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Index 
des 
Articles
  • La Franc-Maçonnerie
    Américaine
    Contemporaine
    et nous

     

  •  

    Au moment où le Grand Orient et son Suprême Conseil commémorent et célèbrent à l’unisson l’année du Rite Écossais Ancien Accepté pour marquer le Bicentenaire du Concordat du 5 décembre 1805 qui fonde la légitimité écossaise du G\O\D\F\, deux options au moins s’offrent aux Maçons. La première serait le repli identitaire et hexagonal, en quelque sorte le choix du nombrilisme national et obédientiel, dans ce qu’il peut avoir de plus réducteur, mais rassurant pour certains. Après tout le G\O\D\F\ n’a-t-il pas quelque légitime fierté à contempler son passé et ses contributions aux progressions tant maçonniques que profanes ? Le Suprême Conseil y a sa part aussi. Différente.

     Mais une autre option, celle là résolument ambitieuse mérite d’être suggérée en élargissant notre champ visuel et en portant un regard englobant d’autres dimensions, venant s’ajouter aux précédentes et que nous n’intégrons plus guère car elles nous paraissent exogènes. Mais, à y regarder de plus près, est-ce si vrai ? Pouvons-nous raisonnablement considérer notre univers maçonnique du début du XXIème siècle en termes de fractures, avec des cloisonnements étanches ? Est-il réaliste de faire abstraction des réalités universelles ? Des réalités qui nous déroutent souvent, nous interpellent certainement. Mais qui sont bien là.

     A cet égard, la Maçonnerie américaine si différente de la notre, si singulière, si déiste et si sûre de son bon droit souvent, comme de sa légitimité affirmée, exclusive et volontiers excluante, doit-elle pour autant être superbement ignorée de nous ? Ne vaut-il pas mieux la connaître et établir, ou plus justement rétablir un dialogue avec nos « Frères séparés » ? Car nul n’ignore que nous avons eu précocement, nous Maçons du G\O\D\F\ un rapport avec nos Frères américains que l’on peut qualifier d’historique et « familial ». Il suffit de connaître un peu l’histoire et le rôle actif qu’ont pu jouer des maçons tels que Benjamin Franklin, véritable figure emblématique à cet égard. Depuis l’année 2000 un dialogue s’est presque subrepticement renoué à la faveur d’initiatives qui relevaient plus de la spontanéité fraternelle pragmatique, que d’un véritable calcul politique ou stratégique. Il advient donc que l’élan maçonnique, en ce qu’il a de plus innovant et entreprenant, prend ou reprend tous ses droits depuis quelques années. Sans concessions, ni mauvais compromis. Ce serait, à coup sur, source de déconvenues. On ne bâtit pas sur des illusions. C‘est ce qu’un Grand Commandeur et un Grand Maître ont, ensemble et en bonne intelligence, hissé ces dernières années au niveau de ce que l’on pourrait appeler une « doctrine nouvelle de politique extérieure concertée ». Une « realpolitik » bâtie en s’appuyant largement, sinon essentiellement, sur le puissant réseau écossais international passant par les États-unis ainsi que sur certains éléments les plus éclairés et précurseurs de Grandes Loges américaines.

     Il n’est donc pas inintéressant, sur ce fond de tableau, de porter quelque attention à la maçonnerie américaine et à ses évolutions. Lorsqu’on s’y intéresse, c’est encore trop souvent pour porter des jugements définitifs ou simplificateurs, parfois d’ailleurs, liés à des expériences personnelles douloureuses et décevantes. Au moins savons-nous tous que les effectifs de la franc-maçonnerie américaine sont incomparablement plus nombreux que les nôtres, même mesurés à due proportion des populations. Mais ceci ne nous prive pas de gloser sur son déclin, sans pour autant en mesurer l'amplitude, sa nature, ni ses conséquences universelles. Nous savons également qu’elle diffère sensiblement de la nôtre. Ceux qui ont voyagé à l’étranger ont aussi réalisé occasionnellement à leurs dépens, qu’elle pratique à notre égard une politique qui a pour résultat de nous fermer les portes de ses temples, et de beaucoup d’autres par voie de conséquence, les FF\ d’une seul obédience française, la G\L\N\F\, y étant admis au titre de la « régularité », mais aussi de la « reconnaissance ». Deux principes qu’il convient bien sûr de distinguer. Mais nous n’en savons souvent pas beaucoup plus et nous nous drapons dans notre  « dignité maçonnique bafouée ».

