des colons, qui s’organisent à Paris pour se défendre (club Massiac). Imitant les colons nord-américains, qui avaient déclaré quelques années auparavant l’indépendance des treize colonies anglaises sans pour cela supprimer l’esclavage, les colons de l’île de Saint-Domingue voudraient une sécession à leur profit. Leur intransigeance face aux gens de couleur libres qui leur font sans succès des propositions d’alliance, aboutit en 1791 à pousser la majorité des affranchis à se rapprocher des esclaves pour la constitution d’un front commun de lutte de tous les colonisés. En 1791, à Saint-Domingue, deux tentatives de soulèvement des affranchis échouent, la répression s’abat sur leurs chefs. Mais l’histoire est en marche. C’est le début de la fin et Saint-Domingue s’achemine inexorablement vers la liberté ce qui l’amènera à devenir la première république noire du monde.

Création du R.E.A.A .                                                                                                       

Les Députés Inspecteurs Généraux nommés par Franken ne restent pas au repos. En pleine guerre d’indépendance, en 1781, Haÿs visite Philadelphie (Pennsylvanie) et nomme les premiers Députés Inspecteurs Généraux itinérants en Amérique du Nord ayant respectivement pour attribution la Virginie, la Pennsylvanie, la Caroline du Sud, les Îles sous Le Vent, la Caroline du Nord, le New Jersey, la Géorgie, Charleston (Virginie), le Maryland. Un nouveau maillon entre le Rite de Perfection et le Rite Ecossais Ancien Accepté, prend naissance avec la promotion d’Abraham Jacobs. Le 21 décembre 1792, une Loge de Perfection est créée dans la ville de Baltimore par Henry Wilmans en qualité de Grand Inspecteur Général, grade supérieur à celui de Député Inspecteur. Le principal rôle des Députés Inspecteurs Généraux est d’avoir introduit et développé l’Ordre du Royal Secret dans les treize colonies britanniques devenues après l’indépendance, les Etats-Unis d’Amérique du Nord, en élevant des Maçons à divers grades et en mettant en place des Ateliers principalement dans les cinq états suivants : Caroline du Sud, Maryland, Massachussetts, New York et Pennsylvanie. A la suite de Francken qui avait créé la Loge de Perfection L’inneffable en 1768 à Albany (Etat de New York), quatre autres Loges de Perfection ont vu le jour : 1782 à Philadelphie, 1783 à Charleston , 1791à Vineyard (Massachussetts) et en 1792 à Baltimore (Mariland). L’échelle mise au point par Morin et Franken va donc se propager aux Antilles et sur le continent nord-américain, notamment en Caroline du Sud, haut lieu de la diffusion du Rite. En effet, c’est de là et tout spécialement à Charleston, que va s’opérer la métamorphose de l’Ordre du Royal Secret en REAA. La ville principale de la Caroline du Sud est un vieux foyer maçonnique. Charleston, Orient déjà très actif en Maçonnerie, devient un centre d’émergence, de développement et de diffusion de ce systéme. Après quelques aléas dus aux évènements politiques américains qui ont en particulier une influence sur la vie maçonnique locale et les rivalités de loges, un Suprême Conseil, le premier dans l’histoire du REAA, y est ouvert le 31 mai1801. Le Grand Commandeur en est John Mitchell et le Lieutenant, Frédérick Dalcho. Un des fondateurs est Alexandre de Grasse-Tilly, Fils de l’amiral de Grasse, Maçon français qui va jouer un rôle déterminant dans la propagation du nouveau rite.

Alexandre François Auguste, conte de Grasse, marquis de Tilly (1765 – 1845) est initié le 8 janvier 1783. Il débarque à Saint-Domingue en fin 1789, pour recueillir la succession de son père décédé en janvier 1788, à savoir une importante plantation.

