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 « Elle enseignait la République »

La Franc-maçonnerie du Grand Orient de France, laboratoire  pédagogique des valeurs républicaines de 1871-1906.

 

Les références maçonniques vis à vis de l’Histoire sont rares. A la fin du 19é siècle, la Franc-maçonnerie du Grand Orient de France est entrée dans l’arène politique. Laboratoire d’idées, laboratoire pédagogique, elle a su mobiliser les citoyens et rendre la République XE "République"  aux Républicains. De 1871 à 1906, elle a, par ses hommes, souvent ministres ou présidents du Conseil, fait face à ses adversaires pour que la République Française devienne laïque. Elle a agi avec pédagogie en faisant participer les Français aux associations relais que furent les cercles de lecture, la Ligue de l’Enseignement  , la Ligue des Droits de l’Homme , les Associations de Bienfaisance. Elle s’est investie dans tous les débats  politiques de cette période en y apportant des solutions et souvent bien avant le vote de la Loi. Son action a porté sur l’Armée, sur l’Éducation, sur l’Église, sur les Choix de Société, pour arriver enfin à la Séparation des Églises et de l’État. L’étude de documents et de comptes-rendus inédits de loges notamment toulousaines, de congrès et de convents,  permet l’approche de la maïeutique maçonnique vis à vis des francs-maçons eux-mêmes et de leurs concitoyens.

L’intérêt d’une telle recherche est certainement d’aborder l’étude de cette période  en la dirigeant vers l’histoire des mentalités et des comportements de ces hommes qui ont su, souvent dans l’anonymat, être de véritables pédagogues vis-à-vis de leurs contemporains. Ces Maçons le plus souvent artisans, négociants, publicistes se sont donné mission tout d’abord de se former en tant que citoyens pour « enseigner la République » à leurs compatriotes.

Certes, il n’y avait pas que les Francs-maçons, mais dans le désordre des groupuscules politiques, non organisés, il semblait que seule l’Institution maçonnique pouvait se charger de cette tâche. Elle avait le discours, le réseau, l’organisation, la méthode et surtout les hommes. Pour bien comprendre ce mécanisme qui a fait sortir de ses temples les Francs-maçons il faut montrer qui  sont ces hommes en 1871, ce qu’ils représentent et ce qui, au-delà des différences, les rassemble. Au moyen des comptes-rendus inédits de loges, le lecteur participe à ce grand mouvement de convection qui part de la loge, cellule de base vers le Conseil de l’Ordre, la Chambre des députés en passant par les Congrès, le Convent, et qui revient vers la loge.

La difficulté  est d’imaginer un consensus entre un Raspail, un Babaud-Laribière, un Ferry ou un Combes. En fait, il n’y a pas de consensus, mais un attachement commun au « texte fondateur », à l’engagement maçonnique, aux valeurs républicaines de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.

Après  la Commune, Babaud-Laribière interpelle les Maçons en les renvoyant au texte fondateur de la Constitution d’Anderson en  leur proposant de faire changer les lois, sans violence. La Maçonnerie du Grand Orient de Franc s’est mise en action. Au-delà des postes ministériels tenus par des maçon, 231 sur 256 en 36 ans, (la liste figure en annexe de l’ouvrage, avec les loges d’appartenance), ce sont  les frères qui sont sur les colonnes qui nous intéressent, leurs activités et leur talent pour « répandre les vérités acquises ». Les recherches nous les montrent créateurs d’associations de gymnastique, de libre pensée,  de clubs, de bibliothèques, de « caisses des écoles », de cycles de conférences, de partis politiques comme le parti radical ou le syndicat. Les rubriques des journaux locaux nous les montrent actifs, faisant parler d’eux dans les chroniques en bien ou en mal selon les journaux d’opposition ou non.

Ils révèlent leur action de « pédagogie active » dans tous les domaines qui sont l’objet dans ce livre d’autant de chapitres.

Les loges, comme celle des Vrais Amis Réunis de Toulouse qui constitue dans l’ouvrage le « fil rouge », s’engagent dans la politique et créent par exemple,  le parti radical. 152 d’entre elles sont présentes  au siège de la « rue Cadet » en 1901 à la réunion organisée par Desmons, la veille de la constitution de ce parti. Il y aura un tel phénomène d’osmose qu’il sera dit :   « on ne sait si le parti radical est la Maçonnerie ou si  cette dernière est le parti radical ». Ces mêmes  loges seront disciplinées et suivront sans retard les directives du Grand Orient de France en se retirant es qualité des  partis politiques afin de conserver cohésion et fraternité.  Par contre, le Grand Orient engagera ses frères à se dévoiler  et à se présenter aux élections. Il proposera également  des doctrines humanistes de solidarité et d’égalité entre les citoyens comme le « solidarisme » de Léon Bourgeois. Lanessan, Vénérable de la Loge des Droits de l’Homme s’écriera : « la vraie démocratie, ce n’est pas de reconnaître des égaux, Messieurs, c’est d’en faire ! »

Leurs œuvres et leurs principes de défense des droits des familles et des enfants sont pour ces Francs-maçons une préoccupation constante. En permanence,  des vœux partent des loges en direction des élus pour assurer la protection des travailleurs en créant des caisses de retraite, des mutuelles contre la maladie. Sans cesse les propositions affluent au Conseil de l’Ordre et ne sont guère éloignées de celles du programme de Belleville de 1869.

