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"la Laïcité"

Paris

Montpellier

 

Colloque 

à

Montpellier

* OUVERTURE du COLLOQUE   :    g.  Sanna

* LA_SPIRITUALITE_AU_RÉAA :    cl. Fabre

* LAICITÉ_ET_CONSTRUCTION_DE_LA_SOCIÉTÉ_FRANÇAISE :   l. Micola

* LIBERTÉ_ABSOLUE_DE_CONSCIENCE_ET_RÉAA  ;  jr  Ragache

* CONCLUSIONS_du_TPSGC___A._de_Keghel

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Mes TCS, mes TCF, mon cher Grand Commandeur, Dignitaire du Conseil de l'Ordre et du Suprême Conseil, messieurs, mesdames,

Croyez bien que je suis honoré d'avoir été invité à représenter le Grand Orient De France à votre manifestation.

Avant tout je tiens à féliciter le Grand Commandeur Alain de Keghel pour la qualité des colloques que le Suprême Conseil a animé et anime en France et dans les territoires d'outre mer. Je tiens également à titre personnel à le remercier pour sa Fraternité à mon égard et pour tout ce qu'il a fait et fait pour le bien du Grand Orient de France.

J'ai pu le suivre, à travers la France, en tant que Conseiller de l'Ordre, au cours de quelques manifestations du Suprême Conseil du REAA et j'ai, chaque fois, remarqué qu'il ne manque jamais de rappeler son attachement et celui du Suprême Conseil à notre Obédience que, notre très Ill Georges et moi, sommes chargés de représenter. Mon cher Alain si je fais ainsi, publiquement cette remarque, c'est pour souligner que certains, tout Rites confondus, auraient tendance à imaginer qu'il pourrait exister au sein du GODF gestionnaire direct des trois premiers Grades, quelques Obédiences indépendantes, tel le village d'Astérix. Alors au nom du GODF et du Conseil de l'Ordre et de son Grand Maître je tiens à vous remercier de m'avoir permis de m'exprimer librement, en tant que tel, devant vous.

La Laïcité est un concept spécifiquement Français nous dit-on, peut-être un peu le Portugal, et également quelques autres pays, mais ils sont rares. En ce jour où ce concept fondamental sera au centre de tous les propos et de tous les débats je me permettrai de vous parler d'un sujet qui me tient à cœur.

Pour ceux qui ne me connaissent pas je tiens à souligner que, j'ai découvert les bienfaits de la Laïcité au Maroc, en un lieu qui pourrait, dit-on aujourd'hui ne pas y être favorable. Savez-vous que déjà en 1950, mes amis et fréquentations de tous les instants y étaient Marocains, Espagnols, Portugais, Algériens, Grecs, Italiens, Musulmans, Chrétiens, Juifs, à cette époque très rares étaient ceux qui venaient de France. Je vous affirme que majoritairement nous vivions un bonheur permanent au sein de nos écoles Laïques, et également, compte tenu de ces valeurs, à l'extérieur.

J'ai gardé de cette partie de ma vie un attachement profond à cette culture méditerranéenne, à ma culture Méditerranéenne aux potentialités immenses, et dont la plupart d'entre nous ici présent aujourd'hui sont issu. C'est par elle, grâce à elle, que nous avons pu quelques temps, trop brefs à mon goût, mélanger nos âmes pour oser penser un homme nouveau.

Je reste persuadé que c'est pourtant la vocation, la fonction première de ce bassin méditerranéen géniteur de tels progrès, de tels mélanges. Les hommes et les femmes ont pu consacrer leur vie à l'étude philosophique, scientifique, ésotérique et religieuse. Je n'oublie surtout pas l'élaboration, la subtilité, la diversité, la sophistication de ses cuisines, de ses huiles, de ses épices du parfum de ses fleurs, du chant de ses oiseaux le matin de printemps, ou les soirs d'été. Vous remarquerez que, sans être chauvin j'ose prétendre qu'immédiatement après le 7ème jour, ce bassin méditerranéen a été crée pour être le "berceau de mélanges harmonieux de cultures" et qu'à travers ses potentialités je crois fermement qu'il est possible de prolonger, et de perpétuer encore aujourd'hui, ses pouvoirs bénéfiques.

Si j'insiste sur ce point avec tant de passion, si je fais référence à cette richesse, à cette force, c'est que je tiens à réparer un oubli. J'ai l'intime conviction que, sans faire de politique, les grands  de ce monde qui recomposent les relations entre les pays, entre les hommes font beaucoup trop abstraction de cette entité réelle et qu'un jour, je le crains, le réveil sera difficile et les espaces terriblement ardus à reconquérir.

Je sais que nous sommes par essence même des Hommes universels, mais quand même, j'avoue avec toute la force de conviction qui est la mienne, que je ne souhaite pas laisser en jachère cette richesse, ce formidable atout pour l'humanité.

Aussi je profite de ce moment privilégié qui m'est offert pour vous annoncer que je souhaite organiser, à Montpellier, au mois de Mars 2006 un colloque intitulé :

"Le bassin Méditerranéen Berceau privilégié de cultures, une chance pour l'avenir" avec pour participants des représentants du Maroc, d'Algérie, de Tunisie, d'Israël, de Turquie, de Grèce, de Croatie, d'Italie, de France bien entendu, d'Espagne et de nos cousins Portugais.

Très chers tous, je nous souhaite un bon colloque, le Grand Orient de France s'enorgueilli de procéder à travers le Suprême Collège, à de telles rencontres, je suis convaincu,  sachant  la qualité des intervenants que ce soir, lors de la clôture des travaux, tous ici présents nous pourrons dire : j'ai eu la chance d'y être.

 Gilles SANNA Conseiller de l'Ordre,
Délégué Régional Languedoc Roussillon représentant de Grand Orient de France

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- 1 - Introduction. Le GODF fédération de Rites.                                       
- 2 - Petite histoire personnelle                                                                       
- 3 - Evolution d'une conscience balisée par le collectif vers une conscience individuelle.                                                     
- 4 - Émergence d'une spiritualité    
- 5 - Caractères de cette spiritualité                                     
- 6 - L'universalité de ses valeurs
- 7 - Évolution de cette spiritualité
 
 
 - 1 - Je vais commencer mon propos par la lecture d'une lettre d'un passé Grand Maître ex président du Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France, Alain Bauer. Elle accompagnait l'envoi de la version des rituels des trois premiers grades écossais.
 "Riche de ses patrimoines et de ses diversités, le Grand Orient de France est aussi une Obédience Écossaise. Cette affirmation tranquille, qui aurait passé pour une lapalissade au début du XIXème siècle, choque presque aujourd'hui.
 Le G\O\O\D\O\F\O\ est dépositaire et acteur du Rite Écossais Ancien et Accepté depuis son implantation et même auparavant, eu égards à ses origines.
 Le G\O\O\D\O\F\O\a toujours compté de nombreuses Loges symboliques travaillant au R\E\ A\0\ A\, dont certaines prestigieuses. Le rayonnement de son système de grades écossais est une composante essentielle de notre histoire et de notre patrimoine. Il était donc normal que de ce Rite, l'Obédience et les FF.°., intéressés disposent d'une version conforme à cette tradition, dans le strict respect de la Liberté Absolue de Conscience.
 Voilà qui est fait, avec les éléments philosophiques et historiques utiles. Le G\O\D\F\est riche et fier de sa diversité et de son histoire qui fondent son unité sur des valeurs essentielles communes, mais aussi sur des approches des outils et des parcours initiatiques multiples."    Signé donc Alain Bauer.
 
