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LES MEMBRES DE LA LOGE « L’ÉTOILE OCCIDENTALE » DE DAKAR
(1899-1944)


La reconstitution d’une liste de membres de la Loge « L’Étoile Occidentale » de Dakar, pour les quarante cinq premières années de son existence, a pu être entreprise :

- au travers d’archives maçonniques : de nombreux formulaires administratifs permettent de reconstituer un minimum d’état-civil (date et lieu de naissance, parfois de décès) tout au long de la vie des impétrants (modèle T « attestation à fournir par le profane et à joindre au casier judiciaire » ; modèle F proposant un profane à l’initiation et sollicitant la non-objection du Grand Orient de France avant son initiation ; modèle G signifiant un refus ou un ajournement d’initiation, motivé, ce qui donne le ton des exigences morales de la Loge) ou des francs-maçons (modèle N signifiant l’initiation ; modèle R signalant une affiliation d’une autre Loge vers la Loge de Dakar ; modèle S pour les démissions ou les radiations, et modèle K1 sollicitant des diplômes de Maître pour les francs-maçons accédant au troisième grade après avoir été initiés puis élevés au grade de Compagnon).
Chaque année, l’élection du président de l’Atelier maçonnique (le Vénérable) et du Collège des Officiers fait aussi l’objet d’une information du Grand Orient de France au travers d’un imprimé dit modèle E.
Certains échanges de correspondances entre la Loge et l’Obédience signalent aussi l’existence de frères non répertoriés dans les formulaires administratifs parfois manquants.

- au travers d’ouvrages anti-maçonniques qui dressent également des listes de francs-maçons : essentiellement l’ouvrage de Loup L’Aubin et le répertoire sur le Grand Orient de France cités en bibliographie (point 3.1), ainsi que le « fichier allemand » du Service des sociétés secrètes de Vichy.

- certaines lacunes d’état-civil ont pu également être rétablies grâce aux mémoires de présentation pour une décoration pour certaines personnalités (série 3C des Archives nationales du Sénégal).

- grâce aussi, parfois, aux archives religieuses, notamment les journaux des Communautés de Saint-Louis et de Dakar.

Une liste de 312 noms a ainsi pu être établie ; elle a permis d’identifier l’origine géographique de 271 membres de la Loge « L’Étoile Occidentale », ainsi que la profession de 302 d’entre eux . Pour l’essentiel aussi (245 membres), le parcours maçonnique a pu être reconstitué : lorsqu’ils ont exercé des responsabilités dans la Loge (présidence ou offices), leur nom est signalé en gras ; la liste des officiers de la Loge (sauf pour la période 1915-1920) a pu être établie de 1899 à 1937 et fait l’objet de l’annexe 1.12 de la première partie.

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 Pour la Loge « L’Avenir du Sénégal », les chiffres portent respectivement sur 282 noms de francs-maçons : pour 244 d’entre eux l’origine géographique est connue, et pour 254 on connaît leur profession. Ce sont donc au total 594 francs-maçons qui ont pu être identifiés au Sénégal pour la période 1893-1944.

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I - L’origine géographique : la fracture nord-sud.

Le lieu de naissance de 271 FF a pu être identifié. (cf. carte)
En préalable, il convient de nuancer la statistique qu’on pourra en tirer : pour les originaires des actuels départements d’outre-mer, cela n’indique pas nécessairement qu’ils sont de couleur ; pour les originaires des départements métropolitains cela ne signifie pas à coup sûr un ancrage ancien dans le terroir (un Le Glaz de Loire-Inférieure a très vraisemblablement des origines en Bretagne bretonnante par exemple).
Pour autant, compte tenu de la période considérée et du nombre significatif de références, on peut tirer légitimement de cette géographie des origines des tendances représentatives. Elles font apparaître que les originaires du sud de la France sont très majoritairement représentés.

1.1 - La France métropolitaine, Corse comprise, intéresse 234 membres de la Loge, soit 86,34 % du total, et concerne 72 départements.

Quatre ensembles peuvent être identifiés ; le sud de la France est sur-représenté.

