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des 
Articles

 

  • Francis Viaud

  • Dans le numéro de janvier 2006 de la « Chaîne d’Union »,
    le Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil,
    le T\Ill\F\ Alain de KEGHEL 33°
    accorde une interview dans laquelle il rend hommage à Francis VIAUD
    à l’occasion du 20ème anniversaire de sa disparition
     
     
    Quatre questions à Alain de KEGHEL :
     
    1. Que reste-t-il, aujourd’hui, au SC du REAA du GODF, du message et de l’œuvre de Francis Viaud ?
    1. Francis Viaud affirmait en 1976 que la FM pouvait prétendre améliorer le monde. Une telle déclaration serait-elle raisonnable trente ans après ?
    1. Viaud avait tenté, mais en vain, d’engager un dialogue avec l’église catholique. Or le blocage persiste. Faut-il s’y résigner ?
    1. Les visites réciproques entre membres des différents Suprêmes Conseils, que Francis Viaud voulait faciliter, restent malaisées, contrairement à ce qui se passe entre loges bleues. Un changement est-il concevable ?
     
    R.1. La question me parait être d’une grande pertinence tant Francis Viaud me semble avoir été un Maçon visionnaire, pragmatique et doté d’un sens particulièrement élevé des responsabilités morales qui incombent à ceux qui prennent sur eux de présider une quelconque institution maçonnique.
     
    N’oublions pas que c’est essentiellement grâce à lui, à son action personnelle comme à sa capacité à fédérer autour d’idéaux que le Grand Orient de France, mais aussi le Grand Collège des Rites ont connu, après les heures les plus sombres de l’occupation nazie et du régime de Vichy, cette véritable renaissance d’après guerre.
     
    J’ai eu l’occasion lors des célébrations du bicentenaire du R \E \A \A \ en France de rendre hommage à Francis Viaud et à ses qualités de grand maçon généreux, fraternel, humaniste et fédérateur. Au moment où nous commémorons le 20ème anniversaire de sa disparition le constat s’impose que son héritage est là, mais qu’il n’a pas été géré comme d’authentiques maçons eussent pu l’espérer. La course aux effectifs qui n’entrait à l’évidence pas dans le dessein de Francis Viaud, Grand Maître, puis Grand Commandeur,  ne pouvait durablement faire bon ménage avec certaines exigences qui lui tenaient justement à cœur. Francis Viaud était un Maçon qui n’avait jamais rien sollicité et dont tout l’itinéraire nous enseigne qu’il s’était résolument mis à son service pour mieux servir les hautes valeurs morales et les idéaux universels de l’Ordre. La force de son message n’en fut que plus grande et l’œuvre accomplie aux postes de responsabilité par ce grand Maçon est encore omniprésente, même si depuis une certaine déconstruction a été entreprise dans un contexte que chacun connaît. C’est Francis Viaud, ce grand fédérateur fraternel, qui dès la Libération conçoit ce schéma consensuel intelligent et généreux qui donnera au Grand Orient de France et au Grand Collège des Rites une période de 50 ans d’exceptionnelle qualité et de quiétude maçonnique. Je fais ici référence, vous l’aurez compris, à ce texte fondateur de 1946 signé par le Grand Maître et le Grand Commandeur.
    Si je mets ce protocole de 1946 en exergue, c’est qu’il est véritablement emblématique et révélateur d’une disposition d’esprit fraternelle, maçonnique et fidèle à la démarche initiatique. Cette somme de qualités, la voie ouverte et marquée de son sceau par Francis Viaud après le cataclysme qui venait de traumatiser l’humanité entière, ce sont bien là des éléments de notre vie obédientielle auxquels il fait bon de pouvoir se référer alors que les boussoles semblent s’affoler. Au moment si tragique de l’histoire de notre pays, au moment où certains auraient pu baisser les bras en constatant le déclin sinon la faillite de l’humanisme, lui s’est levé et a battu le rappel et l’appel à se relever tous ensemble. Nous ne devons pas oublier cela et de préférence nous en inspirer aujourd’hui, comme aimait à le faire un de ses plus éminents successeurs, Roger Leray. La force de son message de rassemblement autour des valeurs de référence demeure inaltérée. C’est peu et beaucoup à la fois car nous pouvons y retrouver nos repères.
     
    2. L’Ordre maçonnique surprend toujours lorsqu’il affirme vouloir améliorer le monde. C’était vrai en 1976 comme ce l’est en ce début de XXIème siècle alors que les structures maçonniques s’étiolent, lorsqu’elles ne s’usent pas en débats d’intérêt souvent médiocre. Et pourtant ne nous leurrons pas. Les hommes et les femmes qui entrent en maçonnerie aujourd’hui aspirent comme leurs aînés  hier à une amélioration de l’homme et de la société. La voie initiatique qu’ils choisissent est l’une des options sans doute toujours aussi surprenante pour ceux qui y restent étrangers, mais elle est le reflet d’une aspiration profonde de l’Homme à chercher des réponses aux inconnues que nous ne craignons pas d’inscrire au registre de la spiritualité. Au moment où la tentation d’un libéralisme ravageur pour l’Homme est omniprésente dans nos sociétés, l’affirmation de Francis Viaud prend plus que jamais toute sa valeur. Mais ce grand maçon était assez lucide, certains disaient de lui qu’il était même un éternel sceptique, pour que l’on puisse aujourd’hui encore le créditer d’avoir été parfaitement sincère, mais également conscient des limites de l’exercice. Cette utopie fondamentale de notre philosophie maçonnique, qui ne la partagerait pas dans nos rangs, hormis peut-être quelques Maçons dont le cynisme ferait dès lors douter de leur qualité de Maçon. Notre Ordre ne connaît point de dogme, mais il est essentiellement caractérisé par la Fraternité et pare la foi et l’espoir en l’Homme. C’est cela, et rien d’autre, que Francis Viaud  invoquait en 1976. Donc trente ans après je suis de ceux qui considèrent cette affirmation comme l’un des messages les plus maçonniques et les plus porteurs d’espérance pour l’Humanité dans le respect des options, des identités et des individus.
     