 - 2 - Depuis mon initiation au grade d'apprenti, le 8 janvier 1968, je m'inscris dans cette orientation, cherchant au travers de la fréquentation des rituels maçonniques, maintenant à tous les degrés symboliques, à vivre au maximum la dimension initiatique de notre Ordre. J'ai eu la chance de bénéficier aux différentes étapes de l'éveil de ma conscience de l'apport de frères exceptionnels, tels que Fred Zeler ou Francis Viaud... Et je suis passé de la règle, sous les miroirs d'un collectif de frères, au compas, que j'essaie d'utiliser pour conforter une responsabilité plus individuelle... Le REAA a ceci d'exceptionnel, c'est qu'il accompagne le frère qui cherche, tout au long de ses trente trois degrés, dont chacun mériterait une exégèse sur plusieurs années. De plus on reste ou on revient très volontiers aux degrés antérieurs pour y travailler certains aspects particuliers. Le Grand Orient de France, Puissance Symbolique, et Fédération de Rites et donc le Suprême Conseil du REAA considèrent d'ailleurs qu'un maçon défini par un cheminement initiatique complet doit fréquenter tous les ateliers en même temps depuis le grade d'apprenti jusqu'aux degrés qu'il atteint.
C'est une richesse extrême que de vivre ainsi la cohérence et la progression de son cheminement initiatique, avec cette clarté de plus en plus grande qui nous fait revivre et redéfinir en permanence nos premiers pas.
 
 - 3 - Aujourd'hui, et empreint des discussions avec les frères qui partagent leur expérience initiatique, comme on le fait assez systématiquement au REAA , je vais essayer de décrire ce cheminement d'une conscience balisée d'abord par les frères vers une conscience lucide issue des recherches de plus en plus personnelle.
En effet l'apprenti auquel on demande « êtes vous F.°.M.°.? » répond: « Mes frères me reconnaissent comme tel », le compagnon dit: « j'ai vu l'étoile flamboyante », le Maître dit:  « l'acacia m'est connu...  ». C'est une progression qu'on trouve dans tous les rites qui marque l'évolution vers une maîtrise très individuelle de l'interprétation de son cheminement.
Dès lors la qualité initiatique ne dépend plus entièrement des autres, même si elle s'enrichit de ce qu'ils disent et de leur propre expérience; le passage par le travail sur soi devient nécessaire. Il se fait plus facilement en atelier dit de perfectionnement, avant de retrouver un partage plus clarifié avec les autres frères. Ainsi l'amour qui qualifie le 18ème, dans une signification moins collective, puisqu'il est d’abord don de soi, décrit alors davantage la charité dans son sens commun avec la solidarité, conçue comme une intervention humaniste, même s'il constitue alors ce lien communautaire que les maçons appellent fraternité. Cette responsabilisation individuelle devient stucturante dans les rencontres des hauts grades dans les ateliers dont on perd le titre distinctif tant le collectif n'a plus de sens....
Il est d'ailleurs impensable qu'un collectif, quel qu'il soit puisse prétendre imposer un cheminement initiatique personnel.
 
- 4 - Nous entrons là dans le domaine de la cohérence de l'esprit de l'initié, dans sa spiritualité, qui n'a rien de commun avec celle des autres et qui n'est surtout pas inféodée à un quelconque dogme. Dogme religieux, comme des spiritualités théologales, dogmes philosophiques, qui imposent à l'esprit différents systèmes hiérarchiques de valeurs, ou dogmes issus de postulats politiques, tels que nous pourrions les trouver dans des associations profanes qui cherchent un pouvoir dans des systèmes de gestion collective comme la démocratie ou le vote d'opinion, systèmes ou règnent le pouvoir des mots et de ceux qui savent les manipuler.
Là où les mots deviennent symboles, où même les dogmes deviennent symboles pour y chercher ce qui y est caché, où ils sont l'appui d'une compréhension fondée sur le non-dit, l'esprit domine la parole et l'orateur n'est plus tribun, il est expression d'une spiritualité vécue au dedans comme au dehors... Ce qui est remarquable, c'est la motivation de chaque frère au travail, à l'interprétation de ces symboles, on le voit au plaisir qu'il éprouve lorsqu'il perçoit un salaire attendu, qui l'enrichit de réflexions et lui apporte des outils pour son cheminement. Ce moteur, ce sens de la vie tiennent de l'irrationnel, c'est comme si la raison se délectait d'appliquer des préceptes rigoureux, parfois même scientifiques à des domaines plus philosophiques, et à des cohérences spirituelles plus sensibles, plus personnelles. La force de cette définition est telle que ce moteur peut être appelé foi en l'homme, ou même espérance en une progression vers une lucidité et une sagesse offrant plénitude et bonheur à ceux qui y accèdent, et permettant l’amélioration de l’homme, avec, comme objectif principal celui d’améliorer la société.
 
5 - C'est une spiritualité adogmatique, laïque, qui structure une véritable libération de l'homme en devenir... Les métaux, y compris les aléas de l'opinion collective, restent à la porte du temple. Elle nous surprend et pourtant, on aurait pu prévoir cette orientation dès notre entrée en loge bleue puisque déjà pour juger si un homme est initiable - les femmes ne sont pas admises dans nos cénacles - nous ne sommes plus démocrates; la cooptation est sollicitée, dès le premier grade, celui où l'on recrute l'apprenti, et ce quelque soit le rite suivi; le vote qui est pratiqué pour toutes nos décisions n'a plus qu'un rôle de balise et d'opportunité qui est toujours clair, il doit élever le débat bien au dessus d'une simple majorité d'opinion.
Alors que nous sommes tous démocrates, et que nous défendons la démocratie ou la république becs et ongles dans le monde profane, comment peut-on ainsi s'en affranchir pour se responsabiliser dans son initiation individuelle au sein d'ateliers souverains?
Je trouve la réponse dans le rite auquel j'appartiens et dans lequel je me suis perfectionné, l'écossisme, ce rite où le spirituel combat les mots, celui ou tout est symbole interprété individuellement. Je ne connais aucune autre manière, même s'il en existe, de mieux libérer un homme, de mieux le responsabiliser et surtout de mieux le respecter.
 
Armé de ses compétences développées dans le rite maçonnique, il peut ensuite trouver et accompagner la mise en place de solutions modèles dans le monde profane, comme la démocratie, ou la république, tout en espérant les dépasser un jour puisque notre désir commun est d'étendre la maçonnerie à tous les hommes. A l'intérieur, nous cherchons la vérité, c'est dire que nous n'avons pas ces modèles là, car cela signifierait que nous l’aurions trouvée.
CHARITE, assimilation intérieure de l’autre, qualité de la fraternité, FOI, moteur de l'action de l’Homme, ESPERANCE, croire en la réalité de son cheminement et de sa progression personnels, refus des modèles collectifs, pour améliorer l’homme de l’intérieur, le vrai, sont des caractéristiques de ce qu' on appelle 1' écossisme.
 
J'ai évidemment cherché à comprendre comment il avait pu gagner une place universelle et exister dans le monde entier, sans poser de problème aux diversités qui semblent diviser les communautés humaines. J'ai eu la chance de visiter de nombreux pays, d'y rencontrer des maçons écossais... Alors qu'a-t-on à voir avec l'Ecosse?
 