     L’univers maçonnique nord-américain vaut pourtant le détour, ne serait-ce que pour mettre nos idées en place à ce sujet et peut-être mieux mesurer les enjeux, comme pour envisager les perspectives.

     

    L’histoire en raccourcis: C’est vers 1730 que sont apparues les premières Loges maçonniques dans les colonies britanniques d’Amérique. Cependant, il aura fallu attendre la Révolution américaine, c’est à dire la rébellion contre Londres, avant que la franc-maçonnerie ne prenne un essor significatif, le nombre de Loges se situant aux alentours de la centaine à la fin de la guerre marquée par la victoire de Yorktown ( 19 octobre 1781). La plupart étaient issues des Grandes Loges d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande, dont les « Grandes Loges Provinciales » américaines relevaient administrativement. Les Loges militaires itinérantes jouèrent d’ailleurs un rôle déterminant dans la propagation de la maçonnerie qui vit même se développer un temps des Grandes Loges rivales dans un certain nombre d’Etats. Jusqu’au jour où, deux ans après la déclaration d’Indépendance proclamée à Philadelphie le 4 juillet  1776, la Grande Loge du Massachusetts décida de s’émanciper en rompant avec celle d’Ecosse, bientôt suivie par les autres Grandes Loges Provinciales. Mais, juste retour des choses, l’unité  devait finalement se faire en 1813 à Londres.

     Une analyse fine de cette époque révolutionnaire, même si elle fut marquée par des figures maçonniques aussi importantes que Benjamin Franklin, George Washington, La Fayette et un tiers des signataires de la Constitution des Etats-Unis, n’autorise pas à conclure que la franc-maçonnerie y aurait pour autant joué, en tant que telle, un rôle institutionnel. C’est que les Frères, bien qu’occupant des postes de premier plan dans le monde profane, se trouvaient aussi bien dans le camp loyaliste que dans celui des révolutionnaires. Et ce fut également le cas durant la guerre de Sécession, où maçons nordistes et sudistes se retrouvèrent face à face. La rivalité doctrinale entre les « Anciens » et les « Modernes » n’y fut sans doute pas étrangère. Les premiers étaient plutôt révolutionnaires et proches des populations les moins aisées, tandis que les seconds se recrutant dans les milieux plus nantis, étaient plutôt conservateurs et loyalistes. Cela étant, depuis l’indépendance, les Etats-Unis ont tout de même compté quatorze Présidents francs-maçons, le dernier étant Gerald Ford. Ce qui indique au moins la présence de maçons aux plus hautes responsabilités politiques de l’Etat jusqu’à une date relativement récente, mais a contrario  aussi leur absence à ce niveau, depuis les années soixante dix. Une absence qui pourrait être interprétée comme une perte d’influence. Celle-ci est néanmoins relative lorsqu’on sait où se situent les véritables centres du pouvoir aux Etats-Unis. Si l’administration en place, et singulièrement le Président américain, ont un arsenal important à leur disposition, il convient de ne pas négliger le pouvoir des membres du Congrès dont l’influence sur le cours de la politique américaine va croissant. Or dans les rangs de la Chambre des Représentants, comme au Sénat, les francs-maçons sont fort bien représentés et influents. Affirmer, comme certains le font volontiers, que maçonnerie et politique ne feraient pas bon ménage aux Etats-Unis n’est exact qu’en ce qui concerne la vie en Loge, d’où est banni tout débat de société. Mais le « lobby » maçonnique existe au même titre que tous les autres « lobbies » qui contribuent à influencer les choix politiques, économiques et sociaux. Chacun connaît aussi le rôle  redoutable et déterminant qu’a pu jouer le F\ Edgar Hoover, Directeur du F.B.I. sous l’administration McCarthy.

