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Les hauts grades du  Rite Ecossais Ancien Accepté

 et le Grand Orient de France

 

Une abondante littérature traite du Rite Ecossais Ancien Accepté sous ses aspects historiques, philosophiques et symboliques et la présente communication n’a pas pour objectif d’en faire une recension qui risquerait du reste de s’avérer lacunaire par bien des aspects, tant le rythme de parution des ouvrages maçonniques s’est accéléré ces dernières années, de manière telle que le lecteur éclairé ne peut prétendre n’en appréhender qu’une faible partie.

Au demeurant les contours du rite sont aujourd’hui bien cernés, et si tel ouvrage ou telle publication permet d’éclairer un point d’histoire ou un évènement  particulier, si les aspects symboliques et philosophiques restent des sujets de recherche et de réflexion infinis, l’image globale ne s’en trouve pas significativement altérée ou modifiée.

Dans la préface de l’ouvrage édité par le Suprême Conseil, Grand Collège du Rite Ecossais Ancien Accepté – Grand Orient de France, à l’occasion de son bicentenaire (1), le Grand Maître en exercice du Grand Orient de France, Alain Bauer, soulignait que le Rite Ecossais Ancien Accepté est une « success story », une réussite. C’est de cette réussite que nous allons traiter de manière cursive, évoquant le passé pour mieux éclairer le présent et tenter de profiler l’avenir.

Il faut préalablement préciser que le REAA est actuellement pratiqué de manière minoritaire au sein des loges symboliques du GODF, largement dominées par le Rite Français, et de manière largement majoritaire au sein des hauts grades. Cette spécificité française structure un paysage maçonnique original mais parfois déconcertant pour l’observateur extérieur. Nous limiterons dans les pages qui suivent notre champ d’observation aux seuls hauts grades du REAA administrés par le Suprême Conseil, Grand Collège du Rite Ecossais Ancien Accepté-Grand Orient de France, qui en à la charge.

Après avoir rappelé dans quelles conditions le REAA s’est intégré au sein du GODF, nous parcourrons les grandes étapes de son évolution tout au long du 19ème siècle et jusqu’à nos jours, enfin, nous évoquerons la place spécifique actuellement occupée par le Suprême Conseil du REAA au sein du GODF et conclurons en tentant de dégager quelques enseignements. 

-1- 

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(1)    « Deux siècles de Rite Ecossais Ancien Accepté en France » Editions Dervy 2004

 

 

Comment le Rite Ecossais Ancien Accepté

 vint au Grand Orient de France

Un retour rapide par l’histoire s’impose.

On sait que les hauts grades apparaissent en France dès le début de la franc-maçonnerie, aux alentours de 1730, dans l’extraordinaire floraison qui caractérise le début du 18èmesiècle . On sait également qu’un personnage romanesque et intrigant, né à Cahors en 1717 et négociant de son état, reçoit de la Grande Loge de France en 1761, une patente pour propager la maçonnerie dans toutes les parties du monde, et notamment « les sublimes degrés de la plus haute perfection », c’est-à-dire les hauts grades en usage au sein de la Grande Loge de France de l’époque.

Etienne Morin, puisque c’est de lui qu’il s’agit, arrive à Saint Domingue en 1763 et y installe le Rite de Perfection en 25 degrés, alors pratiqué.

Huit degrés supplémentaires viennent une vingtaine d’années plus tard compléter le dispositif et le premier Suprême Conseil au monde voit le jour en 1801, à Charleston, en Caroline du Sud.

Un an plus tard, le Suprême Conseil nouvellement créé écrit aux Grandes Loges et aux Conseils des Hauts Grades du monde entier pour leur faire part de cette fondation et se dote de nouvelles constitutions, connues sous le nom de Grandes Constitutions de 1786, en revendiquant le parrainage, sans doute très hypothétique, de Fréderic le Grand, roi de Prusse.

Alexandre de Grasse-Tilly, militaire et fils du Lieutenant Général de la Marine qui s’est illustré durant la guerre d’indépendance des Etats-Unis, nanti des 33 degrés écossais, membre du Suprême Conseil créé à Charleston et « Grand Commandeur ad vitam du Suprême Conseil des Iles du Vent et sous le Vent du Rite Ecossais Ancien Accepté en 33 degrés », rentre en France en 1804 et se hâte de faire connaître ses qualités afin d’affirmer l’autorité censée en découler. Son intention est claire, il entend implanter en France ce nouveau rite dont il serait, bien entendu, le chef incontesté. Ce projet se heurte rapidement à la volonté du Grand Orient de France et entretient une situation conflictuelle à laquelle Napoléon 1er, peu enclin à accepter la division maçonnique, facteur de désordre et d’instabilité, mettra fin en imposant la fusion de l’obédience et de la juridiction créés par De Grasse-Tilly avec  le Grand Orient de France.