La révolte des Noirs le conduit à quitter l’île le 28 juillet 1793 pour Charleston. Il amène une activité maçonnique intense et reçoit les patentes de Député Inspecteur Général en 1799. Devenu citoyen américain, mais sans ressources, il se met à la disposition de l’armée française et rentrera en France en 1804 amenant avec lui le REAA.

Il est évident que le rôle des Frères français fuyant les troubles de Saint-Domingue et réfugiés en Caroline du Sud, sera déterminant dans l’élaboration des nouvelles structures. Les Maçons français qui ont établi très tôt des Ateliers de Perfection dans cette partie du monde (tels que Grasse-Tilly et Delahogue qui, avec plusieurs Maçons français, en 1797, établissent un Conseil de Kadosh, 24°, et plus tard, un Sublime Grand Conseil des Princes du Royal Secret, 25°, contribuèrent ainsi à promouvoir l’œuvre entreprise par Morin. Toujours à Charleston, va être élaboré, entre 1798 et 1801, un nouveau système en 33 degrés sous l’autorité de Souverains Grands Inspecteurs généraux, Grands Commandeurs à vie.

  Conclusion

Après trente ans d’errance des Députés Inspecteurs Généraux dans les Antilles et en Amérique du Nord, il n’est pas aisé de retracer exactement la belle aventure de la formation de proche en proche du Rite Ecossais Ancien Accepté. Cependant par « succession et accumulation » des grades, se met en place une maçonnerie de Perfection à 10, puis 14 degrés. Ce rite, transmis à Morin en 1761, est propagé aux Antilles, complété et couronné par le grade de Prince de Royal Secret. Le système a été établi par Morin et ranimé par Francken qui  fait apparaître le Rite de Perfection dans sa forme terminale en 25 grades.

En s’inspirant de divers systèmes écossais français, l’écossisme se développe dans les îles et sur le continent américain,notamment en Caroline du Sud, et s’organise à Charleston pour donner naissance le 31 mai 1801, au premier Suprême Conseil du 33° .

                                                                                                                       José NANGIS

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Bicentenaire aux Antilles & Guyane

(Fort de France, Cayenne, Basse Terre et Pointe à Pitre)

20-27 NOVEMBRE 2004

  Allocution  solennelle de commémoration du  R\\\A\

Alain de KEGHEL, 33° T\P\Souverain Grand Commandeur . 

Nous sommes aujourd’hui au terme d’un cycle de trois célébrations du bicentenaire du R\E\A\A\ dans l’arc Antilles-Guyane et le moment est venu de dresser un bilan, comme de vous remercier tous de la part active que vous y avez prise. Merci à Jacques Abel, Président du Secteur, d’avoir tout si magistralement orchestré. Merci aux dignitaires du rite, aux Présidents d’Ateliers, comme au Conseiller de l’Ordre de la région, Jean-Claude Asselin de Beauville qui a su jouer pleinement son rôle. Merci enfin aux conférenciers talentueux, qui nous ont enrichis de leur savoir et de leur lecture, au cours des trois colloques de Fort de France, Cayenne et Pointe à Pitre.

 Commémorer le bicentenaire du Rite Ecossais Ancien Accepté ne pouvait se faire sans sacrifier à la mémoire des liens originaux et donc très précoces du Rite avec les Antilles où Etienne Morin puis Alexandre-Auguste de Grasse-Tilly ont  établi les premiers ateliers « écossais ». Le Grand Commandeur se devait donc de venir  partager avec vous ce grand moment privilégié de Fraternité et de proximité. Croyez bien que je le fais avec un immense plaisir, d’autant que je renoue ainsi avec tout un pan de ma vie profane. Mais c’est un autre chapitre. Ce que je souhaite aujourd’hui partager avec vous, c’est à la fois cette joie, cette fête, mais aussi l’élan et l’exigence de notre rite dans un paysage en mouvement. Je vais donc m’appliquer à placer notre rite et notre démarche maçonnique dans une perspective ouverte sur le monde. Mais aussi ouverte sur et à ceux et celles qui ont d’autres options que nous respectons. Les gestes forts et sans précédents que nous avons choisi de faire ensemble, ici dans la Caraïbe, marqueront une étape et sera un jalon important dans la vie des hauts grades de tous rites au G\O\D\F\. Je salue à ce titre en particulier, la présence du F\ Michel Eynaud, officier de la Chambre d’administration du Grand Chapitre Général du Rite Français.

