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 L'Expression

symbolique

 

L'expression "presser hors de" signifie rendre visible ce qui d'ordinaire ne l'est pas en lui-même. Ce qui se montre ou est montré se manifeste de façon non constitutive à partir d'un cadre (parerga-parergon) conceptuel.

L'expression symbolique quant à elle manifeste un inexprimable au cœur de l'expression, limite de la raison. L'expression brute, le phénomène qu'on doit décrire, dont on doit décrire l'apparition, l'effectivité d'une manifestation prend la forme du symbolisme. L'exprimé supporte la distance lorsque l'expressif l'élargit. Elle apparaît comme le signe d'une renonciation, d'un conflit entre langage et langue. L'expression apparaît comme la représentation d'un symbole : symbolon, ce qui est au-dessus. Or l'expression symbolique doit-elle être pensée sur le mode de la représentation ou sur le mode de la présence ? L'expression symbolique est-elle l'expression d'une herméneutique déjà là qu'il suffirait de retrouver ? De quel lieu peut-on se poster pour parler de ce qui serait caché ? L'expression symbolique n'est pas une fenêtre mal fermée, fréquenter l'œuvre symbolique c'est fréquenter une présence. Vivre dans un monde sans symboles serait une présence pure comme l'écrivait Pascal dans La Pensée - 134 : "Quelle vanité que la peinture qui attire l'admiration par la ressemblance dont on n'admire pas les originaux ?".

L'expression du symbolisme ne s'accomplit qu'en renonçant à coïncider avec l'exprimé et en l'éloignant pour recevoir le sens. Le symbolisme est l'opération de cet accomplissement qui n'est pas une totalisation de soi mais comporte une position d'un retrait de l'expressif et de l'exprimé. Du côté de l'expressif, le symbole est le pouvoir de constitution, du côté de l'exprimé le formulé est constitutif. Dans le symbole, l'expression renonce à coïncider avec l'exprimé et pourtant s'attache par le biais de l'image à ce qui est exprimé. L'expression symbolique ne s'épuise pas dans l'exprimé. Le pouvoir symbolique de l'expression est donc constituant sans qu'on puisse lui assigner un être même dans une forme musicale ou artistique quelconque. Avec le symbole on en a jamais fini à exprimer l'expressif de l'expression.

Il y a mieux que des idées, il y a des matrices d'idées. Le symbolisme est comme un enveloppement de l'esprit dans une inhérence à soi qui l'empêche de s'apparaître à lui-même.

L'expression symbolique n'est pas une des curiosités que l'esprit peut se proposer d'examiner : elle est son existence en acte. L'esprit ne peut s'apparaître à lui-même ; Il n'y a pas de réflexion telle qu'il ne puisse s'apparaître à lui-même, tel un entendement pur qui se saisirait lui-même. Le symbole remplace la perception sensible par la pensée de percevoir. Il y a une expression symbolique car le monde n'est pas le correlat d'une pensée pure qui s'atteindrait elle-même dans une pure intuition intellectuelle. Il y a un irréfléchi, un signe qui symbolise mon inhérence au monde, mon adhérence au monde des hommes. Une pure et simple réflexion qui voudrait fonder le monde existant sur une pensée du monde présuppose l'existence du monde, comprendre l'expression symbolique consiste à ramener l'homme à un irréfléchi. L'expression n'est pas une pure et simple déduction : le symbolisme enroule la pensée sur elle-même et ensuite retrouve dans le monde ce qu'elle y met. L'esprit ne peut pas partir de la pure et simple réflexion. Aucune pensée de la réflexion ne peut fonder en elle l'originaire et le dérivé fonde le cercle. L'expression n'est pas la constitution d'un monde, le symbolisme est le témoin que nous sommes d'abord un corps. Le monde n'est pas réductible à l'objet formel issu d'un je pense. Il y a donc un irréfléchi qu'il s'agit d'exprimer symboliquement : le sujet percevant n'est pas un sujet transcendantal. L'esprit manipule les objets et refuse de les habiter : il me faut penser le monde comme le champ de ma perception : l'expression symbolique est une conquête du sens et non une reconquête puisque la réflexion n'est pas tout.

