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La Franc-maçonnerie

aux États-unis

Par Alexandre de KERCADO

Le lecteur français aborde rarement ce qui touche à la société américaine avec sérénité.

Nous sommes fréquemment dans le registre du « rejet- fascination ». La Franc-maçonnerie américaine n’échappe pas, elle non plus, à ce phénomène, pas plus qu’aux visions souvent caricaturales d’un « pays monde » qui, en raison même de l’extrême diversité des microcosmes, des strates et des apports culturels, religieux et philosophiques, est complexe  à cerner et donc à analyser.

 Le rêve américain, celui de changer le monde en exerçant un « leadership consensuel », pour emprunter la formule à Zbigniew Brezinski, ne peut être compris si on n’intègre pas dans le raisonnement cet ensemble complexe fait d’espérance, d’histoire, de religions et de franc-maçonnerie. Car à n’en pas douter, cette dernière dimension est, depuis le début des États-unis, consubstantiel à la société américaine. Ce qui n’est d’ailleurs pas en contradiction avec un attachement viscéral aux religions.

 L’HISTOIRE 

Les premières loges américaines n’apparaissent de façon certaine et documentée que vers 1730. Mais il est probable que des Maçons  aient émigrés avant cette date. Soit ils ne s’étaient pas constitués en Loges, soit les documents des premiers Ateliers maçonniques ne nous sont pas parvenus car ils ont été victimes de vicissitudes et des incertitudes de l’époque des pionniers. Certains auteurs n’ont néanmoins pas hésité à spéculer sur une activité précoce et structurée de maçons anglais, écossais ou irlandais dans le « Nouveau Monde ». 

Les annales de la « Grande Loge de Saint John » de Philadelphie comportent le premier document, daté du 30 juillet 1733, relatant la nomination par le Vicomte de Montagu, Grand Maître d’Angleterre, d’un Grand Maître provincial d’Amérique du Nord. Nous assistons alors  aux prémices d’une activité maçonnique annonciatrice d’évolutions qui bientôt conduiraient à l’indépendance proclamée le 4 juillet 1776 à Philadelphie. En effet, Benjamin Franklin affirme très tôt l’identité américaine maçonnique en éditant dès 1734 la première version américaine d’un texte maçonnique fondateur : les constitutions d’Anderson. Il n’est pas excessif d’affirmer que des Maçons américains furent parmi les futurs artisans et acteurs majeurs de la fondation d’une nouvelle Nation américaine.

Ils figurent  au nombre des pairs d’un « establishment »  fondateur  dont le rôle sera durable et l’influence profonde. Mais il serait erroné d’en conclure à leur unanimité. Les Loges maçonniques américaines du XVIIIè siècle étaient traversées de courants contraires. Les unes demeuraient attachées à la couronne britannique. Les autres figuraient parmi les acteurs souvent les plus en vue de la Révolution, c’est-à-dire de l’indépendance. Les turbulences qui traversent alors la société n’épargnent donc pas les Maçons américains qui  se querellent alors aussi sur des options doctrinales entre tenants de l’école des « Anciens » et de celle des « Modernes » dont il serait fastidieux et de peu d’intérêt d’exposer ici la signification.

 MACONNERIE ET POUVOIR

 Pour prendre la juste mesure de l’influence précoce considérable qu’a pu avoir la pensée universaliste maçonnique sur la société américaine, il suffit de visiter le Panthéon des hommes politiques, diplomates, militaires, penseurs, philosophes qui ont forgé cette jeune Nation. George Washington, premier Président des Etats-Unis, en est par excellence la figure emblématique et on ne compte plus le nombre d’ouvrages consacrés à ce pan maçonnique très remarqué de sa personnalité, ni les tableaux ou gravures le représentant en décor maçonnique posant la première pierre de l’édifice du Congrès.. C’est  un véritable culte que lui vouent les Maçons américains, au point d’avoir érigé une imposant Mémorial à sa gloire sur un promontoire à Alexandrie, dans l’Etat de Virginie proche de la capitale fédérale. Depuis, la galerie des 14 Présidents maçons qui se sont succédés, jusqu’à Gérald Ford, atteste d’une solide tradition. Elle semble pourtant s’être perdue à partir des années soixante-dix. Pour autant, croyance, religions et maçonnerie faisant  bon ménage aux Etats-Unis, le Président George W. Bush, connu pour sa religiosité tardive mais exacerbée, n’eut aucune hésitation, bien au contraire, à prêter serment lors de son investiture en 2001 sur la « Bible maçonnique », celle là même sur laquelle George Washington avait commis cet acte.