 Lorsqu’on s’interroge sur la  place actuelle du R\E\A\A\ dans le panorama maçonnique, on ne peut le faire sans en dépasser notre cadre national français. Le bicentenaire nous renvoie l’image du Rite à travers l’histoire. Mais aussi  à l’espace qui est le sien de par le monde depuis deux cents ans. Car il existe bien une spécificité de ce rite des hauts grades décliné sous toutes latitudes, comme l’ont rappelé nos orateurs. Mais ce caractère nomade qui lui est propre en fait aussi un rite qui connaît des variantes obligeant à sortir des schémas de réflexion classiques et catégoriels. Ces variantes recouvrent aussi un certain nombre d’invariables dans lesquelles tout Suprême Conseil se reconnaît et qui font partie de la tradition dite « écossaise ». Il en résulte un maillage exceptionnel qui va bien plus loin que ce que certains ont pu qualifier d’ « espéranto maçonnique ». Un point rapide d’abord pour situer ce que notre rite représente aujourd’hui dans le cadre du GODF et donc en France d’abord. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : une quasi constante de quelque 7 000 Frères répartis en structures du 4° au 33° degré et travaillant dans quelque 320 Ateliers. Fait notable, la diversification de l’offre des rites après la Maîtrise, progressivement apparue depuis la fin des années 90, n’a pratiquement rien modifié à ce paysage écossais français.

  Je soulignerais aussi une autre constante fondamentale, comme j’ai souvent déjà eu l’occasion de le faire. Elle est  consubstantielle à la fois au REAA des hauts grades, mais tout autant au G\O\D\F\ : en effet,  depuis 200 ans le bassin de recrutement de nos Ateliers de hauts grades est celui diversifié des Loges symboliques de tous rites, mais plus particulièrement du Rite français Groussier, les plus nombreuses. Le fait que dans les Ateliers symboliques du GODF 11% des FF\ travaillent au REAA est une réalité qui n’a rien à voir avec ce que nous célébrons aujourd’hui. Nous récusons  la logique dite de » ligne bleue » que certains ont un moment tenté d’accréditer en même temps que l’idée d’un « rite officiel » du GODF qui eut été en totale contradiction avec les options fondamentales d’ouverture de l’obédience sur le plus grand dénominateur commun. Quoi de plus précieux que la liberté absolue de conscience, que la fédération de loges pratiquant les rites de leur choix ? Cette liberté trouve son prolongement naturel dans la progression initiatique indifférentiée au-delà de la Maîtrise.

La souveraineté du Suprême Conseil doit être considérée avec le recul et l’éclairage de l’histoire. En France, tous les Suprêmes Conseils se sont, de tous temps, trouvés confrontés au débat de la Souveraineté et de leur positionnement par rapport à l’Obédience de référence. Ce fut dès l’origine un sujet  de débat auquel le fondateur, Alexandre Auguste de Grasse Tilly  fut lui-même confronté. Ce regard sur l’histoire nul ne peut donc en faire l’économie lorsqu’on aspire à comprendre les rapports entre Juridiction et Obédience. Au fil du temps, en fonction aussi du « rapport de force », selon aussi bien sûr les hommes, acteurs dans un panorama maçonnique donné,  leur tempérament,  leur culture maçonnique plus ou moins affirmée et fondée,  leur appétence à ce qu’ils interprètent, à mon sens à tort, comme un  «  pouvoir », nous savons que les choses ont fluctué. Et c’est bien humain. Désormais, aux termes du protocole de 1998, notre autonomie est assurée par un texte signé dans les conditions que vous connaissez. Ce fut l’aboutissement d’une crise profonde de l’Obédience, comme de la Juridiction. C’est donc, en de telles phases de l’histoire, un compromis comme il faut savoir en accepter avec une bonne dose de pragmatisme et de sagesse. C’est vrai en maçonnerie, comme ailleurs et l’essentiel est de ne pas y perdre son âme, c'est-à-dire nos repères.  Cette page est tournée. C’est ce que certains appellent la résilience.