6 - On a appelé écossais les templiers qui se sont réfugiés en Ecosse après le fameux vendredi 13 octobre 1307. Accueillis par un chef de clan excommunié de Clément V, Robert Bruce, ils étaient présents à ses côtés lors de la bataille de Bannockburn gagnée contre les anglais, en 1314. L'Ecosse devint alors le refuge de ces gardiens d'une tradition déjà universaliste issue des contacts entre toutes les cultures, entre Orient et Occident, gardiens rejetés des religions et excommuniés, devenus exigeants sur leurs valeurs, conscients et éclairés, très lucides sur les détournements de la tradition faits au bénéfices des pouvoirs religieux ou politiques du moment. Nos pères ont cherché des voies pour libérer les hommes de ceux qui utilisaient la parole, en la détournant de son sens premier, pour tromper les autres.
Ils ont alors privilégié l'usage d'un outil déjà extraordinairement puissant : le symbolisme. La parole elle-même devenait symbole pour celui qui en cherchait le sens premier. L'état d'esprit propice à cette recherche, lentement construit par le cheminement initiatique, reste d'une cohérence lumineuse de liberté, une spiritualité sans contrainte, sans réserve, sans mystère, qui donne enfin un sens véritablement humaniste à notre démarche.
Cette tradition reprend les fondements des traditions humaines élaborées bien avant que les religions ne s'en emparent et ne les détournent à leur profit ou à celui d'un pouvoir moral exclusif. Ces grands initiés s'étaient nourris à la source des sages qui vivaient dans ce berceau de l'humanité que constituait le Moyen Orient, au carrefour de toutes les civilisations, y compris de l'Extrême Orient...
La morale et l'éthique qui en découlent y étaient sacralisées sous forme de textes écrits ou à dire, accessibles aux seuls chercheurs intellectuels d'une part, mais aussi sous forme de croyances plus ou moins contraintes, réglant la vie de ceux qui n'avaient pas les capacités ou simplement le désir de chercher au delà d'autre part.
Le pouvoir énorme que pouvait apporter le détournement de ces contraintes au profit de quelques uns a fait que des religions ont plaqué sur ce système des interprétations tout aussi systémiques. Allant de la récupération post mortem des outils des grands initiés à celle d’interventions dans la vie quotidienne de tout un chacun. Par exemple les évangiles qui servent la religion catholique/ont été écrits ou réécrits plusieurs siècles après les faits ... Ceci devrait suffire à les rendre plus que suspects, sur le plan historique certes mais encore sur bien d'autres plans.
A l'époque il était accepté par nos maîtres l'idée que la libération de l'homme passait par le dépassement de ces fausses vérités, cela exigeait un effort de lucidité, que seule une élite était capable de fournir, ce qui lui donnait un privilège auquel elle tenait, dans le meilleur des cas, elle faisait bénéficier le reste de l'humanité de son amour, appelé alors charité, ce furent les objectifs d'un certain nombre d'ordres chevaleresques, qui prenaient, en secret, de larges libertés avec les dogmes religieux.
La Renaissance a élargi le nombre d'initiés et leur influence, avec l'explosion de ce que les religions ont appelé des hérésies. Les églises officielles ont répondu par des violences inquisitoriales dont nous ne faisons que découvrir l'immensité de l'horreur. La voie tracée pour retrouver les valeurs que des dizaines de milliers d'années d'empirisme avaient fait émerger, est donc une voie initiatique. L'outil principal est de retrouver ce qui a été détruit et de chercher ce qui est caché sous les systèmes moraux et religieux, sous ce qui a été récupéré, modifié ou détourné en interprétant les symboles les plus forts de l'humanité. C'est ici qu'intervient l'écossisme. J'évoque l'écossisme parce que je le vis mais bien d'autres cheminements sont possibles, il suffit pour s'en convaincre de lire René Guenon.
Formes, légendes, interprétations de la nature sont donc devenus l'enjeu de cette recherche, que nous développons en clamant, qu'ici, tout est symbole.
 
L'originalité de l'écossisme est donc cette capacité à s'imprégner suffisamment du langage symbolique pour entrer dans la quête de la quintessence profonde de l'humanité, quelle qu'aient été les formes récupérées ou non par les religions. Autant les mots à définition fermée, ou liée à l'extériorisation d'une interprétation unique, sont un obstacle à la libération de l'esprit, autant les considérer comme des symboles devient libérateur. Certes cette libération prend alors une direction ésotérique et amplifie le sentiment que l'on vit une véritable dimension spirituelle, parce que personnelle.
La prise de conscience de ce qu'a de personnel son propre cheminement est une révélation qui éclaire notre lucidité.
Elle fonde en plus son universalité, car elle est accessible à tout homme qui s'ouvre à l'humanité.
C'est une véritable libération de ses rapports à la conscience, accompagnée d'une émergence forte de la notion de responsabilité.
L'esprit émergeant de l'initié dans une loge, volontairement, et non face au collectif contraignant d'une société profane, c'est cela notre spiritualité laïque et universelle.
Je suis sûr que d'autres exemples pourraient exprimer cette libération, je n'ai évoqué que mon propre cheminement…
 
- 7 - L'imagination symbolique dynamise la pensée. C'est un autre versant de l'écossisme; notre spiritualité donne à chaque instant, lors de chacune de nos actions, un sens à la vie. En perpétuelle évolution, ce sens est le moteur, la motivation de tout ce que nous faisons. Elle nous donne les moyens d'interroger l'inconnu, d'explorer le possible et crée l'intuition qui dynamise la pensée. Aidée par notre quête philosophique, passée au crible de la raison et de la pensée scientifique que nous vivons avec bonheur dans nos ateliers, cette imagination nous permet d'anticiper les rencontres étonnantes de l'humain et de s'en enrichir sans préjugés... Si notre idéal est de rapprocher tous les maçons de la Terre, il est aussi et surtout d'étendre nos valeurs à tous les Hommes. Nous rejoindrons ainsi la sage tradition humaine. Cela même qu'ont voulu conserver ses gardiens intemporels, les écossais nos pères
 
J'ai dit. Merci de m'avoir écouté.
 
 
                                                                                                                   Claude FABRE

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 LAICITÉ
ET CONSTRUCTION DE LA SOCIÉTÉ FRANÇAISE
 
  Il m’apparaît important en préambule de bien cerner les contours des concepts constituant la base de ma contribution. La Laïcité n’est pas la sécularisation, elle est d’abord un choix politique fort basé sur la séparation nette entre les églises et l’Etat alors que la seconde est un lent processus historique de recul de la religion dans les modes de pensée et de comportement, eu Europe occidentale pour l’essentiel. La société française ne sera pas abordée comme un tout réagissant à des champs de force économiques, politiques et culturels mais à travers le prisme de son organisation et de ses modes de pensée en tenant compte de deux solutions souvent antagonistes, individu et communauté.
 
  La société n’est pas un être doté de la consistance du positif, elle est un état d’inter-relations au sein d’un groupe humain à la suite soit d’une longue évolution basée sur des confrontations, des avancées et des reculs, des compromis, soit d’une longue stagnation dans les cas d’isolement prolongé.
 
  Toute société pose le problème de ses origines, elle se pense à partir du mythe de sa création et avec l’idée que ce mythe n’est pas une histoire morte rapportée pour satisfaire le goût de la nostalgie. Deux grands types de mythes sont présents, ceux qui racontent le commencement absolu, souvent habité par les dieux, et ceux qui dans l’évolution historique soulignent le commencement relatif, tel que la révolution de 1789 pour la France, souvent perçu comme une re-naissance sociale.
 
  Toute société pose aussi le problème du ciment qui la fait tenir, Pierre Clastres avance qu’une société quel que soit son niveau d’organisation repose sur l’ordre politique. Il se fonde sur l’analyse de quelques tribus amérindiennes pour avancer l’idée que l’absence d’Etat n’entraîne pas l’absence de politique mais plutôt une forme originale de sa présence : c’est un travail constant pour bloquer l’opposition entre assujettis et puissants, les détenteurs des armes ou des mots sacrés, à travers une « vérité », le pouvoir vient de l’extérieur, du sacré. La société historique, celle qui est issue d’une longue évolution est plus ou moins désacralisée, dans ce cas, la loi ne renvoie qu’aux hommes qui l’ont faite, qu’au contrat social qui les lie et dont elle n’est qu’un élément parmi d’autres.
 