Un concordat est signé le 5 décembre 1804 au terme duquel une nouvelle organisation se met en place sous l’égide du Grand Orient de France, qui annexe de fait le Rite Ecossais Ancien Accepté à compter de cette date (2).

 

Ainsi commence l’histoire du deuxième Suprême Conseil au monde, celui du Grand Orient de France. Une histoire tourmentée, complexe, où la perpétuation de la pratique des hauts grades fut remise en cause à plusieurs reprises. Ce débat parcourt tout le 19ème siècle, où les changements d’organisation allaient se succéder, jusqu’à ce que les hauts grades écossais accèdent à une autonomie et une légitimité institutionnelle par la signature d’une convention approuvée par le Convent de 1946, nous y reviendrons.

 

-2- 

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(2) « Le Rite Ecossais Ancien Accepté des Hauts Grades » – Jean-Pierre Donzac et Pierre Piovesan Editions Maçonniques de France

 

La longue marche du Rite Ecossais Ancien Accepté

au sein du Grand Orient de France  (3)

 Le Concordat du 5 décembre 1804, précédemment mentionné, donne au Grand Orient de France, « sans la moindre ambiguïté » souligne André Doré, la possession complète du rite et des droits afférents, à charge pour lui de les administrer.

Le Grand Orient, soucieux d’assurer une égalité de traitement entre les différents rites en usage, crée le 25 mai 1805 un Grand Directoire des Rites destiné à permettre une supervision d’ensemble.

Cette décision suscite l’ire des « écossais », qui, devant leur incapacité à faire admettre leur hégémonie sur l’ensemble des hauts grades, dénoncent dès 1805 le Concordat signé moins d’une année auparavant.

La situation confuse qui s’ensuit trouve son épilogue à la fin du 1er Empire et le 13 novembre 1814, le Grand Orient, réuni en assemblée générale, proclame la centralisation des rites qu’il avait décidée le 16 août précédent et reprend l’exercice de tous les droits qui lui appartiennent sur tous les rites. Le Grand Directoire des Rites est dissous et le 12 septembre 1815 un nouveau dispositif se met en place, articulé autour d’un Suprême Conseil des Rites remplaçant le défunt Grand Chapitre Général et d’un Grand Consistoire des Rites. Le Suprême Conseil des Rites exerce le pouvoir « dogmatique », selon la terminologie de l’époque, sur le rite français, le rite de perfection et le REAA ; le Grand Consistoire des Rites, quant à lui, composé de 33 membres, est exclusivement chargé de la collation des grades les plus élevés : les 32ème et 33èmedegrés.

En 1818 le Grand Orient de France entreprend une réforme constitutionnelle qui n’aboutit qu’en 1824 pour une adoption finale en mai 1826.  Au terme de cette réforme, 5 chambres sont créées dont une Chambre des Hauts Grades ou Suprême Conseil des Rites. Le Grand Consistoire des Rites disparait et un Grand Collège des Rites, investi de l’autorité « dogmatique » et composé de 36 officiers titulaires et de 27 adjoints voit le jour. Tous les frères titulaires des 32ème et 33ème degrés font partie du Grand Collège et chaque rite reconnu par le Grand Orient a sa section au sein du Grand Collège des Rites.

Ce nouveau Grand Collège est seul habilité à pouvoir conférer le 33ème degré ou tout grade équivalent des autres rites. En outre, il délibère et décide sur toute demande en agrégation de nouveaux rites et sur toutes questions relatives au « dogme » et au rituel de chaque rite reconnu par le Grand Orient. Ses actes sont intitulés : « A la gloire du G.’.A.’.D.’.L.’.U.’. , le Grand Collège des Rites, au nom du Grand Orient de France, et en vertu des pouvoirs qu’il a reçus, arrête… » 

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-(3) les développements qui suivent sont empruntés, pour la période 1804-1946, aux deux articles d’André Doré intitulés « courte histoire du Grand Collège des Rites » in l’Ecossais numéros 1 et 2.