     

    La Tradition et les structures: Les Loges symboliques américaines, héritières du Rite de York ancien, c’est à dire de celui de la maçonnerie anglaise, travaillent le plus souvent au rite de York américain qui se distingue néanmoins en ceci du système anglais que le grade de « Royal Arch »,  dit aussi  de la Marque, conféré dans un cas comme dans l’autre aux seuls anciens Vénérables, constitue le premier d’une série de cinq Hauts Grades capitulaires, conséquence de l’influence du R\E\A\A\. D’où l’importance bien sentie par un très récent Grand Maître de doter le GODF aussi d’un tel rite.

    Dans une symétrie parfaite avec la tradition fédérale institutionnelle américaine, chaque Etat hormis celui d'Honolulu, est doté depuis 1813 d’une Grande Loge souveraine édictant chacune ses règles, notamment en matière de reconnaissance. Il y en a donc cinquante, y compris celle du District de Columbia ( Washington). Elles exercent leur autorité sur les quelque 15 000 Loges « blanches », tandis que trente six Grandes Loges de «  Prince Hall » régissent les 5000 ateliers « noirs » totalisant un effectif d’environ 500 000 membres. C’est dès 1775 que furent initiés à Boston les premiers noirs américains, mais ils ne furent autorisés à se constituer en Loge qu’en 1784, le premier Vénérable s’appelant Prince Hall. La Grande Loge de Prince Hall  se constitua en 1827.

     Mentionnons aussi au titre des « side degrees »,  le Rite de la Crypte, créé en 1783 à Charleston et qui se réfère à la  voûte sacrée située sous le Temple de Salomon, ses origines étant attribuées aux Instructeurs itinérants de l’époque de la marche vers l’Ouest et donc des pionniers. Il est organisé sous l’autorité de Grands Conseils par Etat et il faut y voir le point de départ du Rite de York américain.

     La progression initiatique américaine obéit à des règles sensiblement différentes de celles prévalant en Europe, les délais entre l'initiation et la maîtrise étant le plus souvent de quelques mois, lorsqu'ils ne sont pas de quelques semaines, laps de temps essentiellement nécessaire à l'apprentissage par coeur des rituels des trois grades symboliques. Quant aux Hauts Grades écossais, ils sont conférés, du 4ème au 32ème, en l'espace d'un week-end et dans le cadre d'une cérémonie collective regroupant des « promotions » entières de dizaines de Frères Maîtres. L’apprentissage se ferait, selon eux, aussi bien, après le passage des grades et étapes initiatiques. L'accès au 33ème degré est, en revanche, plus difficile et réservé à un nombre restreint de Frères.

     Par ailleurs, dans ce que les Maçons américains dénomment les « Charités », l’Ordre des Shriners ( pour « Ancien Arabic Order of Nobles of the Mystic Shrine »), à vocation essentiellement charitable, recrute, comme les «  Tall Cedars », ses membres aux effectifs eux aussi décroissants, parmi des 32èmes les plus aisés du R\E\A\A\ ou des Chevaliers du Temple du Rite de York qui sont ainsi « distingués » et contribuent aux oeuvres sociales dans un contexte fiscal favorisant aussi les levées de fonds et dations. A la tête d’un véritable empire financier et foncier qui continue à prospérer ( entre 1998 et 1999 le nombre de centres financés par les Shriners est passé de 127 à 136), il est connu du grand public par son extériorisation insolite d’inspiration pseudo égyptienne. Ces Maçons contribuent en l’occurrence surtout à suppléer à l’absence de système public de santé, tel que nous le connaissons en Europe Ils entretiennent un grand nombre de maisons de retraite médicalisées, d’orphelinats, d’ établissements médicaux spécialisés pour les enfants handicapés, le traitement des grands brûlés etc...Ils interviennent aussi dans l’espace interaméricain, par exemple lors de catastrophes naturelles. En 1999 les Shriners affichaient un budget annuel de quelque 300 millions de dollars.