Notre compatriote La Fayette, lui aussi Maçon et jeune protégé de George Washington, s’il n’accéda pas aux responsabilités suprêmes, figure toujours au rang des héros de l’Indépendance et des maçons connus, toujours adulés des Américains. Il n’est pas une localité américaine qui n’ait pas sacrifié au culte de sa mémoire en baptisant une rue ou une place de son nom. Il ne fut d’ailleurs pas le seul Français et Maçon à se distinguer à cette époque en Amérique. Il figure en bonne compagnie à côté de l’Amiral de Grasse vainqueur  de la fameuse bataille de Yorktown qui devait donner le signal décisif de l’indépendance. C’est dire aussi combien fait d’armes, diplomatie et maçonnerie, constituent des liens précoces entre l’Amérique en devenir et la France. Benjamin Franklin, Ambassadeur  américain à Paris, fut aussi à l’inverse durant tout son séjour dans notre capitale, un Maçon très actif dans la si fameuse Loge des « Neuf Sœurs » qu’il présida même un moment et où il côtoya Voltaire, Condorcet et Diderot. 

LES MOMENTS D’INCERTITUDE et le mouvement anti-maçonnique.

 L’enracinement religieux des Maçons américains ne les a pas exonérés de périodes difficiles et de grandes incertitudes. En effet, vers 1820 émerge un « Parti Chrétien » dont le programme est ouvertement antimaçonnique. Cette formation prospère alors son fond d’inquiétude de nombreux pasteurs percevant la Maçonnerie comme une force spirituel rivale, susceptible d’empiéter sur le périmètre d’influence spirituel chrétien. Une mystérieuse « affaire Morgan », savamment orchestrée et instrumentalisée, devait conduire à des accusations jamais établies. Elle devait pourtant marquer le début d’un affrontement sans merci. Il s’en fallut de peu pour que, en 1830, le candidat du « Parti Chrétien » Thurlow Tweed, ne fût élu à la Présidence américaine, ce qui eut  signifié l’interdiction des Loges dans le Nouveau Monde. La connaissance de cet épisode de l’histoire américaine est essentielle pour comprendre que par la suite, et jusqu’à nos jours, soucieux de ne pas s’exposer à un débat délicat avec les tenants du néo-protestantisme baptiste, les Maçons américains s’appliquent à composer avec les états-majors ecclésiastiques en tenant une ligne médiane très aseptisée. Si la conjugaison du fait religieux et de celui maçonnique est, en Amérique, une dimension que leurs amis européens, et français plus particulièrement, même les plus doués de sympathie pour ceux d’outre Atlantique, ont quelque difficulté à saisir, ne faut  pas perdre de vue que la société américaine s’est construite et structurée dès la première période du « Mayflower » autour du libre exercice religieux. En effet, les premiers émigrants protestants venus des Pays-Bas ou d’Angleterre avaient souvent franchi le pas, essentiellement pour cette raison. Ils étaient à la recherche d’une nouvelle terre promise. Ce sont eux qui ont aussi forgé cette communauté « WASP » (White, American, Saxon, Protestant). Ils constituent le noyau dur et résistant d’une nouvelle aristocratie américaine de la côte Est dont sont issues les premières Loges. Aujourd’hui encore, et en dépit de l’œuvre de Martin Luther King, la ségrégation entre les Maçons descendants d’esclaves d’origine africaine et les autres, en majorité blancs, est un fait qui trouble l’observateur extérieur tant cette distinction est en flagrante contradiction avec les principes d’humanisme universel fondamentaux de la Maçonnerie.

Mais revenons en un instant au fait religieux et à la relation qu’ont les Francs-maçons américains avec celui-ci. Le contexte religieux des origines, précédemment évoqué, continue de peser sur la société américaine contemporaine. Et ce malgré sa capacité extraordinaire à absorber les vagues d’immigration qui modifient considérablement les rapports démographiques au bénéfice des asiatiques et des latinos américains de surcroît plus natalistes. Un sondage effectué dans le cadre de la campagne présidentielle américaine de novembre 2004 confirmait une tendance constante : 95 % des Américains y déclaraient croire en Dieu. En dépit du principe ancré dans la constitution américaine de séparation de l’Eglise et de l’Etat, le mouvement de renouveau et de ferveur religieuse des « Born again », c’est-à-dire de ceux qui, comme le Président George W. Bush, sont « nés une deuxième fois » en trouvant la foi qu’ils affichent dans la vie publique, est un facteur dont le poids dans la campagne électorale américaine de l’automne 2004 n’a pas été négligeable. Les maçons américains font partie intégrante de ce paysage et si l’observateur veut échapper à un lourd contresens, il lui faut éviter de rapprocher la démarche de maçons américains, profondément déistes, de celle laïque, dominante chez mes Maçons en Europe. La raison en est une histoire tumultueuse qui remonte aux philosophes et Maçons des Lumières ainsi qu’à la position  de l’Eglise catholique. L’Amérique protestante des « Pères fondateurs » n’a pas été confrontée au rapport de force avec le pouvoir temporel et spirituel d’une Eglise dominante, à l’exception près, mais fort différente, de la farouche querelle qui a opposé les Maçons jusqu’en 1984 à la puissante secte des Mormons. Celle-ci semble d’ailleurs avoir puisé certains éléments de sa « liturgie » dans des rituels maçonniques. Cette confusion des genres n’était assurément guère propice  à la sérénité.