On lira également avec profit pour un plus large approfondissement les contributions de Pierre Mollier « 1804-1826 : naissance et essor du Suprême Conseil »  et d’Yves Hivert-Messeca «  Du Grand Collège des Rites d’hier (1826) au Grand Collège du REAA d’aujourd’hui (2004) » in « Deux siècles de Rite Ecossais Ancien Accepté en France » Editions Dervy 2004

-3-

 

 

Les diverses révisions statutaires que le Grand Orient mettra en œuvre dans les années suivantes seront sans effet pratique sur les hauts grades jusqu’à ce qu’en 1854, le Prince Murat (4) n’impose une nouvelle organisation à sa dévotion. La Chambre du Suprême Conseil des Rites disparait au profit du Conseil du Grand Maître. Le Grand Collège des Rites survit, dont les attributions sont ainsi définies : «  il existe, en outre, au sein du pouvoir central, un Atelier supérieur, lequel, sous le nom de Grand Collège des Rites, Suprême Conseil pour la France et les possessions françaises, a seul le droit d’initier aux derniers degrés de la franc-maçonnerie. La composition et les attributions de cet Atelier sont déterminées par les statuts généraux ».

Il semble bien dans les faits, que l’activité du Grand Collège des Rites ait été réduite à sa plus simple expression à la suite de cette réforme, puisqu’en avril 1856, le Grand Maître et son Conseil devaient décider de la création d’un Institut Dogmatique et de la « reconstitution » du Grand Collège des Rites. Réduit au statut d’exécutant de l’Institut Dogmatique, lui-même aux mains du Grand Maître, le Grand Collège des Rites voit son rôle cantonné au droit de conférer les 31, 32 et 33ème degrés. Limité à 33 membres, tous 33èmes, dont le Grand Maître et ses deux adjoints occupant de droit les trois premières dignités, le Grand Collège se recrute lui-même par cooptation.

L’autoritarisme du Prince Murat et la position qu’il adopte en qualité de sénateur en votant en faveur du pouvoir temporel du Pape créent un climat de forte tension à l’intérieur de l’obédience qui  trouvera son aboutissement en 1862 lorsque l’Empereur Napoléon III nommera par décret impérial le Maréchal Magnan  pour le remplacer à la tête du Grand Orient de France.  Ledit Maréchal, non maçon, est investi des 33 degrés immédiatement et prend ses fonctions le 8 février 1862. L’une de ses premières décisions consiste à abolir l’Institut Dogmatique et une nouvelle Constitution révisant celle de 1854 est mise en œuvre disposant que le Grand Orient « Suprême Conseil », est désormais composé :

-          d’un Grand Maître qui, « dans le cas où l’Empereur ne jugerait plus à propos de le nommer », serait élu pour 7 ans par l’Assemblée Générale, et toujours rééligible,

-          d’un Conseil de l’Ordre de 33 membres élus pour trois ans, renouvelé par tiers chaque année et  doté d’un président choisi pour un an par le Grand Maître parmi ses membres,

-          de tous les présidents des ateliers de la correspondance, ceux des hauts grades compris.

Le Grand Collège n’est plus qu’un atelier parmi d’autres au sein d’un Grand Orient où, seul le Grand Maître, dispose du « pouvoir exécutif et dirigeant ».  

-4- 

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-(4) Lucien, Napoléon, Charles Murat (1803-1878), fils de Joachim Murat, Maréchal d’Empire, fut nommé Grand Maître du GODF au lendemain du coup d’Etat du 2 décembre 1851 qui vit l’avènement de Napoléon III. Grand Maitre très autoritaire, il se heurtera en 1859 à la majorité des membres du Grand Orient et se retirera de la Grande Maîtrise pour laisser la place au Maréchal Magnan (Dictionnaire de la Franc –Maçonnerie sous la direction de Daniel Ligou – Presses Universitaires de France). 

 

La seconde moitié du 19ème siècle est marquée par une succession de modifications réglementaires au sein du Grand Orient de France et une forte contestation de l’existence même des hauts grades par des ateliers symboliques essentiellement préoccupés par le combat politique et ignorants du contenu et a fortiori de l’intérêt initiatique desdits hauts grades. Cette contestation prend la forme de plusieurs propositions de suppression pures et simples en 1865, 1869, 1872 et 1873, notamment, sans toutefois aboutir.

