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Comte et Franc-Maçon

François-Henri de Virieu

1754-1793

DE LA FIDÉLITÉ A SOI-MÊME

 

 

En 1934 le Grand Maître Arthur Groussier avait publié une liste des « principaux personnages ayant appartenu au Grand Orient de France ». De grands noms, avec ou sans titres, qui jouèrent un rôle important dans la vie profane ou maçonnique et que l'on cite parfois avec fierté, mais qui hélas, sur le plan humain ne furent trop souvent que de tous petits bonshommes. On oublie facilement que sur ce plan, la richesse et la noblesse de l'Ordre maçonnique proviennent des milliers de frères obscurs qui, sur ce « plan humain » voulurent être des « hommes » et le furent. Pourtant parmi les premiers, il en est qui méritent qu'on honore leur mémoire et les fasse revivre quelques instants, ignorés qu'ils sont, ou plus injustement encore, écartés pour refus à un conformisme quel qu'il soit.

François Henri comte de Virieu naquit à Grenoble d'une vieille famille Dauphinoise le 13 août 1754. Son père, le marquis Louis François René était colonel des Grenadiers de France. Le jeune Henri, devenu orphelin à 10 ans fut confié à une amie intime de sa mère, la duchesse de Rohan-Chabot, familière de la Cour, qui le plaça au collège d'Harcourt à Paris, où il fit de rapides études. Il n'avait pas quinze ans quand sur l'ordre exprès du Roi il entra dans le corps des Mousquetaires gris. On le trouve deux ans plus tard lieutenant d'Infanterie, puis capitaine à 18 ans. En 1780 il était maître de camp en second du Régiment de Monsieur, qu'il quitta le 12 mars 1786 pour prendre le commandement du Régiment de Limousin Infanterie.

Esprit vif, sérieux et solide, d'une intelligence peu commune, il avait acquis une vaste culture qui l'amena a s occuper de très près aux questions intéressant le pays et plus particulièrement sa province. Devenu Franc-Maçon entre temps, sans que l'on sache où il fut reçu, le tableau du 30 avril 1780 de la loge la « Bienfaisance » à l'Orient de Grenoble, fondée le 13 juillet 1778, indique qu'il était Maître Ecossais et député des Loges réunies du Dauphiné. Sincèrement libéral, de Virieu s'associe immédiatement au mouvement issu de la noblesse et de la magistrature contre les décisions du pouvoir royal mettant en vacance les Parlements provinciaux. Passant outre, le Parlement Dauphinois se réunit courant mai 1788 et évoque déjà les principes d'une réforme générale de gouvernement, savoir, convocation d'Etats généraux, vote des impôts par ceux-ci, doublement de la représentation du Tiers et vote par tête, toutes mesures que de Virieu approuvera... le gouverneur ordonne l'exil du Parlement qui décide l'envoi d'une délégation dirigée par de Virieu à Versailles pour fournir des explications sur les événements. Très introduit à la Cour, son crédit et son habileté réussirent à aplanir les difficultés et obtenir la convocation de l'assemblée provinciale. Mais c'est alors, en l'absence de la délégation que survint la « Journée des Tuiles ». Le 7 juin 1788, jour fixé pour le départ des magistrats, Grenoble se révolta et les soldats du gouverneur furent lapidés par les tuiles jetées du haut des toits. L'émeute fut si violente que le représentant du Roi capitula et laissa le Parlement se réinstaller, ce qui n'arrêta d'ailleurs pas l'agitation.

Changement de gouverneur, nouvelle opposition, et les États provinciaux se reconstituent à Vizille le 21juillet : 165 gentilshommes, 60 ecclésiastiques, mais pas d'évêques, et 500 députés des municipalités qui reprennent et adoptent les dispositions envisagées en mai... Et surtout, l'assemblée ajoute à cela qu'elle est prête à abandonner les privilèges de la Province au bénéfice d'une représentation nationale. C'est le début d'un processus révolutionnaire qui ne fera que s'accentuer.

Élu député de la noblesse aux États Généraux, De Virieu fut l'un des 47 membres de cet Ordre qui, le 25 juin 1789 se réunirent au Tiers État. Très actif, compétent et lucide, il participe à tous les débats importants, vote l'abolition des privilèges dans la nuit du 4 août, propose celle du droit des colombiers, une vraie ruine pour les paysans, vote le 26 août la Déclaration des Droits de l'Homme. Partisan d'une monarchie constitutionnelle, il prit une large part aux discussions sur les principes de la Constitution et s'opposa constamment à tout ce qui pouvait favoriser l'arbitraire de quelque côté que ce fut. (C'est ainsi qu'il s'éleva vivement contre le renvoi de Necker survenu le 14 juillet). Inquiet devant l'évolution trop rapide et non contrôlée des événements révolutionnaires il s'inscrivit au Club des Impartiaux fondé au sein de la Constituante par des députés modérés qui formaient une sorte de centre droit, dont le programme confiait au Roi le droit de guerre et de paix, la présence de deux chambres dont la plus haute pouvait tempérer les excès de l'autre, enfin la nomination aux emplois et charges militaires.