 C’est ce que mes pairs , alors en charge de difficiles négociations, ont su faire en ayant bien conscience du poids immense qui pesait sur leurs épaules, tant à l’égard des anciens, que des générations présentes et futures, mais aussi pour préserver, j’y reviens, ce qui fait le cœur du rite. Il en allait donc de la crédibilité de notre Suprême Conseil étroitement lié au G\O\D\F\depuis 1804. Mais ne l’oublions pas non plus, de celle du GODF et de sa légitimité en tant qu’obédience de référence du REAA. Je ne suis pas certain que cette dimension fut alors bien présente dans tous les esprits avec les enjeux que cela comportait. Mais passons. Toujours est-il que c’est bien cela que nous célébrons ici aujourd’hui avec des FF\ de tous rites capitulaires et dans un œcuménisme de bon aloi. C’est bien cette légitimité écossaise du GODF et de notre Suprême Conseil dont il s’agit aussi. Il faut aussi bien avoir également conscience, comme je l’indiquais il y a un instant, que tout cela doit être considéré  dans un panorama écossais international qui garde des repères ignorant bien évidemment tout des péripéties et des crises obédientielles et juridictionnelles nationales. Un Ordre écossais qui se reconnaît dans des normes universelles qui ne se recouvrent pas toujours avec les options particulières d’un moment. Y déroger, c’est sortir de l’épure écossaise et donc faire le choix périlleux de l’isolationnisme. Pour notre Suprême Conseil, comme pour l’Obédience.

Ce contexte français particulier, nous en sommes partie. Cette « exception française », nous en sommes. Les turbulences, nous les assumons collectivement avec tout ce qu’elles ont généré. Et il serait bien réducteur de n’en voir que les effets négatifs. Toute crise, toute épreuve, toute confrontation portent en elles des défis qu’il faut savoir transformer en énergie renouvelée, comme le savent si bien les orientaux. C’est tout l’art du « judoka ». Sans aucun doute est-ce cette lecture dynamique qu’il nous faut faire aujourd’hui de cette expérience assez particulière du R\E\A\A\ au G\O\D\F\depuis ses origines. Les FF\ du G\O\D\F\ ont eu ce génie assez particulier de s’être approprié tout ce que  le R\E\A\A\  apporte. Ils gèrent avec intelligence, mais sans renoncement coupable, l’héritage d’un rite avec lequel l’Obédience a très tôt  pactisé. Car il ne faut pas oublier que dès le 5 décembre 1804, le rite revenu de Charleston avec 8 grades supplémentaires a été agrégé au G\O\D\F\ par le concordat signé avec la Grande Loge Générale Ecossaise. Ce lien est fort et profondément ancré dans les consciences. Dans toutes nos consciences. Il établit une relation consubstantielle du R\E\A\A\ au G\O\D\F\. Ce souffle a toujours été plus fort que tout ce qui, en plusieurs moments de notre histoire, et encore récemment, a posé problème. Au point que, depuis deux cents ans et sans interruption, le R\E\A\A\ a toujours eu toute sa place au G\O\D\F\. L’équilibre qui en est résulté est donc durable. Le Conseil de l’Ordre, le Grand Maître, Président du Conseil de l’Ordre, mais le Suprême Conseil pas moins, ont conscience de cela et savent aujourd’hui qu’il importe de préserver ce précieux, mais fragile acquis. Ensemble nous  choyons ce patrimoine, dont ni l’un ni l’autre n’ignore l’importance. Car la reconnaissance -- non pas celle formelle, mais celle  fondée par les valeurs qui sont à la source de notre démarche philosophique, spirituelle et philanthropique -- le Conseil de l’Ordre et le Suprême Conseil, les partagent à travers le temps et au de là des enjeux conjoncturels  ou des affrontements ponctuels, voire d’individualités. Et il serait tout à fait irréaliste de taire cela. Ce serait pratiquer la langue de bois,  style que je ne cultive guère .  