En réaction, une réunion du Grand Collège des Rites et des présidents d’ateliers de hauts grades est convoquée avant le convent de 1874 qui adopte, semble t’il dans un souci d’apaisement, un texte rétablissant une Chambre Consultative des Hauts Grades avec autorité dogmatique, laissant au Conseil de l’Ordre le soin de les administrer. Ce projet, écarté par le Grand Maître de Saint Jean, en vertu des pouvoirs hérités de Murat et de Magnan, devait rester lettre morte, et le Grand Collège des Rites, toujours présidé par le Grand Maître, entre à partir de cette date dans une période de léthargie, à peine troublée par le Convent de Lausanne de 1875 auquel il ne fut pas convié, et qui fixa, assis faut-il le rappeler sur  une représentativité des plus limitées, les règles du Rite Ecossais Ancien Accepté, lesquelles, faut-il le rappeler encore, ne furent formellement ratifiées par aucune des puissances maçonniques signataires.

A partir de 1883 on assiste à une réactivation de  l’activité du Grand Collège des Rites qui n’empêche pas qu’en 1885, à la suite de diverses manœuvres, l’Assemblée Générale vote la dissolution puis la reconstitution du Grand Collège réduit à huit membres actifs et cinq honoraires. La période d’effacement qui s’ensuit s’accompagne paradoxalement d’un regain d’intérêt pour le travail dans les ateliers de hauts grades sous l’impulsion de frères soucieux de réflexion symbolique et philosophique et sans doute quelque peu lassés de la politisation des loges. C’est ainsi que de 35 Chapitres et 13 Conseils Philosophiques en 1885, on passe à 48 et 17 en 1900, 78 et 28 en 1914, 75 et 35 en 1922.

Une intéressante et éclairante polémique survient en 1922. Dans un courrier adressé en 1922 à ses ateliers, le Grand Collège des Rites fait état de sa qualité de Suprême Conseil. Cette affirmation suscite une vive réaction du Conseil de l’Ordre du GODF qui lui dénie ce droit arguant de sa propriété du rite et de sa qualité de Suprême Conseil depuis le Concordat de 1804, méconnaissant cependant le fait que, dans la tradition écossaise, un Suprême Conseil est composé uniquement de maçons du 33ème degré, ce qui n’était pas le cas du Conseil de l’Ordre. D’où, comme le mentionne André Doré  « une dialectique subtile mais spécieuse du Grand Orient tentant de justifier un titre et un pouvoir qui, en réalité, appartenaient au Grand Directoire des Rites et, par filiation directe, à son successeur le Grand Collège ».

Le Grand Commandeur Camille Savoire ne devait pas manquer de souligner cette contradiction historique dans le courrier adressé le 20 novembre 1923 au Conseil de l’Ordre : «  ….en contestant au Grand Collège le titre et la qualité de Suprême Conseil, le Conseil de l’Ordre n’indique pas quel est, au sein du Grand Orient, l’organisme ou le corps maçonnique chargé d’en tenir le rôle et la fonction , qui, conformément aux traditions et usages de la maçonnerie universelle, sont confiés à un corps composé uniquement de maçons possédant le 33ème degré ». Soulignant la nécessité d’entreprendre une révision des règles régissant les hauts grades, Camille Savoire poursuit en proposant :  

-5-

 

 

« d’étudier, en parfait accord avec le Conseil de l’Ordre et le Grand Collège des Rites, un statut qui, maintenant de façon absolue l’unité du Grand Orient de France, respectant et consacrant l’autorité de l’Assemblée Générale et du Conseil de l’Ordre qui en est l’émanation sur l’ensemble des maçons de la fédération quel que soit leur grade, donne aux ateliers supérieurs, sous l’égide du Suprême Conseil, une situation analogue à celle dont ils jouissent dans toutes les obédiences maçonniques du globe ».