Elevé dans les avenues de la Cour, il n'y avait pas pour lui contradiction entre son esprit libéral et la conviction qu'au dessus d'une souveraineté parlementaire il pût y avoir une sorte d'autorité « paternelle », (celle qui lui avait manqué dans sa jeunesse), limitée, mais garante d'un ordre public que des événements effritaient jour après jour. Bien qu'ayant approuvé la protestation du clergé contre le refus de l'Assemblée de déclarer le catholicisme religion d'État, encore qu'elle ait décrété que la Nation se chargerait des dépenses du culte catholique, celles des autres cultes restant à la charge de leurs religionnaires, De Virieu fut porté à la présidence de la Constituante le 27 avril 1790. Il donna immédiatement sa démission car il refusa d'aliéner sa liberté quand on exigea qu'il fît le serment de ne protester contre aucune des décisions de l'Assemblée, qu'elles soient ou non, sanctionnées par le Roi. Il marcha encore quelque temps dans la même voie, puis cessa peu à peu de concourir à ses travaux. Aussitôt après la dernière séance de l'Assemblée Nationale Constituante, le 30 septembre 1790, il quitta Paris, se retira en Dauphiné, fit un séjour en Suisse sans qu'on puisse considérer qu'il émigra et d'ailleurs revint à Lyon où il avait de nombreuses attaches. Dignitaire du Directoire Écossais d'Auvergne dont le siège était précisément à Lyon, De Virieu, Grand Profès, avait participé au Convent de Wilhemsbad de 1782, rédigé les rituels de plusieurs grades en compagnie de Willermoz avec lequel il s'était lié. Membre de la Loge « L'Égalité » à l'Orient de Grenoble constituée le 13 juillet 1778 par le  et rattachée en 1780 à ce Directoire, il en avait été le « Vénérable confirmé » selon les tableaux de 1784 et 1785. Il figure jusqu'en 1790 sur ceux de « La Bienfaisance et l'Égalité » lorsque ces deux ateliers fusionnèrent en 1795. Des documents laissent à penser qu'il ait voulu fonder une loge de la Bienfaisance à Paris vers 1790.

De Virieu était à Lyon avec sa famille en 1793. Depuis le milieu de 1792 la situation sociale et économique y était dramatique : 30 000 canuts sans travail, donc sans ressources, la misère grandissante, le manque de pain, la guillotine installée et menaçante, les revers militaires et l'affaire vendéenne exaspérèrent le peuple et Lyon toute entière entra en rébellion contre la Convention, lui déniant le droit de représenter la Nation ; l'insurrection du 29 mai installa une nouvelle municipalité parmi laquelle de nombreux maçons. Le 24 juin, elle justifia son action envoyant une première adresse à la France : « Nous renouvelons à la face de l'Univers le serment de maintenir la Liberté et l'Egalité, d'être fidèles à la République Une et Indivisible. Nous déclarons que la souveraineté réside dans le peuple... », tous principes issus des Loges maçonniques.

La Convention considéra Lyon en état de révolte et décida de la réduire. De nombreuses tentatives de conciliation ne donnèrent aucun résultat et le 4 août, Kellermann qui commande l'armée des Alpes déjà sur place reçoit l'ordre d"investir Lyon dont le climat social précaire va bientôt empirer. La conjonction quasi unanime du début, peuple, bourgeois et aristocrates ne durera pas, et si de nombreux ouvriers s'enrôlèrent dans l'armée des rebelles ils ne le firent que poussés par la misère et le besoin de trouver dans la solde qui leur était offerte le salaire qui leur manquait. Édouard Herriot dans son ouvrage « Lyon n'est plus », 1937, a fort bien montré l'ambiguïté de cette insurrection « ... qui, se couvre du drapeau tricolore (où se) sont placés des chefs civils et militaires d'un royalisme à peine dissimulé qui dénaturera le mouvement primitif ». Le siège durera 64 jours et apportera toutes les atrocités inhérentes à l'état de guerre civile avec, en plus, la famine.

Quel fut le rôle de De Virieu dans cette conjoncture ? Aucun doute qu'il ait été profondément blessé par l'exécution de Louis XVI le 21 janvier précédent. Son nom n'apparaît nulle part, ce qui n'exclut pas la possibilité d'une participation éventuelle dans certains des événements. Tout l'y prédisposait, son intelligence, ses sentiments, ses talents stratégiques, sa lucidité. Est-ce sa clairvoyance qui le poussa à décliner l'offre du commandement de l'armée assiégée en pressentant le drame qui allait arriver ? Son courage n'était pas en cause, car en octobre, lorsque l'un des deux chefs des troupes assiégées disparut il accepta de prendre la tête de la seconde colonne et de la conduire hors de la ville avant sa reddition : il s'agissait pour lui de sauver des vies. Le départ était décidé dans la nuit du 14 au 15 : il eut lieu plus tard que prévu par des causes fortuites et imprévisibles, ce qui fit qu'elle fut interceptée au col de Saint-Cyr et complètement anéantie. De Virieu y avait été tué par un boulet de canon.

Ainsi disparut à 39 ans, ce frère qui, au cours d'une vie par trop brève, honora la Maçonnerie et que la Maçonnerie peut honorer, parce que, intelligence, dévouement à une cause, sens de l'humain, caractère, il fut un « homme », ce genre d'homme auquel tout maçon aspire.

par André DORE, 33e

Membre d'honneur du  G... C...D... R...