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Index 
des 
Articles
Tradition
et
Esprit du Temps
 
La Franc-maçonnerie française sous le Consulat et sous l’Empire
jusqu’à la signature du CONCORDAT du 5 décembre 1804
 
 
Une_problématique_porteuse_de_conflits.
Du_Consulat_à_l’Empire,_un_repositionnement_de_la_Franc-maçonnerie_française.
Juillet_1804,_un_tournant_dans_l’évolution_de_la_Franc-maçonnerie_française.
Le_Concordat,_une_institution_étatique.
La_préparation_et_la_signature_du_Concordat_maçonnique_du_5_décembre_1804.
Conclusion
BIBLIOGRAPHIE_

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La Révolution française a bouleversé bien des institutions et bien des pratiques. La Franc-maçonnerie n’en fut pas exempte. Après le coup d’Ėtat du 18 Brumaire qui installa le Général BONAPARTE comme Consul à vie. De nombreux Ateliers maçonniques étaient en sommeil. Le Grand Orient De France continuait néanmoins ses activités. Cependant à partir de 1800 sous le nouveau régime qui s’installait des signes très positifs de reprise se sont manifestés.
 
Le Grand Orient De France n’hésita pas à envoyer des émissaires en province pour concrétiser ce renouveau et l’accentuer. Au plan des effectifs, en 1800, il devait y avoir près de 100 Loges qui fonctionnaient en France dont 23 d’entre elles se trouvaient à Paris. Un relevé officiel en 1802 mentionne 114 Loges dont 27 parisiennes, à partir de là les chiffres sont éloquents : 300 en 1804, plus de 600 en 1806 pour atteindre plus de 1000 en 1814. Si ce renouveau de la Franc-maçonnerie au plan intérieur est quantitatif, il a revêtu aussi un aspect qualitatif, car, en 1804, par un juste retour des choses, un Rite Ėcossais en 33 grades, apport venu d’outre atlantique,  a créé un événement d’importance dont les effets sont encore sensibles actuellement sur plusieurs plans. 
 
Cette introduction en France du Rite Ėcossais Ancien Accepté et son évolution a été relaté à l’occasion de son Bicentenaire dans un ouvrage commémoratif intitulé Deux siècles du Rite Ėcossais Ancien Accepté en France. Cette somme historique due à l’Aréopage « Sources »[1] indique que :
 « c’est le 5 décembre 1804, à l’article 5 du Concordat entre le Grand Orient de France et la Grande Loge Générale Écossaise que les adjectifs écossais, ancien et accepté apparaissent côte à côte pour la première fois. Même si cette réunion résulte plus d’un choix idéologique que d’une rencontre issue d’un long processus historique, ces adjectifs peuvent servir de fil rouge pour expliquer la lente formation du Rite Ėcossais Ancien Accepté, durant sept décennies environ. »[2].
 
Le Concordat de 1804 est l’événement majeur qui a marqué le renouveau de l’Ėcossisme. Il représente la nécessaire continuation de l’initiation symbolique des trois premiers grades._
 
Une problématique porteuse de conflits.
 
On peut dire que dès le début de la Franc-maçonnerie en France, qu’initiation symbolique des trois premiers grades et Ėcossisme, s’ils n’ont pas toujours cohabité sont des formes nécessaires de la problématique maçonnique.
 
Est-ce une problématique artificielle et politique ou une problématique fondamentale et essentielle, inhérente à l’initiation ? Quand BONAPARTE demande à ce que Grand Orient de France et Grande Loge Générale Écossaise fusionne, son souci est politique ; par contre quand André DORĖ[3] qui a eu à écrire sur ce sujet[4], développe cette même problématique, pour lui, elle est fondamentale et essentielle.
 
« S’il y a une conclusion à tirer de « l’aventure ancienne et acceptée », elle ne concerne ni l’Ėcossisme, ni le Rite Ėcossais ancien et accepté… Le premier, système de recherche à la fois intellectuelle et spirituelle, s’avère être l’une des manifestations périodiques temporaires et accidentelles à l’intérieur d’un très long processus d’expression de la tradition initiatique immémoriale inhérente à l’espèce humaine, mouvement spontané d’un petit nombre d’esprits en éveil, tendus vers la Connaissance, dont la sensibilité fait écho à la symbolique archétypale de la tradition, présente dans les diverses modalités de l’hermétisme, régnant à l’époque. Il était apparu presque simultanément avec la légende d’HIRAM, porteuse de deux symboles fondamentaux, l’un de mort et de résurrection, l’autre basé sur « la recherche de quelque chose » d’infiniment précieux qui a été perdu. Seul le premier avait trouvé son expression dans le fait maçonnique. Le second, tout en s’y incorporant, demeura distinct, et donna lieu à un phénomène dit de « l’Ėcossisme », complétant logiquement la transcription de la légende dans la rituélie. Chacun d’eux s’actualisait dans une gestuelle renouvelant le rite-symbole originel Celui-ci avait pour but de conduire l'homme vers un dépassement de la condition humaine et de l'intégrer dans l'Ordre de l'Univers en provoquant chez lui des états de conscience supérieurs à ceux  qui lui sont habituels. C'était l'ascèse poursuivie autrefois par les « très anciens», dont les caractéristiques se retrouvaient dans le « Royal Arch », le symbole-rite reconstitué, point ultime de la démarche initiatique
 La gestuelle nécessaire se concrétisa dans les rituels. De moyens d'appréhender le symbole qu'ils étaient censés illustrer en le vivant, ils devinrent rapidement une fin, et créèrent même des grades. Ceux-ci prolifèrent de façon incroyable introduisant en maçonnerie toutes sortes d'éléments, généralement tirés des Ėcritures, n'ayant que de très lointains rapports avec une finalité traditionnelle, et donc sans consistance initiatique. Leur nombre en fut si grand qu'il fallut en réglementer la  pratique. L'Écossisme des années 1760 entreprit alors de se structurer en Régimes. Une échelle s'était déjà établie, chaque nouveau grade pour être conféré affirmant sa suprématie sur le dernier né qu'il était désormais nécessaire de posséder, un procédé qui tendait à se généraliser. On rassembla donc un certain nombre de rituels dans un système que l'on souhaitait cohérent selon une progression soi-disant initiatique dont on s'évertue encore à prouver qu'elle l'est réellement. Du Rite-Symbole, on était passé au Rite-Régime, qui s'appropria une «dogmatique» sur l'Écossisme ».
 