      

Il serait  vain et de peu d’intérêt de  débattre aujourd’hui des circonstances qui ont conduit à l’abrogation unilatérale du protocole de 1946. Les historiens auront l’occasion de le dire avec le recul nécessaire pour faire la part des choses. Mais chacun sait bien que l’Obédience et le Suprême Conseil vivaient depuis le milieu des années 90, une de ces périodes particulièrement difficiles et troubles que j’ai eu l’occasion d’appeler « la décennie perdue », par référence à celle des crises ruineuses en Amérique Latine. Les règles du jeu ont donc été modifiées. Nous ne le souhaitions pas, non par conservatisme, mais parce que nous savions bien le risque que cela faisait encourir au rite, et par de là, au GODF et à notre Suprême Conseil. Mais il nous a paru plus important de composer, plutôt  que de sacrifier un rite phare qui en avait vu d’autres et qui allait bientôt célébrer son bicentenaire. Il faut savoir parfois accepter le compromis pour assurer une paix souhaitée par les FF\.

Ces valeurs communes, c’est la liberté absolue de conscience conjuguée avec l’exigence éthique et déontologique. Mais les valeurs républicaines de Liberté, d’Egalité, de Fraternité constituent les constantes dans lesquelles nous nous reconnaissons tout autant et qui fondent une cohésion et une cohérence qui ont toujours résisté aux épreuves auxquelles n’échappe aucun couple.

Le nomadisme qui est l’une des importantes dimensions du rite,  confère au REAA un caractère unique, universel dans lequel, par de-là les singularités, tous les Suprêmes Conseils  se reconnaissent. Cette dimension n’est pas nécessairement à prendre au premier degré. La reconnaissance formelle n’est pas, en matière d’écossisme, cette invariable qui pour les Obédiences conditionne tout. Point n’est  besoin de contrat, ni de convention autres que la conscience d’être de même essence, dès lors que chacun sait à quoi s’en tenir et qu’aucun n’aspire à être ce qu’il   ne sera jamais. Chaque branche de l’arbre écossais international est distincte. Il serait d’ailleurs bien vain de vouloir partager avec certains Suprêmes Conseils plus que les références premières des Constitutions de Frédéric II de  1786. Même si elles sont aujourd’hui jugées apocryphes par les historiens, ce lien essentiellement symbolique demeure structurant. Comme l’est aussi la déclaration de Lausanne de 1875 que notre Suprême Conseil n’a jamais signée et que le Suprême Conseil de Charleston ne reconnaît plus. Chacun y voit cependant  un écrit  référentiel.

 Il est des liens  qui transcendent les différences et qui sont plus forts que ce qui divise. C’est sans doute l’un des messages les plus forts du courant écossais. Ce lien universel est à la fois plus ténu et plus subtil que d’aucuns pourraient le croire à première vue. Ainsi, nous rencontrons-nous tous les deux ans, comme vous le savez bien,  entre  Suprêmes Conseils européens, africains, latino-américains et nord-américains du courant dit « libéral », qui entretiennent des relations formelles dans le cadre des « Rencontres Ecossaises Internationales ». Mais il existe d’autres réseaux de relations moins formelles. Ils constituent l’autre  réalité d’un dialogue faisant l’économie des débats dogmatiques ou doctrinaux. Pourquoi  toujours poser les questions en termes de fracture, alors qu’il est possible et si simple de dialoguer sereinement dans le respect des identités et des choix correspondant à des bassins culturels et maçonniques riches de leur diversité ? C’est là une particularité bien écossaise qui a fait ses preuves encore très récemment lorsque nous avons reçu rue Cadet un dignitaire de la Juridiction Sud des Etats-Unis venu prendre la parole le plus naturellement du monde dans le cadre du  colloque de l’Aréopage de recherche « Sources ». J’avais, moi-même été invité à Charleston pour y représenter en qualité d’observateur notre Juridiction en 2001 pour le bicentenaire de la création du premier Suprême Conseil. C’est ce que M. Gorbatchev aurait appelé la « glasnost » écossaise, s’il avait été Maçon.  Ces échanges de bons procédés nourrissent le dialogue, la concorde et l’esprit maçonnique.