Quittons le modèle optique de la réflexion permanent de Platon à Hegel. La description symbolique devient le moyen pour moi d'approcher le fondamental, ce qui implique le retour à ce cogito tacite qui m'instruit sur une relation plus sourde, plus intense au réel. Le paysage du monde que je perçois et le paysage que je vois en carte ne sont pas les mêmes. L'expression symbolique permet de faire réveiller l'expérience première pour faire advenir l'exprimé en traduisant en signification disponible un symbolisme d'abord captif dans la chose et le monde lui-même. L'expression n'est jamais une traduction : on ne traduit pas une langue constituée dans une autre langue constituée ; La traduction traduit ce qui est déjà sourd dans le monde. La chose n'est pas encore dite mais là l'expression n'est pas une traduction pure et simple mais une relation à exprimer. La pensée apparaît dès lors plus et moins qu'une traduction : plus, car elle seule nous dit ce que la perception veut dire et moins car elle est inutilisable sans cette expérience anteréceptive. Il y a toujours un reste, du résiduel rétif à l'intelligence. Voilà la raison pour laquelle l'initiation maçonnique ne pourra jamais être traduite mais seulement, comme l'a bien compris Mozart, suggérée par une expression symbolique qui ne peut pas être l'exécution d'une conception préalable.

Avant l'expression, il n'y a qu'une fièvre vague et sans objet : après il y a un exprimé qui n'annule pas par sa seule expression la présence d'un reste résiduel. Au fond de l'expression symbolique réside une expérience muette et solitaire. Il y a une explication philosophique de l'acte expressif qu'il faut comprendre comme une formulation : l'explicitation revient à décrire un processus de genèse par l'arrêt. Le symbole permet de naître dans les choses comme par concentration et venue à soi du visible : l'expression du symbole n'est pas une imitation, elle rend visible, elle réveille la vision ordinaire de la puissance.

L'expression du symbole est une conquête du sens sur l'émotion, sur la rage de ne pas pouvoir exprimer ce qui est "entre exprimé". Il y a dans le symbole un excès de l'exprimé sur l'intention pure et simple de délibération.

Le symbole n'est autre que l'expression de ce tâtonnement autour de l'intention de signification. L'œil écoute et l'oreille voit selon le mot célèbre : le symbolisme éveille en nous cet œil esprit, il apporte dans le corps l'énigme de la chair. Le voyant est une image dans le visible : la description de l'expression débouche sur l'existence d'un désir ouvrant le champ d'une signification indéfiniment ouverte. C'est dans le tissu de la chair que se fait l'expérience du symbole, l'emblème du signe. L'expression symbolique ne vaut que dans le mouvement de la vision ; Elle n'est pas la descente de signes vers un monde muet, elle est effort qui s'installe à la naissance du sens, pour exprimer cet effort d'embrasser ses propres origines. En ce sens, le symbole est inséparable du signe, il n'y a pas de transcendance, l'expression n'est jamais achevée, il y aura toujours du symbole à faire naître. Le symbole ne peut pas être enfermé dans une logique de la représentation. Si l'on pense qu'il y aurait contradiction entre dire ce que je sais et ce que je dis en prononçant un mot et que néanmoins je ne conçoive rien en le prononçant que le son même du mot comme pense la Grammaire de Port Royal, le mot et l'idée n'entretiennent entre eux pas seulement une identité de substitution. Il y a le rapport au sensible que seul le symbole peut nouer. Il y a un fait primitif du symbole : il m' "impressionne" au sens strict. Comment penser dans la distinction et la différence ce qui se donne à la réflexion comme une unité alors que cela apparaît immédiatement à mon corps ?

Voilà pourquoi le mystère de l'Eucharistie apparaît bien comme le paradigme du symbole : le pain et le vin sont des choses et en même temps "hoc est corpus meo". Sont-ils réellement ou figurativement, ontologiquement ou substantiellement ? Ou bien faut-il y voir une expression symbolique ? Comment une chose peut-elle cesser d'être ce qu'elle est pour être autre chose ? Parmi les choses signes, il y les mots signes : Quelle est la place du mot parmi les symboles ? Ce n'est pas un hasard si les problèmes christiques occupent une place importante dans le REAA.

Dans l'Eucharistie, le rapport du signifiant et du signifié est à la fois métonymie et métaphore, le symbole se déplace, quelque chose non seulement est désigné mais produit une force : cela agit. Il y a une puissance de l'hostie et du vin, ce ne sont pas uniquement des signes représentatifs mais une force productive. Le symbole échappe à la représentation et devient une force se transformant en métaphore de la présence. La figure du Christ n'est pas la représentation de quelque chose mais une présence pour le croyant. Le symbole des choses est une représentation qui est le signe d'une chose en représentation. Il y a donc une présence et la répétition d'une présence d'une chose qui en elle-même va répéter le rôle d'idée.