Ainsi le problème posé par le Concordat est une fausse-vraie problématique qui ne pouvait que provoquer l’adhésion de tous mais qui ne pouvait aussi n’être que porteuse de conflits.
 
Cependant, le Grand Orient de France dans sa nouvelle jeunesse ne voit qu’avantage à accueillir dans son sein le nouveau rite réimporté des Ėtats Unis d’Amérique car il se trouvait déjà dans les bagages d’Ėtienne MORIN quand il s’embarqua en 1762 à BORDEAUX pour le Nouveau Monde, et la Grande Loge Générale Ėcossaise, nouvellement formée, est satisfaite d’une fusion avec une Obédience dont les effectifs sont prometteurs de nouveaux initiés.
 
C’est sur ces bases que nous évoquerons successivement le repositionnement de la Franc-maçonnerie française sous le Consulat et l’Empire jusqu’à la signature du Concordat le 5 décembre 1804, événement majeur de la vie maçonnique française.
 
Du Consulat à l’Empire, un repositionnement de la Franc-maçonnerie française.
 
Les dates butoirs de la période qui nous intéresse, sont 1799 et 1804. C’est dans cette période précise que s’est joué le sort de la Franc-Maçonnerie française. La chronologie de cette période montre que dès son début, on assiste au retour de BONAPARTE et qu’après le coup d’Ėtat du 18 brumaire, se met en place le Consulat et la Constitution de l’an VIII.
 
Des réformes intérieures sont entreprises dans une période troublée dont BONAPARTE sort renforcé. Il est plébiscité. Le nouveau régime s’organise et des dispositions sont prises pour faire face : aux jacobins, les « exclusifs » comme on les dénomme ou pour satisfaire à l’opposition monarchiste ou bien encore, pour régulariser les relations avec ROME, car le Premier Consul attache de l’importance à la religion comme ciment de la société.
 
Pour les premiers, les exclusifs, dont il se méfiera toujours, il va renforcer sa police et FOUCHĖ prendra de plus en plus d’importance. Pour les seconds, il accordera en 1802 l’Amnistie pour les émigrés. Enfin, avec le Saint-Siège, ce sera le Concordat de 1801.
 
Cet acte concordataire  entre Pie VII et BONAPARTE était une nouveauté pour l’Ėglise car l’acceptation pour ROME du gouvernement du Consulat entraînait à la fois la reconnaissance des principes mis en place par la Révolution de 1789 concernant la légitimité de l’autorité de la nation et l’acceptation de rompre avec la tradition monarchique. La conséquence fut que le catholicisme n’était plus religion d’Ėtat.
 
A l’extérieur, le conflit avec l’Angleterre resta permanent, tout était motif pour des brouilles et des querelles et pour la mise en place de coalitions pour abattre en fait BONAPARTE et ses menées expansionnistes. Tout cela  fit qu’en 1803, les hostilités entre la France et l’Angleterre recommencèrent sur toutes les mers. Elles ne cessèrent pratiquement plus.
 
Ce climat politique eut des conséquences intérieures importantes tant sur le plan de l’agitation des oppositions qui ne dételèrent pas, surtout, l’agitation royaliste qui fut très durement frappé par l’exécution du Duc d’Enghien. BONAPARTE en sortit par le haut, par l’établissement de l’Empire. Son Sacre, le 2 décembre 1804, le confirmait comme Souverain de l’Empire français sous le nom de NAPOLĖON 1er.
 
Si le Premier Consul devait être partout, l’Empereur continua sur un rythme identique ses politiques de structuration intérieure du Régime et d’expansion extérieure qui avait profondément irrité  l’Angleterre au point d’en faire un ennemi irréductible pour un combat dont l’issue recherchée était la chute et la destitution de NAPOLÉON.
 
La Franc-maçonnerie n’était pas étrangère à ses soucis. Par divers témoignages, on sait que le Premier Consul d’abord, l’Empereur ensuite, ne la tenaient pas en haute estime, même, qu’il avait pensé à plusieurs reprises la supprimer. Mais, il n’en avait rien fait, car, il fut convaincu à plusieurs reprises par ses collaborateurs les plus proches de la conserver, en particulier par CAMBACÉRÈS qui le seconda en permanence.
 
Ainsi, grâce à ces attitudes compréhensives successives entre 1799 et 1804, la Franc-maçonnerie française s’est réinstallée, s’est repositionnée et a prospéré.
 
Le renouveau de la Franc-maçonnerie française s’est fait essentiellement par le Grand Orient De France jusqu’en 1804, moment où l’Ėcossisme reprend droit de cité, bien qu’il ait toujours existé, mais sans volonté réelle de se faire remarquer. On a déjà vu ce qu’il en a été de la remise en activité  le réveil des Loges entre 1799 et 1804, parmi les éléments qui en décidèrent, paradoxalement le Concordat de 1801 servit ses intérêts.
 
