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FICHTE
ou
de la tentative de constitution
d'une philosophie maçonnique
 

 L'entreprise philosophique fichtéenne marque une tentative de poser le problème des relations entre la philosophie et la maçonnerie comme corpus théorique à part entière. Si la maçonnerie comme théorie, ce qu'on n'appelle pas encore la maçonnologie, peut être argumentée, prouvée, démontrée, réfutée comme n'importe quelle autre théorie, comment penser alors l'articulation avec le symbolisme qu'elle utilise. Si à l'inverse la maçonnerie ne peut pas être de l'ordre du discours mais de l'ordre de l'expérience, de l'initiation, comment transmettre rationnellement ce qu'elle a à dire ?

Fichte conçoit la maçonnerie "comme" le but universel du destin de l'humanité. En un mot elle est propédeute que à la philosophie, voie de passage obligé afin de purifier les passions humaines et marquer dans le monde les valeurs humanistes qu'elle veut séculariser. La maçonnerie n'est donc pas une fin en soi : elle est un moyen eu égard aux conditions historiques qui l'ont fait apparaître au 18ème siècle. Si l'homme était de part en part philosophe, il n'aurait pas besoin de la maçonnerie. Elle est donc vécue comme une purification, une catharsis afin de travailler au perfectionnement de l'humanité. "Le but de l'homme ne réside nulle part ailleurs qu'en l'homme lui-même"[1].

L'histoire de l'humanité n'est qu'une longue marche vers sa libération. Le rôle philosophique de la Maçonnerie est donc d'être un lieu d'institution de l'élémentaire : c'est une véritable vocation pédagogique que Fichte assigne à la Maçonnerie. Toute la difficulté est de concilier la tradition ésotérique, c'est-à-dire étymologiquement ce qui est dit dans un lieu clos et la tradition ésotérique qui est de l'ordre du discours écrit, traduit, transcrit, de l'ordre de la communication rationnelle. Si la Maçonnerie est comme l'enseignement ésotérique de Platon ou celui de Pythagore transmis uniquement par initiation, comment vérifier si le contenu transmis est conforme à la tradition ésotérique elle-même ?

En un mot, Fichte pose la difficulté de toute tradition et transmission orale. "A quoi bon des associations secrètes particulières pour atteindre le but universel et universellement connu de l'ensemble de l'humanité ? C'est là ce que chacun serait en droit de demander et s'il pouvait ne s'agir pour moi que de repousser la question, je répondrais que des sociétés secrètes existent, voilà tout, qu'aussi loin que remonte l'histoire de l'humanité, il en a existé, preuve s'il en est que la tendance à se réunir en de telles associations doit être inhérente à l'humanité ![2]

Les trois piliers ont un horizon philosophique : la sagesse, la sophia est celle de l'esprit libre de ……………….. de tout pré-jugé ; avant le jugement. La force est celle requise face à l'adversité du monde afin de travailler autant que faire se peut à l'amélioration matérielle et morale de l'humanité. Enfin, la beauté est bien les prolégomènes à toute harmonie future, le signe que demain peut être plus beau qu'aujourd'hui grâce à l'universalité dans lequel il a été mis par son apprentissage, le savoir maçonnique est comparable au savoir philosophique : il y a l'immersion dans l'universel à l'instar des mystères d'Eleusis ou l'initié était plongé dans la mer Egée. La Maçonnerie est l'analogue du schéma dans la philosophie transcendantale kantienne entre l'intuition et le concept : Elle sert de médiation entre la vie et l'ordre conceptuel. Elle est "l'institution pour la pratique de l'universel"[3] (Ü bungsanstalt für Vielseitigkeit).

De même que Platon utilisait le mythe pour évoquer ce qu'on ne peut nommer, démontrer rationnellement, de même Fichte utilise les loges comme banc d'essai de sa Doctrine de la Science. La Maçonnerie est bien la médiation entre la théorie et la pratique par le biais de l'instruction, non d'un savoir désincarné, mais de l'exemple. "Pour ma part, je ne connais que deux façons d'influer sur l'être humain. La première et de loin la plus importante, est l'instruction. Mais savoir n'est pas encore agir, il est nécessaire pour passer à l'action que chacun en prenne la décision par lui-même. Pour l'y mener, il ne nous reste rien d'autre que le second moyen, le bon exemple"[4].

Par exemple, le Maçon qui croit en Dieu n'affichera pas sa particularité de juif, chrétien ou musulman, il sera simplement l'expression d'un croyant sans distinction capable d'opposer les hommes de bonne volonté. Il y a ici une relation entre l'universel et le particulier. Autre exemple, le Maçon doit obéir à l'Etat et à ses lois : seulement il doit toujours s'efforcer autant que faire se peut de considérer autrui non seulement comme un moyen mais également comme une fin, voir dans le citoyen de tel ou tel pays avec sa propre idiosyncrasie une expression du genre humain en général. Pour être universel, encore faut-il partir du sol d'où l'on vient : tout le problème, et on y revient, va être le mode de transmission. "Il est donc hautement vraisemblable qu'il ait de tout temps existé, parallèlement à la formation publique, une formation secrète, qui en a suivi les aléas, qui a exercé sur telle une influence imperceptible et qui en retour, a profité ou pâti de l'influence de cette formation publique, comme par exemple Pythagore et sa fameuse ligue dans les États de la Grande Grèce" (Lettre treize).