Cet échange tendu devait contribuer à une révision des statuts, favorable au Grand Collège, puisque le Convent de septembre 1924 devait restituer aux hauts grades leur place légitime en énonçant que : « le Grand Collège des Rites, Suprême Conseil du Grand Orient de France, est chargé en cette qualité au sein de la fédération, de tout ce qui concerne l’organisation et l’administration des grades et ateliers supérieurs au 3ème degré, pour tous les rites que possède le Grand Orient. Il lui est interdit, ainsi qu’à tous les ateliers dont il a l’administration, toute ingérence dans l’administration et l’organisation des loges et le fonctionnement de l’Assemblée Générale. Il réprouvera et réprimera toute tentative qui risquerait de porter atteinte au principe de l’unité du Grand Orient de France ou à l’autorité souveraine de l’Assemblée Générale ou au Conseil de l’Ordre qui en est l’émanation. Il fixe le montant des taxes à payer pour les lettres capitulaires, patentes constitutives, taxes de chapitres et de conseils, et redevances à percevoir pour les collations de grades et diplômes au-dessus du troisième degré. Il administre financièrement les ateliers supérieurs et fixe, d’accord avec le Conseil de l’Ordre, les redevances à payer annuellement au Grand Orient pour ces mêmes ateliers. Il est l’auxiliaire du Conseil de l’Ordre, obligatoirement consulté pour les questions de rituels, cahiers d’instructions, tradition maçonnique et, facultativement pour toutes celles qui pourraient lui être soumises par le Conseil de l’Ordre. Le Grand Collège des Rites accorde les lettres capitulaires et les patentes constitutionnelles pour les chapitres et conseils, lesquelles devront être contresignées par le Président du Conseil de l’Ordre ».

Ces dispositions clarifiaient ô combien, après plus d’un siècle de rapports tantôt ambigus, tantôt tumultueux, les rôles respectifs de l’obédience symbolique et de la juridiction des hauts grades.

Après la tragique interruption de la seconde guerre mondiale, les obédiences retrouvent, non sans difficulté, force et vigueur, et le 13 janvier 1946, le Grand Orient et le Grand Collège, prenant acte de la singularité de la situation française par rapport aux obédiences étrangères, signent une convention qui consacre l’indépendance du Grand Collège sans rompre le lien avec le Grand Orient.

L’exposé des motifs de la convention précise les motivations de cette convention avec une grande clarté : « Actuellement, la franc-maçonnerie universelle se compose de deux branches : la franc-maçonnerie symbolique et celle des hauts grades. La première représentée par la maçonnerie anglo-saxonne, ne reconnait pas les obédiences comprenant des grades supérieurs au 3ème. La seconde représentée par la Fédération des Suprêmes Conseils, ne reconnait pas les obédiences qui comprennent les grades symboliques. Le GODF possède une organisation en contradiction avec ses principes généraux puisque, pour des raisons historiques qu’il n’y a pas lieu de développer ici, il comprend à la fois des grades symboliques, relevant exclusivement du GODF, et les grades supérieurs dont il a délégué l’administration au Grand Collège des Rites ».

L’esprit de la convention est quant à lui défini avec une clarté équivalente dans les quatre premiers articles du texte :

-6-

 

 

Article I : Le GODF conserve la propriété des titres dont il est le possesseur en vertu des traités passés avec les puissances maçonniques auxquelles ils appartenaient ;

Article II : Le GODF autorisera les ateliers symboliques qui le composent à travailler conformément à l’un des rituels réguliers de ces rites ou à celui d’une puissance maçonnique et étrangère reconnue comme régulière par l’Association Maçonnique Internationale ;

Article III : le Grand Orient concède au Grand Collège des Rites l’usage exclusif de ces rites dans les ateliers de hauts grades que celui-ci administre.

Article IV : Le Grand Collège s’engage à ne créer aucun atelier symbolique et à n’élever aux grades supérieurs que les membres actifs des loges du Grand Orient. De son côté, le Grand Orient de France s’engage à ne créer aucun atelier supérieur au 3ème degré.

 

Par cette convention, le Grand Collège des Rites devenait une juridiction maçonnique autonome, cette autonomie ayant notamment eu pour vertu, comme le souligne Yves Hivert-Messeca (5) de favoriser, au cours de la deuxième partie du 20ème siècle, le dynamisme du Grand Collège des Rites dans trois directions principales :

-          L’internationalisme : le Grand Collège des Rites est l’un des initiateurs des Rencontres Internationales des Hauts Grades Ecossais, dont la première fut organisée à Bruxelles en 1976,

-          La conservation de l’ensemble des rites pratiqués dans les hauts grades du GODF, au-delà du seul REAA,

-          L’approfondissement de la démarche écossaise avec le passage obligatoire par des loges de perfection autonomes à compter de 1982, le réveil des consistoires et la création de l’aréopage de recherches « Sources » en 1977.  

La fin du siècle dernier sera marquée par le réveil des quatre ordres du Rite Français en mars 1996 qui provoque une mutation du Grand Collège devenant temporairement une structure commune aux trois rites alors pratiqués (REAA, Rite Français et Rite Ecossais Rectifié) avant que chaque système de hauts grades ne devienne autonome par rapport aux autres. Désormais, le REAA est administré par un Suprême Conseil de 33 membres cooptés.