Le grand sud-ouest est le plus représenté dans la Loge : plus du tiers de ses membres métropolitains (92/234).

- 92 membres sur 234 métropolitains (soit 39,31 %), sont originaires de 25 départements du sud-ouest de la France (sur les 72 départements métropolitains concernés). Dans notre géographie administrative contemporaine, l’espace concerné regroupe les régions Poitou-Charentes, Aquitaine, Midi-Pyrénées et Languedoc-Roussillon.
Etudiant « Les administrateurs coloniaux au Sénégal - 1900-1914 », Papa Momar Diop (op.cit. page 45) relevait déjà que - sur 140 administrateurs concernés - 49 (35 %) provenaient de ces régions. Il s’agit donc d’une tendance lourde dans les relations entre la France et le Sénégal, et qui se confirme aussi parce que les deux tiers des membres de la Loge, comme on le verra plus loin, sont employés par l’administration coloniale, les trois quarts si on y adjoint les militaires.
Le poids de l’histoire, et celui de l’économie à cette époque, expliquent largement cette prééminence du sud-ouest : l’ancienneté des relations de cette région (les ports de Bordeaux et de La Rochelle) avec le Sénégal compte évidemment ; la crise locale du monde rural à la fin du XIXe siècle (le déclin de l’agriculture montagnarde ou la crise viticole) - non compensée par une industrialisation qui se développe au nord de la France (charbon, sidérurgie, textile) - favorise aussi un exode ultra-marin facilité par ailleurs par un lobby colonial qui encourage dans ces régions l’expatriation vers les colonies.

- C’est ainsi que le grand sud-ouest, en fonction des deux types de déclencheurs de la mobilité vers les colonies, et ici vers le Sénégal, affiche deux sous-ensembles tout à fait identifiables dont sont originaires les deux tiers des 92 membres de la Loge identifiés comme originaires du sud-ouest (68/92 soit 74 %).
Le premier sous-ensemble regroupe les départements de la Gironde, de la Charente-Inférieure (aujourd’hui Maritime), et de la Charente avec 22 originaires sur 92 (24 % de ce total). Il représenterait le volet historique des relations économiques entre la France et le Sénégal.
 

Le second sous-ensemble est celui des départements montagnards et viticoles (Haute-Garonne, Ariège, Pyrénées-Orientales, Aude, Tarn et Hérault) qui fournissent 40 membres sud-occidentaux de la Loge sur les 92 recensés (48 %).


 Le sud-est fournit près du quart des membres métropolitains de la Loge (54/234).

Quatorze départements sont concernés, et 54 FF sur les 234 métropolitains (23,07 %). Et là encore deux causes semblent motiver la mobilité des personnes : la Corse, avec 15 FF essentiellement fonctionnaires de l’administration coloniale, relèverait de la thématique exode rural ; le Gard et les Bouches-du-Rhône (la CFAO a son siège à Marseille) relèveraient de l’intérêt commercial pour l’empire qui se constitue.

L’Ouest armoricain est le troisième ensemble bien représenté.

20 FF sur 234 (8,54 %), sont originaires de six départements d’où se détachent le Finistère rural (7), les Côtes-du-Nord (aujourd’hui Côtes d’Armor) et la Loire-Inférieure (aujourd’hui Loire Atlantique).
Pour évacuer tout présupposé, il est bon d’indiquer que trois de ces frères seulement, sur les 20 identifiés, travaillent dans la Marine. C’est la Bretagne rurale qui est concernée.

Le Nord-est ne représente que le quart de l’effectif de la Loge : 61 membres sur 234 (26,06 %), pour 23 départements.

Encore faut-il relever le poids particulier du département de la Seine (21 membres en sont originaires), ce qui minore fortement le poids de cet ensemble géographique (les 22 autres départements concernés, avec seulement 40 FF, ne représentent que 17% de l’origine géographique des membres métropolitains de la Loge). La France du Nord-est ne s’expatrie pas, tout au moins au Sénégal.