Jusqu’à la négociation avec ROME, les théophilanthropes, servants de la religion naturelle et rationnelle, inventée par la bourgeoisie libérale voltairienne pour remplacer le catholicisme, favorisés par le Directoire, sont très présents. Mais, la Papauté leur est hostile, BONAPARTE s’engagea après le Concordat à ce qu’ils ne pussent plus se réunir dans les édifices nationaux dont les églises faisaient partie. Elles allaient être exclusivement réservées à l’exercice du culte catholique[5]. Comme aucune interdiction n’était prise contre la Franc-maçonnerie en elle-même, elle continua ses activités, mais, dans ses Temples. C’est à partir de là qu’elle se développa, prospéra et retrouva une bonne stabilité qui se confirmera sous l’Empire.
 
 Cependant elle fut constamment surveillée et les « mouches de police » font des constats divers à son propos et on peut lire dans un rapport du 7 août 1803 :
« … si les loges des Francs-Maçons ne se multiplient plus autant… le nombre de frères augmente considérablement… le même local à quatre ou cinq Loges. Avant et après les travaux maçonniques, on s’occupe souvent de politique dans les Loges surtout fréquentées par des exclusifs… Les Maçons tranquilles et qui ne s’occupent véritablement que de la Maçonnerie cherchent dans ce moment-ci à réorganiser le Grand-Orient et à faire tomber petit à petit les Loges suspectes et surtout celles qui observent le Rite Ėcossais parce que leur correspondance s’étend chez l’étranger et que par ailleurs elles ne sont pas toujours très tranquilles… »[6].
 
Juillet 1804, un tournant dans l’évolution de la Franc-maçonnerie française.
 
Un an plus tard, en juillet 1804, la date n’est pas indifférente, car, elle marque à la fois une évolution importante du climat dans lequel travaillent les Loges, LALANDE, l’ancien Vénérable de la Loge des neufs Sœurs témoigne que : « … l’esprit de la Maçonnerie s’est singulièrement amélioré ; le résultat des observations les plus exactes est à cet égard très satisfaisant. La plupart des Loges ont célébré leur fête de la Saint-Jean, et l’on y a exprimé en général beaucoup d’attachement au gouvernement… »[7].  Un événement survient qui va changer singulièrement le cours d’une reconstruction fondée principalement sur l’extension des ateliers symboliques des trois premiers grades.
 
L’événement, c’est le retour en France du Comte Auguste De GRASSE TILLY. Sur le moment, peu de personnes n’en a saisi la signification mais, on en comprendra toute l’importance, si on suit  le récit vivant qu’en fait André DORĖ dans l’article qu’il consacrera à la signature du Concordat maçonnique du 5 décembre 1804[8].
 
« Le 4 juillet 1804, le Comte Auguste de Grasse-Tilly et sa famille débarquaient à Bordeaux, en provenance d'Amérique. Il était arrivé à Saint-Domingue fin 1789 afin de recueillir la succession de son père, l'Amiral De Grasse décédé en janvier 1788, une importante plantation. La révolte des noirs le conduisit à quitter l'île le 28 juillet 1793 pour Charleston où il parvint le 14 août. Il y vint dans des conditions très difficiles, car, non seulement ruiné par la perte de ses biens, il se trouvait sans ressources du fait que le brick « « Le Thomas » de Boston qui le transportait, « avait été barbarement pillé en cours de route par le corsaire anglais « La Susanna» de Nassau »[9]. La malchance le poursuivit toute sa vie et ses besoins constants d'argent expliquent peut-être partiellement ce qui suit.
 
De Grasse-Tilly avait été reçu maçon, apprenti, avant d'avoir atteint 18 ans, le 8 janvier 1783 à la R :.L:. Saint-Jean d'Ecosse du Contrat Social à l'Or .'. de Paris. Il était lieutenant au Régiment d'infanterie du Roi. Il figure au tableau de la Loge jusqu'en 1787, en disparaît en 1788 et 1789. Il ignorera totalement les Loges Dominicaines pourtant nombreuses jusqu'à son retour au Cap Français en mars 1802. Il s'était marié le 17 septembre 1792 avec Anne Sophie Delahogue, fille de J .B. Marie Delahogue, notaire au Cap Français. Celui-ci, né à Paris en 1742 avait été reçu apprenti à la Loge la Parfaite Union, Or:. de Port au Prince en 1774[10] et noté « employé au bureau des chasses». Quatre mois plus tard il était notaire et inscrit « maître symbolique » au tableau de la L:. La Vérité, au Cap Français, où il résidera désormais[11]. Ce sont les deux seules mentions d'une activité maçonnique le concernant; il ne sera cité dans aucun des tableaux suivants de ces deux ateliers, non plus que dans ceux d'autres Orients.
 
Ce silence durera 22 ans pour le beau-père, neuf ans pour le gendre; sous la pression de la nécessité, leur zèle maçonnique s'éveillera soudainement avec une étrange vigueur, deux ans après leur arrivée en Caroline du Sud, au cours du second semestre 1796. Jamais plus il ne se ralentira. Dès lors on peut suivre facilement la chronologie de leurs agissements: seules les circonstances dans lesquelles ceux-ci se manifesteront seront obscures. A chaque instant l'historien se trouve devant des faits, événements, affirmations inexpliqués et inexplicables sans que soit apportée de preuve documentaire authentique. Nous n'entrerons donc pas dans l'imbroglio qui aboutit en 1802 à un tournant décisif dans l'évolution de l'Ecossisme. Notons seulement que De Grasse, réfugié à Charleston, et sans ressources, dut reprendre du service dans l'armée, à Saint-Domingue : arrivé en mars 1802 il resta au Cap Français jusqu'à la reddition du fort du Picolet qu'il commandait, le 29 novembre 1803. Prisonnier des Anglais, transféré à la Jamaïque, il fut libéré au début de 1804 comme citoyen américain[12]. Il retrouva sa famille à Charleston, puis rentra en France où une décision du 10 juin 1804 le mettait à la disposition du Ministre de la Guerre.
 