Comment concilier la voie purement intellectuelle de la réflexion ou celle de l'initiation ? Fichte souligne que l'enseignement ésotérique, c'est-à-dire étymologiquement celui réservé à des initiés dans un lieu clos utilise des métaphores, métonymies, serments, énoncés déclaratifs qui ont une certaine force à défaut d'être cohérents quant à leurs origines historiques diverses et variées qui fondent les maçonneries comme corpus séparés. Il faut en effet constater que la Maçonnerie pure n'est que vue de l'esprit, qu'elle est éclatée en de multiples formes dont aucune n'est plus légitime qu'une autre. Avant le problème de la régularité posé par l'introduction des Landmarks au vingtième siècle, Fichte est un des premiers à souligner son acuité théorique. Ou bien la Maçonnerie est une activité philosophique évoluant au sein d'un paradigme donné, ou bien elle n'est qu'initiation et alors dans ce cas "quid" de la réflexion ?

Fichte tranche le conflit dans sa Seizième Lettre. Entre la tradition et la liberté intérieure, il faut choisir la liberté intérieure : "Prêt à braver tous les dangers, je clame hardiment et le plus fort que je puis : loin du Maçon censé s'être affranchi de toutes les chaînes de l'autorité, l'idée de se laisser imposer de nouvelles entraves secrètes !". La Maçonnerie est une école de liberté, non la récitation de bréviaires pieusement conservés ; d'ailleurs ajoute-t-il, ceux qui l'ont inventé n'avaient aucun modèle à leur disposition si ce n'est leur liberté !

En conséquence, si la Maçonnerie poursuit un but universel, il s'agit rien de plus ou de moins que de celui de la destination finale de l'homme. L'état civil à l'état actuel ne permet pas la réalisation ce cette virtualité qui n'est qu'à l'état de possibilité eu égard à l'état de guerre de tous contre tous. Par suite la Maçonnerie n'est qu'un moment nécessaire de développement de l'humanité pour servir de moyen en vue de la réalisation de l'idéal de la raison pratique qui ne peut viser que l'idéal de l'autonomie morale.

En un mot, de même que l'image est l'analogon d'une réalité absente, de même la Maçonnerie est l'analogon d'une raison en mal de plénitude et d'effectuation. Tant que l'homme restera un doublet empirico transcendantal, il aura besoin de la Maçonnerie pour servir d'intermédiaire entre la raison pure et la passion. Il ne s'agit ni d'une pure et simple déduction, ni d'une simple expérience mais d'une méthode originale qui consiste à s'élever à l'idée par la médiation du symbole.

La Maçonnerie n'est pas une science mais un art, celui d'éveiller les consciences. Mais cet effort est au départ individuel. De même que Platon, dans la République, écrivait que philosopher nécessite un effort personnel, de même Fichte insiste sur ce sentiment d'obligation qui ne peut venir que de soi. Quelques exemples : "L'homme libre ne peut déterminer que lui-même"[5]. "Le lien doit se produire purement et simplement au nom de sa propre volonté et par aucune autre cause. Cette résolution est donc quelque chose d'absolument premier… Elle doit découler de l'âme même de l'homme, et ne peut être produite en lui de l'extérieur, comme peut certes être produite en lui, par les menaces de punition, la seule résolution de faire ou de ne pas faire du tout quelque chose"[6].

La société de frères est donc l'anticipation de ce que doit devenir le genre humain, c'est-à-dire la suppression (aufhebung) des déterminations sociales en vue de l'unification des hommes dont on peut trouver ça et là dans l'histoire, non des modèles mais des exemples. Dans sa Septième lettre, il écrit cette phrase inspirée : "Or, c'est la Maçonnerie qui élève tous les hommes au dessus de leur profession ; en formant les hommes, elle forme par conséquent du même coup les membres les meilleurs de la grande société : des savants et des sages aimables et capables de s'adresser au grand public (populär) des hommes d'affaires, non seulement habiles mais également doués de discernement, des soldats emprunts d'humanité, de bons pères de famille, sages éducateurs de leurs enfants ". D'où la force de l'exemple qui revient comme du vif argent dans toutes ces œuvres philosophiques qui traitent de la Maçonnerie. La finalité ultime reste bien de faire croître, comme le dit Fichte, la noblesse morale de l'homme entier : l'éthique est bien ce qui se produit librement, sans contrainte externe mais par ce sentiment d'obligation interne articulé sur l'idée que la nature est dénuée de raison et qu'elle doit être soumise à la volonté humaine.

Il faut considérer, dit Fichte dans sa Treizième lettre, que le mode de penser du Maçon doit reconnaître ce but de l'humanité et l'apprécié dans toute affaire, fut-elle la plus petite. Un tel enseignement maçonnique ne doit pas être entièrement conceptuel car alors il serait de la philosophie, mais s'adresser à "l'homme entier" (Quinzième lettre) : voilà pourquoi il descend de la plus haute antiquité car il s'adresse par le biais des images et des symboles autant au cœur qu'à la raison. C'est la raison pour laquelle il ne peut y avoir d'argument d'autorité venant de la tradition, fut-elle de Salomon lui-même : la tradition ne vaut que si elle est actualisée par une liberté qui la reprend à son compte. Le but de l'homme n'est qu'en lui-même, il n'est nulle part ailleurs….

Christophe VALLÉE 

dans

"Chaîne d'union" -  n° 31 -  janvier 2005


[1] Discours de Rudolstadt

[2] Ibid   n°31 de la CDU, Janvier 2005, c'est Fichte

[3] De la Destination du Savant

[4] Neuvième Lettre

[5] Idées sur Dieu et l'Immortalité

[6] Le Système de l'Éthique selon les principes de la doctrine de la science