La chose qui fonctionne comme une idée est bien un signe. La simple vue de la chose qui est présentation de la chose à l'esprit, c'est-à-dire l'idée comme nous nous représentons le soleil, est le propre du signe ou du symbole d'expliquer, de déployer, d'exprimer ce que l'idée comme présence conserve d'implicite. Le symbole est la manifestation d'une présence et non une simple représentation : il y a en conséquence une opposition au sein de la représentation, une dualité, un dédoublement, la scission d'une présence qui ne peut se maintenir comme présence que dans cette scissiparité. Le double jeu de la présence provoque une impression double. Tout l'enjeu de la (voir la chaine d'union Hyver 2002) substitution est là.

On ne regarde pas le symbole en lui-même mais comme remplaçant un autre dont il a pris la place : l'impression du symbole est ce qui reçoit le représentant d'une chose qui est absente. Le symbole d'une chose s'efface comme chose et devient une autre chose. La scission est indiquée dans la présence qui ne peut être masquée : le symbole n'est que présence ; Il est l'objet de l'idée et à la fois l'idée de l'objet. Le symbole signifie le signifiant : voilà pourquoi il y a dans le même une scission primitive. La présence est arrivée à l'intérieur d'elle-même d'une différence à cause d'une scission primitive qui caractérise tout signe.

Il y a dans la pure présence une animation : c'est l'effroi du beau qui s'empare de moi, de mes sens, de mon émotion face au symbole. La connaissance du symbole ne suffit pas : il faut la possession affective. Le symbole de l'Eucharistie est bien le modèle de cette simultanéité. L'Eucharistie "fait" que la parole se transforme en être de la chose puis se produit une force qui fait apparaître un produit. La nature propre de la représentativité du signe ordinaire est qu'elle ne peut pas donner à voir dans la chose ce qu'elle signifie. Par contre, avec le symbole, le processus de substitution peut s'inverser : il y a des signes qui peuvent remplacer des objets qu'ils signifient à condition que ces signes deviennent des forces : c'est exactement ce que fait le symbole lorsque l'objet représente une simple case vide au profit du signe qu'il représente. En quelque sorte, on pourrait dire que le symbole est le signe qui se gonflerait devant la chose, l'expression d'une présence au sein d'une trace qui n'aurait pas été tracée, présence d'elle-même par elle-même, transubstantation.

Ainsi est le jeu de substitution.

Lorsqu'on regarde le symbole, on est prisonnier de ce jeu de substitution. Pourquoi dit-on du symbole que c'est la chose à l'instar de Magritte et de son célèbre ceci n'est pas une pipe ? Le rapport visible qu'il y a entre ces sortes de signes et les choses marque clairement non que le signe soit cette chose mais qu'il l'est en symbolisation et en figure qui m'impressionnent et exprime de l'informulé, du senti. Lorsque le signe devient trop important, la chose disparaît, lorsque la chose devient trop présente, le signe disparaît. Le symbole permet d'être cette médiation entre le signe simple et la chose en agissant sur le sensible en moi. La christologie du REAA est le lieu où le langage transforme et se transforme : le pain et le vin deviennent réellement le corps et le sang. Le symbole se fait réellement "chose", il est le corps d'une parole. Grâce au symbole, le langage s'est changé en corps invisible. En un sens, on peut dire que le symbolisme tend vers la pure apparition. La même chose pouvant être à la fois chose et signe peut masquer comme chose ce qu'elle montre comme signe : c'est exactement ce qu'on appelle un symbole. L'imagination est pauvre : le langage sert à réévaluer le champ de l'imaginé : c'est l'action réciproque comme le dit Humbold. Il n'est pas inintéressant de noter que les deux grands philosophes du XIXème siècle à s'être intéressé de l'expression symbolique, Fichte et Humbold, étaient par ailleurs d'éminents francs-maçons préoccupés par la réflexion sur le symbole.

Si l'intellect est "ectype", "ectypus", c'est-à-dire qu'il s'efforce de répudier le modèle de l'image copie, il doit passer par la distinction entre le possible et le réel. Le possible sans réel n'est rien, le réel sans possible non plus : tout est dans leur alternance et leur altération. Le schème serait ainsi figé entre l'expérience du concept et de la sensibilité. Il joue le rôle d'un accord, il est "figura figurata" comme le dit Humbold qui en fera d'ailleurs une figure de figuration. L'entendement est disjoint de sa source et donc il n'en est pas l'expression. L'identité est donc déléguée, dérivée, altérée, qui n'a son sens que dans un autre qui en principe est toujours actuel c'est-à-dire en acte. Si l'impression est réduite à presque rien, le symbolisme sera pauvre. Pour exprimer symboliquement, il faut déjà avoir reçu : on s'interdit de recevoir si on s'interdit d'exprimer. Dans le schème, le statut de l'imagination fait problème : le [paradoxe] d'un discours qui récuse la métaphysique du reflet et qui introduit l'image conduit à une imagination pauvre frappée de stérilité : 1) l'imagination n'est que reproductive, 2) la non productivité de l'imagination est en apport direct avec l'absence de tout rapport au langage dans la philosophie criticiste. Humbold va être, avec Fichte, le premier à montrer la libération de l'imagination de non productive à productive en passant par la médiation du langage. Humbold va pendre l'art comme point d'application : l'imagination face à la présence de l'œuvre d'art est productive et non reproductive.