Arrivé à Bordeaux le 4 juillet, il écrivit le même jour au général Quantin, maçon, dont il avait été l'aide de camp quelques mois plus tôt pour l'informer « ... qu'un ordre impérieux me retient ici... » et que, « ... ce même jour il sollicite un congé pour se rendre à Paris... où mes affaires militaires et particulières m'appellent »[13]. Ces dernières effectivement étaient de la plus haute importance.
 
Il arriva à Paris fin juillet 1804, nanti du titre de Grand Commandeur ad vitam d'un Suprême Conseil des Isles du Vent et sous le Vent, apportant un rite en 33 degrés, dénommé « Ecossais Ancien et Accepté », l'ensemble « justifié » par un document précieux entre tous, son « Livre d'Or », dont une analyse rigoureuse montre qu'il fut fabriqué dans un but très précis qu'illustrera ce qui suit. Ce que n'avoua pas De Grasse, c'est qu'avec l'aide de son beau-père et compère, il avait soigneusement préparé l'introduction et la mise en place, en France, de ce rite dont il affirmait la suprématie sur tous les autres, une prétention constante de l'Ecossisme depuis 1730 date de ses premières manifestations en Angleterre, et dont il serait, lui, l'unique Grand Commandeur à vie, le Chef Suprême, en vertu des trop célèbres Constitutions apocryphes de Frédéric le Grand de 1786.
 
Sans attendre, il passa aux actes:
1)      constituer un état major écossais,
2)      rassembler les quelques loges écossaises peu nombreuses qui avaient survécu à la tourmente,
3)      créer de nouveaux ateliers écossais,
4)       établir alors une Grande Loge Ecossaise,
5)       coiffer l'ensemble par un Suprême Conseil d'où émanerait toute l'autorité. »
 
Cela démontre peut-être les intentions personnelles de De GRASSE TILLY mais surtout à travers cet ensemble que la Franc-maçonnerie française est vivante, bien vivante, son avenir semble aussi plein de promesses. BONAPARTE qui a toujours été dubitatif à son égard, qui a été jusqu’à envisager sa suppression, ne semble plus dans les mêmes disposition. Sous l’Empire, NAPOLĖON fera fond sur elle pour affirmer son régime.
 
C’est ainsi qu’entre le 31 octobre 1804 :
 
« …on apprend que Son Altesse Impériale le prince Louis va être Grand-Maître de la Loge Ėcossaise et que beaucoup de dignitaires et de fonctionnaires vont se faire recevoir… » et le 6 décembre où la police se fait l’écho de la volonté impériale : « … Il y a eu Loge au Grand-Orient. Son Altesse le Prince Joseph est nommé Grand-Maître, Son Altesse Impériale le prince Louis adjoint. MM. Les maréchaux MURAT, SOULT, MASSĖNA, LANNES, le sénateur BACCIOCHI, Leurs Altesses Impériales l’archichancelier et l’architrésorier, Son Excellence le ministre de la Police Générale, CHOISEUL–PRASLIN sont Grands-Dignitaires »[14].
 
Les événements dont la police s’est faite l’écho, c’est la préparation et la signature du Concordat maçonnique du 5 décembre 1804. Mené rapidement et dans la plus grande discrétion, il consacre l’union[15] du Grand Orient De France et de Grande Loge Générale Ėcossaise, car NAPOLÉON ne voulait qu’une seule Maçonnerie. Il ne s’encombrait ni des subtilités initiatiques sous-jacentes, ni des sous-entendus juridiques dans une prise de pouvoir par l’un  ou par l’autre des deux protagonistes[16].
 
Le Concordat, une institution étatique.
 
Le Concordat est une forme juridique qui a été très employé sous le Consulat et l’Empire. Il n’est pas inutile d’y revenir pour mieux appréhender toute sa signification dans celui qui fut signé entre le Grand Orient De France et de Grande Loge Générale Ėcossaise.
 
Le Concordat maçonnique de 1804 avait été précédé par un autre Concordat, celui de 1801 qui voyait BONAPARTE renouer avec la papauté parce qu’il pensait que les français retrouveraient une stabilité sociale avec le retour à la religion catholique.
 
Un Concordat est avant tout un traité de droit international par lequel le Saint-Siège et un État souverain règlent l’ensemble des questions concernant les institutions et les activités de l’Église catholique sur un terrain donné. Il est négocié, signé et ratifié selon la procédure des traités internationaux[17]. C’est bien à cette définition que répondait le Concordat de 1801 entre Pie VII et BONAPARTE. Il marque le début de temps nouveaux et modernes parce que le Saint-Siège par cet acte et ceux qui ne manqueront pas de suivre signe un traité international avec un pays dont le catholicisme n’est plus religion d’État . Il est encore en vigueur actuellement en Alsace et en Moselle car il a été dénoncé pour le reste de la France par la loi de séparation des Églises et de l’État en 1905.
 
On a choisi la même procédure pour régler les questions entre le Grand Orient De France et la Grande Loge Générale Écossaise. Mais, n’était-il pas abusif d’étendre ce type de traité pour régulariser les rapports des différentes expressions de la Franc-maçonnerie française ? D’autres traités moins solennels tels que convention, accords, modus vivendi ou protocoles auraient eu la même efficacité juridique  et auraient été plus en accord avec la situation créée par la volonté de BONAPARTE de voir les Francs-maçons rassemblés. Le choix de cette formule concordataire avait peut-être pour but, dans l’esprit de ceux qui l’ont choisi, de marquer par un acte particulièrement solennel l’unité de la Franc-maçonnerie française. Certaines dispositions des comptes rendus de séance le prouvent, par exemple à l’article 5 de la nouvelle organisation envisagée dans lequel on prévoit pour les 22 membres de la commission qui ont conduit les travaux, une médaille qui sera portée en bijou pour « consacrer cette mémorable journée »:
 
« Les RR\ FF\ MONTALEAU, CHALLAN et BACON de la CHEVALERIE, membres du G\O\.  Les RR\ FF\Le Maréchal KELLERMANN, De GRASSE TILLY et PYRON membres de l’ancien rit écossais accepté sont proclamés membres honoraires de toutes les LL\et de tous les Chapitres de France, comme premier coopérateurs de la présente organisation.
 