-7-

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-(5) « Du Grand Collège des Rites d’hier (1826) au Suprême Conseil, Grand Collège du REAA d’aujourd’hui (2004) » in « deux siècles de Rite Ecossais Ancien Accepté en France » Editions Dervy 2004

 

La place et le rôle des hauts grades du Rite Ecossais Ancien Accepté

au sein du Grand Orient de France aujourd’hui 

Les difficultés relationnelles entre le REAA et le GODF qui ont émaillé, comme nous l’avons vu, tout le 19ème siècle vont encore connaître quelques soubresauts à la fin du siècle dernier et déboucheront le 17 décembre 1998 sur un protocole d’accord qui, sans remettre en cause la convention de 1946, met l’accent sur la communauté de valeurs entre les deux parties et l’harmonisation des modes de fonctionnement. Le protocole conclut en mentionnant que « Le Grand Maître du Grand Orient de France est le garant de l’autonomie du Suprême Conseil. Tout contentieux sera réglé par la commission paritaire »

Une nouvelle convention, signée en août 2010, devait préciser et interpréter la convention du 13 janvier 1946 en rendant caducs l’avenant du 17 février 1962 et le protocole d’accord du 1er décembre 2008 précédemment mentionné.

Cette convention, qui constitue aujourd’hui la loi des parties, réaffirme la souveraineté de la juridiction, les droits et obligations réciproques de l’obédience et de la juridiction, la gestion concertée de l’action extérieure et le recours à une commission paritaire appelée à se réunir au moins une fois par an  pour assurer le suivi des relations des contractants.

Le Suprême Conseil, Grand Collège du Rite Ecossais  - Grand Orient de France, est  aujourd’hui, sans contestation possible, le légitime conservateur du rite depuis son introduction en France et le concordat signé en 1804 avec le Grand Orient de France.  

Si la pratique des hauts grades au sein du Grand Orient s’est depuis élargie et diversifiée, puisque cinq juridictions de hauts grades cohabitent aujourd’hui en son sein (6), le Suprême Conseil reste de loin la plus importante d’entre elles, avec plus de 8000 frères répartis entre 192 loges de perfection, 135 chapitres, 83 aréopages et 30 consistoires.  

Le socle de l’organisation du Suprême Conseil repose (7) sur une Constitution en trois articles et un Règlement Général qui traite de ses modalités de fonctionnement.   

-8- 

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-(6) Outre le Suprême Conseil du  REAA, le Grand Chapitre Général du Rite Français, Le Grand Prieuré Indépendant – Rite Ecossais Rectifié, le Suprême Grand Chapitre de l’ancienne maçonnerie d’York, maçonnerie de la Marque et de l’Arc Royal , le Grand Ordre Egyptien – rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm

(2)    (7)Au 1er septembre 2012

 

Conscient du poids de l’histoire et profondément imprégné de la tradition immémoriale à laquelle il se rattache, le Suprême Conseil est une organisation en mouvement qui non seulement  veille à la vie harmonieuse de ses ateliers et  à la promotion des membres de ceux-ci aux différents degrés du parcours écossais, mais qui, à travers colloques, conférences, publications (8) et rencontres, continue à creuser le sillon d’une réflexion initiatique appuyée sur des rituels et des symboles et posant le questionnement philosophique en impératif catégorique d’une nécessaire et saine hygiène intellectuelle.  

Le Suprême Conseil du REAA a, par ailleurs vocation à affirmer sa place dans le concert mondial écossais caractérisé par la prolifération, on compte environ un  millier de Suprêmes Conseils à travers le monde, et la division.

Pour reprendre la classification établie par Jean-Pierre Donzac et Pierre Piovesan (9) , le monde écossais peut être réparti en trois familles :

§  Les juridictions ayant donné à leurs pratiques un sens proprement chrétien,

§  Les juridictions fidèles à l’esprit de Charleston mais qui demeurent dans la mouvance des obédiences dites « régulières »,

§  Les juridictions se reconnaissant dans ce qu’on appelle la « maçonnerie libérale », où l’influence francophone et latine domine.