Grâce au langage, l'homme est un artiste quotidiennement dans le langage. L'imagination est en quelque sorte déléguée entre l'entendement et la sensibilité : le schème n'est que la conjonction d'une méthode et d'une image dans le criticisme. A l'inverse, Humbold montre bien qu'il n'y a pas de schématisme mais une schématisation incessante, une schématisation sans schèmes : C'est cela l'expression symbolique.

La grammaire d'une langue, comme l'écrit encore Humbold, ne se livre pas : elle n'est jamais vraiment lisible. L'expression n'est au fond qu'un signe d'appauvrissement : les schèmes ne sont que des décalques, la réexpression des catégories de langue. Ils n'expriment plus rien en eux-mêmes : les concepts sont des signifiants qui ont des signifiés : entre les deux il y a une relation sans turbulence.

Or, comme le dit Humbold, le langage avec des moyens finis réalise des buts infinis. Le langage symbolique est au service d'une prolifération de signifiants qui n'attendent pas de signifiés pour proférer. Le langage est, pour reprendre la belle formule de Humbold, une puissance de symbolisation. Le sens du symbole est la production de quelque chose de nouveau par rapport à ce dont on pouvait en considérer l'élément. Le symbole est non la relation des deux mais la fusion des deux : la relation est de monde à monde. Il n'y a donc pas de signifié. Le langage combine signifiant et signifié d'où la production incessante du langage, d'émergence continuée. Cette relation est indéfinie : dans le langage, les concepts sont à l'état naissant, il ne saurait y avoir de Begriffschrift, de langage logique fixé une bonne fois pour toutes. La raison est le langage et se prolonge bien au-delà. Le monde du langage, comme l'écrit Humbold, est à la fois image et concept : la limite du moi est le non moi, c'est-à-dire tout ce qui est sensible en moi et hors de moi. L'expérience est ce qui conduit la raison à se révéler à elle-même : l'impression est l'effet qu'un objet fait sur la faculté de présentation et non de représentation comme le pensait Kant ; C'est le minimum dont à besoin la faculté de présentation pour être mise en mouvement. L'expression symbolique vient d'un foyer d'impression, d'une affection première. Pour qu'il y ait présentation, il faut qu'il y ait impression ; Pour qu'il y ait expression il faut qu'il y ait impression, origine de toute langue. La condition pour que l'imagination soit d'emblée productive, il convient que l'impression soit couplée avec l'expression. Les fonctions de la subjectivité sont un foyer dont chacun exprime sa force dont elle est l'écho : toutes renvoient à cette fonction globale qui est l'âme, foyer commun de toutes ces fonctions. Au fur et à mesure que l'on s'élève vers l'univers symbolique, il y a une unité, une clarté, une concentration, un précipité, qui n'est pas obtenu à partir d'une rupture avec le donné sensible. La subjectivité est toujours en transition par rapport à elle-même. Toutes les impressions s'expriment immédiatement par le cri, le sens, les sons, les couleurs, bref le senti dans le sensible. Le sens naît du sens : en français, le sensible et la signification ont comme par hasard le même mot. De même, l'origine de la langue vient de la langue, de la bouche : c'est là toute son épaisseur.