  La société française prend naissance où plutôt renaît au détour de deux révolutions, l’une philosophique l’autre politique :
  La révolution philosophique est celle des Lumières, elle n’est pas spécifiquement française mais notre pays y joue un grand rôle, elle fonde les idées et concepts qui seront le creuset de 1789. Je souhaite simplement mettre en avant deux faits différents par leur nature mais non sans attaches :
  Le premier, violent, typique de la société d’ancien régime est l’affaire du Chevalier de la Barre, accusé en 1776 d’être passé devant une procession sans ôter son chapeau, d’avoir blasphémé et donné des coups de canne à un crucifix en bois, il est condamné au supplice, la main droite coupée, la langue arrachée avec des tenailles avant d’être brûlé vif en compagnie d’un exemplaire du Dictionnaire Philosophique, ce n’est pas là une coïncidence !
  Voltaire, d’Alembert et Condorcet le dernier des encyclopédistes tenteront en vain d’obtenir la révision posthume de procès.
  Le second, stimulant, est la publication entre 1751 et 1766 de L’Encyclopédie, monument édifié à la croyance rationnelle. Je cite ici un extrait de l’article «  Autorité politique » rédigé par Denis Diderot lui-même : « Aucun homme n’a reçu de la nature le droit de commander aux autres ; La liberté est un don du ciel, et chaque individu de la même espèce a le droit d’en jouir aussitôt qu’il jouit de la raison. Si la nature a établi quelque autorité, c’est la puissance paternelle…… Toute autre autorité vient d’une origine autre que la nature. Qu’on examine bien, et on fera toujours remonter à l’une de ces deux raisons : ou la violence de celui qui s’en est emparé ; ou le consentement de ceux qui s’y sont soumis par un contrat fait ou supposé entre eux et celui à qui ils ont déféré l’autorité » . J’eusse pu citer « De l’esprit des lois » de Montesquieu, le « Contrat social » de Rousseau et bien d’autres encore, ce qui m’intéresse ici c’est de montrer qu’à la justice et au pouvoir de droit divin s’opposent, dans un intense bouillonnement intellectuel, l’exercice de la raison. Cet antagonisme est hélas toujours d’actualité.
 
  La révolution politique apparaît comme un ébranlement qu'aucune restauration ne saura effacer. Jean Bauberot, historien de la Laïcité et président d’honneur de l’Ecole pratique des hautes études écrit dans un dossier de - Conscience et liberté -  « Tout autre est le principe de laïcité dont les éléments principaux ont été notamment proclamés par la Révolution française, qui cependant les a fort peu mis en œuvre. Napoléon Bonaparte en a fait une première application qui restait partielle et que je qualifie de -  premier seuil de laïcisation - «.
 
  Qu’il me soit permis de manifester ici mon désaccord profond! En créant les départements et les communes la Révolution fait exploser l’unité de base administrative, la paroisse, elle fait ainsi passer la gestion de la vie (enregistrement des naissances et des décès) du divin au séculier, du prêtre au maire. En nationalisant les biens du clergé elle lui ôte un pouvoir financier sans équivalant à l’époque, en mettant en place la constitution civile du clergé elle souligne le paradoxe de l’Eglise de France : Une place dans l’entité nationale mais une soumission à une autre entité politico-religieuse, la Papauté. Ajoutons qu’en déclarant l’égalité des citoyens et la liberté de conscience elle fait passer juifs et protestants d’une situation de sujets de seconde zone à un statut de citoyens. La Révolution c’est le passage d’une communauté de religion à une communauté d’individus. L’historien Jean Tulard prétend d’ailleurs que la République correspond à la première période de laïcité en France.
   Napoléon Bonaparte ne fera que revenir en arrière par un compromis, le concordat de 1801, entre l’Eglise catholique dont il a besoin et le pouvoir issu de la révolution dont il a hérité par un coup d’état. On peut toutefois mettre à son crédit la création des lycées, qui érodent un peu plus la sphère d’influence du clergé, et la création par la loi de 1801 du Conseil Général des Hospices Civils.
 
  Il appartient aux républicains entre 1880 et 1905 de mettre en place ce que Jean Bauberot nomme «  le second seuil de laïcité ». Cela se fait progressivement à travers :
-         La mise en place d’une école publique, laïque, gratuite et obligatoire, associant l’action communale à l’action de l’Etat.
-         La création d’une morale laïque, fer de lance avec l’éducation de la reconquête des esprits.
-         Enfin, la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat, dont nous fêtons le centenaire.
 Je voudrais citer à ce propos Henri Lacordaire, grand prédicateur catholique du XIXème siècle, « Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime et c’est la Loi qui affranchit ». Voyons comment la loi de 1905 affranchit la société française. Jusqu’en 1905 elle reste marquée par l’impact du gallicanisme, situation de subordination de la religion à l’Etat, mais aussi imprégnation de l’Etat et de la nation par la religion ; La loi de 1905 en affirmant les bases de la séparation des Eglises et de l’Etat est une rupture fondamentale dans l’histoire de notre société, loin d’être une loi de circonstances elle est une loi fondatrice issue d’un long cheminement historique, politique et culturel.
 
  Cette loi fonde réellement par son article premier l’institutionnalisation de la liberté de conscience, reprise par ailleurs par la constitution de 1958, je cite « La France est une république indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origines, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». Par l’article 2, elle définit les conditions de la séparation du domaine privé du domaine public, elle précise ensuite les conditions de l’exercice des activités religieuses (art.   13), la mise en place d’une représentation des cultes à travers des associations (titre IV) et la police des cultes (titre V). Les conséquences visibles sont multiples, laïcisation des monuments, liberté de changer de religion ou de ne pas en avoir établi de facto, mais aussi de façon plus prosaïque laïcisation des soins hospitaliers, en application de la loi de 1905 les sœurs augustines de l’Hôtel Dieu à Paris cèdent la place à du personnel civil le 15 janvier 1908. Ainsi la liberté religieuse ne peut se comprendre que dans un ensemble bien plus vaste, la liberté individuelle de conscience dans toutes ses facettes sociales.
 
  Quelle influence cet arsenal juridique a-t-il eu sur notre société ? Une enquête CSA/Le Monde/La Vie de 1994 y répond en partie :
  Elle est devenue plurielle, à la question «  Pouvez vous me dire quelle est votre religion si vous en avez une ? » 67% se disent catholiques, 8% ont une autre religion, 23% se disent sans religion et 2% n’ont pas répondu, en 1986 81% se disaient catholiques et 15,5% sans religion.
  Elle se fonde sur d’autres valeurs, à la question «  Parmi ces valeurs lesquelles vous paraissent-elles importantes ? » 58% répondent la famille, 56% l’honnêteté, 42% la justice mais seulement 7% la religion.
  Nous avons affaire à une société recentrée autour de valeurs plus personnelles, plus individualistes mais aussi porteuses d’une morale qui est tout autant d’inspiration républicaine que d’origine religieuse.
 
  Une des conséquences les plus frappantes de cette évolution est que désormais la conception laïque de la synthèse entre intérêt général et liberté individuelle repose sur le concept de citoyen autonome, émancipé, par l’attribution de droits,  des communautés organiques qui caractérisaient l’ancien régime. La République ignore théoriquement les groupes pour ne considérer que les individus politiques, attitude vaux antipodes de la démocratie des Etats Unis d’Amérique, laquelle reconnaît les collectivités au risque de balkaniser la société. La position française est elle aussi risquée, en particulier au niveau du pari fait sur l’émergence de citoyens suffisamment mûrs pour comprendre l’enjeu de l’intérêt public. Toutefois lorsque les femmes de l’association «  Ni putes ni soumises » se battent pour leur droit à la dignité et au respect dans le milieu doublement difficile de l’immigration et des cités de banlieue, et cela au nom de la laïcité, on se prend à penser que le pari valait la peine d’être pris et que la loi de 1905 est réellement un outil d’affranchissement des plus faibles.
 
  Cette analyse du risque social me conduit à m’interroger sur le rôle de la maçonnerie en général et du R\.E\.A\.A\ en particulier dans la formation d’un citoyen. C’est un rôle limité sur le plan quantitatif, une des plaisanteries qui courent sur notre compte porte sur une comparaison avec les sectes, dans ces dernières il est facile d’y entrer et difficile d’en sortir, c’est l’inverse en maçonnerie et c’est tout à son honneur, cependant il est un fait elle ne peut toucher directement qu’un faible nombre de citoyennes et de citoyens. Il n’est pas dans mes intentions d’entamer un nouvel historique mais plutôt de vous proposer quelques pistes de réflexion.
 
  Le G\O\D\F\, courant progressiste, ayant laïcisé la maçonnerie, est indissociable de la République, tant la base de sa pensée est la recherche de l’intérêt général par l’union des individus volontaires si dissemblables soient-ils. De ce fait il fait le même pari que les républicains de 1905, prenant les mêmes risques, en tant que microsociété, que la société globale mais avec peut être plus de moyens pour empêcher les dérives, d’où une efficacité potentiellement plus importante.
 