 

Le Suprême Conseil du REAA se rattache sans ambiguïté à la troisième famille, celle qui, sans renier l’inspiration du Convent de Lausanne de 1875, se reconnaît dans la Déclaration de Genève de 2005, qui affirme la complémentarité entre la démarche initiatique propre au rite et l’idéal humaniste qui la complète.

Ce positionnement à l’intérieur du monde écossais est partagé avec une quarantaine de juridictions qui contribuent tous les deux ans aux Rencontres Internationales des Hauts Grades Ecossais.

 

 

Ayant longuement évoqué l’histoire et les caractéristiques de la juridiction française du REAA du Grand Orient de France, nous voudrions pour conclure nous interroger sur notre rôle d’ordre initiatique, ici et maintenant, dans la réalité historique contemporaine.  

 

 -9

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(8)Le bulletin du Suprême Conseil  « Perspectives Ecossaises  , la revue « l’Ecossais », les  « Cahiers de Perspectives Ecossaises »

(2)    (9) Le Rite Ecossais Ancien Accepté des hauts grades »- Editions Maçonniques de France

 

Le monde occidental auquel nous appartenons traverse, depuis de nombreuses années déjà, une période difficile que l’on impute par commodité à la persistance d’une situation de crise. Par commodité, car en fait nous sommes très loin de la crise, au sens propre du terme. La « Krisis » des grecs désigne en effet un état ponctuel alors que nous sommes enlisés dans une situation qui se caractérise par une dissolution de l’ensemble des repères : crise des fondements, mais aussi crise de la normativité et crise de l’identité.

 

Le décentrement de l’axe du monde auquel nous assistons, marqué par la globalisation, remet en question le modèle économique sur lequel nous vivons depuis la fin de la seconde guerre mondiale basé sur la suprématie de l’Occident. Notre continent européen, miné par une faible croissance, affecté par une incapacité à mobiliser ses efforts de manière cohésive, voit son influence décliner très nettement. Ce contexte général entraîne un désenchantement propice à toutes les aventures populistes, démagogiques et autoritaires, et de nombreux exemples illustrent cette dérive, grosse de tous les dangers.

En même temps nous connaissons un bouleversement comme notre monde n’en a pas connu depuis la Renaissance. Les mutations géopolitiques et économiques s’accompagnent d’évolutions considérables dans le domaine de la génétique, des équilibres écologiques et des moyens de communication emportés par la révolution numérique. 

 Sans doute sommes-nous à « l’aube d’un nouveau-nouveau monde » comme le dit l’anthropologue Georges Balandier, dont nous avons bien du mal à appréhender les contours.  

Quel peut être l’apport de  notre maçonnerie écossaise des hauts grades dans ce contexte incertain ? 

Il convient de rester lucides et conscients de nos limites, en même temps que des atouts dont nous sommes porteurs.

Nous ne détenons évidemment aucune formule magique pour résoudre les problèmes de notre société complexe, qui échappent du reste très largement au champ de compétence et d’intervention d’un ordre initiatique comme le nôtre.

Ce que nous avons à proposer à ceux qui aspirent à nous rejoindre se limite finalement à quelques propositions simples mais essentielles :

-          Nous sommes les gardiens vigilants, les conservateurs, d’une histoire, d’un patrimoine, d’une tradition, de pratiques que nous avons pour responsabilité de perpétuer et de transmettre,

-          Nous proposons une démarche personnelle de travail, de réflexion et de progression individuelle dans un cadre collectif,

-          Nous offrons une sociabilité particulière appuyée sur un brassage socio-culturel, philosophique, politique et religieux,

-          Nous véhiculons des valeurs d’empathie, d’altruisme, de compréhension et d’exigence intellectuelle. 

Nous ne possédons en fait, comme seule certitude que la « sagesse de l’incertitude » ainsi que l’écrit Milan Kundera.

Cela contribue à donner sens à notre vie et à la validité de l’engagement que nous avons contracté le jour où nous avons reçu la Lumière.

Telle est la voie que propose, riche de son histoire et des valeurs qu’il véhicule, le Suprême Conseil, Grand Collège du Rite Ecossais Ancien Accepté aux membres du Grand Orient de France qui le rejoignent, en ce début de vingt et unième siècle.

 

Article  publié dans la revue "Cultura Masonica" n° 15 de juillet 2013

dans le cadre d'un numéro spécial consacré au Grand Orient de France.

 

 

Jean-Pierre Cordier

Très Puissant Souverain Grand Commandeur

Suprême Conseil, Grand Collège du REAA – GODF

Mai 2013