Peu à peu, la « laïcisation des services publics »  est une exigence qui prend chaque jour plus de force et ce depuis 1876.  Trois domaines sont sensibles les hôpitaux, les tribunaux, l’instruction publique. Cette dernière est le centre de la lutte avec un désir de se débarrasser de l’influence de l’église et des congrégations. Ce sera  le combat pour la loi sur les associations. Les luttes sont surtout pour qu’une fois votée, la loi soit appliquée Ce sera de la part des frères vis-à-vis des politiques, une sollicitation constante et pressante. Les Francs-maçons résisteront à l’envie de créer leurs propres écoles ou orphelinats pour favoriser l’instruction ainsi que les bureaux publics de bienfaisance.

Après les grandes lois sur l’école, la chronologie  du temps fait que le Grand Orient de France est préoccupé par l’armée qui n’obéit plus à la  République. Après l’Affaire Dreyfus, les Maçons sont violemment attaqués sur l’affaire des fiches. Les Maçons se montreront pédagogues dans leur réponse et le Grand Maître Lafferre saura dans uns discours remarquable remettre les choses en place. Les frères sauront également se rassembler devant la calomnie et faire front commun.

La lente progression vers la « prise de conscience »  du citoyen d’une nécessaire « laïcisation » de la nation se fait avec en toile de fond  l’idée de séparation du temporel et du spirituel. Ce voeu de « Séparation des églises et de l’État » qui nourrit les débats à presque chaque tenue est de plus en plus à l’ordre du jour et le gouvernement de Combes ne pouvait faire autrement que de saisir l’occasion  de rompre le Concordat. Il faut dire que la stupide intransigeance du Vatican facilite  la tâche. Ce qui fait dire, avec ironie, à  Arthur Ranc:Pie X sera le pape selon « le cœur de la Dépêche ». Dans ce combat, le pasteur Dide, Grand orateur du Convent  de septembre 1886, justifie la réflexion des Francs-maçons sur la « séparation ». C’est une idée, dit-il,  de la Franc-maçonnerie! C’est vrai que le terme de « Séparation des églises et de l’État » se trouve déjà dans les comptes-rendus de loges pour les années  1870-1880.

La mission de la « Franc-maçonnerie à découvert » se termine progressivement à partir de 1906 afin de permettre aux politiques Maçons ou non, de s’investir sans engager l’Institution.

La mission a été remplie : Laïcisation des services publics, séparation des églises et de l’État En fait la laïcité, qui résume si bien la devise de la République, est au moins admise sur le principe dont l’Inspecteur Général Ernest Lavisse disait : « Etre laïque, ce  n’est pas limiter à l’horizon visible la pensée humaine, ni interdire à l’homme le rêve, et la perpétuelle recherche de Dieu ; c'est revendi­quer pour la vie présente l’effort du devoir ;

Ce n’est pas vouloir violenter, ce n'est pas mépriser les consciences encore détenues dans le charme des vieilles croyances : c'est refuser aux religions qui passent le droit de gouverner l’humanité qui dure ;

Ce n’est point haïr telle ou telle église ou toutes les églises  ensemble ;

C'est combattre l’esprit de haine  qui souffle des religions, et qui fut cause de tant de  violences,  de tueries et de ruines.

Si le combat anticlérical a été au moins à la  hauteur de celui des cléricaux, il s’est voulu libérateur. Il n’était pas question d’empêcher la croyance. Par contre  le dogme n’était pas admis. Il y a toujours eu comme décor la « tolérance » et le droit pour chacun d’accéder à la « liberté absolue de conscience ».

 

Nous devons avoir de la reconnaissance vis-à-vis de ces frères qui ont lutté avec courage, parfois même au mépris de la répression et sur le plan de leur vie professionnelle et sur celui de la famille, pour que les valeurs républicaines  soient reconnues par tout un peuple. De la « reconnaissance » dans les deux sens : dans celui du « sentiment » car nous sommes redevables, dans celui aussi de se retrouver  comme frères d’armes de ces hommes qui ont fait honneur à leur engagement maçonnique.

Oui, nous leur devons notre République laïque, oui, nous nous reconnaissons en eux. A la condition expresse d’être vigilants car ces frères nous ont légué en plus de la tolérance, le devoir de mémoire et  celui de maintenir cette richesse qui consiste à avoir le respect de l’autre.  Le temple est certes solide mais nous savons bien que trop nombreux sont ceux qui rêvent d’un monde asservi. Méfions-nous du chef de guerre, du pontife et du dictateur.

Voici le message de ces pédagogues qui pour un temps sont sortis des temples.

 

En ce temps de commémoration du centenaire de la loi sur la Séparation des églises et de l’Etat immergeons-nous dans le monde poétique et de beauté de   l’idée que nous dévoile  René Char dans sa  « Recherche de la base et du sommet » et dans le poème en prose intitulé« Post-merci »

« Le monde jusqu’ici toujours racheté va-t-il être mis à mort devant nous, contre nous ? Criminels sont ceux qui arrêtent le temps dans l’homme pour l’hypnotiser, pour perforer son âme. »

 

Bernard Gillard

 Août 2005. Dervy