     Un mot enfin au sujet des cadets qui ne connaissent pas plus la mixité que leurs anciens et qui sont accueillis, pour les garçons, dans l'organisation De Molay, et pour les jeunes filles dans celles, soit de l'Arc en ciel, soit des Filles de Job.

     

    La Maçonnerie cybernétique : Phénomène de notre temps, l'Internet a fait massivement son entrée depuis les années quatre-vingt dans l'univers maçonnique américain, où il joue un rôle important dans les flux d'information interne, comme de communication externe. Chaque Grande Loge s'est bien entendu dotée de son propre site et les deux Juridictions des Suprêmes Conseils du Rite Ecossais Anciens (et) Accepté en ont fait autant, de même que les structures de l'Obédience noire de Prince Hall. On dénombre donc une centaine de sites maçonniques institutionnels assortis de messageries contribuant à un flux important d'échanges « virtuels ». Ceux-ci sont soumis à des règles de déontologie parfaitement établies, le webmestre étant chargé de les faire respecter par les utilisateurs. Certaines initiatives officieuses ont également vu le jour et posent de nouveaux défis.

     Le R\E\A\A\ : Aux Etats-Unis deux Juridictions Ecossaises administrent  souverainement les Hauts Grades du Rite Ecossais Ancien (et) Accepté. La plus ancienne des deux, et aussi la plus importante, tant en termes d’effectifs, de zone géographique que de rayonnement international, est la «  Juridiction Sud ». A l'instar de la Grande Loge Unie d'Angleterre pour les grades symboliques, elle affirme sa primauté mondiale, comme Mother Supreme Council of the World. Elle a son siège à Washington depuis 1890 et fut créée à Charleston ( Caroline du sud ) le 31 mai 1801. Elle regroupe, outre les Etats du Sud, tous ceux situés à l’Ouest de l’Illinois et du Wisconsin, totalisant un effectif de 585 000 Frères se répartissant entre 42 Orients et 221 Vallées. La « Juridiction Nord » a son siège à Lexington (Massachusetts) et exerce depuis 1813 son autorité dans quinze Etats: New-York, New-Jersey, Pennsylvanie, Etats de Nouvelle-Angleterre et du « Mid-West », Ohio, Illinois et Wisconsin. Elle compte dans ses rangs quelque 400 000 Frères. Les deux Juridictions entretiennent des relations institutionnelles régulières et sereines. Elles reconnaissent quelque 50 Suprêmes Conseils dans le monde qui se réunissent tous les cinq ans en conférence internationale.

     

    La Maçonnerie « noire » de Prince Hall a développé son propre système de Hauts Grades  entièrement indépendant et aux caractéristiques identiques à celles des deux «  Juridictions ».

     Les Hauts Grades, appelés aussi « side degrees » sont, aux Etats-Unis, par essence, ceux du R\E\A\A\.

     

    La sociologie et les évolutions: Née sur la Côte Est américaine,  dans un bassin protestant de population émigrée ayant souvent quitté l’Europe, au moins pour les premières vagues d’immigrés, en raison de persécutions et de convictions religieuses, la franc-maçonnerie américaine s’inscrit certes, comme la nôtre, dans la tradition héritée du Pasteur Anderson. Mais elle est, au moins à ses origines, marquée  du sceau  « WASP » pour «  White, American, Saxon, Protestant ». Autant dire qu’elle ignore tout de notre concept français de «  laïcité », perçu Outre-Atlantique comme une incongruité pour un américain «  normalement constitué ». La Maçonnerie américaine est le reflet de la société dans laquelle elle s’est développée, comme l’est aussi la nôtre. Il est par exemple inconcevable pour un Américain de ne pas s’identifier à une communauté religieuse et la devise des Etats-Unis : « In God we trust » en atteste bien. Un Maçon américain conjugue donc la plupart du temps pratique religieuse et vie maçonnique. Et il n’en fait pas mystère, assuré qu’il est de ne pas être inquiété. En revanche, s’affirmer athée relève de l’inconcevable et les limites de la tolérance aux Etats-Unis sont clairement apparues avec l’émergence dans la décennie 1820 du Parti antimaçonnique né à la suite de publications dévastatrices par le F\ Morgan, ensuite mystérieusement disparu. Cette formation détruisit tout ce qui était maçonnique sur son passage à partir de 1826 , la renaissance s’opérant en 1840 dans une organisation maçonnique au caractère conservateur et religieux plus marqué, comme a pu l’écrire le T\I\F\ Brent Morris, éditeur de la revue HEREDOM.