Les RR\ FF\Le Maréchal MASSENA, DOISY, DEFOISSY, ANGEBAULT, DUBOSQ, PAJOT Le, PAJOT le Jeune, MAUJERET et RISSÉ CAUBRAY membres du G\O\
 
Les RR\ FF\LACÉPÈDE, HACQUET, GODEFROY de la TOUR d’AUVERGNE, De TROGOFF, THORY, BAILLACHE et MÉJEAN, membres de l’Ancien rit écossais accepté, sont proclamés associés libres de toutes les LL\et de tous les Chapitres de France.
 
Il sera frappé vingt deux médailles en commémoration de la réunion générale de l’ancien rit écossais accepté au G\O\de France. Elles leur seront données lors de la fête générale destinée à consacrer cette mémorable journée. Ils la porteront en forme de bijou. La Commission en réglera le type de concert avec la G\L\ de l’administration générale. »[18]
 
Faste et solennité, tels sont les mots clés de cette entreprise, choix volontaire d’une formule juridique qui incluait la Franc-maçonnerie dans un environnement sacré.  D’ailleurs, on  trouve dans la préface de l’annuaire maçonnique pour l’année 1810 à l’usage des LL\ et des CHAP\agrégés à la très-R\M\L\du Rit écossais philosophique en France, sous la dénomination distinctive de SAINT ALEXANDRE d’ÉCOSSE, et le CONTRAT SOCIAL réunis[19], p. 6 et 7, à propos de la signature d’un Concordat signé entre les RR LL de ST-ALEXANDRE D’ÉCOSSE et CONTRAT-SOCIAL pour constituer la très-R\M\L\du Rit écossais philosophique en France, sous la dénomination distinctive de SAINT ALEXANDRE d’ÉCOSSE, et le CONTRAT SOCIAL réunis M\L\du Rit écossais philosophique en France, l’adresse suivante : « … nous avons l’honneur de vous adresser notre annuaire maçonnique pour l’année 1810, le Tableau de nos Grands Officiers et celui de notre R très-R\M\L\du Rit écossais philosophique en France, sous la dénomination distinctive de SAINT ALEXANDRE d’ÉCOSSE, et le CONTRAT SOCIAL réunis R\M\L\ ; nous avons cru devoir y faire insérer cette année des pièces importantes dont il est nécessaire que toute les Loges et les Maçons du Rit prennent une entière connaissance.
Ces pièces sont, 1°. le CONCORDAT passé entre les Commissaires de la R\M\L\È\ du Contrat Social   et ceux de la R\M\L\È\de Saint - Alexandre d’Ècosse, le 11\jour du 12\mois 5805 ; 2°. L’Acte des conventions qui ont eu lieu entre les Commissaires de la R\M\L\et le F\JALAY, relativement à la médaille frappée en l’honneur de S.A.S. Monsieur le Prince CAMBACÉRÈS, Grand-Maître de l’Ordre.
 
La gloire du Rit que vous professez, ainsi que nous étant l’objet de toutes nos sollicitudes, nous ne pouvions vous laissez ignorer l’existence de ces Actes mémorables, puisque, par l’article 18 du titre 1er de nos règlements généraux, vous êtes appelés à nous succéder, dans le cas où des événements imprévus viendraient suspendre le cours de nos travaux. Alors ces pactes sacrés rentrant dans votre héritage, trouveront dans vos vertus, dans votre justice, un appui nouveau et un sûr garant de leur fidèle exécution. Telle est donc la charge glorieuse qu’aurait à remplir celle de nos filles, qui, dans cette supposition, devrait prendre le titre et les attributions de M\L\ÉCOS\ de France ».
 
Il ne s’agit pas ici de débrouiller l’écheveau complexe du premier Concordat maçonnique entre le G\O\ de France et la G\L\G\É\signé en 1804, de la suite qui lui a tété donné et de la vie des Loges écossaises entre 1801 et 1815, moments où intervient ce second Concordat. Il s’agit de constater l’analogie des situations qui en marque le caractère solennel sacré et commémoratif et les termes qui conviennent pour ce second Concordat aurait tout aussi bien convenir pour le premier et mutatis mutandis écrire à son sujet :
 
« La gloire des Rites que vous professez, ainsi que nous étant l’objet de toutes nos sollicitudes, nous ne pouvions vous laissez ignorer l’existence de ces Actes mémorables…ces pactes sacrés rentrant dans votre héritage, trouveront dans vos vertus, dans votre justice, un appui nouveau et un sûr garant de leur fidèle exécution ».
 
Tout démontre, cependant, malgré l’opinion que BONAPARTE puis NAPOLÉON pouvait avoir pour la Franc-maçonnerie, l’importance qu’il attachait à son existence plus représentative de sa magnificence que de son poids institutionnel et surtout la confiance qu’il mettait dans ses représentants pour qu’il en soit ainsi. Ce n’est ni le Prince JOSEPH, ni sa majesté impériale le Prince LOUIS qui avaient été désignés pour en devenir les Maîtres qui exercèrent le pouvoir mai bel et bien l’Archichancelier CAMBACÉRÈS et quelques généraux du Consulat et de l’Empire dont principalement KELLERMANN et MASSÉNA qui en ont eu la charge et leur ont apporté le lustre.
 
Ce sont eux qui ont conduit avec des protagonistes du Grand Orient de France et de la Grande Loge Générale Écossaise à la signature du Concordat Maçonnique du 5 décembre 1804 qui, s’il était politique, posait les conditions d’une problématique liée à l’initiation et unissait pour cela les Francs-maçons du Grand Orient de France  et ceux que l’on désignait depuis 1740 sous le nom d’« Écossais ».
 