Cette géographie des origines des membres de la Loge « L’Étoile Occidentale » de Dakar est assez proche de celle des membres de la Loge « L’Avenir du Sénégal » de Saint-Louis : 36 % pour le grand sud-ouest ; 18 % pour le sud-est ; 7 % pour l’ouest armoricain et 29 % pour le nord-est (20 % si l’on exclut Paris et la Seine).
Une même diagonale, allant de l’Eure et de l’Orne à la Haute-Loire et à la Lozère, en passant par l’Indre-et-Loire, l’Indre et le Puy-de-Dôme, signale une France qui ne s’expatrie pas.
La Suisse est représentée par 4 membres (2 à « L’Avenir du Sénégal »).

1936 - Répartition des Loges du Grand Orient de France
(d’après le Grand Orient de France, op.cit.)


En revanche, la comparaison de la carte de l’origine départementale des membres de « L’Étoile Occidentale » avec celle du nombre des Loges du Grand Orient de France par départements en 1936 (voir supra ; source « Le Grand Orient de France » op.cit. tome II) ne semble pas totalement pertinente :
- certes, l’implantation des Loges est très méridionale (notamment 23 Loges en Gironde, Charente et Charente-Inférieure) et les départements à bordure méditerranéenne sont bien dotés en Loges ;
- mais l’ouest armoricain mal doté (9 Loges) contredirait une superposition des cartes, de même que le département du Rhône - qui a 13 Loges - et ne fournit que 2 membres à la Loge sur toute la période étudiée.


1.2 - Pour 12 % d’entre eux (37/271), les membres de « L’Étoile Occidentale » sont originaires d’outre-mer.

 La Méditerranée est modestement représentée : 11 membres.

Cependant, l’Algérie, avec 6 membres, a une part significative et ses originaires sont aussi bien fonctionnaires de l’administration coloniale (le fait que la plupart d’entre eux parlent l’arabe est recherché dans les services des Affaires indigènes pour contrôler le mouvement mouride) que commerçants.

 Martinique, Guadeloupe et Sénégal.

Une vingtaine de FF sont originaires de colonies ultra-marines : la Martinique (7), la Guadeloupe (4), la Guyane (1) et le Sénégal (4) représentent l’essentiel ; ces frères sont dans l’administration coloniale et dans l’armée.
L’Océan indien : Réunion (2), Pondichéry (1), Madras (1) et Annam (1), constitue le quart restant, avec la Nouvelle-Calédonie (1).
 

Département d'origine des membres de
"L'Étoile Occidentale" 1899 - 1944
TOTAL 271
METROPOLE 234
- Nord Est 61
(dont Paris) (21)
- Ouest armoricain 20
- Sud Ouest 92
- Sud Est 54
(dont Corse) (15)
- Divers 4
OUTRE-MERS 33
- Réunion, Martinique, Guadeloupe, 22
Guyane, Sénégal, Annam, Inde
(Madras et Pondichéry),
Nouvelle-Calédonie.
(dont Sénégal) (4)
- Méditerranée : Algérie, Maroc, 11
Egypte, Liban, Palestine, Espagne.
(dont Algérie) (6)
SUISSE 4
 


II - L’origine professionnelle : le poids de l’administration coloniale (75 % des membres de la Loge).


2.1 - Trois grands groupes peuvent être distingués. (cf. Tableau)

Le poids des fonctionnaires, on le verra, influe sur l’instabilité des effectifs de la Loge compte tenu de leur présence limitée sur le territoire, les instituteurs faisant toutefois exception.

 Les agents de l’administration coloniale civile représentent près des deux tiers de l’effectif (196/302, soit 64,90 %).