     Dans un tel univers cultuel et culturel, rien d’étonnant donc que la référence au «  Grand Architecte de l’Univers » soit un « non-sujet » de débat interne. Et la surprise est presque  toujours la même lorsque nous nous appliquons à expliquer à nos amis  francs-maçons américains comment nous en sommes venus, au Grand Orient de France, à rendre cette référence facultative par un vote en Convent de 1877 le plus souvent abusivement interprété par eux. La conclusion la plus fréquente étant que le Grand Orient aurait   «chassé le GADLU du Temple », il en résulte une incompréhension  reposant, chacun le sait, sur une grille de lecture réductrice.

     

    Les « ruptures » : Les versions qui ont pu être données au sujet de la rupture entre le Grand Orient de France et la franc-maçonnerie « anglo-saxonne » ont varié.  S’agissant des Loges symboliques, et comme a pu l’établir Pierre Mollier, c’est l’échec, en 1776, d’une négociation amorcée en 1774 sur un projet d’accord formel de reconnaissance réciproque entre le Grand Orient de France et la Grande Loge Unie d’Angleterre qui a conduit cette dernière à adresser une circulaire aux Grandes Loges d’Irlande et d’Ecosse ayant pour effet de « couper les ponts ». Il est assez évident que le contexte politique du moment,  et notamment l’aide apportée par la France aux insurgés américains venant de déboucher sur une proclamation d’indépendance, n’était pas très propice à l’entente inter obédientielle. Le refus par le Grand Orient de reconnaître la primauté de la Grande Loge de Londres, préalable posé avant que ne s’établissent des relations officielles qui n’avaient jamais existé, a fait le reste. Mais ceci n’avait  eu que peu de conséquences dans une Amérique alors en voie d’émancipation de Londres.

     Au contraire, en 1828 une « alliance d’amitié » avait été conclue solennellement entre les deux Suprêmes Conseils des Juridiction Sud et Nord des Etats-Unis d’une part et le Grand Collège des Rites du Grand Orient de France, de l’autre. La rupture avec la Maçonnerie américaine n’est intervenue qu’en 1859. Elle avait été précédée à partir de 1832 de développements tumultueux. Le Suprême Conseil de la Juridiction Nord s’était élevé avec vigueur contre la création à New-York par le F\ Clavel - présenté comme  « Délégué français » -  d’un « Suprême Conseil Unifié » et d’une «  Grand Fusion and Union of the 33rd for the Western Hemisphere ». L’Autorité écossaise américaine se prévalant des termes du Traité d’alliance de 1828 avait finalement réagi  par un « Manifeste » du 1er mai 1845 dénonçant les activités du G\O\D\F\. Puis, en 1846 la même  Juridiction avait adressé un balustre à la Juridiction Sud pour suggérer une alliance « contre tous les agresseurs et ennemis de notre chère institution » en s’élevant «  contre certains actes et politiques du Grand Orient de France et du Suprême Conseil de France [ en raison des encouragements apportés par eux à plusieurs reprises aux structures Cerneaux] »(sic). Il s’agissait cette fois, peut-on lire dans les actes du Suprême Conseil de la Juridiction Sud, de « l’introduction d’une forme concurrente et irrégulière de Maçonnerie du Rite Ecossais  par Joseph Cerneau ( «  Député Grand Inspecteur pour la partie nord de l’île de Cuba » pour le rite Morin) à la Nouvelle Orléans et même à Charleston, mobilisant l’essentiel de l’énergie du Suprême Conseil dans des activités défensives qui troublaient les candidats potentiels ». Mais certains auteurs relatent des initiatives bien plus précoces et rappellent comment dès 1806 Antoine Bideaud, membre du Suprême Conseil des « Iles Française des Indes Occidentales » avait posé les bases de ce qui devait devenir la «  Juridiction Nord », tandis que Joseph Cerneau devait constituer un  « Souverain Grand Consistoire des Sublimes Princes du royal secret », ces évolutions « erratiques » ayant pour conséquence provisoire que les Etats-Unis comptaient trois Suprêmes Conseils rivaux.