  Le R\.E\.A\.A\.est plus ancien que le G.O.D.F. (1740 contre 1771 semble t-il), mais en tant que mode d’approche symbolique il y est parfaitement intégré, faisant siennes les valeurs de la laïcité. Le Suprême Conseil qui en est la cheville ouvrière est autonome, mais cette autonomie administrative ne signifie pas être électron libre, les objectifs sont et restent ceux de la maçonnerie laïque, je cite « Leur but est de former des hommes conscients, libres et responsables sur le plan éthique et spirituel dans la lumière de l’universalisme ».
 
  Une phrase d’Alain de Keghel m’a frappé, parlant des échanges avec d’autres juridictions écossaises, il écrit « …. des échanges émancipateurs à l’abri de tout dogmatisme », à l’abri de tout dogmatisme, donc de toute vérité révélée, des échanges émancipateurs, donc la construction permanente du soi dans le partage avec les autres, partage qui demande systématiquement un examen approfondi des choses, qui refuse ignorance, préjugés et superstitions, qui recherche toujours une part plus grande de vérité et de justice.
 
  C’est là le résultat d’un travail constant supposant l’acceptation des responsabilités comme autant de devoirs, n’est-ce pas là aussi l’essentiel de la citoyenneté dans la République laïque ?
 
Lionel MICOLA         

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LIBERTÉ ABSOLUE DE CONSCIENCE ET RÉAA
 
                     LIBERTE ABSOLUE DE CONSCIENCE ET REAA
 
Le premier travail consiste à tenter de comprendre le sujet qui est proposé et d’établir sa pertinence. Il est composé de deux parties, l’une de type général, la liberté de conscience, l’autre de caractère particulariste, le REAA.
Leur apposition doit –elle créer leur complicité ?
A cela s’ajoute le fait que ce sujet doit être traité en une période, une époque, spécifique.
 
Première remarque : le monde actuel est insignifiant, c’est-à-dire qu’il manque de sens : sens c’est-à-dire signification dans l’acception intellectuelle, et direction dans l’acception morale.
Les hommes aujourd’hui, sont traversés de multiples courants, appartiennent à de nombreux réseaux ; la structure horizontale de la société actuelle diffère de celle qui dominait naguère, une structure verticale qui s’est estompée avec le déclin des hiérarchies traditionnelles, notamment ecclésiales. Ceci donne à chacun un profond sentiment de liberté ; chacun a l’impression de faire un choix dans ses appartenances , ses convictions. Il n’y a plus de menu imposé mais une sélection dans une carte variée de religions, sectes, partis politiques, associations etc. On a donc un système sans cadre dans un relativisme généralisé.
La question de l’environnement se pose donc : la liberté de conscience est-elle sauvegardée, encouragée, dans ce monde sans contours définis.
 
Deux textes me semblent répondre partiellement à la question.
Le premier est de Tocqueville qui, en 1835, dans De la Démocratie en Amérique écrit :
« Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres…Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux…il ne cherche qu’à les fixer irrémédiablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre… Après l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes…il ne brise pas les volontés mais il les amollit, les plie et les dirige… il ne détruit point, il empêche de naître. »
 
Texte prémonitoire qui annonce notre système d’indétermination démocratique et le nouveau totalitarisme feutré que nous connaissons avec les moyens notamment médiatiques qui sont utilisés.
Le contraste est saisissant avec l’écrit suivant. Il est de Jean-Paul Sartre qui écrit dans Les Lettres Françaises en septembre 1944 :
« Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande. Nous avions perdu tous nos droits et d’abord celui de parler ; on nous insultait en face chaque jour et il fallait nous taire ; on nous déportait en masse, comme travailleurs, comme Juifs, comme prisonniers politiques ; partout sur les murs, dans les journaux, sur l’écran, nous retrouvions cet immonde et fade visage que nos oppresseurs voulaient nous donner de nous-mêmes. A cause de tout cela nous étions libres. Puisque le venin nazi se glissait jusque dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête ; puisqu’une police toute-puissante cherchait à nous contraindre au silence, chaque parole devenait précieuse comme une déclaration de principe ; puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d’un engagement. Les circonstances souvent atroces de  notre combat nous mettaient enfin à même de vivre, sans fard et sans voile, cette situation déchirée, insoutenable, qu’on appelle la condition humaine (…) Ainsi la question même de la liberté était posée et nous étions au bord de la connaissance la plus profond que l’homme peut avoir de lui-même. »
 
Autre époque, autres conditions de la liberté. Est-elle fait accompli ou résistance ? A-t-elle besoin pour s’affirmer d’un cadre répressif.
 
Revenons sur l’expression : « Liberté absolue de conscience ».
Cette affirmation est reprise périodiquement et revendiquée  par les tenants de la laïcité. Par eux seulement ? Non.
Par exemple elle est évoquée par le pape Jean-Paul II qui affirme que les religions doivent être enseignées « en toute liberté de conscience, c’est-à-dire dans la vérité de la foi catholique. »
La loi Debré votée le 31 décembre 1959 décrit un établissement privé qui « tout en conservant son caractère propre, doit donner un enseignement dans le respect total de la liberté de conscience des élèves. »
 
Ceci  traduirait l’ambiguïté d’une expression toute faite qui peut ressembler à un slogan et doit donc être étudiée de près.
Commençons par le terme « absolu » : il s’oppose d’abord au relativisme de notre époque qui affirme que les idéaux et les valeurs de référence dépendent des cultures et des sociétés ou des moments historiques de cette même société.
D’autre part, il signifie (ab solutus) : inconditionné, indéterminé. Le mot recouvre-t-il donc quelque chose, a-t-il un sens ?
Les religions qui prétendent accéder à l’absolu par l’intermédiaire d’un Dieu absolument inconditionné, non soumis à influence (tout au moins dans le monothéisme car Jupiter subissait les colères de Junon) en fait le nient par leur particularisme dogmatique, symbolique et rituélique.
De plus, la notion d’absolu est remise en cause par toute recherche de vérité, les FFMM peuvent-ils donc s’en servir ?
Enfin l’Absolu c’est aussi l’unique et cette unicité peut amener à l’idée de Dieu, comme d’ailleurs à sa négation dans l’humanisme athée. Ici, la mort de Dieu correspond à l’affirmation de l’homme délié de la nature et de la transcendance.
Et cette indépendance de l’homme détermine son propre absolu. Il est sa propre origine et sa propre fin. Il est donc radicalement libre.
 
En ce sens, si la liberté de l’homme est un absolu, l’expression « liberté absolue » constitue une tautologie, c’est-à-dire une répétition inutile.
 
Voyons maintenant la conscience : « cum scientia » qui suppose la connaissance et l’organisation mentale de l’être humain. Elle est avant tout système relationnel propre du sujet avec le monde. On a conscience de quelque chose ou conscience de quelqu’un au moyen d’idées, de représentations, de sentiments, de souvenirs, d’images, de perceptions.
 
En fait, la conscience du réel en un moment donné mêle le passé et le présent, un passé et une histoire personnels, individuels, avec lesquels on se représente le monde. Est-ce cette individualité qui crée une liberté absolue due à l’indétermination de l’homme par rapport à la nature, contrairement à l’animal, mais pas par rapport à l’histoire.
 
Et l’inconscient, le refoulé cher à Freud, n’est-il pas là pour entacher toute liberté ? On a dans ce domaine deux thèses insoutenables : l’une qui prône l’omnipotence de l’inconscient, l’autre qui a l’illusion de la suprématie absolue de l’être conscient. Il y a eu d’ailleurs une traduction politique à cela à la fin des années soixante. Pendant un temps on a réduit la conscience à un reflet de la culture, miroir d’une société oppressive. Il y a eu une levée de boucliers contre la raison, la société et la conscience au profit de l’irrationnel, de l’imagination, de la libido, prêchée par W. Reich, H. Marcuse sous le patronage de Nietszche. Et certains ont préconisé la liberté de la conscience morale avec le « il est interdit d‘interdire » et la morale de l’authenticité. Soyons nous-mêmes, ne mettons pas de frein au principe de plaisir, c’est-à-dire à la satisfaction de nos pulsions. C’est le violent et passionné Dionysos contre le pacifique et lumineux Apollon. C’est l’obscurité contre la lumière témoignage d’un retour en force d’un certain romantisme., ennemi juré des Lumières.
 