Ce poids est considérable et se renforce d’ailleurs après 1920. Ces agents se répartissent en deux sous-groupes :
- Les fonctionnaires de l’administration coloniale (essentiellement pour l’A.O.F.) sont au nombre de 60 - sur un total de 302 membres - et offrent tout l’éventail des responsabilités : du Secrétaire général du Gouvernement général au simple commis des Affaires indigènes, en passant par le fondé de pouvoir du Trésorier payeur ou le Receveur de l’enregistrement. Parmi eux, 3 employés de l’Imprimerie du Gouvernement, installée à Gorée, maintiennent une tradition militante déjà active en métropole au XIXe siècle : les ouvriers du livre ont toujours été à la pointe des combats sociaux.
- Les autres administrations civiles sont diversement représentées, avec près de la moitié de l’effectif (136/302) : les Travaux Publics se taillent la part du lion (72 membres dont 17 travaillant au chemin de fer Dakar-Saint-Louis ou Dakar-Niger), suivis par la Poste (22), l’Education (15) et les Douanes (12).

 L’armée et la gendarmerie représentent 10 % de l’effectif (32/302).

L’armée offre également un échantillonnage allant du sergent d’infanterie coloniale au commandant d’Etat-major. Parmi ses membres, 5 sont des personnels de santé, médecins ou pharmaciens.

 Le troisième groupe est celui des « commerçants », incluant peu d’industriels (2) ou d’agents de banque ou d’assurance (4).

Il s’agit essentiellement de négociants, parfois liés à des grandes maisons de commerce telles Maurel et Prom, Buhan-Teisseire ou Lacoste, et ses membres sont souvent en province, en brousse disent les textes de l’époque.
Avec 62 membres, ils représentent le cinquième du total ; mais leur poids diminue considérablement après 1920. Alors que, jusqu’en 1914, ils représentaient près du tiers des membres de la Loge (31,7 %), ils n’en représentent plus que 12,85 % entre 1920 et 1940. Cette faiblesse est cependant compensée par le long imperium qu’exerce l’un d’entre eux à la tête de la Loge, Jean-Louis Turbé.

 Quelques divers ne représentent que 4 % du total.

Un chaudronnier, un menuisier, un électricien avant 1914 ; un journaliste, un musicien et deux agents d’Air France après 1920, ainsi que cinq médecins - dont deux à l’Institut Pasteur - confirment ainsi la part privilégiée des trois groupes sus-mentionnés.
Ils sont minoritaires pour deux raisons : parce qu’ils sont aussi minoritaires dans la société civile, et parce que « l’effet cooptation », déterminant dans le recrutement des Loges, ne joue pas pour eux comme on le relève pour certaines autres catégories professionnelles.

 

2.2 - La composition de la Loge évolue très significativement après 1920.

 La première période (1899-1915).

Elle donne une place confortable (31,7% soit, près du tiers) aux professions commerciales, les fonctionnaires de l’administration civile constituant un peu plus de la moitié de l’effectif (53,65 %), et les militaires près de 10 % (9,75).

 La seconde période (1920-1940).

Elle voit l’effondrement du secteur privé - dont l’effectif passe comme on l’a vu de 31,7 % à 12,85 % - et l’accroissement considérable des membres fonctionnaires civils, progressant de 53,65 % à 72,06 % : les Travaux Publics, les PTT et l’Education entrent en force, ce qui correspond aussi à un accroissement des effectifs de ces fonctionnaires dans une colonie qui s’organise, qui s’équipe (infrastructures) et qui développe le secteur de l’éducation.
Le secteur agricole reste le parent très pauvre de cette Loge ; l’armée en revanche conserve une représentation aux alentours de 10 % (11,17 après 1920) en légère croissance, surtout après les années 1930, malgré les risques dans un milieu professionnel très conservateur, voire réactionnaire.


III - Le fonctionnement de la Loge.


3.1 - Les effectifs de la Loge : fluctuants et souvent insuffisants.