Le temps est un métaschématisme, le langage est singulier. C'est la raison pour laquelle il y a une multiplicité de langues, dit Humbold, qui traduit quelque chose qui est toujours singulier, unique. Le symbole est arbitraire par rapport au schème : il est en relation entre le concept et le sensible mais dans le schème, l'imagination exécute l'entendement, dans le symbole l'imagination devient maîtresse du jeu. Le symbole fait image, il est l'inépuisable figurable non rivé, non contrôlé, exprimé non représenté. En ce sens, l'expression symbolique est bien celle de la liberté : le schème n'a plus de sens que par rapport au symbole qui devient en quelque sorte le schème de la liberté. Cette présentation de l'imagination donne beaucoup à penser sans pour autant qu'aucune pensée déterminée puisse lui être appropriée : c'est la raison pour laquelle il n'y a pas d'expression adéquate et que celle-ci doive toujours être trouvée, cherchée à l'infini comme l'écrit Humbold. Il y a du jeu dans la convenance qui fait le langage comme caractéristique de l'homo Ludens. Le langage ne se concentre pas dans des marques définies, il a une différence de potentiels qui fait que ses productions sont toujours insuffisantes et appellent d'autres productions infinies. Le langage est plus puissant que tous les dénombrements. Le symbole est le schème en liberté, il est arbitraire ; La liberté sans arbitraire serait-elle possible ? Peut-on avoir l'expression symbolique comme expression inventive sans qu'en même temps on fasse l'économie de l'arbitraire, de la mobilité, de la mutabilité des signifiants ? Les signifiants du langage s'écartent de la rigidité taxinomique. La puissance de signifié du langage ne cesse de s'affirmer mais ne se réalise jamais : c'est une totalité ouverte. L'œuvre d'art est ainsi par excellence la présentation symbolique de l'infini, une puissance de figuration qui ne présuppose aucune figuré antérieur. Elle est en elle-même sa propre règle. Le composé artistique n'est autre qu'une éternelle symbolisation ; L'intérieur est comme poussé du dehors, frappé dans l'extérieur. La condition poétique est la puissance absolue de l'imagination, le pouvoir de créer des images. Schelling dans sa Philosophie de l'art, dans Schème allégorie symbole souligne qu'il y a trois manières de rapporter l'universel au particulier - 1) la représentation selon laquelle le particulier est intuitionné par l'universel s'appelle le schème - 2) l'universel intuitionné par le particulier est l'allégorie - 3) la synthèse où les deux ne font qu'un est le symbole.

Humbold poursuivra dans cette voie en montrant la symbolisation permanente dans l'interstice de laquelle se profile l'idée d'une relation incessante entre le sujet et l'objet, le langage étant le médium entre le sujet et l'objet. Dans son Commentaire du poëme de Goethe Herman et Dorothée, Humbold définit l'œuvre d'art comme celle qui consiste à transformer le réel en une image. "Le secret de l'artiste est d'enflammer l'imagination par l'imagination".

Dans la réception sensible de l'œuvre d'art, l'individualité s'efface paradoxalement devant l'identité : telle est la définition de l'allégorie. L'imagination est productive par le biais de la langue qui va être le lien même de cette esthétisation de l'homme. Dans son Introduction à l'ouvrage sur le Kami, Humbold montre que la langue abolit le sujet et l'objet pour ne retenir de ce double contenu que la forme idéale symbolique. Dans une langue, tout est singulier, tout est original non seulement signe d'un concept ou d'un objet mais résultat de la fusion des moments différents qui ont renoncé à leur autonomie. Il n'y a jamais que des formes qui sont des produits de la langue elle-même, ce que Humbold nomme la forme interne, patron formel.

Il n'y a jamais de synonyme au sens strict : equs n'est pas cheval qui n'est pas hypos : tout est singulier. La forme informe le monde, la langue est l'intuition du monde. La symbolisation se continue indéfiniment ; Elle ne cesse de s'informer. Elle est une grammaire qui se forme elle-même et continue à informer le monde par une puissance analogisante. De ce fait, le monde conçu comme langage ne désigne que l'horizon idéal des différences de langage elles-mêmes. Il n'y a jamais que des singularités.

L'idéalité symbolique demeure à tout jamais un horizon. L'humanité n'en finit pas de s'inquiéter du monde et d'elle-même dans le langage. Dans le langage, la tautégorie, l'allégorie et la catégorie sont exclus : la langue est la différentialité indéfiniment conduite ; Elle n'est jamais surmontée, elle est un transit dont on ne s'échappe pas. Intérieur et extérieur ne se distinguent pas de façon radicale. Le langage ne veut que dans ce qu'il signifie : il est l'universel singulier, foyer infatigable de l'ouverture de l'universel dans la singularité de la chair. L'expression symbolique est toujours à la fois singulière et universelle : dans la langue, il n'y a jamais de signification séparée d'avec des signifiés inaltérables.

L'universel ne s'émancipe jamais du singulier, le signifié ne s'émancipe jamais du signifiant. Le langage apparaît dès lors comme le lieu d'une variabilité des signifiants donc des signifiés, l'idée d'une plasticité du sens qui n'est pas une étape transitoire mais le milieu où se joignent le sensible et sa signification, le sens et son sens, le sentiment de notre finitude et notre dépassement vers l'infini.

Christophe VALLÉE 

dans

"Chaîne d'union" -  n°27  Hiver 2003-2004