La liberté de conscience est donc liberté individuelle, mais dans quelle mesure est-elle conditionnée par la collectivité ?
 
Kant dit : il faut « apprendre à penser par soi-même » mais est-ce possible ?
 
Il faudrait une conscience détachée de tout préjugé, de tout conditionnement, de tout a-priori. La liberté de conscience dépend donc de l’individu et de sa subjectivité, de la pression collective, de l’environnement social et des institutions avec le rôle de l’éducation, de l’enseignement et même du pouvoir politique. Avec tout cela peut-on encore parler de liberté de conscience ?
 
A ce moment de l’exposé il est nécessaire d’ opposer le statique et le dynamique, l’immobilité et le mouvement, la contemplation et l’action.
 
Pendant des siècles, l’immobilité a été privilégiée afin de respecter les desseins de la Providence, dans l’attente des fins dernières ou d’un Messie. L’hérésie était condamnée ainsi que toute pensée qui apparaissait déviante. Les bûchers avaient alors une utilité sociale d’extirpation des fauteurs de troubles dans les esprits. C’était la grande époque de la passivité et de la résignation pour le plus grand nombre.
Bernard Shaw n’avait-il pas dit : « Toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes ».
Mais l’immobilisme crée l’enfermement et le dogmatisme et, dans certains cas, le cléricalisme. Citons
 
Ferdinand Buisson qui disait :
« Le cléricalisme ne se mesure pas à l’étendue plus ou moins restreinte de la prison où il enferme l’esprit humain, il consiste à l’emprisonner. Catholique, protestant ou juif, on devient clérical à l’instant précis où l’on incline sa raison et sa conscience sous une autorité extérieure qui s’arroge et à qui on reconnaît un caractère divin (…) Quiconque accepte un credo (…) renonce à être un libre-penseur pour devenir un croyant, c’est-à-dire un homme qui nous prévient qu’à un moment donné il cessera d’user de sa raison pour se fier à une vérité toute faite qu’il ne lui est pas permis de contrôler. »
 
Or la liberté n’est pas seulement un inné, avec cette indétermination de l’homme, mais surtout un acquis. On ne naît pas totalement libre, on le devient.
 
La liberté est une conquête, une résistance au déterminisme créé par l’environnement, par les dépendances écologiques, biologiques, psychologiques, sociales, culturelles, historiques.
 
La liberté est donc mouvement et idéal jamais totalement atteint. Alors, plutôt que de parler de liberté comme un fait acquis, ne vaut-il pas mieux parler de libération de la pensée, ou de liberté de penser plutôt même que de liberté de la pensée.
 
Je paraphraserai Paul Ricoeur pour dire que l’homme n’est pas en un lieu, mais sur un chemin (methodos en grec) avec ses trajets, ses itinéraires, ses errances, ses avancées et ses reculs.
 
En notre époque d’immobilisme identitaire, la libération est plus que jamais nécessaire.
 
Occupation, résistance, libération : trois termes très connotés historiquement mais que l’on peut réutiliser ici : occupation de l’esprit par les idées préconçues et les passions, résistance par le doute , la raison critique, ou le libre examen selon l’excellente formule belge et enfin libération de la conscience mais, à jamais inachevée.
 
Et le REAA dans tout cela. Arrivons au sujet : nous fêtons cette année son bicentenaire et, commémoration oblige, nous devons  mettre le rite en exergue avec sa spécificité par rapport à la Franc-maçonnerie en général.
 
Pour parler du rôle libérateur du REAA dans le paysage maçonnique on peut utiliser une métaphore tirée de la linguistique où, pour expliquer la circulation d’un mot on parle d’itinéraire et de véhicule. On retrouve ici le mouvement dont il vient d’être question. Car la pensée libératrice circule et le REAA peut en être le véhicule qui fait reculer l’horizon et crée un langage commun à l’humanité.
 
Et cela, son histoire l’y encourage car il est né d’hommes aux semelles de vent, des Grasse-Tilly, des Morin, des Francken, tous cosmopolites au sens fort du terme. Il est également né de pays où les Lumières ont eu des implications différentes : pacificatrices en Angleterre, anticléricales en France, pragmatiques aux Etats-Unis.
 
Né sous les auspices de la liberté de circulation des idées, de la suppression des frontières, le rite va être non pas historicisé, c’est-à-dire relativisé,mais anthropologisé c’est-à-dire universalisé, valable pour les hommes de tous lieux et de tous temps.
 
Le rite est donc né sous les auspices de la liberté. Va-t-il l’enseigner, la décréter ou simplement donner aux frères  un potentiel libérateur ?
 
Dans le rituel de 4° degré, Maître Secret, il est dit : « La Maçonnerie vous aide à sortir du pays d’ignorance, de préjugés et de superstitions et vous éloigne ainsi de la servitude et de l’erreur (…) Vous déciderez vous-même de vos pensées et de vos actions, et ne confondrez point les mots et les idées. »
 
On retrouve ici le SAPERE AUDE de Kant : « oser penser par soi-même », se servir de son propre entendement, assurer la prépondérance d’une autonomie intellectuelle face aux puissances obscures de l’autorité dogmatique et des passions irrationnelles. En un mot, il s’agit là de laïcité.
 
Mais la libération de la pensée s’effectue aussi au moyen d’une méthode. C’est ici que l’on retrouve la notion de chemin. Le nôtre est initiatique.
 
Nous ne connaissons pas la brutalité religieuse de la révélation. Fondée sur le principe des Lumières de perfectibilité de l’homme, l’initiation c’est la lente découverte, non pas de la Vérité, mais d’une vérité qui est soi-même, c’est la démarche de l’être en recherche et c’est la prise de conscience de son propre inachèvement.
 
Mais cette marche n’est pas erratique. Elle est ponctuée de ces étapes que sont les grades qui ne sont pas des degrés de dignité, honorifiques mais des pas mesurés vers une connaissance sans cesse affirmée.
Mais comment accéder à une connaissance supérieure ? Il y a bien sûr l’illumination, la transe, l’extase mystique qui mènent bien sûr à la Connaissance avec un grand C . Restons modestes, notre connaissance à nous ne s’oriente pas vers la transcendance mais reste immanente, tournée vers l’humain et l’humanité. Il reste donc une solution pour cette      ascension dans la connaissance : le symbole.
Symboliser c’est exercer une activité mentale, c’est pratiquer une façon de se représenter le monde. La nature génétique du chimpanzé est à 98,4% semblable à celle de l’homme mais l’homme a développé un mode de communication, le langage, un mode de re-présentation c’est-à-dire d’accès à l’esprit de choses non-directement observables, et enfin une mémorisation qui permet la transmission.
 
Les Maçons ont le langage, la mémorisation, la transmission, mais leur caractéristique c’est d’avoir donné une place particulière à la re-présentation par le symbolisme. Le symbole n’est ni enseigné ni appris mais il s’intègre dans le vécu maçonnique de chacun. En cela il est profondément individuel et échappe de ce fait à toute définition. Il n’impose rien, il suggère. En cela, il conforte la liberté de penser.
Mais étant individuel, il est par là universel. C’est un langage que chacun perçoit selon son histoire personnelle, son entendement, sa faculté de raisonnement analogique, son pouvoir d’abstraction.
 
Ainsi toute la structure du Rite et, au –delà, de la Maçonnerie, fondée sur la lente gradation et le long chemin initiatique, sur le symbolisme qui suscite l’imaginaire, tend vers une individualisation de la pensée et par là une indépendance d’esprit qui est liberté.
 
Le rituel du 4° grade déjà cité déclare encore : « Vous vous efforcerez toujours de découvrir sous le symbole, l’idée que vous aurez comprise et reconnue comme acceptable. ». Donc toujours cette curiosité qui mène à l’autonomie mentale.
 