On peut les apprécier - faute d’avoir eu accès aux Etats J (recensement annuel des membres de la Loge) - au travers de deux sources : le règlement des capitations (cotisation annuelle de chaque maçon auprès du Grand Orient de France) et l’inventaire du nombre de votants lors de l’élection du Vénérable et du Collège des Officiers, chaque année.
Sur 306 membres identifiés, 48 au moins (un peu plus si l’on considère certains employés de la ligne de chemin de fer dont l’adresse n’est pas toujours connue) résident hors de Dakar, au Sénégal « en brousse », au Soudan-Mali, en Guinée, voire à Abidjan : cela représente donc plus de 15 % de l’effectif de la Loge qui, de fait, ne peut assister régulièrement aux Travaux. C’est pour tenir compte de cette situation que, le 18 mai 1903, le Vénérable Félix Jaussein indique au Grand Orient que « Dans sa Tenue du 16 courant, notre R L, pour donner satisfaction à beaucoup de nos F isolés dans la région Sénégalaise, et qui ne peuvent fréquenter nos Tenues à cause de leur éloignement, et du manque de moyens rapides de communication, et aussi pour raffermir la foi maç a décidé de faire imprimer un Recueil Semestriel de ses Travaux ».


 L’information, concernant la période avant 1914, est assez lacunaire.

Cependant, de nombreux indices permettent d’envisager des effectifs relativement modestes :
- Tout d’abord, les demandes d’autorisation d’augmentation de salaire aux grades de Compagnon et de Maître, le même jour, indiquent que la Loge manque de Maîtres et a donc des difficultés à constituer le Collège des Officiers.
Le tableau 1.12 en annexe de la première partie fait bien apparaître la présence, sur les 15 années concernées, de certains membres de la Loge aux Offices sur de longues périodes : Sergent, Delacroix, Offret, Domenge, Buart ou Boudeau par exemple.
Tout cela est le signe d’une Loge dont les effectifs sont à peine suffisants, évalués entre 10 et 20 membres au maximum, dont certains en province ne peuvent se rendre régulièrement aux tenues de la Loge, pourtant fixées « tous les deux samedis suivant l’arrivée des courriers de Bordeaux » pour faciliter la participation aux réunions.
- Les élections du 24 novembre 1910, qui voient l’élection du F Jules Sergent au plateau de Vénérable, ne mobilisent que 10 votants, ce qui permet tout juste à la Loge de travailler régulièrement. (Lettre de la Loge datée du 10 décembre 1910, au Grand Orient de France).


 Après 1920, les informations sont plus riches, mais doivent être prises avec prudence.

- Le nombre de cotisants est important, indiquant en apparence une Loge nombreuse et relativement stable autour de 70 membres : 1921 (20) ; 1923 (68) ; 1924 (76) ; 1925 (77) ; 1926 (76) ; 1928 (84) ; 1929 (72) ; 1935 (70).
Le chiffre de 68 membres en 1923 est validé par Blaise Diagne, mandaté par le Grand Orient (Annexe 0.9) pour inspecter les Loges de Dakar et de Saint-Louis.
Ces effectifs correspondent officiellement à des « capitations », des « cotisants », des « membres actifs », mais masquent vraisemblablement une réalité moins prospère. C’est ce que dénonce Loup L’Aubin (op.cit. page 24) : « Bref, au tableau de la Loge, figure une soixantaine de noms ; mais un tiers à peine revient dans les comptes rendus à peu près régulièrement ».
La Loge elle-même, le 14 juin 1922, sollicitant des augmentations de salaires anticipées, appelle l’attention du Grand Orient de France « sur cette particularité qu’il reste dans notre O neuf maîtres susceptibles de remplir les offices, les autres ayant quitté notre ville pour des destinations diverses ou ne pouvant assister régulièrement à nos travaux par suite de leurs obligations prof ». Le 30 mai 1924, elle intervient de nouveau auprès du Grand Orient, pour les mêmes raisons : « Les mutations survenues dans le personnel administratif nous privent de la collaboration des ff fonctionnaires désignés ci-après : Debonne, Maury, Sigalat maintenant en service au Soudan et en Haute-Volta.
D’autre part le départ des ff Lemelle, Portet, Boisseau, ainsi que la rentrée en France des ff Larré et Pelletier, réduisent, au point de nous gêner, l’effectif des maîtres présents à Dakar, le plus grand nombre étant en Brousse ».

- Le nombre de votants pour le Collège des Officiers (imprimés Modèle E), de 1920 à 1936, donne la même indication : en réalité la Loge tourne avec un effectif moyen d’une vingtaine à une trentaine de membres.
 