Pour le reste des baptistes, méthodistes, presbytériens ou épiscopaliens américains conjuguent sans états d’âme, pratique religieuse et un engagement maçonnique à caractère essentiellement caritatif et donc peu suspect de réflexions ésotériques sulfureuses. Seule l’Eglise catholique, dont l’influence aux Etats-Unis est loin d’être négligeable, et  va même en s’accroissant avec l’afflux de populations latino-américaines, adopte une posture hostile face à ce qu’elle considère toujours être une cause d’excommunication ou pour le moins de refus des sacrements. Nombre de Francs-maçons catholiques américains en éprouve un réel désarroi. Celui-ci est assez grand pour que des démarches aient été entreprises par des dignitaires maçonniques américains en 2000 pour tenter, en vain, d’infléchir la position du Vatican. Il n’aura sans doute pas échappé à la Curie romaine, dans son analyse lucide des enjeux, que le corps maçonnique américain est en déclin et qu’il est figé dans une posture frileuse, de plus en plus décalée par rapport à la société contemporaine. Les effectifs s’en ressentent. Des quelque quatre millions de Maçons que comptait le pays à la fin de la deuxième guerre mondiale, il ne reste plus qu’aujourd’hui que la moitié. L’assiduité toute relative de ses membres conduirait à juger ces statistiques encore flatteuses. Les optimistes en tirent la conclusion que l’Ordre se régénère et ne conserve que ses éléments les plus engagés. Une analyse peut être plus réaliste y verra un véritable déclin lié à plusieurs facteurs. L’absence de message fort et capable de sensibiliser une jeunesse portant en elle le rêve messianique américain de changer le monde, semble en être un essentiel. Les Maçons américains sont confinés dans un univers où sont proscrites toutes réflexions politiques. Aucun débat de société n’y prend lace. Dès lors, est-il surprenant que la jeunesse américaine ne soit guère attirée par un corps proposant en quelque sorte un substitut ou simulacre de religion dénué de véritable message ni de dogme ?

Au moment où, par contraste, le Président Bush évoque la « croisade » et affirme la responsabilité d’une Amérique sauveur de l’humanité, les Loges et les Maçons américains sont atones.

LA POLITIQUE ET LE FAIT MAÇONNIQUE 

Pour autant, il ne faut pas méconnaître l’influence politique des Maçons élus au Congrès américain, même s’il est difficile de mesurer celle-ci. Toutefois, la prépondérance croissante du Congrès sur la scène politique américaine permet de supposer que, finalement et pour autant qu’ils auraient un message spécifique à délivrer, ces élus Maçons devraient peser d’un certain poids. Mais rien ne corrobore une telle hypothèse. Celui-ci ne se retrouve pas non plus au plus haut niveau de l’Etat, depuis Gérald Ford, nous l’avons vu, dernier Président Maçon. Mais la proximité politique de la majorité des Maçons avec le parti républicain est une constante dont les pages les plus glorieuses ne furent certes  pas l’époque du Maccartisme ni du redouté et peu scrupuleux chef du FBI, Howard.

 Si l’Amérique a démontré qu’elle est, par excellence, un laboratoire d’agrégation de la chose nouvelle, le courant maçonnique américain n’en est certainement pas, ou plus, la meilleure manifestation. La posture qu’adoptent les gérontes qui la dirigent, dépourvus de toute volonté ni capacité à animer l’Ordre, ni à conduire aucun débat d’idées, ne paraît  pas être annonciatrice d’un futur radieux. Ceux qui pourraient contribuer à forger la conscience américaine dans les grands débats ont cédé le pas aux « Think Tanks »,  ces réservoirs de stratèges et de prévisionnistes qui préparent l’avenir. Au moment où la chose économique tend, un peu partout à l’échelle planétaire, à prendre le pas sur l’humanisme et la spiritualité, le champ laissé libre par la Maçonnerie américaine ne peut être occupé que par ceux qui ont un message doctrinal à proposer. C’est ce qu'ont bien compris les responsables religieux néo-protestants nourris d'une eschatologie pré-millénariste appelant au rassemblement. C’est un constat sans acrimonie et  dépassant les clichés. Le déficit de dialogue et d’écoute tolérante, respectueuse des options  différentes, surtout depuis le 9 septembre 2001, recèle de fortes potentialités de tensions auxquelles la démarche maçonnique aurait des pistes de réflexion à proposer. Il faut donc espérer un sursaut et souhaiter que ceux des Maçons américains qui sont conscients de ces enjeux, oseront apporter leur concours à préserver l’Amérique et le monde des incertitudes d’une aventure messianique dont l’engagement au Proche-Orient, et pas seulement en Irak, autorise à s’inquiéter.