La préparation et la signature du Concordat maçonnique du 5 décembre 1804.
 
Sur ce sujet il faut redonner la parole à André DORÉ[20] qui l’a particulièrement étudié :
 
« Le Concordat fut établi en moins de trois semaines par une commission composée de neuf membres du Grand Orient et neuf de la Grande Loge Générale Ecossaise. En firent partie KELLERMANN, MASSENA, ROTTIERS de MONTALEAU, De GRASSE-TILLY, BACON de la CHEVALERIE, PYRON. Selon un procès verbal du consistoire du 32e degré, KELLERMANN soumit le projet à l'Empereur qui le renvoya à CAMBACÉRÈS pour examen qui le retourna tel quel. Il fut signé le 3 décembre par les 18 membres de la Commission et reproduit dans la minute qui, elle, fut signée par ROETTIERS de MONTALEAU et PYRON[21].
 
La Grande Loge Générale Ecossaise prit connaissance du texte du Concordat le 5 décembre au cours de sa 6e séance; le livre d'architecture relate [22] :
 
« Le F:. PYRON a donné lecture du Concordat signé entre les Commissaires du Grand Orient d'une part, et les Commissaires de la Grande Loge Générale Ecossaise relativement à la réunion de l'Ancien Rite accepté au Grand Orient. L'orateur entendu, la G\L\ Générale Ecossaise a déclaré approuver et ratifier tout ce qui a été fait par ses commissaires et qu'elle s'unit de ce jour au G\O\D\F\. pour ne plus former à l'avenir avec lui qu'un seul et même corps de maçonnerie ».
 
Le texte est paraphé G. e.y. et PYRON.
 
Au folio 16, PYRON indique que ROETTIERS de MONTALEAU venait à l'instant de faire informer la G\ Loge que le Concordat avait été approuvé et ratifié par le Grand Orient en Assemblée Générale :
 
« L'Orateur entendu, la Grande Loge Générale Ecossaise a arrêté qu'elle se transportait à l'instant au Grand Orient de France pour y opérer et consommer la réunion. En conséquence, les travaux ont été suspendus pour reprendre vigueur au G:. O:. ». La Grande Loge Générale a proclamé en même temps : «  qu'elle cessait définitivement ses travaux ».
 
Suivent 50 ou 52 signatures, nombre incertain en raison de l'espace très mesuré dans lequel elles ont été apposées.
 
Il était minuit lorsque la Grande Loge Générale Ecossaise frappa à la porte du temple du Grand Orient où celui-ci siégeait encore. Après lecture de la délibération ci-dessus prise par les Ecossais l'entrée leur fut donnée. Le livre d'architecture de la R\ L\ Saint-Napoléon reproduit, à la date du 1er mars 1805, le procès verbal de la réunion du 5 décembre [23]:
 
« Le Grand Vénérable (ROETTIERS de MONTALEAU) a fait former la voûte d'acier et a député neuf lumières au devant des Resp\ FF\ qui venaient s'unir solennellement au point central de la maçonnerie et se confondre à jamais dans le Grand Orient de France .
 
Le R\ F\ De GRASSE-TILLY, représentant du Grand Maître parvenu à l'Orient, a manifesté au nom des FF\ le vœu d'une réunion absolue, franche, éternelle, le vœu reçu par le Vénérable et les Off\ du G\O\a été accueilli dans l’enthousiasme de la joie et de la confiance. Le R\F\ De TILLY a prêté serment entre les mains du Grand Vénérable qui, descendu à son tour du trône, que le R\F\ De TILLY a occupé, a prêté le même serment d’union et d’attachement au G\O\D\F\comme centre unique de la Maçonnerie.
 
Ce serment a été réciproquement prêté à 1'O\ et sur les colonnes, et les deux rites confondus à jamais pour le bonheur des maçons n'ont plus présenté qu'un faisceau indissoluble, heureux symbole de l'union la plus parfaite. »
 
« Il a été arrêté que les respectables FF\KELLERMANN et MASSÉNA seraient priés de se rendre les organes et les garans du G\O\, auprès de Sa Majesté Impériale et de ses augustes frères en leur rapportant l'espoir de les voir présider l'Ordre. »
 
Le Procès-Verbal rédigé immédiatement par le F:. DOISY, secrétaire général, fut signé par 101 frères, aucun des officiers d'honneur de l'une ou l'autre obédience n'était présent.
 
Les textes manuscrits originaux du Concordat sont déposés au fonds maçonnique de la Bibliothèque Nationale sous la cote FmI 196. Il s'agit d'un registre relié de 47 feuillets 24 x 36 cm (dont les deux premiers sont imprimés) : quatre notes ont été ajoutées postérieurement au document original, pour explications. Le titre du volume fut donné par THEVENOT (secrétaire général du Grand Orient vers 1875... au moment de la reliure) :
 
Pièces relatives au Concordat de 1804
 
1° Projets de fusion.
2° Acte définitif signé par les FF\ ROETTIERS de MONTALEAU et PYRON
 
signé: THEVENOT.
 
Les deux premières pages donnent le texte imprimé de la circulaire du 1er novembre 1804 annonçant la création d'une Grande Loge Générale Ecossaise…
 
 …Que contient le Concordat?
 