Nombre de votants (Imprimés - Modèle E)

Date de l’élection Votants Elu (voix)
23.12.1920 17 POUPARD (16)
05.12.1921(*) 14 TURBÉ (9)
28.11.1922 16 TURBÉ (13)
20.12.1923 10 TURBÉ (6)
25.11.1924 13 TURBÉ (11)
15.12.1925 10 TURBÉ (7)
01.12.1926 12 TURBÉ (11)
02.03.1928 18 TURBÉ (16)
20.12.1928 18 TURBÉ (17)
26.11.1929 (?) TURBÉ (15)
09.12.1930 12 TURBÉ (11)
10.11.1931 14 ALFONSI (13)
15.11.1932 18 ALFONSI (12)
14.11.1933 25 TURBÉ (16)
[Alfonsi (9)]
13.11.1934 19 OSTERTAG (11)
08.10.1935 18 OSTERTAG (18)
27.10.1936 21 GOUGAUD (21)
 
(*) Source, l’imprimé Modèle E étant manquant : Loup L’Aubin - « La Loge "L’Étoile Occidentale" à l’Orient de Dakar », op.cit. page 14 :
« Le F Poupard, aux élections du 5 décembre 1921, n’est pas réélu Vénérable, malgré son prochain retour [Il est en congés en France depuis le 5 avril 1921]. Turbé, son intérimaire, le remplace définitivement à cette date, nommé il est vrai par 9 voix seulement sur 14 : ce qui suppose une opposition assez sérieusement fomentée ».

 

Sur la période étudiée (1899-1944), et sur 312 noms recensés, on relève aussi que 75 membres de la Loge ont été promus, le même jour, Compagnon et Maître. 55 l’ont été par « L’Étoile Occidentale », 20 l’ont été par des Loges extérieures, du Grand Orient comme de la Grande Loge, ce qui indique une pratique assez courante à l’époque.
Ce chiffre de 75 représente tout de même le quart de l’effectif de la Loge ; c’est vraisemblablement pour compenser ces promotions rapides, qui sautent les étapes de la progression initiatique maçonnique, que se développe entre 1920 et 1940 un enseignement maçonnique sérieux, abordé au chapitre XV.

3.2 - La vie de la Loge : l’évolution vers une « fonctionnarisation ».

 Une Loge de jeunes initiés : la vocation maçonnique est à l’époque assez précoce.

Pour 245 FF, on a pu reconstituer l’âge auquel ils ont été initiés. Les cohortes se répartissent comme suit :
- le premier quartile établit que 62 membres ont été initiés avant l’âge de à 27 ans ;
- la médiane (123 membres) s’établit à 31 ans ;
- le troisième quartile (185 membres) s’établit à 36 ans ;
- le dernier quart des membres de la Loge a été initié entre 37 et 49 ans.

 Une Loge où les affiliations sont nombreuses : signe d’une rotation forte des effectifs.

Les affiliations sont la marque d’une « rotation » importante des FF à Dakar, qui correspond on l’a vu à leur emploi dans l’administration civile ou militaire (75 % des membres de la Loge) entraînant des mutations fréquentes.
Sur 311 membres recensés, on a pu également établir la Loge d’origine - celle où ils ont été initiés - pour 281 d’entre eux. 123 membres sur 281 (soit 43,77 % de l’effectif) sont originaires d’autres Loges, métropolitaines ou d’outre-mer, dont 11 de la Loge « L’Avenir du Sénégal » de Saint-Louis.
L’essentiel de ces affiliations concerne des membres du Grand Orient de France. Cependant, 6 Loges de la Grande Loge de France fournissent des membres affiliés : « L’Union Parfaite » de La Rochelle ; « Le Trait d’Union » de Saint-Nazaire ; « Les Vrais Amis Réunis » de Carcassonne ; « Cyrnos » de Bastia ; « Les Démophiles » de Tours et « Hippone » de Bône en Algérie.
La Grande Loge de France ne s’établira en effet au Sénégal qu’en 1961, avec l’allumage des feux de « La Croix du Sud », suivi en 2009 de celui de « Lux Mea Lex ».