    3. La question à laquelle nous sommes renvoyés lorsque nous, Maçons de tradition laïque et républicaine, avons l’occasion d’aborder le dialogue avec des institutions religieuses, c’est bien évidemment de savoir si cela peut aboutir à une amélioration de la société. Lorsque Francis Viaud a été tenté par cette démarche, ce ne fut pas pour céder à une quelconque facilité, ni à une illusion quant aux limites de l’exercice. Nous retrouvons là un trait de caractère et d’analyse de Francis Viaud qui me semble essentiel et qui renvoie à la fois à l’utopie maçonnique, à la générosité intellectuelle, spirituelle et morale du maçon qu’il était, mais aussi à un contexte alors porteur d’espoir d’ouverture très vite évanoui avec la disparition d’un Pape Jean XXIII et la reprise en main de l’Église catholique que des prélats dont il s’impose de constater qu’ils sont plus conservateurs que soucieux d’ouverture, même si un dialogue interconfessionnel s’est progressivement établi. L’ordre maçonnique continue à être considéré avec une égale méfiance quelques soient les options des Obédiences d’ailleurs concernant la si sensible question du GADLU. J’oserai même avancer que les religions monothéistes auraient tendance à se méfier plus encore des Maçons invoquant le GADLU.

     

    Alors   faut-il se résigner et considérer ce blocage comme un obstacle définitif ? Personnellement et en me référant à  Francis Viaud, je considère que la capacité au dialogue est une démarche profondément maçonnique et que nous aurions tort de nous y dérober. L’essentiel n’est pas là. Il s’agit d’y aller en toute lucidité et sans illusions excessives, mais en sachant que l’Eglise catholique même dirigée par un Pape Benoît XVI est une institution polymorphe. Il suffit pour s’en convaincre d’écouter certaines dissonances. Mais ce dialogue s’il peut et doit avoir lieu suppose au moins deux interlocuteurs d’égale motivation, même si les objectifs peuvent diverger sinon être diamétralement opposés. A cela, j’ajouterai que ce type de dialogue devrait être recherché avec les autres religions, ne serait-ce que pour mieux affirmer, par une meilleure connaissance réciproque, les valeurs que nous défendons et qui méritent mieux que la présentation caricaturale qu’en donnent les détracteurs de notre Ordre. A cet égard je crois fermement en la démarche dans laquelle notre Suprême Conseil s’est engagé depuis un an et qui consiste à favoriser, en y participant, l’émergence de sociétés savantes réunissant des Maçons, des Maçonnes, des universitaires, des chercheurs et où l’on côtoie parfois des ecclésiastiques érudits et très au fait de l’histoire maçonnique. Un dialogue mutuellement respectueux s’y instaure très naturellement. En un mot, le vocable « résignation » me semble assez peu compatible avec notre philosophie du dialogue respectueux qui autorise la découverte, avec ses limites.
     
    4. Il serait tentant de répondre à cette question en acquiescant tout simplement, si nous nous en tenions à l’Hexagone. Pour le S \G \C \ du Suprême Conseil du G \O \D \F \ rien n’est plus anormal ni plus déconcertant que d’établir le constat d’une réelle difficulté que je ne juge ni inéluctable, ni éternelle. Le temps n’est pas si lointain où les Membres des deux plus importants Suprêmes Conseils en France travaillaient ensemble, même si le poids de l’histoire de nos différentes structures et de leur construction a souvent pesé sur les rapports inter juridictionnels. Notre Suprême Conseil adopte une posture qui est fidèle à la philosophie chère à Francis Viaud. Nous savons bien que deux Suprêmes Conseils sont issus très tôt d’une seule et même structure puis que d’autres sont venus se greffer dessus et il ne me serait jamais venu à l’esprit de revendiquer une quelconque exclusivité juridictionnelle hors du temps et des réalités. Pour ma part, je m’applique à maintenir des liens avec toutes les juridictions sans exception, chacune ayant sa part plus ou moins précoce ou tardive de l’héritage de 1801. Certes les règles de visites sont encore un obstacle à une fluidité comparable à ce qui est proposé aux FF \ et SS \ des Ateliers symboliques, mais la prise de conscience est tangible. Ce qui à terme sera déterminant, je le crois profondément, ce ne sera ni l’appartenance juridictionnelle, ni le genre masculin ou féminin, mais l’initiation, tout au moins au plan national. Ailleurs, il y a toute une palette qui offre le paradoxe de faciliter le dialogue entre maçons appartenant au rite écossais, le plus répandu sur la planète tout en maintenant par ailleurs très souvent les portes du Temple fermées. Mais là aussi, une dynamique existe et nous la favorisons sans revendication hégémonique, ni même en tentant d’introduire en les imposant, des « normes » qui sont nos règles à nous.

     

    Le dialogue écossais s’il a connu aussi universellement et durablement l’écho que nous savons, n’est pas étranger au respect que nous portons aux traditions, à l’initiation lente et progressive et à la fidélité héritée des Loges du Rite de Perfection. Ce rite ne nous enseigne-t-il pas que le changement est progressif ? Alors oui, le changement est résolument concevable et à notre portée pour peu qu’à l’instar de Francis Viaud nous soyons assez nombreux à le vouloir sincèrement et avec la force de notre conviction maçonnique.