Ø                      En premier lieu un préambule ou exposé des motifs qui amènent la déclaration d'union.
Ø                      La constitution de l'ordre.
Ø                      La composition du Grand OrIent, savoir : 7 grands premiers dignitaires 148 officiers en exercice
Ø                      Les représentants des Grandes Loges et chapitres des Loges et Chapitres d'arrondissement. Les 7 premiers dignitaires sont: Le Grand Maître
Ø                      L'adjoint du Grand Maître
Ø                      Deux grands administrateurs généraux Deux grands conservateurs généraux
Ø                      Un représentant du Grand Maître (en fait ils seront deux). tous à vie.
Le gouvernement de l'ordre assuré par:
Ø                      1° Une grande loge symbolique (loges symboliques)
Ø                      2° Un grand chapitre général (ateliers de hauts grades). Les attributions des uns et des autres:
 
A noter celles du représentant particulier du G\M\ :
« Il tient le maillet dans toutes les assemblées du G\O\, même en présence des sept premiers grands dignitaires sous les ordres desquels il dirige les travaux.
Il installe et fait installer en leur nom tous les officiers de 1e et 2e classe. »
convoque les assemblées, signe tous les actes qui en émanent etc...
 
Ø                      3° Une Grande loge d'administration générale: qui connaît de tout ce qui est relatif aux sceaux, finances, correspondance, secours, etc...
Ø                      4° Un grand Conseil des 27 : sorte de chambre d'appel des décisions des deux autres corps.
Ø                      5° et 6° Le Grand Conseil du 32e degré et le sublime Conseil du 33e au sein du Grand Chapitre général.
Ø                      La France est divisée en 33 arrondissements dont chacun possède: Une grande loge métropolitaine.
Ø                      Un grand chapitre métropolitain.
Ø                      Pour lesquels sont données composition et attributions suivant les prescriptions réglementaires pour costumes, préséances, cotisations, et dispositions générales d'application.
 
Ensuite les nominations:
Ø                      Officiers du Grand Orient.
Ø                      Membres du Grand Chapitre Général.
 
Cette liste est particulièrement révélatrice. Tous ces maçons, 148 pour les instances supérieures, pour beaucoup de fraîche date par nécessité, appartenaient à l'appareil gouvernemental. Nous y voyons pour les 60 premiers dignitaires, avec le Grand Maître Joseph, aussi suffisant qu'insuffisant disait Talleyrand, le Grand Maître adjoint, Louis (le Débonnaire, Napoléon dixit).
 
Ø                      24 maréchaux, amiraux et généraux. @
Ø                      4 ministres, 12 sénateurs, 3 tribuns, l'ex-conseil Lebrun, 6 juristes des corps judiciaires, 1 membre de l'Institut, 3 écuyers des Princes, 1 noble vénitien, ROETTIERS de MONTALEAU et De GRASSE-TILLY  qui s'est qualifié d'adjudant général pour cette occasion, les 88 restants tous engagés dans les hauts rouages de l'Etat. Ainsi le nouveau statut de l'ordre maçonnique en France consacrait-il un Grand Orient « Impérial », désormais « fabriqué », terme bien approprié, par l'entourage immédiat de l'Empereur et à sa solde.
 
Le Concordat de 1804, associé au Livre d'Or de  De GRASSE-TILLY est un document capital, car il réfute la plupart des affirmations officielles et officieuses écossaises de l'époque, reprises depuis par la presque totalité des historiens. »
 
Le Grand Orient  De France se mit en position dès la signature du Concordat de rédiger une circulaire pour son application, il n’en fut pas de même de la Grande Loge Générale Écossaise qui disparaissait du paysage maçonnique français. Le 24 Janvier 1805, les Écossais sous le premier prétexte venu essaient de s’affranchir de la tutelle du Grand Orient De France au motif qu’ils sont défavorisés dans le partage des « 60 000 livres qui se prélèvent chaque année sur les ateliers de l’obédience »[24]. Le conflit ne s’arrêta pas là, il va se prolonger et ne jamais s’arrêter sans pour autant empêcher le Rite Écossais Ancien Accepté ou le Rite Écossais Ancien et Accepté de prospérer et de se développer pour répondre aux attentes de Frères qui y poursuivent leur initiation maçonnique.
 
Mais, si l’on fait le bilan des cinq années qui conduisirent la Franc-maçonnerie française de son réveil au Concordat de 1804, il est particulièrement positif quantitativement et qualitativement. Elle a repris complètement sa place et s’est diversifiée. Si elle a connu des crises, des hésitations et des moments fastes et pénalisants, elle n’a jamais cessé de progresser en regard de ses finalités.
 
Conclusion
 
On posait dés le début de ce propos, des considérations sur la problématique concernant la Franc-maçonnerie en France au niveau de l’initiation symbolique des trois premiers grades et de l’Ėcossisme. Ils cohabitent nécessairement unis ou pas, les prémisses du Concordat et le Concordat lui-même l’ont démontré mais plus généralement ils sont constamment présents sur la scène maçonnique  depuis les temps les plus anciens. Est-ce une problématique artificielle et politique ou une problématique fondamentale et essentielle inhérente à l’initiation ?
 
Il a fallu tout le poids de BONAPARTE et de son appareil d’État pour que la réunion se fasse. De plus, André DORÉ y voit une entreprise personnelle d’Alexandre De GRASSE TILLY et de son beau-père, pourquoi pas ! Quoi qu’il en soit, la problématique apparaît alors comme artificielle et politique ou servant des intérêts particuliers Il est donc normal que les liens qui se tissent ou qui se rompent, se fassent au gré des influences du moment. Mais, force est de constater qu’au niveau initiatique et dans le temps l’initiation est continue et que les FF\trouvent toujours des solutions à leur recherche, l’initiation forme un tout.
 
Artificiel et politique, peut-être, tout Franc-maçon devra accepter temporairement l’imperfection de situations passagères qu’il côtoie. Traditionnel et fondamental sûrement, tant que l’idéal que le Franc-maçon s’est promis d’atteindre n’est pas réalisé que ce soit au seuil de la naissance de la Franc-maçonnerie ou à l’orée du 21e siècle..
 