 Une Loge dont la direction se fonctionnarise et où les commerçants perdent du terrain.

Ces deux groupes monopolisent à eux seuls environ 89 % des offices de la Loge (cf. Tableau 1.12). Mais, comme pour les adhésions, on relève une évolution avant et après la Première Guerre mondiale :
- De 1900 à 1914, 118 officiers de la Loge ont pu être identifiés : 48 sont commerçants ou industriels (40,6 %) et 57 sont administrateurs coloniaux ou fonctionnaires (48,3 %).
Au total, ils monopolisent 89 % des offices de la Loge.
- De 1921 à 1937, sur les 128 officiers identifiés, 36 sont commerçants (le pourcentage tombe à 28,1 %) et 79 sont administrateurs coloniaux, fonctionnaires ou militaires (le pourcentage passe à 61,7 %).
Au total, ces catégories représentent toujours 89,8 % de l’encadrement de la Loge, mais les fonctionnaires prennent le dessus. La longue présence au plateau de Vénérable du F.˙. Jean-Louis Turbé, pendant 10 années (de 1921 à 1930 sans interruption), doit nous conduire cependant à nuancer ce constat : la stabilité de sa présence, la direction de la Loge qu’il revitalise pendant son vénéralat, compensent très largement la part prise par les fonctionnaires qui, eux, n’apparaissent que sur de courtes périodes.

Enfin, il est intéressant de relever aussi que sur les 312 membres identifiés, 98 ont eu à exercer une fonction (un Office) dans la Loge, soit près d’un tiers d’entre eux (31,5 %). Ceci a certainement conduit à donner à « L’Étoile Occidentale » une cohésion, un fonctionnement plus pacifié que celui de la période 1900-1914 pour laquelle nous aurons l’occasion d’évoquer des « querelles fratricides » que nous ne relevons que très rarement après 1920.

Cette Loge nombreuse, sur le papier, de plus en plus dominée par les fonctionnaires, à forte coloration politique (elle est assez largement radicale socialiste), dominée aussi par des originaires du sud de la France et constituée de membres initiés jeunes, semble avoir une assez forte cohésion qui se manifestera par un combat laïque et républicain constant.
Mais en murissant, dans l’entre-deux guerres, et ayant trouvé un point d’équilibre autour d’un effectif suffisant pour travailler régulièrement (entre 20 et 30 membres), la Loge devient exigeante dans son recrutement.
Elle écarte ceux qui, « frappant à la porte du Temple », ne lui semblent pas présenter les qualités nécessaires pour être initiés. C’est vraisemblablement une seconde raison pour expliquer la cohésion et l’homogénéité idéologique de ce groupe de frères qui pèsera dans la vie dakaroise et sénégalaise.
Par exemple sont ainsi écartés en 1931 trois employés du chemin de fer Thiès-Niger : l’un motivé « pour y trouver l’aide lui permettant d’arriver plus vite » ; l’autre « que l’intérêt seul pousse vers nous », de plus il « accepterait les revenus supplémentaires que sa femme se procurerait par une vie dissolue » ; le dernier enfin car il est « ancien élève des jésuites dont il a conservé l’empreinte ». Deux demandes encore, écartées en 1932 : pour le premier, un gendarme, qui n’a que l’ « espoir d’y trouver les appuis nécessaires pour gravir rapidement les échelons de sa carrière » ; le second, mécanicien-ajusteur, qui veut « trouver dans notre ordre un soutien lui permettant de trouver un emploi stable ».
La physionomie de la Loge doit donc se lire aussi « en creux », à travers les textes de ceux qui la combattent, ou à travers les raisons qui la conduisent à refuser des initiations, ou à écarter - car cela arrive - des membres défaillants comme nous le verrons par exemple avec l’éviction du F Lacave.

 

Tableau - Profession des membres de L’Etoile Occidentale


 



Le Bras Jean Luc