 En France, cette méthode s’applique à l’identique. Elle a des vertus attestées à l’épreuve des faits. Nos rapports aux juridictions écossaises mixtes ou féminines sont aussi respectueux et fraternels que ceux avec des rites autres, tels que le R\E\R\, le Rite Français, ou ceux de York et Memphis-Misraïm dont je salue la présence ici à nos côtés. A cet égard,  si certaines difficultés  ont trop longtemps et inutilement compliqué les choses dans les rapports entre le R\E\A\A\ et le R\F\ depuis sa réactivation en 1996 je suis heureux de dire ce soir devant vous que la Fraternité et la pugnacité de FF de bonne volonté nous aura finalement permis, en 2004, d’ouvrir une nouvelle page des relations inter-rites.  La tension était d’autant plus regrettable que la réactivation du R\F\avait été le fait de  FF\ écossais du  G\C\D\R\ animés du sincère désir de rendre vie à ce qui constitue un pan historiquement essentiel du patrimoine initiatique capitulaire du G\O\D\F\. Aussi avons-nous toujours considéré qu’il n’y avait rien d’inéluctable aux bouderies et encore moins aux affrontements. La véritable fraternité retrouvée, le temps et la bonne volonté partagée aidant, notre pari a toujours été que l’incompréhension et le mur de la méfiance seraient un jour surmontés par des FF\ plaçant la noblesse des rites au-dessus de considérations immédiates et, si vous me permettez ce néologisme, « rito-centreés ». C’est ce que j’ai appelé le syndrome d’Helsinki, par référence au processus diplomatique du même nom. Ce pari semble être en bonne voie d’être gagné si chacun s’applique à respecter les protocoles et les règles de visites sans en dénaturer le sens. Et si nous avons aussi la capacité de ne pas laisser des esprits chagrins de quelque rite que ce soit, jouer la carte de la discorde et de la division. Car il n’y a aucune fatalité à cela.

 Notre pari, c’est que la tradition originale et exemplaire du G\O\D\F\sera assurément la plus forte à terme. Nous n’en doutons point. Cette tradition c’est celle que nous avons tous découverte dans des Loges  symboliques, libres et fédérées au sein d’une Obédience faisant une part égale à tous les rites situés sur un strict pied d’égalité. Nous sommes d’autant mieux  placés pour l’affirmer que, pour la plupart d’entre nous, initiés et formés au rite français dans les Loges symboliques, nous avons délibérément choisi de poursuivre notre cheminement au de-là de la maîtrise dans la voie écossaise. Certains préfèrent un autre cheminement et ils méritent un égal respect et une égale estime. Et ceux, qui ont le goût et le temps pour cumuler plusieurs rites ont, à mon sens, beaucoup de chance car ils innovent  et  expérimentent la diversité.  

Cette cohabitation douce et apaisée des rites, il ne faut pas l’idéaliser aujourd’hui, les hommes étant ce qu’ils sont. Mais elle doit devenir la règle. Non que cela se décrète, mais tout simplement parce que les FF\ du G\O\D\F\ aspirent profondément à cela et exècrent dans leur immense majorité tout ce qui divise, tout ce qui oppose. 