      C’est en définitive en réaction à la création d’un Suprême Conseil de Louisiane et des démêlés remontant à 1832 qu’intervint la rupture. Elle fut d’ailleurs toute relative à en juger par l’invitation lancée le 27 décembre 1859 par Albert Pike en vue de la création d’une association internationale du Rite Ecossais Ancien Accepté, incluant dans ses destinataires aussi bien le Grand Collège des Rites, Suprême Conseil pour la France...établi au sein du grand Orient de France, que le Suprême Conseil  des Souverains Grands Inspecteurs généraux du 33ème degré du REAA pour la France. Toujours est-il que le ferment de la rupture était bien là et qu’elle fut suivie progressivement aussi par les  Grandes Loges américaines, certaines d’entre elles maintenant toutefois leurs relations jusqu’au début du XXème siècle, comme en attestent les recherches conduites par Paul Bessel.

     

    Les perspectives: Un constat s’impose: la franc-maçonnerie américaine enregistre un déclin significatif et ses effectifs vieillissent. Alors qu’elle comptait encore quatre millions d’adhérents au lendemain de la seconde guerre mondiale, ils sont en ce début de XXIème siècle quelque deux millions. Mais rien ne dit que cette « descente aux enfers » se poursuivra au même rythme et on assiste à un réel sursaut qualitatif qui autorise certains espoirs. Plusieurs facteurs pourraient expliquer l’érosion. Le premier est la désaffection générale dont souffre la vie associative dans un contexte de fortes sollicitations de toutes natures. Dans une société où l’individu est plutôt jugé  sur ses  « achèvements » ou « réalisations concrètes », la place faite à l’engagement philosophique se rétrécit nécessairement. Mais ce raisonnement pourrait aussi bien s’appliquer à  notre maçonnerie franaçaise et n’explique pas tout. Nous pourrions, en effet nous demander pourquoi, à l’inverse, la franc-maçonnerie française, tous courants confondus, suscite autant d’intérêt, y compris de la part des jeunes générations qui affluent vers nos Loges.

     Nous aurions tort de ne pas nous préoccuper de ce phénomène car tout ce qui affaiblit un des corps maçonniques, nuit à l'ensemble de la franc-maçonnerie à l’échelle universelle. Il convient d'ailleurs de considérer l'évolution  de la maçonnerie américaine non pas seulement en termes quantitatifs. En effet, dans bien des cas, le nombre faisait parfaitement illusion. Aujourd'hui il aurait plutôt tendance à faire place à la qualité. A cet égard il faut savoir  que le système américain permet d'entrer en Loge, de s'acquitter des sa capitation à vie et de continuer à figurer sur les états des Loges sans jamais assister à aucune Tenue. Dans une telle configuration que représentaient les effectifs nominaux? Ceux qui côtoient aujourd'hui les plus hauts responsables des Juridictions et des Obédiences ainsi que la Société de Recherche de la Juridiction Sud, mais aussi des FF\ américains des Ateliers symboliques les plus exigeants, nuanceront  leurs jugements et attesteront des grandes qualités maçonniques, intellectuelles et morales ainsi que du haut niveau de ces FF\ américains. Il y a là plus que de simples nuances qui devraient nous engager à une lecture plus attentive et certainement moins contrastée de ce qui se passe réellement outre Atlantique.