Or cela semble aujourd’hui plus que jamais nécessaire. Car notre société actuelle est fille de la parole et de l’image toutes deux médiatisées, elle est victime de l’instantanéité, de l’immédiateté, de la suppression de la distance d’avec le fait brut, de l’appauvrissement de la réflexion.  Nous assistons à un processus général de « désocialisation ». La décomposition actuelle des ensembles sociaux et culturels refermés sur eux-mêmes, « libère aussi un rapport à soi-même, une conscience de liberté et de responsabilité qui était prisonnière des mécanismes institutionnels dont le rôle était d’imposer à tous des valeurs, des normes, des formes d’autorité et l’ensemble de nos représentations sociales. » comme le dit le sociologue Alain Touraine. Il est donc nécessaire de rétablir le recul par rapport au présent. Sans ce recul, il n’y a pas de symbolisme mais uniquement le règne de la matière dogmatique.
 
Néanmoins, cette libération de l’esprit pourrait n’être qu’un exercice intellectuel un peu vain. Or, ne l’oublions pas, et cela est rappelé dans le rituel du 4° grade : « Le maître maçon (…) est un homme d’action tourné vers l’extérieur. »  Avec un intérêt individuel mais pas seulement, collectif aussi en faveur de la Maçonnerie mais surtout général au profit de l’humanité toute entière. Paraphrasons le philosophe allemand Feuerbach qui disait : « Les philosophes n’ont fait jusqu’ici qu’interpréter le monde, il s’agit de le changer ».
 
Voila le devoir du Maçon.
 
Le REAA est aujourd’hui porteur d’un espoir de compréhension du monde détaché de l’omniprésence du présent. Il propose un rapport au temps, une gestion réfléchie d’une temporalité où se forme l’individu placé entre deux grades, entre hier et demain, entre traditions et projets.
 
L’humanisme que nous prônons suppose la grandeur de l’homme et, en même temps, c’est l’étymologie qui parle avec le mot latin « humus », terre, l’humilité qui est le contraire de ce qui donne la certitude dogmatique d’un présent subi et non assumé.
 
Balzac considérait le doute comme un fardeau beaucoup plus lourd que la foi. Mais en ces temps difficiles pour la raison, il importe d’être mal-pensants, hérétiques, dissidents et de garder notre capacité d’indignation et de  refus.
 
Essayons d’être comme Descartes qui disait :
« Maintenant que mon esprit est libre de tout soin (souci), je m’appliquerai sérieusement et avec liberté à détruire toutes mes anciennes opinions. » ce qui fait dire à René Char :
« La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil. »
Soyons lucides et privilégions une conscience éveillée à une conscience endormie.
 
                                                         
                                                      J-R RAGACHE

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Nous aurions tous aimé pouvoir poursuivre cet échange si riche. Nous avons, je crois, tous pu apprécier leur qualité, comme la bonne tenue des interventions qui les ont précédés.  Mais nous sommes victimes de la gestion du temps qui passe. Le moment est donc venu de conclure ce colloque de  commémoration de la loi de 1905 et sa mise en perspective par rapport à notre démarche philosophique écossaise.
 
Jean Baubérot, évoquant l’origine et la naissance de la laïcité,  nous rappelle que c’est un terme francophone dont on ne trouve d’équivalent, ni en anglais, ni en allemand et que la laïcité française est le résultat d’une construction historique qui a duré plus d’un siècle et s’est faite dans un climat souvent passionnel.  Fidèles à nos idéaux, nous avons pour notre part bien  pour ambition de calmer les passions et de construire avec raison .
 
A la guerre de religion, opposant catholicisme et protestantisme, a succédé en France une dimension philosophico-politique de la Révolution française étroitement liée aux idéaux des Lumières et donc aussi, mais pas exclusivement  au courant de pensée maçonnique. Comme l’analyse Jean-Paul Willaime en évoquant  ce que certains dénomment la spécificité française : « dans le cas de la France, la laïcisation du religieux s’est accompagnée d’une certaine sacralisation du politique dans laquelle l’Etat a été investi d’une mission de régénération individuelle et de réforme de la société « .La laïcisation de la société à la française est une vision que nous connaissons bien, nous qui nous assignons pour objectif d’améliorer l’homme et la société par la régénération individuelle et sociale. Mais l’idée d’une sorte d’exclusivité française en ce domaine est  contestée et contestable et nous l’avons bien entendu aujourd’hui. Car il existe bien entendu d’autres pays qui sous des formes diverses ont mis en pratique la laïcité et la séparation des Eglises et de l’Etat. Il suffit de penser à la Turquie, mais aussi aux régimes communistes qui sans pratiquer la laïcité ont entrepris la laïcisation des sociétés. Peut-être avons-nous une antériorité française ? L’éclairage que nous peut  livrer  la lecture du Coran et d’une loi islamique ne régissant pas la totalité de l’espace du croyant sont des dimensions à prendre en considération, singulièrement dans le pourtour méditerranéen. Elles apportent une ouverture de la réflexion sur l’espace arabo-musulman qu’il nous faut prendre en compte dans notre analyse du rapport de l’islam à la laïcité. Nous ne pouvons que nous réjouir de l’annonce faite par notre T\C\F\ Gilles Sanna, d’un colloque sur le bassin méditerranéen, bassin de dialogue des cultures qui se tiendra en mars 2006.
 
Ce qui distingue notre pays à cet égard, et par conséquent aussi notre maçonnerie française et ses courants divers, c’est le « cadre culturel » dans lequel les évolutions se sont opérées. Le sociologue américain Jack A. Golstow  a remarqué dans son étude comparative des évolutions que, dans le cas de la France, «  pour la première fois, le code eschatologique de l’époque chrétienne, la croyance dans la destruction du passé et la création d’un nouvel âge de vertu apparaissaient complètement sécularisés et transformés en une croyance dans les pouvoirs de l’homme pour fabriquer de ses propres mains un monde supérieur ». Nous reconnaissons là en effet une de nos ambitions déclarées s’il faut entendre par là une aspiration à un monde  meilleur.
 
Notre propos d’aujourd’hui, et dans le cadre de l’année du centenaire de la loi de 1905, est  de nous libérer, s’il le fallait, de ce « climat passionnel » dont nous pouvons  constater que s’il n’est pas totalement absent des débats de société. Mais il  n’est assurément  pas  dominant chez nous.   Aborder  la laïcité dans le contexte distancié mais exigeant de notre société du début du 21ème siècle,  ne peut se faire  en restant captifs du contexte particulier  dans lequel se situaient les enjeux d’alors. Souvenons-nous  qu’il s’est agi en 1905 de légiférer pour établir la loi républicaine de séparation de l’Eglise et de l’Etat inspirée largement par un corps maçonnique galvanisé dans son fameux discours d’Auxerre par le F\ Emile Combes. Mais il y avait  déjà aussi cette atténuation inspirée par Jean Jaurès et Aristide Briand. Nous savons bien entendu  qu’il convient de ne pas oublier le contenu réel et fondateur de l’article 4 de la loi de 1905. C’est d’ailleurs par simplification  que nous avons usage de parler de « séparation », mot emprunté à la rhétorique parlementaire de l’époque. En réalité, en 1905 on revenait à la situation de la Première République qui avait supprimé le service public du culte. Mais tout cela se déroulait sur fond de rapports de force avec des courants traversant le camp républicain lui-même, les partisans du maintien du Concordat signé par Napoléon en 1801, s’opposant  aux catholiques libéraux pour qui le Concordat maintenait l’Eglise en situation de servitude. Le débat passionnel de l’époque faisait, il convient de le rappeler, peu de cas des autres confessions, notamment protestante et juive tout simplement parce que les concernant, l’enjeu de pouvoir temporel n’existait pas.
 