 La diplomatie maçonnique du Suprême Conseil ne peut laisser indifférents des Maçons qui, comme vous, vivez dans un environnement de la Caraïbe où vous êtes entourés de pays où les traditions maçonniques sont souvent différentes de  nos références. La gestion des relations internationales  avec des Juridictions écossaises d’autres pays dans le champ des hauts grades n’est pas une action abstraite. Elle détermine notre audience dans le monde, c'est-à-dire notre capacité à faire entendre le contenu de notre message. Le G\O\D\F\ est une puissance qui fait internationalement autorité, même là où elle n’est pas nécessairement reconnue.

L’Amérique qui est à vos portes, que cela plaise ou non, c’est une réalité géographique et géopolitique incontournable. Aussi n’est-il surprenant pour personne que sur ce terrain déterminant, un Grand maître et un Grand Commandeur, tous deux très au fait de ces réalités, aient choisi d’œuvrer de concert. Ensemble, Alain Bauer et moi-même,  avons  été ainsi capables de faire entendre la voix du G\O\D\F\, là où elle avait cessé depuis bien longtemps d’être écoutée et où  l’Obédience était diabolisée.

Nous ne nous sommes  pas limités à un acte fugitif et éphémère. Il s’inscrit dans la continuité de politiques étrangères du Suprême Conseil et du Conseil de l’Ordre avec des retombées dépassant  le cadre seulement américain. Il m’importe aussi de souligner que ni le Conseil de l’Ordre, ni le Suprême Conseil, n’ont assorti cette nouvelle démarche de mauvais compromis, ni de concessions qui eussent trahi nos options philosophiques et maçonniques fondamentales. Une voie nouvelle a été tracée et les effets s’en feront durablement sentir.

 Car c’est aussi cela dont il s’agit. Mais pas à n’importe quel prix. Finalement, chacun de nous n’a-t-il pas la tentation de se dire : qu’importe les  institutions pourvu qu’on ait l’ivresse du plaisir le plus simple pour un Maçon ? Celui de « maçonner ». Car pour tout un chacun, c’est la vie en Loge qui importe avant tout. Les institutions sont nécessaires à la cohésion du groupe, à la cohérence, à la mémoire du rite par sa conservation et sa transmission, comme à la préparation concertée aux évolutions. L’administration, nous n’y échappons pas totalement non plus. Mais ce n’est certainement pas ce que j’appelle «  le coeur du rite ».  Alors voilà ! Les hommes passent. Le rite leur survit, mais il est nécessairement façonné par eux et tributaire de leurs caprices, des impulsions qu’ils donnent, comme des tempéraments.

Evitons tout de même que la forme ne l’emporte sur le fond.

La question essentielle du  rite et de son symbolisme relève d’une expérience  vécue qui n’est possible qu’à condition  de faire l’effort de connaître le rite et son histoire. Une histoire qui éclaire le sens des symboles. En presque trois siècles de temps, et donc bien avant le REAA, ils n’ont rien perdu de leur pertinence. Mais ils nécessitent un travail d’appropriation et de compréhension qui contribuent à la construction individuelle de chacun. C’est aussi une part essentielle de la démarche initiatique maçonnique. En dépouillant notre démarche maçonnique de celle de l’initiation ne serions- nous pas conduits à nous interroger sur la signification résiduelle du rite ? Ne serions-nous pas ramenés à un autre niveau de conscience qui serait de tout autre nature ? Pour celles et pour ceux qui préfèrent une autre option, moins philosophique, il existe des clubs service, des partis politiques, des associations caritatives et que sais-je encore. Mais quiconque se réclame de la qualité de Maçon ne peut faire l’économie de la démarche initiatique. C’est, dans notre cas, un cheminement long. Il exige patience et persévérance dans l’effort sur soi. La Sagesse que véhicule le R\E\A\A\. veut que nous ne soyons pas des FF\pressés par le temps, ni mus par ce que d’aucuns appellent l’ambition d’un «  pouvoir » au demeurant aussi virtuel qu’illusoire. La Sagesse, c’est aussi savoir « donner du temps au temps », sacrifier tout le temps nécessaire à la Connaissance, comme à un approfondissement de l’initiation dont nous savons bien qu’elle ne connaît pas de limite et ne se détermine  pas par la magie d’une simple numérologie. La sagesse c’est aussi la prise de conscience du caractère tout relatif de toute chose, à commencer par celles liées à l’exercice d’une fonction ou d’une charge au sein de notre Juridiction, comme de toute institution maçonnique d’ailleurs. Tout ce cheminement dans la voie de l’humilité est peut-être jugé trop long par certains. Pourtant c’est bien sur la durée de l’effort que se fait la différence. C’est au fond aussi le critère sur lequel se fonde notre recrutement, comme d’ailleurs le parcours des FF qui franchissent les étapes longues de la progression initiatique écossaise. Je dis cela aussi aux impatients.         