     L’absence, dans les Ateliers  américains, de tout débat touchant à la Cité et  le décrochage qui en résulte par rapport au monde contemporain, pourrait constituer un début de réponse à la véritable crise d'assiduité que traversent la plupart des Loges américaines. La lecture très restrictive qui est faite par les maçons américains des Constitutions d’Anderson et des « Landmarks », comme de leurs obligations, constitue un frein important dans la mesure où aucun sujet de débat de fond ne peut être introduit en Loge. C’est sans doute un des facteurs déterminants du désintérêt qui se traduit par un déficit de demandes d’adhésion et un  fort absentéisme. A l'exception de quelques rares Loges "avant-gardistes", on ne décèle encore guère de volonté significative de changement à cet égard, le conservatisme frileux et tétanisant semblant l'emporter sur la volonté d'un sursaut dont la nécessité apparaît pourtant à un nombre toujours plus grand de FF\ américains. Mais la « vieille garde » et, dans une moindre mesure aussi le poids indéniable de la Grande Loge Unie d’Angleterre « dépositaire de la Vérité », constituent encore autant d’ obstacles extrêmement difficiles à surmonter. Malheur à ceux qui aujourd’hui s’exposeraient avec trop de hardiesse et donc à découvert sur ce terrain miné!

      Un autre aspect, surprenant pour nous, est la place qui est refusée aux femmes, absentes des temples, si l’on fait abstraction d’une Fédération américaine du Droit Humain. Au chapitre des évolutions intéressantes comment ne pas aussi aborder la délicate question de la place faite aux Frères noirs américains? Dans une société de tradition ségrégationniste, la maçonnerie « noire » de «  Prince Hall », pourtant très comparable à tous égards à ses « soeurs  blanches » et dont l’apparition a été évoquée précédemment, commence seulement à être progressivement reconnue par des Grandes Loges américaines. Cela se traduit par une ouverture encore lente et timide du « ghetto » et des visites réciproques, même si le poids des habitudes constitue un frein et que, de part et d’autre, les FF\ préfèrent le plus souvent rester entre eux, la question de la mixité ou de l’initiation des femmes ne se posant pas plus là qu’ailleurs. Quant aux initiations de FF\ de couleur elles constituent encore l’exception dans les Loges « blanches » et ne sont pas à l’ordre du jour dans les Ateliers de Prince Hall.

     Si l’on considère la question  sous l’angle des relations internationales, la lente évolution, comme la prise de conscience de la part de certains des plus jeunes FF\ accédant à des responsabilités, de l’existence d’un patrimoine maçonnique commun et des valeurs initiatiques traditionnelles que nous partageons, sont autant de sources d’espoir. Timidement encore, mais avec réalisme, un dialogue informel se noue discrètement, de Frère à Frère. Pour la première fois depuis longtemps, le dialogue élude les questions qui « fâchent »  et ne se fixe pas pour objectif la reconnaissance institutionnelle. Il se situe délibérément dans l’intemporel à l’instar de l’approche qu’avait retenue en son temps le Grand Commandeur Albert Pike. Les corps maçonniques, les « courants maçonniques » ont évolué avec les sociétés qui les ont portés. Il y a eu la dérive des obédiences et des juridictions maçonniques, comme il y a eu une dérive des continents. Certains pourront le regretter. Soyons pragmatiques et vivons avec ces réalités. Des familles maçonniques sont nées de ces évolutions. Les Obédiences et les Juridictions affirment donc chacune légitimement leur « régularité » et leur « souveraineté ».Il serait bien vain de prétendre s’accorder sur une « orthodoxie  maçonnique » qui n’a aucune existence. En revanche, notre patrimoine riche de sa diversité constitue un socle sur lequel il est réaliste de vouloir bâtir pour contribuer ensemble et chacun à sa manière et sur la durée, à l’amélioration de l’Homme et de la Société.

     

    .Alain de KEGHEL

      ___________________________________________________________________________

     N.B.: L’auteur tient à remercier M. Art deHoyos, Grand Archiviste et Grand Bibliothécaire du Suprême Conseil de la Juridiction Sud, pour l’accès qu’il lui a facilité aux archives riches et éclairantes conservées à House of the Temple à Washington

     

    BICENTENAIRE du REAA/ HUMANISME N° 129 

    (Dossier spécial)