Par Jean GUGLIELMI

 
 
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Annuaire maçonnique pour l’année 1810 à l’usage des LL\ et des CHAP\agrégés à la très-R\M\L\du Rit écossais philosophique en France, sous la dénomination distinctive de SAINT ALEXANDRE d’ÉCOSSE, et le CONTRAT SOCIAL réunis, F\PORTHMANN, IMPRIMEUR, DE LA R\M\L\È\ DE France, à l’O\de Paris.
CHEVALLIER (Pierre) Histoire de la Franc-Maçonnerie Française, Paris,
Fayard, 1974-1975, 3 vol.
Deux siècles du Rite Ėcossais Ancien Accepté en France, Paris, éditions DERVY, 2004 
DORÉ (André) Le Concordat maçonnique de 1804 ou introduction en France du Rite Écossais Ancien Accepté (Histoire vraie), NETORICOL, 100, Septembre 5983.
Encyclopœdia Universalis, article Concordat.
 
Extraits de la bibliographie de l’article d’André DORÉ op. cit. p.204 
 
Manuscrits
 
Bibliothèque Nationale. Fonds maçonnique-: Fm et Na... Fmi 196 : brouillon et minute du Concordat. Fmi 197 : Pièces relatives au Concordat.
Fmi 195 : Grande Loge Générale Ecossaise. Fmi 285 : Livre d'Or de De Grasse-Tilly. Fmi 320 et 320 : Pièces diverses.
Fmi 294 : Registre L:. St-Alexandre d'Ecosse. Fm2 : 108 : Dossier L:. Saint-Napoléon.
Fm2 : 543 : Dossier L:. La Vérité Or:. Cap Français.
Fm2 545 : Dossier L.', Parfaite Union Or:. Port au Prince. Fm impr, 552 : Pièces diverses manuscrites et imprimées. Na Fr 10959 : Na fr 10958. Fmi 289 :
Bibliothèque historique des armées. Dossier De Grasse-Tilly,
 
Imprimés
 
Grand Orient de France: Statuts de l'Ordre Maçonnique en France, Paris 1806, in-8, 232 p.
Collection des délibérations du Suprême Conseil (France et Amérique) parues en fascicules séparés de 1805 à 1821 sous les titres: Extrait du Livre d'Or.,. Constitution. Travaux.., Tracé,.. etc, dont une grande partie est parue dans:
Recueil des Actes du Suprême Conseil de France 1806, 1830.,. par le F .', Jubé, Paris imp. Sétier 1832, rn-8, XVI, 326 p.
Traité d'Union d'Alliance et de Confédération des Suprêmes Conseils du Rite Ecoss:. Anc.', et Accepté, sI. sd. (Lausanne 1876) rn-8.
Compte rendu des travaux du Convent des Suprêmes Conseils,.. sept. 1875, sI sd (Lausanne 1876) iD-8, 532 p.
 
 
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@ Maréchaux d'Empire francs-maçons
 

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[1] Aréopage de Recherche du Suprême Conseil, Grand Collège du Rite Ėcossais Ancien Accepté-Grand Orient de France.
[2] Deux siècles du Rite Ėcossais Ancien Accepté en France, Paris, éditions DERVY, 2004 p.19 
[3] André DORĖ, Membre Actif du Suprême Conseil, Grand Collège du Rite Ėcossais Ancien Accepté-Grand Orient de France, maintenant décédé,  dont les travaux inlassables sur l’Initiation font autorité.
[4] DORĖ André, Le Concordat maçonnique de 1804 ou introduction en France du Rite Ėcossais Ancien Accepté, NETORICOL, 100, Septembre 5983, p.201
[5] CHEVALLIER (Pierre) Histoire de Franc-maçonnerie française, Paris, Fayard, 1976, pp. 9/11.
[6] CHEVALLIER (Pierre) op. cit. p. 14
[7] CHEVALLIER (Pierre) op. cit. p. 15
[8] DORĖ (André) op. cit. pp ; 163/164
[9] BibI. Historique des Armées, dossier de Grasse-Tilly. Requête du 18-11-1815 au Ministre Dupont, Secrétaire d'Etat à la Guerre
[10] Tabl. du 25-6-1774, fm2 545
[11] fm2 543.
[12]  il l'était devenu le 17 juin 1799
[13] Aix, musée Arbaud, dossier Quantin : 1951 A2
[14] CHEVALLIER (Pierre) op. cit. p. 15 
[15] Ce mot à travers le verbe qui en marque l’action « unir », qui a une forme pronominale « s’unir » a profondément marqué cet acte. Il a marqué profondément l’évolution de la Franc-maçonnerie française. L’article d’André DORĖ déjà cité s’en fait largement l’écho, cf. p. 177 et sqq.
[16] NAPOLĖON sera davantage occupé sur des actions extérieures de guerre avec l’Angleterre et ses alliés, cependant toute sa confiance résidera dans une personne, l’archichancelier CAMBACĖRÈS qui fut deuxième Consul de 1799 à 1804. Très impliqué dans les différents milieux maçonniques, il avait sa propre Loge et fut de tous les intérims et même Grand Maître du Grand Orient de France.    
[17] Encyclopœdia Universalis, article Concordat.
[18]  Le texte de l’article 5 retranscrit ici est extrait des textes manuscrits originaux du Concordat déposés au fonds maçonnique de la Bibliothèque Nationale sous la cote FM1 196 ;
[19] Annuaire maçonnique pour l’année 1810 à l’usage des LL\ et des CHAP\agrégés à la très-R\M\L\du Rit écossais philosophique en France, sous la dénomination distinctive de SAINT ALEXANDRE d’ÉCOSSE, et le CONTRAT SOCIAL réunis, F\PORTHMANN, IMPRIMEUR, DE LA R\M\L\È\ DE France, à l’O\de Paris.
[20] DORÉ (André) op. cit. pp. 172/175.
[21] fml 196.  
[22] fml 195, fo 15
[23]  fm imp. 552
[24] CHEVALLIER (Pierre) op. cit. p.16