Nous avons évoqué ces derniers mois l’ héritage spirituel  de notre rite. Tout cela n’a de sens qu’à la condition  de ne jamais perdre de  vue, ni d’où nous venons, ni où nous sommes aujourd’hui dans une société en rapide évolution et confrontée à des défis sans précédent. J’aurais pu dire : nous sommes contraints de nous inscrire dans cet environnement. Mais je préfère une vision dynamique. Je dirai donc : nous devons nous projeter vers l’avenir et faire un effort d’anticipation. C’est dire que dans notre Rite nous ne vivons  pas en état de lévitation philosophique et spirituelle. Nous ne  sommes pas  dans l’abstraction, mais nous nous appliquons, du mieux que nous le pouvons, à nous inspirer des meilleurs modèles qui ont existé en Maçonnerie. Nous savons que le chemin vers l’excellence est ardu et périlleux. Nul ne peut prétendre atteindre à la perfection à laquelle nous aspirons pourtant. Mais nous savons aussi que certains de nos anciens s’en étaient approchés en conduisant des travaux anticipant sur l’avenir. Notre projet c’est de concourir au débat d’idées. Ce débat, il comporte bien sûr le travail culturel et spirituel propre au rite en amont. Notre aréopage de recherche « Sources » en est un élément phare que nous vivifions. Mais  une « Société Française d’Etudes et de Recherches Ecossaise »est en voie de constitution. Elle transcendera les écoles doctrinales, les rites et les juridictions pour permettre une véritable conjugaison des sensibilités et des talents. Un projet dont nous espérons aussi que des SS\et des FF\ talentueux se l’approprieront pour le partager. Et nous entendons bien ne pas en rester là. Nous sommes une force de proposition, nous aspirons au mouvement réfléchi et ambitieux pour l’homme et la société de notre « village planétaire ».

 Le choix que feront nos fils demain, ne nous leurrons pas, ce ne sera pas plus qu’hier celui que je qualifierai de « fast food » maçonnique avec des parcours marathoniens et des cordons et colifichets. Certes il y aura toujours un public friand de tels artifices. Mais par bonheur il y aura aussi toujours des hommes et des femmes qui aspireront à l’élévation et à l’approfondissement par l’effort. Ceux qui préfèrent la facilité sont inexorablement voués au déclin. Nous pouvons l’observer dans l’univers anglo-saxon, où de vrais et authentiques Maçons, épris des valeurs qui ont toujours fait la richesse de la Franc-maçonnerie, retrouvent la voie de l’effort. Au travers de l’itinéraire exigeant de notre rite, les hommes et les femmes  ont tout ce qu’il faut. Par nos expositions, nos colloques et publications,  nous nous appliquons d’abord à préparer l’avenir. C’est aussi comme cela que l’on se construit. Ne perdons pas de vue que nous sommes des bâtisseurs. Alors, avec ce projet je formule une proposition : bâtissons mes BB AA FF !

 J’ai dit.

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