Notre ambition  aujourd’hui et dans le cadre de cette rencontre, est de nous inscrire dans une mémoire et une tradition maçonnique fortement ancrées dans nos esprits comme dans notre démarche et dans celle du Rite Ecossais Ancien Accepté notamment. Les combats pour la laïcité ont  marqué durablement notre engagement citoyen, comme toute notre démarche maçonnique, intellectuelle et morale. L’interprétation que nous savons donner à certains de nos rituels marqués du sceau d’un héritage culturel indéniable, atteste de notre capacité de distanciation et d’élévation de la réflexion.  Nous faisions ici référence, notamment  au rituel de Chevalier Rose Croix, si souvent et injustement montré du doigt par ceux qui ne le connaissent que par les apparences, mais qui en ignorent le sens profond. Nous pensons aussi au rituel du Chevalier Kadosh et à la noblesse des ambitions de ce grade. Mais nous ne nous laissons pas aveugler par les lectures au premier degré, ni par les passions de ceux qui attestent de leur incapacité à sortir du forum et à conduire une  réflexion. Notre volonté est aujourd’hui d’élever le débat en portant un regard lucide sur les enjeux, tels qu’ils nous apparaissent dans leur modernité, mais aussi avec les constantes qui nous ont été remémorées lors des débats autour du préambule à la constitution européenne et nous avons pu au passage évoquer les incertitudes dont le ratification référendaire en France semble entourée. Nous écoutons avec attention toutes les voix qui s’expriment et ne sommes pas sourds aux mises en garde de certains contre la tentation d’apprentis sorciers qui aimeraient réviser la loi de 1905, loi de paix civile et d’apaisement.
 
Le contexte national et international est aujourd’hui fondamentalement différent de celui qui prévalait en 1905. C’est un constat et une réalité. Les conquêtes rendues alors possibles par les initiateurs des lois républicaines sont des acquis que chacune des parties prenantes de l’époque se sont appropriées. Au point qu’aujourd’hui nous entendons des prélats n’hésitant pas à se réclamer de la laïcité. Pour autant, comme  en toute chose, il importe de ne pas considérer ces acquis comme des avancées ou des espaces de liberté définitivement conquis, car ici où là nous avons  l’occasion d’en mesurer la fragilité. Le récent « passage à l’Orient éternel », si vous m’autorisez cette formulation quelque peu sulfureuse, d’un Pape très médiatique, en fut une belle illustration. Ce fut  aussi le cas dans le cadre scolaire et public avec les choix qui ont du être faits par le législateur, souvent sous l’effet de la pression du temps et de celle sociale ou religieuse, par exemple concernant le port du voile et des signes religieux ostentatoires d’extériorisation des appartenances communautaires.
 
La tentation existe  donc encore de revenir sur certains fondements essentiels de ce qui contribue pourtant à une paix  religieuse, philosophique et sociale salutaire, durable et souhaitable, dans une société moderne, émancipée et apaisée. Mais les acteurs ne sont pas nécessairement les mêmes qu’hier  et ils  se trouvent parfois de nouveaux alliés.  Nous vivons en France un phénomène nouveau pour notre pays, celui d’un communautarisme recelant des dangers. Ceci nous engage à situer notre réflexion dans son espace universel voulu par la Charte des Nations Unies de 1948.
 
De nouveaux défis se font jour et nous en avons entendu parler aujourd’hui en ouvrant large l’éventail. Ils sont beaucoup plus menaçants pour nos libertés et leurs espaces que les résurgences du  passé. Des phénomènes exogènes se manifestent et  nous interpellent. Nous devons y trouver des réponses qui ne nous exposent pas à un repli identitaire frileux, mais fassent au contraire de nous des forces de proposition s’inscrivant dans la dynamique de notre temps avec la générosité du cœur mais aussi la nécessaire et indispensable lucidité, comme la fermeté ne laissant pas d’espace à une gangrène qui s’attaquerait à ce que nous avons chèrement payé. Nous ne devons oublier ni la Shoha, ni le Cambodge, ni le Rwanda, ni les totalitarismes racistes et horriblement inhumains  qui ont ravagé l’Europe, ni ceux qui, ailleurs, ont bâillonné des peuples et les maintiennent encore dans un état d’allégeance absolue à une religion, une idéologie, ou un système. L’universalisme de la laïcité et la transmission des valeurs méritaient pleinement le temps qui leur a été consacré dans le cours d’un débat vivant mais respectueux.
 
Le rôle essentiel qui est le nôtre, Maçons du Grand Orient de France ayant choisi la voie de la rigueur « écossaise », est de participer de toutes nos forces, à titre individuel et collectif, à la préservation d’une laïcité tolérante, mais jamais prête à l’abandon des conquêtes qui furent autant d’avancées pour l’homme et la société. Nous n’avons certes pas de vocation messianique et ce n’est pas notre ambition. Mais nous devons avoir des positions et des attitudes qui ne laissent aucun espace au doute quant à notre ferme détermination  à défendre chez nous, dans nos sociétés, nos repères qui ont été posés pour le plus grand bonheur de nos citoyens, même si tous n’y adhèrent pas et le contraire eut été surprenant. Ces repères, ce sont notamment les frontières qu’il convient de respecter entre la sphère privée et celle publique, entre les attitudes et comportements dans les fonctions qui nous sont conférées et dans celles dévolues à ceux qui assument des responsabilités d’encadrement, de formation de direction.
Mais nous devons aller plus loin.  Car la laïcité est l’affaire de chaque citoyen responsable de ses actes dans un cadre sociétal dont il est partie. Ainsi définie, la laïcité est un acte de foi en une tolérance qui permet à chacun d’être respecté dans ses convictions. Elle est  un acte d’ouverture et de rencontre. Elle met aussi chacun en position  de s’épanouir librement et de jouer pleinement son rôle social en s’insérant dans le contexte de la société respectueuse de la pluralité des options individuelles. Cet énoncé n’est pas angélique. Il suppose que chacun d’entre nous sache surmonter ses angoisses comme ses préjugés, sache aborder avec générosité la différence en allant à sa rencontre et à sa découverte, mais que chacun refuse ausssi toute dérive, d’où qu’elle vienne. A cet égard, nous Maçons, devons aussi faire notre examen de conscience, comme les autres. L’appel lancé par les plus généreux a certainement été entendu : il nous faut vouloir « résister à tout ce qui serait une discrimination à l’égard d‘une religion ». En aucun cas nous ne pouvons accepter de discrimination par l’Etat qui doit respecter la séparation des pouvoirs. La responsabilité suprême de la justice et du citoyen responsable doit être rappelées avec une ferme conviction. Cela n’interdit pas de s’interroger, comme certains le font chez nous au GODF, à chaque fois qu’un communiqué du Conseil de l’Ordre nous engage collectivement en émettant une position publique à laquelle chacun n’adhère pas nécessairement. Mais ce débat n’a assurément pas sa place ici. Il appartient au Convent.
 
En conclusion de ce colloque,  c’est à cette réflexion ouverte que nous sommes conviés et je tiens à remercier les initiateurs de ces échanges ainsi que les conférenciers qui ont  bien  voulu nous apporter leurs connaissances ainsi que leurs éclairages à partir d’opinions et de points d’observation variés. Il importait, en effet, que nous approfondissions ici à Montpellier, à la faveur de ce centenaire de la loi de 1905, un exercice de réflexion philosophique ouverte, conforme à notre vocation et que nous soyons ainsi partie prenante à l’émergence d’une prise de conscience nouvelle de l’importance de la laïcité, toujours et plus que jamais d’actualité. Quant à la partie visible et médiatique de nos engagements, et quant à l’affichage public de notre engagement, cela ne relève pas seulement, et selon moi, surtout pas, de l’institutionnel, mais bien de l’engagement citoyen de chacun d’entre nous, là où il est, mais aussi collectivement par des relais médiatiques…pour autant que les médias s’y intéressent. C’est aussi le débat sur le transfert de sens et des valeurs à la jeunesse qui est ici posé.
 
 
 Au moment de clôturer ce colloque, merci à chacun pour la part prise à la réussite de ce riche échange et avant tout, une nouvelle fois, aux conférenciers qui ont bien voulu se prêter, avec nous, à la transmission de valeurs auxquelles il importe de rester attachés. Merci aussi à la ville de Montpellier pour son généreux concours et pour la mise à disposition de ce beau cadre qui nous a réunis sous le signe d’une laïcité éclairée.
 
Je déclare avec ces propos la clôture officielle de notre colloque.
 
J’ai dit .

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